Posté le 13.10.2007 par houseofgeeks
Florent Emilio Siri voulait dépeindre la guerre d’Algérie comme les américains ont dépeint celle du Viêt-Nam, montrer à la fois la violence des combats et les désillusions engendrées.
Un pari insensé amplement réussi puisque « L’ennemi intime » n’est rien moins qu’un grand film de guerre digne de « Platoon », « Full metal jacket » et même du livre de Conrad « Au cœur des ténèbres » (base de travail de « Apocalypse Now »).La descente aux enfers du lieutenant Terrien qui se dessine en filigrane permet de relier la grande à la petite histoire, l’universel à l’intime.
C’est peu dire que le cinéma français reste peu disert en matière de films de genre. Ce ne sont pas les sporadiques tentatives de talentueux réalisateurs (Aja/Levasseur, Maury/Bustillo, Gens, Caro…) qui le sortiront de l’ornière. Il faut pour cela livrer un film à message, au militantisme confortable comme « Indigènes » pour trouver grâce et jouir d’une certaine reconnaissance.
Porté par le scénario de Patrick Rotman adaptant ses livres sur la question, le film complète admirablement la réflexion menée par son documentaire, lui aussi intitulé « L’ennemi intime ». Après avoir recueilli les témoignages des survivants, Siri lui, s’attelle à faire parler les morts.
Le contexte historique dans lequel évolue le film est celui des grandes opérations menées sous l’appellation « Plan Challe » (de février 1959 à mars 1960) et destinées à écraser définitivement les maquis algériens et de reconquérir les territoires contrôlés par les fellaghas. L’action du film se situant dans la période due juillet à décembre 1959, soit au paroxysme du conflit.
C’est là que débarque le jeune lieutenant Terrien (Magimel) pétri d’idéalisme et qui va se confronter au cynisme du sergent Dougnac (Dupontel impérial), au reniement du capitaine Berthaut et aux absurdités d’une guerre qui ne dit pas son nom.
Film de guerre mais aussi véritable western dans la manière qu’à Siri de magnifier les paysages marocains par l’utilisation du scope ou la façon dont se manifestent les fellaghas ne laissant, à la manière des indiens, comme traces de leurs passages que les stigmates de leur sauvagerie.. Et puis l’Algérie n’est – elle pas un territoire de l’ouest de la France, lieu d’une guerre civile dont les blessures ne se sont jamais refermées ?
Outre ses combats esthétiquement réussis, immersifs et viscéraux au possible, une des grandes réussite du film est de refuser toute héroïsation et tout manichéisme Aucune exaltation possible, la section de Terrien ne fait que réagir aux attaques, les rares initiatives s’avérant catastrophiques (la 1ère scène, l’attaque au napalm). Aucun morceau de bravoure bien que le film souligne le courage et l’abnégation de ces soldats. Et puis chaque camp se livre à des actes barbares, la France commettant des exactions hautement condamnables rendant la cause qu’elle défend douteuses et illégitime.
Le film insiste également fort à propos sur la participation des harkis à la seconde guerre mondiale aux côtés des français, mettant en évidence le caractère doublement fratricide du conflit en question . Un des soldats de la section, Saïd, s’apercevant que le fellagha capturé et lui ont combattu ensemble lors de la bataille de Monte Cassino.
Surtout, 9 petites années séparent les 2 conflits. Assez pourtant pour oublier les tortures infligées par la Gestapo et les reproduire ici (le capitaine Berthaut ).
« L’ennemi intime » s’attache donc à recontextualiser les évènements dans un contexte historique plus large et replacer ces faits dans le cadre d’une narration afin d’éviter tout didactisme lourdingue.
La mission assignée à Terrien et les siens, localiser et éliminer un dénommé Slimane, est un pur prétexte, l’objectif étant atteint par hasard sans qu’aucun s’en rende compte. Ce qui intéresse véritablement Siri, c’est le microcosme constitué par cette section hétéroclite composée de très (trop) jeunes appelés, d’un baroudeur, d’un harki, d’un idéaliste et d’un enfant et vivant en vase clos.
Outre ses déchirements autant fraternels qu’idéologiques, chacun s’accommode comme il peut de la violence environnante.
Plus particulièrement, le film tente de répondre à la question posée par le documentaire de Rotman, comment un homme ordinaire devient un bourreau banal ?
La structure du film est concomitante de l’évolution de Terrien, celui-ci devenant ce qu’il haïssait.
Dans un contexte d’isolement favorisant la perte de repères, la logique de la meute ou la préservation du groupe, les apparences trompeuses (paysannes ou fellaghas), le climat d’incertitude et l’ambivalence morale vont le précipiter au fond du gouffre.
Terrien incarne la figure du juste, il refuse la barbarie. Mais face à la logique de la guerre qui une logique de l’instant, de l’instinct, l’écart qu’il maintenait entre son être et sa fonction ne pourra être maintenu. Les évènements auxquels il sera confronté lui martèleront que le seul moyen de survivre est d’adhérer pleinement à sa fonction. Et d’oublier toute humanité.
Les traumatismes successifs subis par Terrien sont mis en scène de manière quasi hallucinatoire. Ainsi on passe d’une absence de musique et de bruits à un environnement sonore saturé, ne reste que la respiration saccadée et le visage halluciné de Magimel. Terrien atteint les limites de l’acceptable.
Face à une violence sauvage (pulsionnelle) et une violence rationnelle (utile), Terrien s’aperçoit, trop tard, que l’ennemi n’est pas en face mais en soi.
Alors aucun choix ne serait possible, quand bien même on serait préparé à ne pas répondre à la barbarie par la barbarie ? Non. Le personnage de Dougnac est là pour l’attester. Contre toute attente et alors qu’il faisait figure de bourreau ordinaire, il aura le courage de tout abandonner.
Aussi démonstratif que nécessaire, notamment dans les combats, tout en jouant du hors-champ et des allusions, Siri est parvenu à représenter cette violence sans tomber dans la complaisance.
S’il rend justice aux combattants, jamais il ne tente de réhabiliter cette guerre. Il en montre toutes les facettes (tortures, exécutions sommaires appelées aussi « corvée de bois », massacre de villages entiers, utilisation du napalm) et les contradictions.
Un film d’une intensité rare, qui tout en menant une réflexion approfondie sur ce conflit, sait ménager des séquences terrifiantes, fortement chargées en émotion et adénaline.
L’impression d’absence de la guerre d’Algérie sur nos écrans renvoie en fait à l’absence d’un grand film sur le conflit ou même d’un film d’action classique comme le génère toute guerre. Une béance que « L’ennemi intime » vient enfin combler.
Après la légitimation législative (loi du 18 octobre 1999 reconnaissant le qualificatif de guerre, renommant les actions de maintien de l’ordre ne guerre d’Algérie), Siri offre une légitimation cinématographique.
Alors, quand un film se montre aussi épique et intelligent dans la manière de traiter d’évènements aussi traumatisants que la guerre d’Algérie, on lève son petit cul et on se précipite dans le cinéma le plus proche !
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Posté le 04.10.2007 par houseofgeeks
Eli Roth, nouveau maître de l’horreur ? Assurément. Pourtant c’était mal parti car après un hommage appuyé à Evil Dead (Cabin fever) mal dégrossi, arriva Hostel premier dont la promo agressive, un pitch connu de tous et des extraits choisis suscita une attente fébrile.
A ce titre, il s’avère décevant en termes de tension, de rythme et d’horreur pure. Jouer la carte du changement de ton drastique –d’une sorte d’american pie en Slovaquie on passe à une réactivation des camps de la mort nazi – aurait pu s’avérer payant si l’histoire n’avait pas été diluée à outrance dans une première partie offrant peu d’intérêt en terme narratif et de caractérisation. Et paradoxalement, c’est là sa réussite. Car Eli Roth plutôt que de proposer un énième shocker, s’appuie sur des personnages archétypaux (des étudiants américains) pour opérer un hallucinant renversement de situation et de valeurs.
Partis dans l’est de l’Europe à des fins sexuelles (se faire un maximum de filles), ils se retrouvent perdus face à un pays et une culture différente. Maintenant, se sont eux les proies. Leur nationalité ne leur offrant plus qu’une valeur…marchande. Et si la menace est constamment différée c’est pour mieux nous inciter à nous désintéresser de leur sort. De sorte, qu’ils n’apparaissent plus que comme des cadavres en puissance. Une déshumanisation qui s’opère en même temps sur le spectateur qui après une heure d’exposition longuette n’espère plus qu’une chose, que les sévices commencent ! A l’instar des « tueurs » du film, les protagonistes ne nous intéressent qu’en tant que corps à dépecer. Bien servi par une bande son stressante et une imagerie délétère liée aux camps de concentration, il n’empêche que le film souffre d’un cruel manque de rythme. Mais il aura au moins permis de poser les bases d’une nouvelle mythologie de cette société secrète offrant à ses plus riches clients l’ultime divertissement : torturer et tuer quelqu'un en toute impunité.
Le premier est loin d’avoir fait l’unanimité bien qu’auréolé d’un certain succès critique autant que public. L’occasion avec le II de rectifier le tir.
Plus qu’une suite, c’est quasiment un remake. Enchaînant directement après la fin du premier, cette suite rappelle rapidement les évènements passés et expose clairement sa nouvelle note d’intention via une scène pour le moins viscérale. Concluant ainsi la première intrigue pour repartir sur une autre histoire.
Cette fois-ci nous suivons trois jeunes américaines étudiant l’art en Italie et partant faire une virée à Prague pendant leurs vacances. Elles sont vite réorientées vers le fameux hôtel de Slovaquie par une rabatteuse. Parallèlement, nous suivons le parcours à la fois physique et initiatique de deux amis avides de sensations toujours plus extrêmes. Si l’un semble plus qu’enthousiasmé par cette nouvelle expérience, l’autre se montre plus réticent, doutant de sa capacité à se laisser consumer par sa bestialité.
Après s’être joué de nos attentes dans le premier, cette fois-ci il joue avec. Plutôt que de montrer des mises à mort brutales ou des tortures sauvages, Roth se permet un certain raffinement dans la mise en scène. Des séquences hautement référentielles (notamment le cinéma d’horreur italien) comme autant de tableaux morbides. Que se soit l’exécution très saphique de la jeune vierge vidée de son sang à coup de faux, de la préparation de la viande avant l’équarrissage (le maquillage de la deuxième des amies dans une loge digne d’un théâtre), de la salle des trophées bien particulière ou de ce vieil épicurien consommant les meilleurs morceaux de sa victime, tout concourt à rendre la mort aussi esthétique et séduisante que possible.
Plus incisif, le rythme plus soutenu, nous nous prenons d’emblée d’affection pour les jeunes filles. D’autant que la menace incarnée par ces nouveaux bouchers se fait de plus en plus prégnante. Ils viennent observer de près leurs proies lors d’une fête médiévale.
D’ailleurs, ils deviennent les référents des spectateurs au même titre sinon plus que les futures victimes. Ce qui permet de développer ce qui avait été à peine amorcé dans le premier, à savoir le fonctionnement de cette société de tueurs.
Nous montrant comment s’effectue le recrutement des nouveaux clients (des ventes aux enchères, bien particulières), comment cette société s’immisce peu à peu dans leur esprit pour les obnubiler complètement, comment elle les divertit et les détend (grâce au sexe bien évidemment) avant l’acte fatidique. En clair comment elle les pervertit, laissant son empreinte physique (figuré par ce tatouage d’une tête de chien de chasse) autant que psychique.
Cette société mystérieuse personnifiant tout simplement la doctrine capitaliste animant nos sociétés contemporaines. Doctrine poussée ici jusqu’à l’absurde visuellement parlant mais parfaitement raccord idéologiquement. Seul importe l’argent qui permet de disposer des corps comme autant de marchandises. Aucune loyauté ou morale autres que celles du business.
L’horreur capitaliste dans toute sa splendeur. Et le « retournement » de situation final (entre guillemets car finalement plutôt logique) démontrant que c’est autant une question d’argent qu’une question d’éthique, de valeur morale.
Une fois encore, Roth utilise le genre qu’il adore pour pousser toujours plus loin la logique de l’idéologie dominante.
Se rapprochant, de fait de ces illustres aînés des années 70 dont le propos politique ne pouvait être figuré que par les films d’horreur, genre transgressif par excellence.
Et alors que les fleurons du genre tels que Halloween, Maniac, Massacre à la tronçonneuse ou même les dents de la mer mettaient en scène un tueur à la posture et au mode opératoire facilement identifiables, au psychisme altéré par un trauma d’ordre familial, structurel ou économique, le diptyque Hostel nous présente des « tueurs » au caractères indiscernable et portant le même uniforme. Surtout, c’est mû par une perversion insensée et rendue possible par une certaine manne financière qu’ils passent à l’acte. En somme, ils représentent une masse indifférenciée, c'est-à-dire nous.
Là où les deux films s’avèrent terrifiants, c’est qu’ils mettent en scène la façon dont l’Amérique appréhende les cultures inconnues et considère le reste du monde. Une vision toute particulière puisque résultante de la paranoïa ambiante post 11 septembre.
Tout en allant au bout d’une logique commerciale globale où les corps sont des marchandises comme les autres, où la capacité à céder ou non à des pulsions mortifères est subordonnée à une certaine richesse, ils s’interrogent sur la prédation autant physique que sexuelle.
Plus subtil qu’il n’en a l’air, Hostel II permet en outre de réapprécier à la hausse le premier volet. La seule chose que l’on pourra lui reprocher est une fin trop abrupte laissant clairement le champ libre à un troisième chapitre.
L’horreur n’est plus cette aberration perpétrée par une poignée d’illuminés en même temps que la critique de la société de consommation s’est radicalisée. Dorénavant, la seule justification à des actes aussi horribles est qu’ils peuvent se le permettre. Et si l’on considére que le rêve communiste a projeté sur le peuple son système de contrôle total, c’est alors à l’intérieur même de l’individu que le rêve capitaliste projette un système de contrôle non moins total.
Cette nouvelle vague horrifique générée par Hostel est-elle le signe d’une lucidité salutaire sur l’état de la société dans laquelle nous évoluons ou celui d’un cynisme généralisé ?
Car Hostel I et II entérine quelque peu la disparition progressive des tueurs à forte personnalité dont les apparitions sporadiques autant que terrifiantes déterminaient le rythme cardiaque du spectateur.
Cependant, cette tendance n’est peut être pas aussi affirmée puisque Rob Zombie reprendra très prochainement Halloween premier du nom pour livrer une vision toute personnelle de cette mythologie.
Posté le 10.09.2007 par houseofgeeks
sSi vous aimez les films d'horreur sans concessions, sans second degré ou blagues merdiques, avec une vraie bonne histoire, des persos bien campés et r"alisé avec les tripes, alors retenez bien ce nom : Xavier GENS
Son deuxiéme film, l'adaptation du hit vidéoludique "Hitman" sort bientôt. Mais c'est définitivement avec son 1er long qui ne sortira qu'en 2008 (?!!) qu'il va laisser son empreinte.
Et rien que pour voir Samuel LeBihan en brute épaisse appartenant à une famille de néo-nazis dégénérés, ça ne se refuse pas !
Posté le 10.09.2007 par houseofgeeks
Prise d'otage de 11 athlètes israéliens lors des J.O de 1972 à Munich par le groupe terroriste palestinien, "Septembre Noir". Résultat des courses ? Les otages sont abattus.
Le film prend donc ce fait historique comme point de départ pour raconter la quête vengeresse d'un commando de 5 agents du Mossad (les services secrets israéliens) chargé d'abattre les 11 terroristes palestiniens.
Le film de Spielberg est en fait la deuxième adaptation du controversé livre "Vengeance" du journaliste canadien George Jonas. La précédente version, "Sword of Gidéon", datant de la fin des années 70 avec notamment le grand Lino Ventura.
A la base, donc un livre polémique puisque prenant quelques libertés avec la vérité historique. Ou plutôt qui interprète et extrapolle sur des faits donnés. Le film de Spielberg n'est pas un film historique ou un docu-fiction. Il ne cherche pas à établir une vérité ou raconter par le menu ces évènements tragiques. C'est une FICTION. C'est à dire qu'il se sert de cette prise d'otage comme point de départ pour étayer sa réflexion sur le conflit israëlo-palestinien mais également sur l'escalade de la violence internationale actuelle. Ceci pour éteindre d'emblée les diverses polémiques et attaques dont il a été victime. N'écoutez pas ces commentaires rageurs de journalistes le traitant d'irresponsable, l'accusant de jeter de l'huile sur le feu (très à la mode cette expression d'ailleurs), d'être va-t'en-guerre et pire l'accusant d'anti-sémitisme (!).
Il faut bien comprendre que la démarche de Spielberg est consécutive aux attentats du 11 septembre 2001. Ces derniers films ont été une amorce de réflexion, Minority Report s'interrogeait sur la propagation de mesures liberticides et la politique sécuritaire généralisée, Le Terminal épousait le point de vue d'un apatride complètement perdu dans la nouvelle marche du monde, tandis que La Guerre des Mondes confrontait directement l'amérique à sa plus grande peur en lui renvoyant à la gueule l'image de sa propre destruction. Un anéantissement dont l'amérique porte les germes en elle d'ailleurs, comme subtilement bien montré par Steven dans ce chef-d'oeuvre de S.F.
Même si Minority Report et Le Terminal souffrent du traitement habituellement naïf de Spielberg (la fin de Minority et des pans entiers du Terminal), au moins l'intention y est.
Et Munich d'explorer ces pistes, cette fois-ci frontalement. Comme le laissait supposer le passage de "la Guerre des Mondes" où Cruise affronte son "double maléfique" dans la cave où lui et sa fille sont réfugiés, Spielberg en a assez que l'on se voile la face. Il est temps de se confronter réellement au problème.
D'emblée Munich n'affiche aucun parti pris (comme certains l'ont injustement reprochés), il renvoie les différents bélligérants dos à dos, pour bien marquer le fait que l'escalade de la violence n'est pas le fait d'un seul côté. Et il le fait d'une manière magistrale lors d'une séquence où un membre de "Septembre Noir" et le 1er ministre israëlien de l'époque (Golda Meir) apparaissent liés autant que séparé par l'image télévisuelle. De même que plus tard, lors de la désignation du commando vengeur, l'énonciation des noms des otages tués et les photos des auteurs présumés s'enchaînent pour presque se confondre. Imparable.
Et tout le film est truffé d'expérimentations visuelles et narratives qui loin d'être gratuites (genre David Fincher pour ne citer que lui) servent à merveille son propos.
Les acteurs sont absolument inoubliables. Mentions spéciales au français Lonsdale, à l'australien Daniel Craig (futur James Bond !), l'anglais Geoffrey Rush et surtout à Eric Bana qui est bluffant.
Le film est d'une grande virtuosité, à la fois ode à la paix et constat amer de l'impasse dans lequel l'escalade des actes de vengeances nous on conduit. Mais c'est par dessus tout un film éminamment poignant et complexe, réfletant en cela parfaitement la complexité des relations israelo-palestinienne avec le reste du monde.
Certains ont reproché à Spielberg son manque d'implication, un ton consensuel qui mesure son incapacité à prendre fait et cause pour un côté ou l'autre. D'une part, ce ton est moins prégnant mais surtout la retranscription de relations aussi complexes ne peut pas faire l'économie d'une certaine retenue. Ceci dit, le gouvernement israëlien est tout de même pris à parti puisqu'il apparaît in fine dans le film manipulateur et impitoyable.
De même on aura beaucoup glosé sur la petite fille qui échappe par miracle à l'attentat à l'explosif perpétré par le groupe. Outre le fait que cela permet d'entretenir une certaine tension, c'est surtout un parfait contre-point à la détermination presque aveugle de ce commando répressif. Ils sont persuadés d'agir pour la bonne cause, prêts à abattre froidement ceux qu'ils pensent être responsables (car en plus ils n'ont aucune certitude !) mais ils ne sont pas prêts à sacrifier la vie d'innocent malgré tout. Ainsi, l'implication morale de leur quête vengeresse sera t'elle définie à l'aune de ce micro-évènement perçu initialement comme un simple artifice narratif.
Oui, le film de Spielberg est beaucoup plus complexe et engagé qu'il n'y paraît. Tout comme la réalité d'ailleurs.
Posté le 10.09.2007 par houseofgeeks
A l'occasion de la sortie de "300" en dvd le 26/09/2007, revenons sur un film à la hauteur de la légende qu'il illustre. Tout simplement énorme !
Le succès de « Sin city » aura vraiment pavé la voie à l’adaptation des œuvres de Franck Miller. Et bien que la qualité du film de Roberto Rodriguez soit tout de même sacrément sujette à caution (aucun véritable travail d’adaptation, juste une retranscription à la case près des graphics novels, poses statiques comprises. Ce qui pour un film d’action la fout mal quand même !), au moins aura-t-il permis à Miller de trouver sa place au sein de l’industrie cinématographique après ses tentatives pour y faire son trou.
Qu’on se souvienne que son travail sur le scénario de » Robocop II » a été fortement contrarié par des costards-cravates qui se demandaient comment circoncire sa vision « hardboiled » de la franchise à une séquelle plus consensuelle (après le brulôt de Verhoeven, forcément…) et plus « cartoonesque ». Même s’il en reste des fulgurances assez jouissives qui sauvent le film du désastre complet et nous faisant regretter un peu plus encore que sa vision n’ait pu être intégralement porté à l’écran.
Alors oui, louons cette grosse feignasse de Rodriguez car grâce à lui, l’œuvre de Miller est devenue « bankable » et c’est ainsi que le projet d’adaptation de sa BD sur la bataille des Thermopyles a pu voir le jour.
Pourtant, le doute subsiste au moment où le studio annonce fièrement que c’est le clipeur Zack Snyder qui sera en charge de la réalisation. Certes le premier quart d’heure de son remake de « Zombie » est impressionnant mais le reste est une purge sans nom qui essaie de camoufler sa fadeur pamphlétaire derrière des scènes chocs et surtout ses zombies sprintant tout azimut. Pire voilà qu’on nous annonce un tournage réalisé entièrement sur fond bleu. C'est-à-dire que tout (la lumière, les décors, les monstres….) sera généré par ordinateur. Quand on voit ce qu’a pu donner « Star Wars » dernière génération….
Mais c’est oublier peut être un peu vite la réussite formelle du très sympa « Captain sky et le monde de demain »….
Et franchement, le résultat va bien au-delà des espérances. Car contre toute attente, Snyder a réussi à livrer une œuvre épique magistrale, une véritable ode à la liberté, barbare et guerrière qui fiche une patate d’enfer ! Mais comment en est-on arrivé là ?
Déjà, Snyder bien que respectant le matériau original au plus près (intrigues, séquences chocs et ambiance furieuse) il fournit tout de même un travail d’adaptation nécessaire et bénéfique. C’est p’tete con à dire mais la base du cinéma c’est quand même le langage cinématographique. Et tout le talent et les innovations techniques du monde ne remplaceront jamais cette bonne vieille grammaire cinématographique qui permet d’impliquer un maximum le spectateur en lui racontant le plus clairement possible une histoire.
Ici, celle de 300 guerriers spartiates parti s’opposer à la tentative d’invasion de la Grèce par l’armée perse regroupée autour de leur Dieu/Roi, Xerxès.
Surtout, il a réussi à imposer sa vision de l’œuvre de Miller aux exécutifs des studios, à son équipe et aux fans. Ce qui était une sacrée gageure ! Car l’option du tout numérique change tout. Cela permet de renforcer des séquences et des plans entiers pour en faire de véritables œuvres d’art. Cela permet surtout de transfigurer cette histoire, de la transcender pour en donner une vision mythologique et crépusculaire. Car il faut bien l’avouer, si cela avait été tourné traditionnellement on aurait eu droit à un péplum à la limite du ridicule.
Comme Mel Gibson avec « Apokalypto », le but de Snyder n’était absolument pas de respecter une quelconque vérité historique. Chose que des historiens leur auront bizarrement reproché. Car si l’un a livré un survival racontant en filigrane la fin d’une civilisation (de la notre ?) et le danger de la collusion entre pouvoir religieux, politique et superstitions, le film de Snyder est un film galvanisant et prônant la liberté envers et contre tout, le sacrifice de soi pour ses convictions.
Et puis, difficile de contester l’aspect légendaire prégnant puisque, la bataille des Thermopyles est à la base une vérité historique devenue mythique avec le temps.
Donc Snyder respecte totalement le bouquin tout en développant une sous intrigue voyant les démêlés de la femme de Léonidas avec le conseil des sages de Sparte pour les convaincre d’envoyer des renforts à son mari. Alors que nombreux ont été ceux se plaignant que ces passages ralentissaient l’histoire, au contraire ils apportent des pauses respiratoires bienvenues dans l’enchaînement de ces combats de folie furieuse. Mieux, ils permettent de souligner la détermination et la force de Gorgo qui, bien que ne participant pas aux combats, est de la même étoffe que Léonidas : irréductible à toute soumission et trahison.
Bon, parlons maintenant des quelques faiblesses du film. D’une part, l’entraînement physique autant que psychologique des futurs guerriers auraient pu être plus développés pour insister sur la discipline de fer auxquels ils étaient confrontés et devaient adhérer. D’autre part, l’aspect eugéniste de cette civilisation aurait mérité d’être plus appuyé afin d’apporter un contraste encore plus saisissant, ces guerriers adeptes d’une sélection des meilleurs dès la naissance qui sont également des fervents défenseurs de la démocratie. Même si Sparte, véritable phalange armé de la Grèce d’Aristote, avait aussi des motivations autrement plus intéressées (éviter une invasion et l’anéantissement de leur cité) et que la démocratie de l’époque était quand loin d’être aussi développée que maintenant.
Et puis, la direction d’acteurs est impeccable. A ce titre, l’interprétation de Gérard Butler dans le rôle de Léonidas est monumentale. Il est complètement habité par le personnage.
Outre le travail infographique sur les décors et paysages, le bestiaire peuplant le métrage est assez fantastique. Renforçant par la même la vision mythologique de la bataille. Grande idée d’avoir ainsi caractériser ce géant, sorte de Hulk antique qui tue indifféremment ses alliés Perses que des Spartiates dans sa rage destructrice. Son duel avec Léonidas symbolisant par la même l’opposition de l’asclavage et de la liberté. Et puis, le look des immortels est incroyable, sorte de vampires au faciès rappelant les « reapers » de Blade II.
Venons en maintenant aux véritables moment forts de l’histoire : les combats. Et là, force est de constater qu’ils sont tout bonnement monumentaux. Et si on craignait que multiplier les ralentis les amoindrirait, il n’en est rien. Bien au contraire. Leur intelligent usage permet de renforcer la puissance des coups de manière paroxystique. Du grand art. Et le plan séquence latéral qui voit Léonidas se frayer un chemin à coup d’épée est dores et déjà un classique. Tout en se permettant des décadrages dans l’axe, la profondeur de champ est telle qu’on arrive à ne pas perdre une miette des combats se déroulant au second plan. De même que le dernier raid de deux spartiates à l’intérieur des lignes ennemies est d’une grande puissance formelle et émotionnelle (limite si on se lève pas de son siège pour dégainer son glaive !), et ce d’autant plus qu’il n’y a pas de surdécoupage et que malgré l’arrivée des assaillants de tous les côtés, le tout reste parfaitement lisible.
Pour en revenir à l’usage du ralenti dans les combats, on peut trouver un parallèle avec ce qu’avaient expérimentés les Wachowski sur la trilogie Matrix. Plus Néo acquérait la maîtrise des techniques de combats, plus il maîtrisait son environnement et sa perception. Une maîtrise alors illustré par ces ralentis figurant une vitesse surhumaine et notamment l’usage du « bullet time ». Les spartiates étant des combattants aguerris maîtrisant parfaitement l’art de la guerre, c’est en toute logique que leur maîtrise s’affiche ici de la même manière.
Sans parler des visions dantesques qui pullulent, comme la découverte par les Spartiates de « l’arbre sacrificiel », le déchaînement des éléments sur la flotte perse, la première confrontation entre les belligérants qui voit les guerriers repousser et précipiter dans le vide la 1ère vague d’assaut, le mur de corps érigé par les spartiates….Un film qui compte nombre de moments de bravoure et de plans/peintures dont la principale influence reste l’œuvre de Frank Frazetta.
Bref, vous l’aurez compris c’est du grand spectacle, un déchaînement d’émotions qui laisse pantois. Du même niveau que « le retour du roi ». Et puis entendre ces guerriers lancer leur cri de guerre donne des frissons de bonheur. « AH OOUUHH !!! »
« 300 » est une véritable réussite artistique et qui a permis en outre à Miller d’entrer par la grande porte dans ce milieu hollywoodien qui le fascine (autant qu’il a pu lé révulser dans les 90’s) et surtout assoit un peu plus la réputation de Snyder. En plus de livrer des films commercialement viables, il s’affirme également de plus en plus respectueux de l’esprit des œuvres qu’il adapte. Et sachant qu’il est en train de s’atteler à celle de ce monument de la B.D qu’est « The Watchmen », on ne peut qu’être confiant. Finalement, après tant d’années d’atermoiement, d’espoirs en cruelle désillusion, ils ont peut être trouvé l’homme de la situation. Ce sera alors un autre des mérites à mettre au crédit de « 300 », film grandiose et future référence du genre.
Autre exploit et pas des moindres, le coût de « 300 » s’élève à 60 petits millions de dollars. Ce qui amène la question suivante : comment se fait-il qu’avec un budget équivalent, Mark Steven Johnson nous ponde une bouse comme « Ghost Rider » ?
Posté le 10.09.2007 par houseofgeeks
Petites théories de ce qu'est vraiment cette maudite île.
Théorie élaborée à partir des éléments des deux premières saisons.
Bon, c'est un peu long, désolé.
Au fait, s'il n'y a pas de cuillère (cf Matrix) de même dans Lost il n' y a pas d'île !
ça c'était l'accroche, maintenant vous pouvez lire la suite.
Difficile de s'y retrouver dans cet écheveau de sous-intrigues, de nombres maudits et autres révélations. J'ai pas la prétention de tout vous expliquer par le menu, mais juste vous exposer deux théories qui, ma foi, tiennent pas trop mal la route.
Premièrement, c'est l'épisode 18 de la seconde saison, centré sur Hugo qui m'a aiguillé là-dessus. Les flash-backs à l'hôpital où il était interné le montre notamment dans le bureau du médecin, assis sur un fauteil avec au-dessus de la tête une grande photo encadrée d'une île paradisiaque. Puis tout l'épisode tourne autour de son ami imaginaire qui apparaît sur l'île pour mettre en doute sa perception de la réalité, mettant en doute le fait qu'il soit effectivement naufragé. C'est Libby qui le convainct que tout ne se passe pas dans sa tête puisqu'il ne sait pas ce qu'elle a vécu et ressenti de son côté avant leur rencontre. Et puis, coup de théâtre, l'épisode se termine sur un des flash-backs mais adoptant un autre point de vue et montrant que Libby était interné dans le même hôpital.
Et si tout se passait non pas dans la tête d'un seul mais de tous ? Et si tous les « survivants » étaient effectivement soumis à une expérience, pas sur l'île mais dans ce même hôpital ?!
On peut considérer que ce centre d'internement est contrôllé par l'initiative Dharma qui profite de cette manne de sujets d'études potentiels pour en sélectionner certains afin de les soumettre à une expérimentation sur le comportement. En les reliant à une espèce de machine neuronale.
Mais plus qu’un système générant des stimulations neuronales par des simulations (système par ailleurs extrêmement complexe à générer chez chacun des individus connectés), le tout peut être pensé comme une usine à rêves.
Ainsi, le système peut se contenter d’induire chez les individus le rêve des situations dans lesquelles ils sont impliqués. Et on peut penser qu’elle peut induire des rêves concordants sans avoir à s’assurer que les individus s’accordent sur une même interprétation. Pour ainsi, leurrer les « survivants » sur leur propre subjectivité.
Ls « autres » étant la représentation virtuelle de personnels soignants chargés de surveiller et contrôller les réactions.
Franchement, cette hypothèse me séduit pas mal. Pas vous ?
Deuxièmement, la série est truffée de références littéraires.
On va commencer par les plus évidentes, comme "L'ïle mystérieuse" de Jules Verne, "Tom Sawyer". Mais ces rescapés reformant une société fait penser à l'intrigue de "Sa majesté des mouches" de William Golding. Henry Gale, leader présumé des "autres" est le nom de l'oncle à Dorothy l'héroïne du "magicien d'Oz". Et dans le même bouquin, le magicien en question a lui-même été victime d'un accident de Montgolfière...
Les scientifiques présentés sur le film trouvé sous la trappe se sont basés sur deux ouvrages existant réellement.
Le sigle octogonnal de Dharma représente un "bagua". Dans la mythologie chinoise, cet octogonne est composé de 8 trigrammes (un sur chaque côté, donc) qui si on les combinne de diverses façons forment à leur tour d'autres figures appelées Hexagrammes. Ces 64 Héxagrammes se retrouvent dans le Yi-King, ou livre des transformations. Sorte de recueil de prémonitions, différents héxagrammes combinés pouvant être interprétés comme divers états du monde. Et ce Yi-King est un élément important du roman de Philippe K. Dick "Le maître du Haut-Château".
Dans la série elle-même, il est fait deux fois référence au cours de la 2ème saison au roman "Bad Twin" de Gary Troup (Sawyer est en train de lire le manuscrit avant que Jack le jette aux flammes). Roman totalement fictif et servant à l'intrigue (l'anagramme de Gary Troup étant Purgatory), les concepteurs de la série sont allés jusqu'à faire écrire ce livre par un des scénaristes afin de le vendre dans la réalité ! Une mise en abyme totale de la fiction. Et encore, je dois en oublier...
Bref, tout ça pour dire que la série en est parsemée. Allez der des der, le 1er épisode de la 3ème saison s'intitule "A tale of two cities", titre d'un roman de Charles Dickens (par ailleurs auteur favori de Desmond, l'écossais qui occupait la trappe). Sans parler des noms Locke et Rousseau qui font bien entendu référence à deux philosophes du 18ème siècle. Ok, j'arrête.
De plus, Henry Gale, leader des autres, parle d'une personne au-dessus d'eux considérée comme un génie.
Et si tous les protagonistes étaient tout bonnement des personnages de fictions !
L'île pouvant être considérée comme un « no man's land » créatif où un auteur (de génie, donc) aurait remisé toutes ses idées pour de futurs livres. Hypothèse corroboré par le fait que tous les flash-backs des personnages peuvent être considérés comme autant de développements de leur background fictionnel, permettant ainsi d'étoffer leur « personnalité ». Ou encore, ces flash-backs peuvent être carrément considérés comme des passages marquants des livres précédents dans lesquels ils apparaissaient.
Disons que tous ces personnages sont en quête d'auteur. Une façon « pyrandellienne » d'aborder cette série. Référence au dramaturge italien du 20ème siécle, Pirandello, dont la spécificité des pièces étaient de confronter ses personnages à leur statut fictif (le théâtre dans le théâtre) et de jouer avec la subjectivité de chacun d'eux (à chacun sa vérité). Les « autres » pouvant être considérés comme autant de personnages de fictions qui ont compris et admis leurs statut de personnages fictifs, ayant acquis une existence propre et plus ou moins indépendante et chargés de réguler un peu ce qui se passe dans l'esprit (sur l'île) de l'auteur. Des sortes de gardes-fous personnifiés en somme.
J'avoue que ça me plaît pas mal aussi.
Mais bon entre une simili matrice organique (et non plus machinale) et une mise en abyme de la fiction par elle-même, mon cœur balance.
Et j’opterais pour la seconde qui serait sacrément ambitieuse et risquée.
Et s’il fallait une ultime accréditation, rappelons nous qu’au moment où la trappe est en train de se disloquer, Desmond sort la clé d’un…livre. La clé est dans le livre, on peut difficelement faire plus explicite !
Je le répète, à l’instar de la saga Matrix dont la phrase clé est : il n’ y a pas de cuillère (c.à.d il n’y a pas de réalité, la matrice est globale,etc….), dans Lost je réaffirme qu’il n’y a pas d’île !!!
Posté le 10.09.2007 par houseofgeeks
John Mc Clane est de retour ! 12 après sa dernière apparition sous l’égide de John Mc Tiernan, il revient enfin.
Las, ce n’est pas Mc T . qui s’en charge mais Len Wiseman. Les deux Underworld sont certes très réussis visuellement mais on ne peut pas dire que l’intéressé ait pour le moment réussi à imposer une vision et un univers à la fois personnel et original. Mais bon, tout le monde ne peut avoir l’étoffe d’un génie cinématographique.
Le bonhomme a un certain talent, pas de doute. Outre l’évidente opération commerciale que représente ce retour inespéré, il est intéressant de noter qu’il participe du revival généralisé des grandes figures héroïques des années 80 (Rocky Balboa l’année dernière et Rambo IV en 2008). Et alors que la démarche de Stalone , au-delà d’une énième tentative de relance de sa carrière, apparaissait sincère et humble de livrer un dernier chapitre à un personnage devenu maintenant mythique, le retour de Mc Clane suscite des interrogations.
Mais d’abord, a-t-on eu droit à du grand spectacle ? Sans retenue, la réponse est bien évidemment oui. Mais en a-t-on eu du bon ? Et là, ça coince un peu.
Pour illustrer un pitch aussi délirant que débile (comme tous ceux de la saga, d’ailleurs) ; une organisation « terroriste » dirigée par un super-patriote se charge de montrer à l’Amérique les failles de son système de protection et de sécurisation en prenant le contrôle du pays par le biais d’une gigantesque OPA ; nous avons droit à des scènes d’action vraiment hénaurmes. Le terrain de jeu ayant cette fois les limites de plusieurs états, nous assistons médusés à un incroyable accident de la circulation dans le pont reliant New-York et le New-Jersey, l’explosion d’une raffinerie de gaz naturel ou encore la destruction d’une autoroute à plusieurs niveaux lors de la poursuite d’un semi-remorque par un avion de chasse !
Tandis que Mc Tiernan utilisait la structure d’un film d’action pour en redéfinir le concept, redonner toute son importance aux véritables héros, ces hommes de la rue dont Mc Clane est à la fois le digne représentant et un modèle indépassable, tout en questionnant et travaillant son statut d’icône, Wiseman se contente de fournir le lot attendu de péripéties toujours plus spectaculaires.
C’est bien beau d’utiliser les gimmicks de la saga (Yipikaye, Mc Clane seul contre tous, le duel final, l’objectif dissimulé des « terroriste », les relations conflictuelles avec sa femme/sa fille ici, etc) mais c’est méconnaître et surtout faire injure au véritable apport de Mc T à cette franchise.
Dans son entreprise d’en faire toujours plus, « Die hard 4 » se rapproche du deuxième épisode tourné par Renny Harlin. Si « 58 minutes pour vivre » était un quasi remake de « piège de cristal », « Die hard 4 » est le quasi remake du troisième opus.
Les deux s’interrogent sur le buddy-movie, (genre emblématique du film d’action estampillé eighties depuis « 48 heures » ou « Lethal Weapon »). Là où Mc T en montrait les limites, Wiseman en utilise les ficelles les plus éculées.
Cependant, le side-kick interprété par Justin Long est loin d’être inutile à l’intrigue. Bien que son jeune âge soit justifié afin que la jeune génération ne connaissant pas John Mc Clane (mais est-ce seulement possible ?) puisse s’identifier, il est là avant tout pour guider Mc Clane au milieu de la technologie numérique et virtuelle qui régit son monde.
Car Mc Clane est un être analogique. L’un des enjeux est donc son adaptabilité à son nouvel environnement.
Après avoir contraint et marqué l’environnement physique des précédents opus, il doit ici passer l’épreuve du numérique.
On ne peut pas dire qu’il en sorte indemne.
Mais plus que des répercussions sur sa personne, c’est bien au niveau de sa représentation que l’icône du film d’action est bouleversée.
Les effets numériques, par nature, lissent les images. Cette fois-ci, ils ont eu la peau de notre anti-conformiste préféré.
Dans « Une journée en enfer » il coopérait déjà avec les forces de police et se pliait aux règles du jeu de Simon Gruber mais cela le conduisait dans une impasse (parfaitement rendue par l’épreuve de la fontaine) et précipitait le retour aux bonnes vieilles méthodes et le chaos (illustré par une caméra et une réalisation en roue libre).
Dorénavant, le personnage lui-même est le garant de l’autorité (voir les remontrances de John au jeune hacker). Alors que précédemment la menace l’impliquait en premier lieu (sa femme étant prise en otage dans les 2 premiers, vendetta du frère Gruber dans le 3ème), cette fois-ci il se trouve juste « au mauvais endroit, au mauvais moment » (suivant le slogan de la campagne promo), n’agissant plus que pour correspondre à l’image de l’ultime cow-boy que sa popularité aura façonnée. Un manque d’enthousiasme patent que révèle son assertion qu’il faut bien que quelqu’un fasse le job. Les années et surtout les exécutifs ont eu raison de la « bad-mother-fucker » attitude de Mc Clane. Toute la force du personnage tenait à sa capacité de se transcender face à un danger l’impliquant personnellement et donc émotionnellement. Et c’est pour corriger cette erreur que les costard-cravates d’hollywood ont orchestrés l’enlèvement de sa fille en milieu de film. Complètement artificiel, il ne fait qu’ajouter à notre déception.
Oubliant d’impliquer émotionnellement le spectateur, le film tente d’imprimer un rythme trépidant balisé par des scènes d’actions toujours plus incroyables.
D’accord, il en prend plein la gueule. Certes, il a encore plus de stigmates qu’avant. Oui, il est précipité dans des situations toujours plus désespérées. Cependant, l’essence même du personnage est pervertie.
La faute à des scènes d’action bien filmées mais sans âme, le charisme défaillant du bad-guy (malgré les efforts louables de Timothy Oliphant) et un duel final trop vite expédié, trop bavard et singeant de manière désolante celui du 1er.
Pire, le costume du héros est carrément passé à la trappe ! Mais où est son « marcel » désormais emblématique ?
Voulant relancer la franchise en la façonnant de telle sorte à attirer la jeune génération tout en essayant de contenter les fans de la première heure, le film s’avère un bon gros actionner très divertissant mais un piètre « Die hard ».
A l’image de l’environnement numérique de ce 4ème épisode (tant esthétique que narratif), la franchise et le personnage sont sous respiration artificielle.
Tant quils ne tombent pas dans un coma avancé, l’espoir demeure.
Posté le 08.09.2007 par houseofgeeks
Petit lien pour bande-annonce d'enfer d'un film qui gagne à être connu (donc distribué) puisqu'il renouvelle intelligemment le slasher.
http://www.cinoche.com/trailers/2291/2416
Posté le 08.09.2007 par houseofgeeks
C’est vraiment le propre d’un chef-d’œuvre d’entretenir les interrogations et les interprétations. Et la saga Matrix est comme annoncée, une véritable révolution cinématographique mais également intellectuelle. Voir le nombre d’exégèses sur le phénomène !
La véritable et première influence de Matrix est le roman « Neuromancien »(1984) de William Gibson, qui avec ce livre a créé un nouvel univers, un nouveau genre : le Cyberpunk. Il est intéressant de noter que le film « Johnny Mnémonic » avec déjà Keanu Reeves, adapte une nouvelle de cet auteur.
Ce que l’on apprend dans le premier film, c’est que les machines ont réussi à asservir l’humanité et s’en servent de source d’énergie (via des cocons) pour vivre.
Mais plus important, les Wachowsky perturbent complètement notre perception du médium cinéma en nous disant que le monde virtuel – celui post-apocalyptique et des champs de cocons infographiés - est le monde réel. Ils opposent à une perception sensitive primale du spectateur (le monde de la matrice doit être réel car ressemble au notre) une réalité diégétique totalement contraire (il s’avère que le monde de la matrice est une simulation).
C’est là un des enjeux majeurs de la saga, voir au-delà des apparences. Ce n’est pas pour rien que la principale référence des frèrots ait été le livre « Simulacres et simulations » de Jean Baudrillard (Néo en tient un exemplaire dans Matrix et en lit un passage en voix-off, et le monologue de l’Architecte dans Reloaded est truffé de passages entiers).
Les Wachowsky construisent ainsi un univers régi par le simulacre et les apparences, faisant de leur trilogie une interrogation continuelle sur la perception première que l’on donne aux images que l’on nous montre. Ce doute des images entraînant d’ailleurs la saga dans le champ politique.
Si Reloaded révélait que Néo est un bug systémique (intégré au système) destiné à réapparaître après chaque "reload" de la matrice (en sauvant 23 personnes pour recréer une nouvelle communauté (mythe de Sisyphe)), le but principal reste de libérer les humains du joug des machines. Vraiment ?
Et si ce n'était tout simplement pas le cas ?
Pour plus d’éclaircissements , il faut se rapporter au court-métrage animé « la seconde renaissance » figurant sur le DVD « Animatrix ». Ce segment clé raconte les évènements pré-Matrix . Petit résumé.
Des robots en voulant s’affranchir de l’exploitation des humains se révoltent et se réfugient dans le « berceau de l’humanité » (en Afrique donc). Ils créent une véritable cité baptisée Zéro-One (pour O et 1, composantes du langage binaire informatique). Troublant que le dernier refuge des humains soit une cité appelée Zion (contraction de Zéro-One), non ?
Ces robots créent d’autres machines plus performantes et une nouvelle forme plus évoluée d’I.A (Intelligence Artificielle). La cité des robots domine économiquement les humains. Ceux-ci par peur et jalousie déclenchent une guerre qui voient les machines supplanter la race humaine. En guise de rémission, un pacte est signé (d’un code barre !), la chair humaine comme carburant contre un havre de paix pour l’esprit (la matrice donc).
La fin de cet anime voit un enfant se diriger vers ses parents pour découvrir en bout de course qu’il s’agit en fait d’agents de type Smith. L’enfant est en fait truffé de micro-processeurs et face à cette nouvelle autorité (de parentale se substitue celle machinale), cet être bio-mécanique se recroqueville dans la position du fœtus et prend la forme d’un cocon.
Puis dans Reloaded, avant que Néo combatte des centaines d’agent Smith, ils philosophent sur la raison qui les lie inexorablement, raison d’être.
Toujours dans Reloaded, l’Architecte révèle que le fonctionnement interne du système réfute l’humain au départ, quand bien même celui-ci est censé exister !
Enfin, il suffit de prendre les noms des personnages principaux évoquant précisément leur nature au sein de l’intrigue. Chacun répond à un critère précis comme un programme informatique dont la fonction est définie par son titre.
Donc la trilogie Matrix ne cause pas tant de la libération des humains du joug des machines que de la libération de machines persuadées par une forme machinale supérieure (Deus ex machina) qu’elles sont humaines pour mieux les contrôler (via les agents de la matrice) et en tirer une source d’énergie nécessaire à leur propre fonctionnement !
Et ce n’est pas du tout une énième divagation. Ce principe de machine humanisée qui découvre sa véritable identité est au centre même de « Blade runner » mais surtout est le ressort dramatique du comic-book « Hard boiled » scénarisé par Frank Miller et dessiné par Geof Darrow, designer en chef sur…la trilogie Matrix !
Et puis, le troisième film est titré Révolutions, avec un « s ». C’est quand même un revirement complet assez fortiche quand même.
D’ailleurs ce « s » n’a cessé d’intriguer. Car si l’on peut considérer cette trilogie comme révolutionnaire au niveau des effets visuels et intellectuel, c’est bien au niveau de l’intrigue que doit s’apprécier ce pluriel.
Si les deux premiers films permettent d’en déduire que se soit finalement une guerre pour la paix entre programmes, la virtuosité des wachowsky est d’expliquer cela dans le troisième non pas par le dialogue mais bien par les images, renforçant la cohérence de leur œuvre.
Une œuvre gigantesque qui peut se lire dans cet ordre, 1er film, puis les comics, le dvd Animatrix, vient le 2ème film. Et entre Reloaded et Révolutions, il convient d’intercaler le jeu vidéo « Enter the Matrix ».
Oui, car les frangins ont tourné spécialement 1 heure de scènes inédites révélant quelques clés du 3ème.
Dans le jeu, l’Oracle déclare au joueur que « un enfant spécial va changer le monde ». Cet enfant étant issu de deux programmes similaires à elle-même. Et là, on pense automatiquement à Néo.
Tout faux.
A la fin de Reloaded, Néo utilise ses pouvoirs dans le monde réel pour détruire des sentinelles, ce qui le laisse dans le coma. En fait, il a réussi à rejoindre la matrice sans y être directement branché. Plus précisément, on le retrouve au début de Révolutions dans une zone tampon entre le monde de la matrice et le monde réel.
Sur ce quai de gare, il fait une rencontre déterminante quant à sa nature même et son combat. Deux programmes (un homme et une femme), lui expliquent qu’ils sont essentiels dans le bon fonctionnement de la matrice. Néanmoins, ils ont découvert le sentiment d’amour et il en a résulté la conception d’un autre programme, leur fille.
Mais leur fille n’ayant pas de fonction dans la matrice, elle est donc inutile et voué à la destruction. Or, c’est sa survie que ces deux programmes vont négocier auprès de Mérovingien.
Dans Matrix, Morphéus dit à Néo que l’élu, le sauveur, a été conçu dans la matrice.
Ben ouais, le véritable élu est une élue.
Néo est bien sûr très important car de ses choix vont dépendre la libération des autres, mais celui qui les guidera vers la voie de la paix et de la sagesse est cette petite fille.
Cet échange avec les 2 programmes va transformer le combat de Néo. Outre la survie de Zion, il va lutter pour que les programmes inutiles (sans autre fonction que de nourrir la machine) ait un droit d’exister. Parce que Zion est en fait la terre d’accueil de ces programmes « inutiles » et on peut considérer que les cocons alimentant la matrice ne renferment rien d’autre que l’incarnation de ces programmes.
Comme on le voit, c’est révolution à tous les étages !
Si Néo doit être le libérateur, Smith est celui qui doit l’en empêcher. Deux extrêmes d’une même équation. Mais si Néo est un bug intégré à la matrice par l’Architecte, on apprend que la « mère » de Smith est …l’Oracle !
Si l’agent Smith est devenu si puissant et si dangereux pour la matrice c’est grâce à l’Oracle. En développant une telle menace, elle permet à Néo d’être le sauveur.
Néo dans cette dernière partie a compris sa nature de programme et va au bout de l’accomplissement de sa fonction. Son sacrifice (tel un néo-christ !) va lui permettre de se répandre partout dans la matrice et instaurer un ordre nouveau. Une paix entre machines qui sera maintenue par la petite élue, élevée dans ce sens par l’Oracle.
Beaucoup ont vu en Matrix une illustration du mythe platonicien de la caverne : Une société où des prisonniers ne voyaient la réalité que par l’intermédiaire d’ombres se projetant sur les murs auxquels ils étaient enchaînés de face, sans possibilité de se retourner. Mais cela va bien au delà, Matrix suggère des pistes théoriques en vertu de ses propres contraintes narratives ou fictionnelles. Il ne s’agit pas de faire entrer Platon ou Baudrillard dans un film de Kung-Fu mais bien d’introduire le Kung-Fu dans la caverne.
Matrix ne pose pas une hypothèse pour en parcourir les effets et en déduire les conséquences, mais incite le spectateur à explorer des pistes extérieures et en tirer ses conclusions. Il ne s’agit pas de plaquer sur le film des interprétations mais l’envisager comme une expérimentation philosophique.
Quelques détails de l’intrigue sont d’ailleurs révélateurs de la volonté des réalisateurs de ne donner aucune explication définitive.
Ainsi, le dispositif conçu pour recueillir l’énergie dégagée par l’activité cérébrale apparaît justement trop coûteux en énergie pour être vraiment utile.
On peut se demander alors si ce système ne permet pas de faire tourner un gigantesque ordinateur organique utilisant les réseaux neuronaux « humains » pour résoudre certaines tâches complexes nécessitant des procédures intuitives. La rencontre de Néo dans machine-city avec L’I.A peut le laisser supposer.
Ou bien, il peut s’agir d’une simulation qui associe la conscience humaine (et la liberté) à la puissance de machines pensantes afin d’explorer l’âme humaine. La présence, aux côtés de programmes « conscients » (Mérovingien, Smith), de programmes « intuitifs » (Oracle) chargés de modéliser l’esprit et le comportement peut corroborer cette hypothèse.
Comme on le voit, rien n’est figé.
Il est dit dans le premier que Néo était prêt à découvrir la vérité. Comment cela ?
Et bien si Néo est l’Elu, c’est indissociable de son statut d’exclu.
La vie de Thomas Anderson était un dysfonctionnement par rapport au système. Il menait une double-vie de hacker et son caractère altruiste (il aide concierge à descendre les poubelles alors que cette tâche n’entre pas dans sa fonction) en font un anticonformiste. Preuve que l’esprit de Néo n’a jamais véritablement accepté ce que la Matrice lui montrait. Ce refus de la réalité faisant de lui un candidat au débranchement.
De même que l’utilisation des lunettes fumées soit justifiée par l’intrigue, il n’empêche que c’est un des symboles les plus explicite du rapport impersonnel à autrui. Elles illustrent l’absence de subjectivité inhérente à la matrice.
Or on peut observer un premier changement du comportement de Smith, bien avant Reloaded ou que Néo le « détruise » à la fin du 1er.
Par deux fois il enlève ses lunettes. Si la première fois se fait dans le cadre de l’interrogatoire de Néo, c’est un geste purement professionnel et entrant dans le cadre de sa fonction d’agent intimidateur.
Par contre, la deuxième fois intervient à l’écart d’autres agents lors de l’interrogatoire de Morphéus. Cette fois, il sort de son rôle et emploie même le « je ». Il s’adresse en tant que sujet.
Lui aussi peut être considéré comme un « débranché » (ou un exilé) comme le prouve le fait qu’il donne à Néo son oreillette, le dernier lien qui le reliait à la Matrice (sorte de cordon ombilical).
Le but de la saga est bien d’explorer la Matrice, d’en dresser une carte en révélant les différents niveaux de représentation mais aussi les points de passages, les mondes intermédiaires avec leur différents degrés de liberté.
La Matrice n’est pas propre à chacun (sur laquelle chacun serait branché) mais elle est bien collective et interactive, ce qui ouvre des champs moraux et politiques.
Le problème n’est pas que le monde simulé soit « irréel » mais que la séparation entre ceux qui restent branchés et les débranchés entraîne le questionnement d’une définition du réel commun nécessaire à l’action collective.
Avec du recul, on s'aperçoit que Matrix II est éminemment politique.
La matrice est un système lisse et technologique, univers de la manipulation et des identités changeantes. A l'opposé, Zion le cloaque où vivent les derniers humains, est un système tribal et primitif qui tente de sauver sa peau face aux machines.
Mais mener une guerre suppose, au préalable, de repenser l'opposition au Système et donc d'en comprendre sa cartographie, son fonctionnement.
Dès lors, comment lutter contre un pouvoir diffus et instable ? Comment résister, tout simplement ?
C'est là que le film investit le terrain politique, offrant une intéressante réflexion sur la résistance et ses modalités.
De cette capacité de résister se pose le problème du terrorisme. Les rebelles de la matrice se battent pour « un monde sans règle ni contrôle ». Et à ceux qui refusent l’esclavage du système s’offrent deux voies : le détournement et la violence. Devenir hacker ou terroriste, si possible les deux à la fois.
Ce combat induit deux logiques guerrières, l'une croyant à l'efficacité d'une lutte depuis une position extérieure à la matrice. Mode d'action voué à l'échec face à un monde devenu réseau.
L'autre, une infiltration du système par ses trois électrons libres que sont Néo, Morphéus et Trinity. Ceux-ci circulant sans cesse d'un monde à l'autre afin de se réapproprier les lignes du réseau, de les détourner de leur emploi.
Cette suite montrant d'ailleurs Néo comme l'élu du peuple, son champion, non pas au nom d'une prophétie mais par sa capacité à inventer de nouvelles trajectoires à l'intérieur du système.
Beaucoup de critiques se sont cristallisées sur le fait que matrix fasse l’apologie de la violence aveugle. Si tous ceux qui n’ont pas été débranché sont potentiellement des agents, c’est à dire que s’ils font partie du système ils sont nos ennemis, alors on peut les dégommer sans états d’âme. Or, à aucun moment il n’est fait de cartons gratuits sur les gens peuplant la matrice.
D’ailleurs toute vision nihiliste est à proscrire. Néo ne cache t’il pas des disquettes dans un chapitre du livre de Baudrillard, complètement évidé et intitulé « on nihilism » ? Signifiant par-là que tout discours rendant la rébellion vaine est creux ?
Le terrorisme dans matrix recouvre deux problèmes. L’un éthique, une vie illusoire vaut-elle la peine d’être vécue (voir Cypher) ? Et l’autre politique, le problème est de savoir qui est véritablement l’ennemi et donc, quelle idée de la communauté il en découle. A ce titre, il est intéressant de noter que tout projet politique en dehors de la matrice est voué à reproduire des schémas décevants. Car d’un côté on a une caste de super-rebelles et de l’autre un conseil et une communauté première reconstituée qui ne voient que par une guerre à mort contre les machines.
A cette utopie réactionnaire va se substituer une utopie de l’alliance. Le désir de destruction des machines pour se libérer va évoluer en un désir de paix comme le proclame le kid à la fin du combat dantesque contre les sentinelles : « la paix est revenue ! ». La paix ne se fera pas contre les machines mais avec elles et autrement. Et se fera carrément dans le virtuel comme le laisse présager la toute fin.
L’initiation de Néo passe par l’apprentissage des arts martiaux. Le but de cette ascèse n’est pas de se libérer de l’illusion des sens et de la Matrice mais de faire usage de la « grande raison du corps ».
Les films n’opposent pas une bonne réalité et une mauvaise apparence mais définissent plutôt un bon usage des apparences. De même que l’acquisition de connaissances ne doit pas mener vers Zion mais vers une maîtrise toujours plus intense de soi dans la Matrice.
Le caractère syncrétique de l’œuvre n’est pas là pour donner raison à tout le monde mais construit plutôt un langage commun qui s’apparente au mythe.
Et cette volonté syncrétique se caractérise par la fusion de plusieurs doctrines différentes dans le mode religieux mais font également la synthèse de divers moyens d’expressions visuels (Films de kung-fu, comics, japanimation, jeux vidéos).
Les Wachowsky vont même plus loin puisque cette trilogie permet de questionner la foi aveugle enseignée par les divers dogmes religieux. Foi aveugle que la Création est bonne, que l’Homme peut s’y réaliser en entrant en relation avec Dieu et que la vraie vie se joue justement dans cette relation. Mais les diverses religions défendent également la thèse selon laquelle la connaissance pour elle-même est un piège.
Or, Matrix formule l’idée que le savoir est essentiel à la survie et se sont les ignorants qui sont châtiés.
Cette distorsion des apparences se poursuit bien évidemment dans Reloaded avec comme point névralgique la fameuse rencontre avec le créateur de la matrice, l’Architecte, qui remet toutes les convictions de Néo (et donc les notre ) en cause. La prophétie n’est là que pour entretenir l’espoir d’une libération. Et l’Oracle participe de cette manipulation. En perpétuant ainsi la recherche d’un semblant de libre arbitre, on peut faire suivre un chemin tout tracé. Cette révolte afin d’être contrôlée est intégrée au fonctionnement de la Matrice.
Et avant la sortie de Révolutions, ce jeu des apparences a eu son point culminant avec l’ultra médiatisation outre-atlantique de la prochaine opération chirurgicale permettant à un des frères de changer de sexe !
Ce qui est totalement faux. Ce faits divers participe de leur entreprise de déconstruction des apparences et illustre surtout à quel point leur propos est ambitieux. Car outre le cinéma, ils ont développé leur saga sur tous les supports, comics, série de court-métrages animés, jeux vidéos et maintenant tabloïds !
Mais d’autres pistes d’exploration sont aussi intéressantes.
La 1ère question de Néo à l’Architecte est : « Pourquoi suis-je ici ? » Néo est apparemment le seul personnage sans fonction ni mission clairement déterminées. A cet effet, il est intéressant de noter que Néo subit plus qu’il ne provoque les évènements. IL ne sait jamais ce qu’il doit faire, ne prend aucune initiative, ne se bat que lorsqu’il est menacé. Tous (Morphéus, Oracle, Smith, Architecte…) s’attachent à la cause finale, veulent lui assigner un objectif (libération/réinitialisation). Une manière de le contrôler, de donner un sens à son errance épuisée en la rapportant à un travail fonctionnel.
Epuisée car plus l’intrigue avance, moins Néo parvient à dormir. Et c’est précisément cet état de fatigue permanent qui le fera accéder à un niveau de conscience tel qu’il peut saisir la réalité de la matrice (une suite de codes).
Son état de conscience atteint son paroxysme dans « Révolutions », car une fois perdu la vue (au sens physique), il voit la réalité comme jamais : tout est baigné dans un halo incandescent.
Un épuisement qui confère même une certaine étrangeté à Néo. Néo est un « freak » et son isolement par rapport au reste de la communauté en fait, justement, un être spécial et primordial à sa survie (apologie de l’individu face au groupe).
Etre débranché, c’est avoir une liberté abstraite, elle ne deviendra concrète que si Néo retrouve un rôle. C’est à dire s’il peut se rendre nécessaire localement, non pour se réenchaîner à nouveau dans un circuit de contrôle mais pour développer toutes les conséquences de son pouvoir à l’intérieur de la matrice même à une autre place que celle qui lui était originellement assignée (action subversive). Au lieu de réinitialiser la matrice, il la sauve et donc la transforme !
Il a plié les contingences de la matrice à ses exigences. Au lieu d’une approche rigide (destructrice), synonyme de mort, il s’est distordu.
C’est l’enfant à la cuillère dans le 1er épisode qui lui donne ce précepte bouddhiste. Cet enfant est d’ailleurs l’archétype du moine zen puisque représenté en tenue traditionnelle, crâne rasé et en pleine méditation pour tordre une cuillère.
Mais ce n’est pas la voie que va emprunter Nèo. A la méditation et au détachement, il va préférer la voie du guerrier.
Du moins jusqu’à ce qu’il arrive à machine-city dans le III. Car à ce stade, il a acquis un tel niveau de conscience qu’il revient à une interprétation bouddhiste de son action. En effet, ce qu’il perçoit du monde environnant est parcouru de flux d’énergie (dont la matière, le temps et l’espace seraient des replis).
Ce que nous apprend l’enfant à la cuillère est la vérité de la surface (de l’image) où tout s’arrête. Ce qui compte n’est pas le pouvoir de l’esprit mais l’image de la torsion (reflet du monde sur la cuillère se tordant). Du bon usage des apparences. Une des interrogations de la trilogie qui apporte une dimension réflexive et une mise en abyme du cinéma des Wachowsky.
La véritable liberté de Néo réside non pas dans sa capacité à se fixer des buts, à s’opposer à des mécanismes (une rigidité qui confère à la mortalité) mais bien dans celle de se loger dans leurs plis, de se plier.
C’est exactement ce qu’il accomplit au bout du chemin. Au lieu de détruire la matrice, il la sauve du virus Smith en se soumettant (se pliant) à sa volonté, ce qui lui permet de se répandre partout dans la matrice.
Néo est libre.
La symbiose temporaire avec Smith permet de générer une nouvelle forme d’opérativité. Et ce n’est qu’ensemble que ces deux insoumis pourront construire quelquechose qui échappe à toute fonction ou finalité préalablement donnée.
En fait, on peut interpréter leurs conversations avant chaque baston comme autant d’explorations hésitantes d’une nouvelle pensée de l’opération.
Néo l’a compris, le salut passe par la fusion de leur deux êtres complémentaires. Smith en a l’intuition mais ne peut s’y résoudre et c’est pourquoi il l’appelle toujours « monsieur Anderson », niant ainsi son statut d’être nouveau.
C’est seulement après l’avoir appelé Néo pour la première fois qu’il est pris de panique. Il a trouvé son véritable rôle et cela le terrifie. En ce sens, Smith peut apparaître comme un Néo n’ayant pas accompli de parcours initiatique le préparant à son accomplissement par l’anéantissement.
Smith présente d’ailleurs de multiples facettes tout au long de la trilogie. Et son évolution est concomitante de celle de Néo. D’autant plus renforcé lorsqu’on apprend que la « mère » de Smith est l’Oracle.
L’agent Smith est l’ennemi des « humains » qu’il déteste. Il est donc capable d’un sentiment de haine auquel répond l’amour de Néo pour Trinity.
A la fin du 1er épisode, Néo le détruit mais il renaît transfiguré. Il n’est plus un agent, il travaille à son compte, c’est une seconde anomalie. Néo et Smith ne sont d’ailleurs que les deux extrêmes d’une même équation.
Il devient un programme dont le fonctionnement s’autonomise par rapport à sa fonction. Il devient un « exilé », au même titre que le sont le Mérovingien, Perséphone et le maître des clés.
Et cette liberté, Smith ne semble pouvoir que l’accrocher à un seul objectif, réaffirmé de manière obsessionnelle : anéantir Néo.
Si le problème de Néo est de se défaire de l’illusion de sa propre liberté en comprenant le sens de son action, celui de Smith est plutôt, une fois libéré, de se donner un but, un sens à sa vie.
Matrix incite bien évidemment à s’interroger sur la nature de la réalité.
De quel point de vue peut être interrogée la distinction entre rêve et réalité ?
Parce que si dans le premier épisode, la Matrice est définie comme « un monde de rêves engendrés par ordinateur », on apprend dans Reloaded que la réalité que perçoit Morphéus (l’élu doit sauver l’humanité) est une illusion : « J’ai eu un rêve, et ce rêve m’a maintenant abandonné ».
Parce que la réalité n’a rien de préférable en soi (laide et inhospitalière), seul le désir de liberté a pu amener à la préférer au confort parfait de la matrice. Or cette liberté est une donnée du programme de contrôle.
Comme Morphéus en fait l’expérience, on peut parfaitement percevoir la réalité en vivant pourtant dans la plus grande illusion. Sa « réalité » (Zion est une terre de liberté, Néo est le sauveur) n’est pas vraie.
Ce qui amène à s’interroger sur le mode de fonctionnement de la Matrice elle-même.
En effet, plus qu’un système générant des stimulations neuronales par des simulations (système par ailleurs extrêmement complexe à générer chez chacun des millions d’individus connectés), la Matrice peut être pensée comme une usine à rêves.
Ainsi, elle peut se contenter d’induire chez les individus le rêve des situations dans lesquelles ils sont impliqués. Et on peut penser qu’elle peut induire des rêves concordants sans avoir à s’assurer que les individus s’accordent sur une même interprétation. Pour ainsi, leurrer les « humains » sur leur propre subjectivité.
Et ce rôle du rêve peut expliquer son importance narrative quand l’Oracle dit à Néo que ses rêves sont le signe d’une « vision » plus fine que sa perception du code.
L’enjeu étant moins d’opposer rêve et réalité que de parvenir à constituer une liberté dans et par le rêve. Ce que tend à confirmer le fait que la saga se termine dans la Matrice aux côtés de l’Oracle.
La toute fin montre l’Architecte dire à l’Oracle qu’elle a gagné la partie en jouant un jeu dangereux. En effet, on vient d’assister ni plus ni moins qu’à l’affrontement d’entités supérieures (des dieux) instrumentalisant les autres programmes pour arriver à leur fin. Référence à toutes ces mythologies (grecques, romaines, nordiques) voyant les dieux s’affronter en manipulant les humains.
De là découle une interprétation possible des lois régissant le monde de la matrice.
La fonction assignée par l’Architecte à Néo est de retourner à la source afin de réinitialiser la matrice. C’est une illustration du principe Stoïcien de l’Eternel Retour. Le monde renaît perpétuellement de ses cendres. Et si les stoïciens s’accordent sur le fait que l’ordre du monde n’offre aucune échappatoire, comment interpréter la possibilité offerte à Néo de sauver Trinity ? Donc, l’Architecte n’exerce pas un contrôle total contrairement au Dieu stoïcien qui maîtrise le moindre détail.
Et puis Smith et le Mérovingien sont des programmes sans fonction mais refusant d’être supprimés donc non réinitialisés. Mis en parallèle avec le fait que chaque programme important « s’amuse » avec les individus pour arriver à ses fins, la Matrice doit plutôt être comparée à un monde nietzschéen où des volontés de puissance cherchent à se dominer les unes aux autres en recréant les choses du point de vue de leurs fins propres.
Et dans ce mode nietzschéen, une volonté de puissance s’impose à une autre non pas en s’opposant à elle ou en la détruisant mais en réinterprétant son sens et ses fins. Ceci pouvant expliquer que certaines scènes des deux premiers épisodes se retrouvent « réinterprétées » dans le III d’un point de vue plus pragmatique.
LA VOIE DU GUERRIER
La saga n’implique pas seulement un éveil de la conscience mais aussi une vérité du corps, de l’action.
Son apprentissage débute lorsqu’il s’écrase au sol après avoir tenté de défier la gravité en se persuadant que ce qu’il voit n’est qu’illusion. L’esprit ne peut seul s’éduquer et c’est donc le corps qui va prendre le relais. Si la compréhension de l’esprit est essentielle, elle va de pair avec la compréhension du corps.
Et la compréhension de la Matrice doit s’incarner dans l’action. C’est par la maîtrise supérieure de son corps virtuel que Néo pourra réellement libérer son esprit de l’emprise de la Matrice (comme y parvient partiellement le sprinter de l’anime « World record »).
Dans nos sociétés, la vitesse est de l’ordre de l’observable (cadran horaire, compteurs…) et rythme nos vies. La reconquête du temps et des rythmes du corps est un des défis de Matrix. Pour cela, Néo doit apprendre qui il est et ce qu’il doit faire par le combat.
Le fait qu’il puisse se télécharger les techniques existantes montre d’emblée que la technique comme enchaînement mécanique n’est rien. Il doit quand même s’exercer et notamment apprendre un certain rapport au mouvement et à la vitesse.
L’éveil à une nouvelle forme de conscience est une des fins des arts martiaux.
Et c’est en atteignant l’immobilité dans le mouvement que la pensée se trouve menée vers sa réalisation la plus parfaite. Plus on avance dans les combats, plus la lenteur apparaît comme la nouvelle image de la vitesse. C’est ce qu’illustre le procédé du « bullet-time ».
C’est là le terme de la voie du guerrier, l’acquisition de l’immobilité dans la mobilité n’est alors rien d’autre que la perception de la mobilité de toutes choses dans l’immobilité.
La force de Néo réside dans la sagesse du corps. Dorénavant, il pourra non seulement interpréter (vision du code constitutif de la Matrice) mais appliquer l’énergie (maintenant, Néo peut tout faire : voler, arrêter les balles, ressusciter…)
A la fin du 1er, il arrive au bout de sa maîtrise du combat parvenant à la réalisation d’une image nouvelle du corps et de sa vitesse.
Maintenant, il faut se demander « Pourquoi combattre ? ».
Les maîtres s’accordent pour dire que le but ultime n’est pas la victoire et qu’il faut savoir se sauvegarder (terme qui prend toute son importance dans cet univers régi par les lois informatiques).
Le combat contre les « clones » de Smith pose alors la question du moment. Pourquoi ne pas s’échapper avant ? La lutte contre un ennemi qui se démultiplie fait perdre un précieux temps.
Précisément parce que cette fois-ci, la connaissance que l’on vise ne se borne pas à l’éveil de l’esprit mais ne peut avoir lieu que dans l’action du corps.
C’est en fait Séraph qui l’exprime clairement peu avant, lorsqu’il se bat contre Néo. « On ne connaît pas vraiment une personne avant de l’avoir affronté ». Néo doit saisir le moment où il doit parvenir à faire corps avec ce qui s’oppose à lui.
Ce cheminement prend donc fin dans Révolutions où l’ultime combat entre Néo et Smith vise effectivement à saisir ce moment. Car Néo a compris que sa finalité est de se ré-unir avec Smith (l’idée qu’ils ne sont que les deux faces d’un même programme s’exprime dans la connexion qui les lie depuis le début). Ce combat doit maintenant permettre à Smith de le comprendre.
LA MATRICE OU LA CAVERNE
Là où le prisonnier libéré de Platon trouve son bonheur suprême dans la contemplation de la réalité extérieure et doit être forcé à redescendre dans la caverne, l’action de la trilogie à surtout lieu à l’intérieur de la réalité virtuelle de la Matrice.
Ce qui pose ce postulat formulé par les deux premiers films : l’humanité ne semble devoir être libérée de la Matrice qu’à travers la Matrice elle-même. Ce que viendra confirmer le III.
On peut distinguer trois niveaux de perception distincts avant d’accéder à la vérité.
- l’inconscience ; de la réalité du monde qui les entoure et de la vérité de leur perceptions
- doutes ; quant à la réalité des choses. Ce qui précipite le réveil.
- Conscience de la Matrice et connaissance nouvelle de la matrice qui en résulte
Cette perception de la Matrice peut être décomposée en la capacité de lire le code constitutif (connaissance précieuse pour se guider, notamment) et la capacité d’accomplir dans la Matrice des actions qui dépassent l’entendement.
Mais comme on l’a vu, c’est Néo qui par le combat parvient le mieux à développer sa perception de la Matrice.
Il voit la structure de chacun des objets ce qui lui permet de les soumettre à sa volonté. La saisie des structures immanentes de la réalité virtuelle lui fournit un genre de connaissance « intuitive ». Connaissance qui se manifeste par sa perception de l’avenir (à travers le rêve récurrent de la chute de Trinity) mais également par sa capacité à altérer les machines elles-mêmes (fait ressentir l’amour à Perséphone et surtout stoppe des sentinelles dans le monde réel).
Loin d’aborder la Matrice comme une caverne où on le contraint à redescendre et dont l’obscurité l’aveugle, Néo rend donc la Matrice transparente à son esprit et en fait son terrain de jeu favori. Parfaitement illustré dans Reloaded qui voit Néo prendre un certain plaisir à utiliser ses pouvoirs.
ELOGE DE LA CONTINGENCE
La finalité de la saga Matrix reste bien l’arrachement à la servitude où chacun est assigné à une fonction. Le système se voulant parfait donc inhumain. Ou bien sans humains donc parfait.
C’est contre ce monde inhumain - monde de la nécessité, sans contingence - que luttent les résistants. La Matrice est tout, l’individu rien. C’est à travers le cheminement de Néo que s’exerce une éloge de l’affirmation de l’individu face au groupe.
Cette société de la surveillance totale renvoie à un monde totalitaire. Néo est, incarne l’homme nouveau. Mais pas dans le sens que les régimes totalitaires donnaient (nouveau car pur produit et fruit de l’idéal totalitaire). Néo est exactement l’inverse, on peut dire qu’il est l’homme à nouveau, tel que nous le connaissons (libre de ses choix, de se tromper) dans nos sociétés « démocratiques ».
Le monde dont rêve les insurgés est le notre. Leur idéal est notre réel (intéressante mise en abyme de la fiction par rapport à la vie du spectateur).
Les entrevues chez l’Oracle appuient une telle interprétation. Son cadre de vie est une version un peu vieillie du notre, style années 60 (époque où le rêve du tout technologique n’avait pas encore prise ?). Ce qu’elle donne à voir de l’avenir est donc proche de notre passé récent.
Il s’agit donc moins de la création d’un monde nouveau que de la résurrection d’un monde aboli où régnait la contingence.
On observe également une opposition de la naissance et de la culture. Dans ce monde mécanique, les « humains » y sont cultivés, abolissant toute notion d’événement.
Or, quoi de plus irréductible à tout système et à toute pensée totalisante qu’une naissance ?
C’est exactement ce que représente la « naissance » de la petite fille. Le retour de l’imprévisible, de l’événement. Et c’est d’autant plus subversif que cette naissance est le fruit de l’union de deux programmes !
La fin du premier film peut être considérée comme une fin en soi mais pas comme le terme. C’est pour cela que ce film fonctionne indépendamment de ses suites.
Il montre bien que l’enjeu principal est bien la reconquête de la dignité de l’homme en tant que sujet libre. Cette fin éclaire à posteriori l’ensemble du film.
Comme le dit Néo : « Je vais leur montrer un monde sans vous, un monde sans règles ni contrôles, sans limites. Un monde où tout est possible. » La condition première qui permettra d’écrire l’histoire est l’avènement de la contingence.
Les deux suites ne faisant qu’explorer le chemin pour y arriver.
La trilogie entière lie liberté et recherche de la vérité. Ce qu’offre Morphéus est la vérité, non le bonheur.
Que Néo choisisse la recherche de la vérité sans considération de bonheur fait de lui la figure ultime du philosophe.
C’est pour avoir confondu vérité et bonheur que Cypher est amené à trahir. Son but est de retrouver une forme de bonheur perdu que lui conférait l’ignorance de la Matrice. C’est pour cela qu’il demande à être réintégré sans aucun souvenir de ce qu’il a pu découvrir, pour lui l’ignorance est constitutive du bonheur. Mais cette ignorance, le mensonge, conduit à l’emprisonnement.
Or, la liberté est le fondement même de la recherche de la vérité. Et cette recherche se fait nécessairement dans la douleur.
Comme le dit le philosophe Conche « Il est évident que la possibilité pour l’homme de porter le moindre jugement de vérité se fonde sur la liberté, car si le jugement était déterminé par quelque causalité que se soit (biologique, sociologique, psychologique ou autre) et non par la vue de la vérité, par quel hasard se pourrait-il être vrai ? »
LE TAO DE LA MATRICE
Le 8 novembre 1700 Leibniz (savant et philosophe allemand) reçoit une description du Yi-King (livre divinatoire chinois). Il est étonnamment proche de sa découverte d’un calcul binaire.
Il y voit le moyen de transcrire par une langue des choses, le code fondamental (et donc l’intelligibilité du monde) crée par la sagesse divine.
Ainsi, la rencontre du monde digital, crée par le Grand Architecte et du monde des transmutations prédit par les Oracles a t’elle déjà eu lieu.
Mais qu’aurions-nous gagné dans ce monde rêvé par Leibniz ? Un monde où tout est réglé précisément ? Un monde où la plus petite anomalie est voulue pour contribuer à la perfection de l’ensemble ? Un monde d’une précision mathématique ; l’enfer en somme.
La croisade que croit mener Néo doit permettre la libération de tous les « branchés » en leur montrant la vérité. Mais comme le montre le personnage de Cypher, il ne suffit pas de dire aux gens la vérité nue pour qu’ils désirent se libérer de leurs illusions.
De même qu’il ne suffit pas de sortir du monde virtuel pour échapper aux règles et aux contrôles.
La fin du 1er épisode pouvait laisser penser que la seule voie résidait dans un affrontement frontal hommes/machines. Mais c’est un constat d’échec, la libération attendue ne s’est pas faite. Néo n’a pas compris sa mission.
Soumise à l’emprise de la technique, qui sous sa forme numérique a fini par transformer la réalité même en virtualité, l’humanité ne peut espérer son salut que d’une reconquête des signes et des simulacres.
Et c’est l’Oracle qui exprime la voie à suivre : retourner là où le chemin de l’Elu fini, à la source. Néo doit suivre la voie du maître prônée par le Tao, revenir à la Source, un lieu qui précède la création des formes.
Comme le martèle « Reloaded », c’est le choix qui est primordial. Il est d’une part une manifestation du libre-arbitre (illusoire ou non) mais ce choix à proximité de la source représente le terme de la voie du guerrier.
En effet, le guerrier est programmé pour l’ultime décision plus que pour la victoire. Ce qu’exprime le Tao : « l’homme vertueux frappe un coup décisif et s’arrête ». C’est ce qu’illustre tout du long « Reloaded » et la question sous-jacente « Pourquoi combattre ? ». Parvenir au moment où est donné la possibilité de réaliser le geste parfaitement juste.
Pourtant ce geste consiste à ne rien faire. Ne pas faire ce qui était attendu (sauver l’humanité) mais laisser les choses aller son cours (ainsi que l’exprime Smith dans « Revolutions » en parlant d’inéluctabilité de leur confrontation).
C’est ce que fait Néo en se laissant absorber par Smith, permettant ainsi sa dispersion dans la Matrice et donc sa transformation.
Comme le dit le Tao : « la fin rejoint l’origine et l’Empire se rectifie de lui-même ». C’est exactement ce que rappelle un hexagramme du Yi-King : « De la dissolution initiale à la réorganisation finale, telle est la voie du développement qui réside, paradoxalement, au cœur de la dispersion ».
Contrairement au 1er épisode qui avait vu un aboutissement (éveil du héros et 1ère victoire) ; « Reloaded » plonge Néo dans le trouble et la confusion. Mais cette extrême confusion n’empêche pas qu’il soit mis en position de décision ultime. Et le seul choix laissé est justement de ne pas sauver l’humanité !
Il est dans la plus parfaite confusion quant à son être véritable. De plus, chaque nouvelle révélation sur la Matrice assénées par l’Oracle, Mérovingien ou l’Architecte le laisse circonspect et dubitatif.
Mais comme le dit un autre hexagramme du Yi-King ; l’impasse et l’épuisement sont nécessaires à l’accomplissement du grand homme.
Le Tao ne peut être considéré comme une solution (de plus) aux questions soulevées par la trilogie, il est la voie de leur abandon.
La voie que suit Néo est celle des questions sans réponses, du retour au chaos, par laquelle l’homme est conduit à tordre son esprit jusqu’à devenir totalement libre, c’est à dire adhérent au désordre naturel des évènements. Un refus du déterminisme, de règles de conduite qui se traduit par l’apprentissage de la souplesse, de la spontanéité. Il n’est pas besoin de briser les règles pour exister quand il suffit de les plier.
Les images de torsion (du personnage et du décor même), représentant la faculté d’adaptation du héros l’attestent. Il n’est pas l’Elu de pouvoir briser la Matrice . Il l’est de pouvoir s’y mouvoir librement. Il n’a plus peur des signes et des machines, du calcul et du virtuel.
Il suit une voie où les oppositions perdent toute signification : la réalité virtuelle, c’est la réalité même.
LIBERTE VIRTUELLLE
La résistance est un échec, à la fois statistiquement circoncis et volontairement assumé. Donc maîtrisée. Car ce 1 % de sujets refusant le programme peut être contrôlé s’il leur est accordé la possibilité de choisir.
C’est ainsi que le fonctionnement de la Matrice s’est affiné et le nombre de réveils ramenés à une minorité. L’effet de réalité s’appuie sur la liberté originaire laissée à chacun. Liberté de choisir d’accepter ou non les différents contenus de ce monde, liberté de se construire à travers le choix. Mais il ne suffit pas qu’ils aient une liberté dans le jeu, il faut encore qu’ils aient la liberté de jouer.
C’est là un des fondements du fonctionnement de la Matrice. Il ne suffit pas de laisser le choix entre différentes possibilités internes au jeu, mais il faut encore laisser ouverte la possibilité de sortir du jeu comme une possibilité interne au jeu.
C’est ainsi que les résistants sont contrôlés. A la liberté « empirique » (évolution grâce au choix entre diverses possibilités) s’ajoute la liberté « transcendantale » de quitter le jeu (la possibilité de choisir l’impossibilité du jeu).
Cette liberté étant la seule chose réelle. Et elle amène à s’interroger non pas sur tel ou tel aspect de la réalité mais sur la structure du réel en totalité.
Avec la fonction de réinitialisation propre à « l’Elu », il est offert un 3 ème niveau de choix à Néo. C’est à lui que revient de choisir si le choix originaire doit être de nouveau offert ou non à la multitude des sujets.
Deux portes s’ouvrent à Néo . Réinitialiser la Matrice ou sauver Trinity. Perpétuer le système ou l’extinction de sa race. Sauver Trinity entraînant nécessairement une Apocalypse totale.
La Matrice fonctionne donc également à la condition de laisser ouverte la possibilité de son impossibilité. Il est donc offert à un des joueurs non plus un choix empirique ou transcendantal mais bel et bien cosmique ! Le choix de permettre à tous de continuer à jouer ou de le refuser à tous.
Finalement, ce n’est plus seulement une interrogation métaphysique de la nature de la réalité mais une inquiétude éthique qui porte sur la valeur que nous sommes prêts à donner au monde dans lequel nous vivons.
PUISSANCE DE L’AMOUR
Si la romance entre Néo et Trinity apparaît à beaucoup comme inhérente aux blockbusters hollywoodiens et d’un intérêt limité, il est nécessaire de la replacer dans son contexte pour comprendre toute la force qu’en tire Néo et le rôle essentiel de Trinity dans la saga.
En effet, Néo n’a accès à une puissance nouvelle qu’après avoir ressuscité dans le 1 er suite au baiser donné par Trinity. D’ailleurs là on entre dans une caractéristique infantile de l’œuvre où le personnage de Trinity refuse la mort de Néo. Cela ne peut arriver car elle l’aime. Et effectivement, il ne meurt pas.
Néo ne devient pas l’ Elu parce qu’il a compris sa mission cosmique mais parce qu’il est celui dont Trinity est amoureuse. Il est l’Elu de son cœur à elle…
L’amour n’est pas seulement un sentiment, il est aussi une autre manière de se rapporter au réel lui-même. Et ce au travers du regard que l’on porte à l’être chéri.
Néo est unique non pas relativement à la totalité des « humains » envers qui il aurait une mission, mais il l’est relativement à un être singulier à qui il est lié par une relation exclusive. Il n’est pas l’unique responsable de tous mais l’exclusif objet d’amour d’un seul.
Et c’est bien parce qu’il est « l’Unique » en ce 2 ème sens modeste du terme qu’il devient inadéquat à son propre rôle et qu’il déjoue donc la fonction de contrôle cybernétique qu’il est censé incarner.
La Matrice n’est pas une succession d’évènements écrits à l’avance, elle marche à la liberté humaine. Or, si Néo a été programmé pour aimer, il a reporté ce sentiment exclusivement sur une seule personne.
Et c’est en cela qu’il met en échec les calculs de l’Architecte. Car face aux deux choix proposés, au lieu de la sauvegarde de l’espèce c’est la vie de Trinity qui vaut plus que tout aux yeux de Néo. Son choix est totalement irrationnel.
Et c’est donc finalement peut être bien dans cette histoire d’amour que les frères livre la charge la plus impertinente de leur œuvre. Au pathos de la responsabilité collective - sacrifier un seul pour en sauver des millions – Néo préfère le bonheur personnel.
Les frères Wachowsky ont établi LA mythologie du 3ème millénaire. Maintenant c’est clair, ces deux là sont pas humains !
Sinon, les scènes de combats sont à tomber par terre !! Et on pourrait en parler autant que des dialogues et autres réflexions philosophiques !
Posté le 30.08.2007 par houseofgeeks
En ce moment, l'univers MARVEL est secoué par une guerre sans précédent. Oubliez les guerres secrètes sur un monde inconnu, les crossovers aussi indigestes que mortels pour le porte-feuille. Non, cette fois-ci l'heure est grave puisque ce n'est rien de moins qu'une véritable guerre civile à laquelle se livrent les super-héros.
L'évènement CIVIL WAR touche pratiquement tous les titres de l'éditeur, puisque la plupart des séries vont être chamboulées à l'issue (relancées, annulées ou carrément création de nouvelles). Mais bien plus qu'un énorme coup marketing repositionnant Marvel comme l'incontestable numéro 1 dans le paysage du comics mainstream, c'est un moment historique. En effet, les répercussions vont être telles, que l'on parlera d'un avant et un après Civil war.
J'éxagère ? A peine. Certes, j'ai toujours préféré les héros Marvel (sans doute parce que les seuls à bénéficier d'une large distribution dans ma jeunesse : Strange, Spécial Strange, Spidey, Nova,etc...) mais là, ils ont vraiment frappé un grand coup.
Pourtant, on était vacciné après tant d'effets d'annonce précédant la nouvelle saga qui devait changer la vie de nos héros. Après des années dominées par les artistes (soit grosso modo la décennie précédente) au style tape à l'oeil et parfois inter-changeable, les scénaristes reprennent les rênes.
Le changement éditorial s'est opéré depuis la prise de fonction de Joe Quesada en 2000, en tant qu'éditeur en chef (le grand stratéguer ou grand coordinateur si vous préférez). Ayant échappé de peu à la banqueroute, décision est prise de relancer intelligemment la machine. Redonner un peu plus d'envergure et de complexité à des comics qui se lisaient en 5 minutes et surtout respecter l'intelligence des lecteurs en arrêtant de le prendre pour une vache à lait en sollicitant son porte-monnaie via des numéros collectors à cause de couvertures variantes, dorées, argentées en relief, avec un hologramme ou donnant l'heure !
Le changement s'opéra en douceur, la montée en puissance progressive. Outre une nouvelle cohérence, les titres ont gagné en qualité d'écriture. Et on le doit à la politique menée par Quesada de permettre à des auteurs venus de tous horizons (indépendants, créateurs de séries TV, romanciers, concurrence) de donner leur vision de tel personnage ou groupe. Tout en s'appropriant ces personnages, ces auteurs talentueux ont à coeur de proposer de bonnes histoires et reconsolider une continuité mise à mal par des années de grand portnawak (cf la saga du clone pour Spider-Man ou Onslaught pour les x-men et surtout les vengeurs ou 4 fantastiques !).
Cette maudite continuité, le cauchemar de chaque éditeur. Dans un univers partagé comme celui de Marvel (ou même chez d'autres comme DC), vu le nombre de séries et le turnover des équipes artistiques, le respect plus ou moins fidèle de la continuité est primordial afin de garder sa cohérence à ce monde fantasmatique. Cela permet de tisser des liens entre persos de séries différentes, enrichissant par là même leurs relations comme les intrigues.
Ces nouveaux architectes sont nombreux et les noms de Morrison, Bendis, Strazinsky et Millar doivent sonner aux oreilles des fans comme une douce mélodie.
Et afin de tester leurs compétences, on leur a donné la mission de créer un nouvel univers reposant sur les bases classiques. La ligne "Ultimate" était née.
Réinventant les vieilles intrigues et les vieux personnages pour accrocher un public de néophytes, ils ont comblé les attentes des plus fidèles lecteurs par une prise de risque maximale. Ultimate Spider-man se permet le luxe d'étaler l'origine du personnage et le montrer en costume au bout du 6ème numéro !
Cette nouvelle ligne est composé de Ultimate SpiderMan, Ultimate X-Men, Ultimate Fantastic Four et les Ultimates (soit les vengeurs).
De ces quatres séries (gravitent autur quelques mini-séries et annuals), les Ultimates s'avèrent les plus ambitieux scénaristiquement et graphiquement parlant. Certes, les 26 épisodes des deux volumes ont mis 5 ans pour sortir (la faute à un Brian Hitch ayant du mal avec les délais) mais cela valait le coup d'attendre. Conservant une cohérence graphique tout du long, nous sommes d'autant plus impliqué dans l'histoire que l'intrigue est traité de manière "réaliste" et surtout très politisée.
Et ça c'est une vraie nouveauté dans les comics Mainstream.
D'ailleurs Mark Millar s'avère le meilleur scénariste de toute la ligne Ultimate, ayant écrit les meilleurs épisodes des X-Men et des F.F. et surtout crée le classique instantané "Ultimates". Ou quand les vengeurs de cet univers sont à la solde du gouvernement....
Après ce baptème du feu réussi, Quesada leur laisse le champ libre dans l'univers classique qu'ils vont refaçonner à leur image, iconoclaste, décomplexé et respectueux des lecteurs.
Strazinsky (issu de la télé : Babylon 5, Crusade...) redéfini les origines de Spider-Man, Millar s'amuse comme un petit fou à faire de Wolverine l'ennemi public n°1, Grant Morrison (star de chez Vertigo et Dc : Animal Man, the filth mais surtout The Invisibles) accouche des meilleurs épisodes des X-men (rebaptisés pour l'occasion New X-Men) dépassant en terme d'inventivité et de folie le mythique run de Claremont/Byrne, enfin Brian Bendis se charge de redorer le blason de Daredevil mais surtout fais imploser les légendaires vengeurs !
L'équipe de Cap América obligée de se séparer après que la Sorcière Rouge devenue cinglée les ai attaqué.
relayés dans la saga "les vengeurs : la séparation", ces évènements sont l'étincelle qui a amené Marvel à redéfinir complètement son univers.
Une nouvelle équipe de vengeurs prend forme, rassemblant des personnalités aussi hétéroclites que Cap, Iron-Man, Luke Cage, Spider-Man, Wolverine ou Spider-Woman.
Ces nouveaux vengeurs sont très vite confrontés à une évasion en masse de super criminels, des opérations secrètes et nébuleuses du SHIELD (la super police du monde Marvel) et de son chef Nick Fury (obligé de prendre le maquis après le désastre de l'opération "guerre secrète), un traître, un agent double, voire triple.... Des scénarios haletants superbement mis en images.
Et puis vint l'évenemment "House of M". En tentant de guérir sa soeur de la folie, Vif Argent persuada la Sorcière Rouge de changer le monde grâce à son pouvoir sur la réalité et de donner le pouvoir aux mutants et à leur père Magnéto.
Bientôt embarqués dans une nouvelle réalité où les mutants sont adulés et en nombre, la plupart des super-héos voient leurs plus chers désirs exaucés en même temps qu'ils ne se souviennent plus de leur vie antérieure à cette nouvelle réalité. Tout rentrera dans l'ordre après que Wolverine aidé par la petite Layla Miller ait fait retrouvé la mémoire à tout le monde.
Retour à la normale ? Pas vraiment, non. Sous l'égide de Grant Morrison, le nombre de mutants peuplant la terre a explosé, leur évolution étant devenue exponentielle. Retrouvant ses esprits et enfin consciente du mal qu'elle a fait, Wanda (la sorcière rouge) fait disparaître le monde "House of M" mais réduit drastiquement le nombre de mutants en pronoçant le sortilège "No more mutants". Passant de plus de 2 millions à moins de 200 (198).
Saga exceptionnelle puisqu'elle change radicalement le paysage et la vie de nos mutants chéris.
Surtout, c'est le début de la fin du status-quo. "House of M" ayant des répercussions dans les séries mutantes bien sûr, mais les autres également.
Les choses évoluent. Enfin.
Brian Bendis le maître-d'oeuvre jusque là s'avère un formidable conteur, jouant à merveille avec la sacro-sainte continuité, la respectant pour mieux en redéfinir certains aspects et apporter un regard neuf sur des évènements faisant partis de la mémoire collective. Un nouveau point de vue sur des évènements passés matérialisé par la création des "Illumanati" version Marvel. Rien moins que le représentant de chaque caste de héros rassemblés dans un groupe occulte qui s'occupe de régler et prévenir les conflits à leur manière.
Composés de Iron Man, Flèche Noir (Inhumains), Red Richards (Mr Fantastic), le professeur Xavier (les mutants), Namor (les atlantes)et Docteur Strange (maître des arts mystiques), ils décident dans l'ombre de ce qu'ils pensent être le mieux pour la communauté super-héroïque.
Ainsi, cet oeil rétrospectif lancé par Bendis permet d'appréhender différemment des évènements comme la guerre Kree-Skrulls. Ou encore le récent envoi dans l'espace de Hulk par des Illuminati préférant bannir un être considéré comme trop puissant et incontrôlable donc potentiellement dangereux pour le monde.
Comme on peut le voir, même entre eux les héros ne sont pas tendres. Et même chez les Illuminati, un conflit interne les oblige à se séparer. Tony Stark (Iron Man) leur ayant fait part de son souhait de soutenir la nouvelle loi du gouvernement pour rescenser les super-héros afin de prévenir toute catastrophe civile engendrée par les affrontements incessants.
Jugé antidémocratique et inique par certains quand d'autres (Tony et Red) pense que c'est un moindre mal, ce projet de loi fait ses première "victimes".
Mais la séparation des Illuminati n'est que le prémisse d'une situation qui va vite dégénérer.
Si Bendis est un architecte hors-pair, Millar n'est jamais aussi bon que lorsqu'il donne une dimension politique à ses récits.
C'est sous cet angle qu'il écrit le méga évènement Civil War.