En ce moment, l'univers MARVEL est secoué par une guerre sans précédent. Oubliez les guerres secrètes sur un monde inconnu, les crossovers aussi indigestes que mortels pour le porte-feuille. Non, cette fois-ci l'heure est grave puisque ce n'est rien de moins qu'une véritable guerre civile à laquelle se livrent les super-héros.
L'évènement CIVIL WAR touche pratiquement tous les titres de l'éditeur, puisque la plupart des séries vont être chamboulées à l'issue (relancées, annulées ou carrément création de nouvelles). Mais bien plus qu'un énorme coup marketing repositionnant Marvel comme l'incontestable numéro 1 dans le paysage du comics mainstream, c'est un moment historique. En effet, les répercussions vont être telles, que l'on parlera d'un avant et un après Civil war.
J'éxagère ? A peine. Certes, j'ai toujours préféré les héros Marvel (sans doute parce que les seuls à bénéficier d'une large distribution dans ma jeunesse : Strange, Spécial Strange, Spidey, Nova,etc...) mais là, ils ont vraiment frappé un grand coup.
Pourtant, on était vacciné après tant d'effets d'annonce précédant la nouvelle saga qui devait changer la vie de nos héros. Après des années dominées par les artistes (soit grosso modo la décennie précédente) au style tape à l'oeil et parfois inter-changeable, les scénaristes reprennent les rênes.
Le changement éditorial s'est opéré depuis la prise de fonction de Joe Quesada en 2000, en tant qu'éditeur en chef (le grand stratéguer ou grand coordinateur si vous préférez). Ayant échappé de peu à la banqueroute, décision est prise de relancer intelligemment la machine. Redonner un peu plus d'envergure et de complexité à des comics qui se lisaient en 5 minutes et surtout respecter l'intelligence des lecteurs en arrêtant de le prendre pour une vache à lait en sollicitant son porte-monnaie via des numéros collectors à cause de couvertures variantes, dorées, argentées en relief, avec un hologramme ou donnant l'heure !
Le changement s'opéra en douceur, la montée en puissance progressive. Outre une nouvelle cohérence, les titres ont gagné en qualité d'écriture. Et on le doit à la politique menée par Quesada de permettre à des auteurs venus de tous horizons (indépendants, créateurs de séries TV, romanciers, concurrence) de donner leur vision de tel personnage ou groupe. Tout en s'appropriant ces personnages, ces auteurs talentueux ont à coeur de proposer de bonnes histoires et reconsolider une continuité mise à mal par des années de grand portnawak (cf la saga du clone pour Spider-Man ou Onslaught pour les x-men et surtout les vengeurs ou 4 fantastiques !).
Cette maudite continuité, le cauchemar de chaque éditeur. Dans un univers partagé comme celui de Marvel (ou même chez d'autres comme DC), vu le nombre de séries et le turnover des équipes artistiques, le respect plus ou moins fidèle de la continuité est primordial afin de garder sa cohérence à ce monde fantasmatique. Cela permet de tisser des liens entre persos de séries différentes, enrichissant par là même leurs relations comme les intrigues.
Ces nouveaux architectes sont nombreux et les noms de Morrison, Bendis, Strazinsky et Millar doivent sonner aux oreilles des fans comme une douce mélodie.
Et afin de tester leurs compétences, on leur a donné la mission de créer un nouvel univers reposant sur les bases classiques. La ligne "Ultimate" était née.
Réinventant les vieilles intrigues et les vieux personnages pour accrocher un public de néophytes, ils ont comblé les attentes des plus fidèles lecteurs par une prise de risque maximale. Ultimate Spider-man se permet le luxe d'étaler l'origine du personnage et le montrer en costume au bout du 6ème numéro !
Cette nouvelle ligne est composé de Ultimate SpiderMan, Ultimate X-Men, Ultimate Fantastic Four et les Ultimates (soit les vengeurs).
De ces quatres séries (gravitent autur quelques mini-séries et annuals), les Ultimates s'avèrent les plus ambitieux scénaristiquement et graphiquement parlant. Certes, les 26 épisodes des deux volumes ont mis 5 ans pour sortir (la faute à un Brian Hitch ayant du mal avec les délais) mais cela valait le coup d'attendre. Conservant une cohérence graphique tout du long, nous sommes d'autant plus impliqué dans l'histoire que l'intrigue est traité de manière "réaliste" et surtout très politisée.
Et ça c'est une vraie nouveauté dans les comics Mainstream.
D'ailleurs Mark Millar s'avère le meilleur scénariste de toute la ligne Ultimate, ayant écrit les meilleurs épisodes des X-Men et des F.F. et surtout crée le classique instantané "Ultimates". Ou quand les vengeurs de cet univers sont à la solde du gouvernement....
Après ce baptème du feu réussi, Quesada leur laisse le champ libre dans l'univers classique qu'ils vont refaçonner à leur image, iconoclaste, décomplexé et respectueux des lecteurs.
Strazinsky (issu de la télé : Babylon 5, Crusade...) redéfini les origines de Spider-Man, Millar s'amuse comme un petit fou à faire de Wolverine l'ennemi public n°1, Grant Morrison (star de chez Vertigo et Dc : Animal Man, the filth mais surtout The Invisibles) accouche des meilleurs épisodes des X-men (rebaptisés pour l'occasion New X-Men) dépassant en terme d'inventivité et de folie le mythique run de Claremont/Byrne, enfin Brian Bendis se charge de redorer le blason de Daredevil mais surtout fais imploser les légendaires vengeurs !
L'équipe de Cap América obligée de se séparer après que la Sorcière Rouge devenue cinglée les ai attaqué.
relayés dans la saga "les vengeurs : la séparation", ces évènements sont l'étincelle qui a amené Marvel à redéfinir complètement son univers.
Une nouvelle équipe de vengeurs prend forme, rassemblant des personnalités aussi hétéroclites que Cap, Iron-Man, Luke Cage, Spider-Man, Wolverine ou Spider-Woman.
Ces nouveaux vengeurs sont très vite confrontés à une évasion en masse de super criminels, des opérations secrètes et nébuleuses du SHIELD (la super police du monde Marvel) et de son chef Nick Fury (obligé de prendre le maquis après le désastre de l'opération "guerre secrète), un traître, un agent double, voire triple.... Des scénarios haletants superbement mis en images.
Et puis vint l'évenemment "House of M". En tentant de guérir sa soeur de la folie, Vif Argent persuada la Sorcière Rouge de changer le monde grâce à son pouvoir sur la réalité et de donner le pouvoir aux mutants et à leur père Magnéto.
Bientôt embarqués dans une nouvelle réalité où les mutants sont adulés et en nombre, la plupart des super-héos voient leurs plus chers désirs exaucés en même temps qu'ils ne se souviennent plus de leur vie antérieure à cette nouvelle réalité. Tout rentrera dans l'ordre après que Wolverine aidé par la petite Layla Miller ait fait retrouvé la mémoire à tout le monde.
Retour à la normale ? Pas vraiment, non. Sous l'égide de Grant Morrison, le nombre de mutants peuplant la terre a explosé, leur évolution étant devenue exponentielle. Retrouvant ses esprits et enfin consciente du mal qu'elle a fait, Wanda (la sorcière rouge) fait disparaître le monde "House of M" mais réduit drastiquement le nombre de mutants en pronoçant le sortilège "No more mutants". Passant de plus de 2 millions à moins de 200 (198).
Saga exceptionnelle puisqu'elle change radicalement le paysage et la vie de nos mutants chéris.
Surtout, c'est le début de la fin du status-quo. "House of M" ayant des répercussions dans les séries mutantes bien sûr, mais les autres également.
Les choses évoluent. Enfin.
Brian Bendis le maître-d'oeuvre jusque là s'avère un formidable conteur, jouant à merveille avec la sacro-sainte continuité, la respectant pour mieux en redéfinir certains aspects et apporter un regard neuf sur des évènements faisant partis de la mémoire collective. Un nouveau point de vue sur des évènements passés matérialisé par la création des "Illumanati" version Marvel. Rien moins que le représentant de chaque caste de héros rassemblés dans un groupe occulte qui s'occupe de régler et prévenir les conflits à leur manière.
Composés de Iron Man, Flèche Noir (Inhumains), Red Richards (Mr Fantastic), le professeur Xavier (les mutants), Namor (les atlantes)et Docteur Strange (maître des arts mystiques), ils décident dans l'ombre de ce qu'ils pensent être le mieux pour la communauté super-héroïque.
Ainsi, cet oeil rétrospectif lancé par Bendis permet d'appréhender différemment des évènements comme la guerre Kree-Skrulls. Ou encore le récent envoi dans l'espace de Hulk par des Illuminati préférant bannir un être considéré comme trop puissant et incontrôlable donc potentiellement dangereux pour le monde.
Comme on peut le voir, même entre eux les héros ne sont pas tendres. Et même chez les Illuminati, un conflit interne les oblige à se séparer. Tony Stark (Iron Man) leur ayant fait part de son souhait de soutenir la nouvelle loi du gouvernement pour rescenser les super-héros afin de prévenir toute catastrophe civile engendrée par les affrontements incessants.
Jugé antidémocratique et inique par certains quand d'autres (Tony et Red) pense que c'est un moindre mal, ce projet de loi fait ses première "victimes".
Mais la séparation des Illuminati n'est que le prémisse d'une situation qui va vite dégénérer.
Si Bendis est un architecte hors-pair, Millar n'est jamais aussi bon que lorsqu'il donne une dimension politique à ses récits.
C'est sous cet angle qu'il écrit le méga évènement Civil War.