A l'occasion de la sortie de "300" en dvd le 26/09/2007, revenons sur un film à la hauteur de la légende qu'il illustre. Tout simplement énorme !
Le succès de « Sin city » aura vraiment pavé la voie à l’adaptation des œuvres de Franck Miller. Et bien que la qualité du film de Roberto Rodriguez soit tout de même sacrément sujette à caution (aucun véritable travail d’adaptation, juste une retranscription à la case près des graphics novels, poses statiques comprises. Ce qui pour un film d’action la fout mal quand même !), au moins aura-t-il permis à Miller de trouver sa place au sein de l’industrie cinématographique après ses tentatives pour y faire son trou.
Qu’on se souvienne que son travail sur le scénario de » Robocop II » a été fortement contrarié par des costards-cravates qui se demandaient comment circoncire sa vision « hardboiled » de la franchise à une séquelle plus consensuelle (après le brulôt de Verhoeven, forcément…) et plus « cartoonesque ». Même s’il en reste des fulgurances assez jouissives qui sauvent le film du désastre complet et nous faisant regretter un peu plus encore que sa vision n’ait pu être intégralement porté à l’écran.
Alors oui, louons cette grosse feignasse de Rodriguez car grâce à lui, l’œuvre de Miller est devenue « bankable » et c’est ainsi que le projet d’adaptation de sa BD sur la bataille des Thermopyles a pu voir le jour.
Pourtant, le doute subsiste au moment où le studio annonce fièrement que c’est le clipeur Zack Snyder qui sera en charge de la réalisation. Certes le premier quart d’heure de son remake de « Zombie » est impressionnant mais le reste est une purge sans nom qui essaie de camoufler sa fadeur pamphlétaire derrière des scènes chocs et surtout ses zombies sprintant tout azimut. Pire voilà qu’on nous annonce un tournage réalisé entièrement sur fond bleu. C'est-à-dire que tout (la lumière, les décors, les monstres….) sera généré par ordinateur. Quand on voit ce qu’a pu donner « Star Wars » dernière génération….
Mais c’est oublier peut être un peu vite la réussite formelle du très sympa « Captain sky et le monde de demain »….
Et franchement, le résultat va bien au-delà des espérances. Car contre toute attente, Snyder a réussi à livrer une œuvre épique magistrale, une véritable ode à la liberté, barbare et guerrière qui fiche une patate d’enfer ! Mais comment en est-on arrivé là ?
Déjà, Snyder bien que respectant le matériau original au plus près (intrigues, séquences chocs et ambiance furieuse) il fournit tout de même un travail d’adaptation nécessaire et bénéfique. C’est p’tete con à dire mais la base du cinéma c’est quand même le langage cinématographique. Et tout le talent et les innovations techniques du monde ne remplaceront jamais cette bonne vieille grammaire cinématographique qui permet d’impliquer un maximum le spectateur en lui racontant le plus clairement possible une histoire.
Ici, celle de 300 guerriers spartiates parti s’opposer à la tentative d’invasion de la Grèce par l’armée perse regroupée autour de leur Dieu/Roi, Xerxès.
Surtout, il a réussi à imposer sa vision de l’œuvre de Miller aux exécutifs des studios, à son équipe et aux fans. Ce qui était une sacrée gageure ! Car l’option du tout numérique change tout. Cela permet de renforcer des séquences et des plans entiers pour en faire de véritables œuvres d’art. Cela permet surtout de transfigurer cette histoire, de la transcender pour en donner une vision mythologique et crépusculaire. Car il faut bien l’avouer, si cela avait été tourné traditionnellement on aurait eu droit à un péplum à la limite du ridicule.
Comme Mel Gibson avec « Apokalypto », le but de Snyder n’était absolument pas de respecter une quelconque vérité historique. Chose que des historiens leur auront bizarrement reproché. Car si l’un a livré un survival racontant en filigrane la fin d’une civilisation (de la notre ?) et le danger de la collusion entre pouvoir religieux, politique et superstitions, le film de Snyder est un film galvanisant et prônant la liberté envers et contre tout, le sacrifice de soi pour ses convictions.
Et puis, difficile de contester l’aspect légendaire prégnant puisque, la bataille des Thermopyles est à la base une vérité historique devenue mythique avec le temps.
Donc Snyder respecte totalement le bouquin tout en développant une sous intrigue voyant les démêlés de la femme de Léonidas avec le conseil des sages de Sparte pour les convaincre d’envoyer des renforts à son mari. Alors que nombreux ont été ceux se plaignant que ces passages ralentissaient l’histoire, au contraire ils apportent des pauses respiratoires bienvenues dans l’enchaînement de ces combats de folie furieuse. Mieux, ils permettent de souligner la détermination et la force de Gorgo qui, bien que ne participant pas aux combats, est de la même étoffe que Léonidas : irréductible à toute soumission et trahison.
Bon, parlons maintenant des quelques faiblesses du film. D’une part, l’entraînement physique autant que psychologique des futurs guerriers auraient pu être plus développés pour insister sur la discipline de fer auxquels ils étaient confrontés et devaient adhérer. D’autre part, l’aspect eugéniste de cette civilisation aurait mérité d’être plus appuyé afin d’apporter un contraste encore plus saisissant, ces guerriers adeptes d’une sélection des meilleurs dès la naissance qui sont également des fervents défenseurs de la démocratie. Même si Sparte, véritable phalange armé de la Grèce d’Aristote, avait aussi des motivations autrement plus intéressées (éviter une invasion et l’anéantissement de leur cité) et que la démocratie de l’époque était quand loin d’être aussi développée que maintenant.
Et puis, la direction d’acteurs est impeccable. A ce titre, l’interprétation de Gérard Butler dans le rôle de Léonidas est monumentale. Il est complètement habité par le personnage.
Outre le travail infographique sur les décors et paysages, le bestiaire peuplant le métrage est assez fantastique. Renforçant par la même la vision mythologique de la bataille. Grande idée d’avoir ainsi caractériser ce géant, sorte de Hulk antique qui tue indifféremment ses alliés Perses que des Spartiates dans sa rage destructrice. Son duel avec Léonidas symbolisant par la même l’opposition de l’asclavage et de la liberté. Et puis, le look des immortels est incroyable, sorte de vampires au faciès rappelant les « reapers » de Blade II.
Venons en maintenant aux véritables moment forts de l’histoire : les combats. Et là, force est de constater qu’ils sont tout bonnement monumentaux. Et si on craignait que multiplier les ralentis les amoindrirait, il n’en est rien. Bien au contraire. Leur intelligent usage permet de renforcer la puissance des coups de manière paroxystique. Du grand art. Et le plan séquence latéral qui voit Léonidas se frayer un chemin à coup d’épée est dores et déjà un classique. Tout en se permettant des décadrages dans l’axe, la profondeur de champ est telle qu’on arrive à ne pas perdre une miette des combats se déroulant au second plan. De même que le dernier raid de deux spartiates à l’intérieur des lignes ennemies est d’une grande puissance formelle et émotionnelle (limite si on se lève pas de son siège pour dégainer son glaive !), et ce d’autant plus qu’il n’y a pas de surdécoupage et que malgré l’arrivée des assaillants de tous les côtés, le tout reste parfaitement lisible.
Pour en revenir à l’usage du ralenti dans les combats, on peut trouver un parallèle avec ce qu’avaient expérimentés les Wachowski sur la trilogie Matrix. Plus Néo acquérait la maîtrise des techniques de combats, plus il maîtrisait son environnement et sa perception. Une maîtrise alors illustré par ces ralentis figurant une vitesse surhumaine et notamment l’usage du « bullet time ». Les spartiates étant des combattants aguerris maîtrisant parfaitement l’art de la guerre, c’est en toute logique que leur maîtrise s’affiche ici de la même manière.
Sans parler des visions dantesques qui pullulent, comme la découverte par les Spartiates de « l’arbre sacrificiel », le déchaînement des éléments sur la flotte perse, la première confrontation entre les belligérants qui voit les guerriers repousser et précipiter dans le vide la 1ère vague d’assaut, le mur de corps érigé par les spartiates….Un film qui compte nombre de moments de bravoure et de plans/peintures dont la principale influence reste l’œuvre de Frank Frazetta.
Bref, vous l’aurez compris c’est du grand spectacle, un déchaînement d’émotions qui laisse pantois. Du même niveau que « le retour du roi ». Et puis entendre ces guerriers lancer leur cri de guerre donne des frissons de bonheur. « AH OOUUHH !!! »
« 300 » est une véritable réussite artistique et qui a permis en outre à Miller d’entrer par la grande porte dans ce milieu hollywoodien qui le fascine (autant qu’il a pu lé révulser dans les 90’s) et surtout assoit un peu plus la réputation de Snyder. En plus de livrer des films commercialement viables, il s’affirme également de plus en plus respectueux de l’esprit des œuvres qu’il adapte. Et sachant qu’il est en train de s’atteler à celle de ce monument de la B.D qu’est « The Watchmen », on ne peut qu’être confiant. Finalement, après tant d’années d’atermoiement, d’espoirs en cruelle désillusion, ils ont peut être trouvé l’homme de la situation. Ce sera alors un autre des mérites à mettre au crédit de « 300 », film grandiose et future référence du genre.
Autre exploit et pas des moindres, le coût de « 300 » s’élève à 60 petits millions de dollars. Ce qui amène la question suivante : comment se fait-il qu’avec un budget équivalent, Mark Steven Johnson nous ponde une bouse comme « Ghost Rider » ?
Sauf que Sparte n'était pas une démocratie...