Prise d'otage de 11 athlètes israéliens lors des J.O de 1972 à Munich par le groupe terroriste palestinien, "Septembre Noir". Résultat des courses ? Les otages sont abattus.
Le film prend donc ce fait historique comme point de départ pour raconter la quête vengeresse d'un commando de 5 agents du Mossad (les services secrets israéliens) chargé d'abattre les 11 terroristes palestiniens.
Le film de Spielberg est en fait la deuxième adaptation du controversé livre "Vengeance" du journaliste canadien George Jonas. La précédente version, "Sword of Gidéon", datant de la fin des années 70 avec notamment le grand Lino Ventura.
A la base, donc un livre polémique puisque prenant quelques libertés avec la vérité historique. Ou plutôt qui interprète et extrapolle sur des faits donnés. Le film de Spielberg n'est pas un film historique ou un docu-fiction. Il ne cherche pas à établir une vérité ou raconter par le menu ces évènements tragiques. C'est une FICTION. C'est à dire qu'il se sert de cette prise d'otage comme point de départ pour étayer sa réflexion sur le conflit israëlo-palestinien mais également sur l'escalade de la violence internationale actuelle. Ceci pour éteindre d'emblée les diverses polémiques et attaques dont il a été victime. N'écoutez pas ces commentaires rageurs de journalistes le traitant d'irresponsable, l'accusant de jeter de l'huile sur le feu (très à la mode cette expression d'ailleurs), d'être va-t'en-guerre et pire l'accusant d'anti-sémitisme (!).
Il faut bien comprendre que la démarche de Spielberg est consécutive aux attentats du 11 septembre 2001. Ces derniers films ont été une amorce de réflexion, Minority Report s'interrogeait sur la propagation de mesures liberticides et la politique sécuritaire généralisée, Le Terminal épousait le point de vue d'un apatride complètement perdu dans la nouvelle marche du monde, tandis que La Guerre des Mondes confrontait directement l'amérique à sa plus grande peur en lui renvoyant à la gueule l'image de sa propre destruction. Un anéantissement dont l'amérique porte les germes en elle d'ailleurs, comme subtilement bien montré par Steven dans ce chef-d'oeuvre de S.F.
Même si Minority Report et Le Terminal souffrent du traitement habituellement naïf de Spielberg (la fin de Minority et des pans entiers du Terminal), au moins l'intention y est.
Et Munich d'explorer ces pistes, cette fois-ci frontalement. Comme le laissait supposer le passage de "la Guerre des Mondes" où Cruise affronte son "double maléfique" dans la cave où lui et sa fille sont réfugiés, Spielberg en a assez que l'on se voile la face. Il est temps de se confronter réellement au problème.
D'emblée Munich n'affiche aucun parti pris (comme certains l'ont injustement reprochés), il renvoie les différents bélligérants dos à dos, pour bien marquer le fait que l'escalade de la violence n'est pas le fait d'un seul côté. Et il le fait d'une manière magistrale lors d'une séquence où un membre de "Septembre Noir" et le 1er ministre israëlien de l'époque (Golda Meir) apparaissent liés autant que séparé par l'image télévisuelle. De même que plus tard, lors de la désignation du commando vengeur, l'énonciation des noms des otages tués et les photos des auteurs présumés s'enchaînent pour presque se confondre. Imparable.
Et tout le film est truffé d'expérimentations visuelles et narratives qui loin d'être gratuites (genre David Fincher pour ne citer que lui) servent à merveille son propos.
Les acteurs sont absolument inoubliables. Mentions spéciales au français Lonsdale, à l'australien Daniel Craig (futur James Bond !), l'anglais Geoffrey Rush et surtout à Eric Bana qui est bluffant.
Le film est d'une grande virtuosité, à la fois ode à la paix et constat amer de l'impasse dans lequel l'escalade des actes de vengeances nous on conduit. Mais c'est par dessus tout un film éminamment poignant et complexe, réfletant en cela parfaitement la complexité des relations israelo-palestinienne avec le reste du monde.
Certains ont reproché à Spielberg son manque d'implication, un ton consensuel qui mesure son incapacité à prendre fait et cause pour un côté ou l'autre. D'une part, ce ton est moins prégnant mais surtout la retranscription de relations aussi complexes ne peut pas faire l'économie d'une certaine retenue. Ceci dit, le gouvernement israëlien est tout de même pris à parti puisqu'il apparaît in fine dans le film manipulateur et impitoyable.
De même on aura beaucoup glosé sur la petite fille qui échappe par miracle à l'attentat à l'explosif perpétré par le groupe. Outre le fait que cela permet d'entretenir une certaine tension, c'est surtout un parfait contre-point à la détermination presque aveugle de ce commando répressif. Ils sont persuadés d'agir pour la bonne cause, prêts à abattre froidement ceux qu'ils pensent être responsables (car en plus ils n'ont aucune certitude !) mais ils ne sont pas prêts à sacrifier la vie d'innocent malgré tout. Ainsi, l'implication morale de leur quête vengeresse sera t'elle définie à l'aune de ce micro-évènement perçu initialement comme un simple artifice narratif.
Oui, le film de Spielberg est beaucoup plus complexe et engagé qu'il n'y paraît. Tout comme la réalité d'ailleurs.