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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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20.08.2007
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HOSTEL

HOSTEL

Posté le 04.10.2007 par houseofgeeks
Eli Roth, nouveau maître de l’horreur ? Assurément. Pourtant c’était mal parti car après un hommage appuyé à Evil Dead (Cabin fever) mal dégrossi, arriva Hostel premier dont la promo agressive, un pitch connu de tous et des extraits choisis suscita une attente fébrile.
A ce titre, il s’avère décevant en termes de tension, de rythme et d’horreur pure. Jouer la carte du changement de ton drastique –d’une sorte d’american pie en Slovaquie on passe à une réactivation des camps de la mort nazi – aurait pu s’avérer payant si l’histoire n’avait pas été diluée à outrance dans une première partie offrant peu d’intérêt en terme narratif et de caractérisation. Et paradoxalement, c’est là sa réussite. Car Eli Roth plutôt que de proposer un énième shocker, s’appuie sur des personnages archétypaux (des étudiants américains) pour opérer un hallucinant renversement de situation et de valeurs.
Partis dans l’est de l’Europe à des fins sexuelles (se faire un maximum de filles), ils se retrouvent perdus face à un pays et une culture différente. Maintenant, se sont eux les proies. Leur nationalité ne leur offrant plus qu’une valeur…marchande. Et si la menace est constamment différée c’est pour mieux nous inciter à nous désintéresser de leur sort. De sorte, qu’ils n’apparaissent plus que comme des cadavres en puissance. Une déshumanisation qui s’opère en même temps sur le spectateur qui après une heure d’exposition longuette n’espère plus qu’une chose, que les sévices commencent ! A l’instar des « tueurs » du film, les protagonistes ne nous intéressent qu’en tant que corps à dépecer. Bien servi par une bande son stressante et une imagerie délétère liée aux camps de concentration, il n’empêche que le film souffre d’un cruel manque de rythme. Mais il aura au moins permis de poser les bases d’une nouvelle mythologie de cette société secrète offrant à ses plus riches clients l’ultime divertissement : torturer et tuer quelqu'un en toute impunité.

Le premier est loin d’avoir fait l’unanimité bien qu’auréolé d’un certain succès critique autant que public. L’occasion avec le II de rectifier le tir.
Plus qu’une suite, c’est quasiment un remake. Enchaînant directement après la fin du premier, cette suite rappelle rapidement les évènements passés et expose clairement sa nouvelle note d’intention via une scène pour le moins viscérale. Concluant ainsi la première intrigue pour repartir sur une autre histoire.
Cette fois-ci nous suivons trois jeunes américaines étudiant l’art en Italie et partant faire une virée à Prague pendant leurs vacances. Elles sont vite réorientées vers le fameux hôtel de Slovaquie par une rabatteuse. Parallèlement, nous suivons le parcours à la fois physique et initiatique de deux amis avides de sensations toujours plus extrêmes. Si l’un semble plus qu’enthousiasmé par cette nouvelle expérience, l’autre se montre plus réticent, doutant de sa capacité à se laisser consumer par sa bestialité.
Après s’être joué de nos attentes dans le premier, cette fois-ci il joue avec. Plutôt que de montrer des mises à mort brutales ou des tortures sauvages, Roth se permet un certain raffinement dans la mise en scène. Des séquences hautement référentielles (notamment le cinéma d’horreur italien) comme autant de tableaux morbides. Que se soit l’exécution très saphique de la jeune vierge vidée de son sang à coup de faux, de la préparation de la viande avant l’équarrissage (le maquillage de la deuxième des amies dans une loge digne d’un théâtre), de la salle des trophées bien particulière ou de ce vieil épicurien consommant les meilleurs morceaux de sa victime, tout concourt à rendre la mort aussi esthétique et séduisante que possible.

Plus incisif, le rythme plus soutenu, nous nous prenons d’emblée d’affection pour les jeunes filles. D’autant que la menace incarnée par ces nouveaux bouchers se fait de plus en plus prégnante. Ils viennent observer de près leurs proies lors d’une fête médiévale.
D’ailleurs, ils deviennent les référents des spectateurs au même titre sinon plus que les futures victimes. Ce qui permet de développer ce qui avait été à peine amorcé dans le premier, à savoir le fonctionnement de cette société de tueurs.
Nous montrant comment s’effectue le recrutement des nouveaux clients (des ventes aux enchères, bien particulières), comment cette société s’immisce peu à peu dans leur esprit pour les obnubiler complètement, comment elle les divertit et les détend (grâce au sexe bien évidemment) avant l’acte fatidique. En clair comment elle les pervertit, laissant son empreinte physique (figuré par ce tatouage d’une tête de chien de chasse) autant que psychique.
Cette société mystérieuse personnifiant tout simplement la doctrine capitaliste animant nos sociétés contemporaines. Doctrine poussée ici jusqu’à l’absurde visuellement parlant mais parfaitement raccord idéologiquement. Seul importe l’argent qui permet de disposer des corps comme autant de marchandises. Aucune loyauté ou morale autres que celles du business.
L’horreur capitaliste dans toute sa splendeur. Et le « retournement » de situation final (entre guillemets car finalement plutôt logique) démontrant que c’est autant une question d’argent qu’une question d’éthique, de valeur morale.
Une fois encore, Roth utilise le genre qu’il adore pour pousser toujours plus loin la logique de l’idéologie dominante.
Se rapprochant, de fait de ces illustres aînés des années 70 dont le propos politique ne pouvait être figuré que par les films d’horreur, genre transgressif par excellence.
Et alors que les fleurons du genre tels que Halloween, Maniac, Massacre à la tronçonneuse ou même les dents de la mer mettaient en scène un tueur à la posture et au mode opératoire facilement identifiables, au psychisme altéré par un trauma d’ordre familial, structurel ou économique, le diptyque Hostel nous présente des « tueurs » au caractères indiscernable et portant le même uniforme. Surtout, c’est mû par une perversion insensée et rendue possible par une certaine manne financière qu’ils passent à l’acte. En somme, ils représentent une masse indifférenciée, c'est-à-dire nous.

Là où les deux films s’avèrent terrifiants, c’est qu’ils mettent en scène la façon dont l’Amérique appréhende les cultures inconnues et considère le reste du monde. Une vision toute particulière puisque résultante de la paranoïa ambiante post 11 septembre.
Tout en allant au bout d’une logique commerciale globale où les corps sont des marchandises comme les autres, où la capacité à céder ou non à des pulsions mortifères est subordonnée à une certaine richesse, ils s’interrogent sur la prédation autant physique que sexuelle.

Plus subtil qu’il n’en a l’air, Hostel II permet en outre de réapprécier à la hausse le premier volet. La seule chose que l’on pourra lui reprocher est une fin trop abrupte laissant clairement le champ libre à un troisième chapitre.
L’horreur n’est plus cette aberration perpétrée par une poignée d’illuminés en même temps que la critique de la société de consommation s’est radicalisée. Dorénavant, la seule justification à des actes aussi horribles est qu’ils peuvent se le permettre. Et si l’on considére que le rêve communiste a projeté sur le peuple son système de contrôle total, c’est alors à l’intérieur même de l’individu que le rêve capitaliste projette un système de contrôle non moins total.

Cette nouvelle vague horrifique générée par Hostel est-elle le signe d’une lucidité salutaire sur l’état de la société dans laquelle nous évoluons ou celui d’un cynisme généralisé ?

Car Hostel I et II entérine quelque peu la disparition progressive des tueurs à forte personnalité dont les apparitions sporadiques autant que terrifiantes déterminaient le rythme cardiaque du spectateur.
Cependant, cette tendance n’est peut être pas aussi affirmée puisque Rob Zombie reprendra très prochainement Halloween premier du nom pour livrer une vision toute personnelle de cette mythologie.



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