Après le succès mérité rencontré par "300", Zach Snyder s'attelle à un monument de la BD, "The Watchmen". Une BD datant de 1986 mais qui demeure indépassable. A la fois oeuvre référentielle et réflexive sur le genre super-héroïque, Moore n'oublie pourtant pas de livrer une véritable histoire prenante et tragique, donnant une dimension humaine à un récit extraordinaire.
Alors que le film est en plein tournage, et les adaptations de comics ayant le vent en poupe, revenons sur une autre adaptation d'un comics du génial Moore, "V pour vendetta".
Avant d'être un film, « V pour vendetta » est un comic-book monstrueux tant dans sa forme (270 pages quand même) que par son propos, écrit par le génie Alan Moore et mis en image par David Loyd. Une oeuvre écrite en pleine guerre froide et en réaction à l'arrivée au pouvoir de Margareth Thatcher. Les années 80, décennie magnifique où l'argent coulait à flots, où le rêve américain prédominait, la bourse était le pivot de chaque existence et où le nombre de pauvres a explosé.
Réalisée par James Mc Teigue, l'adaptation est vraiment le fait des frères WACHOWSKI crédités ici en tant que producteurs et scénaristes.
Au vu des thèmes abordés par la BD (société totalitaire adepte du contrôle du peuple pour endiguer toute rébellion, héros aux méthodes quelque peu radicales, recours à une figure symbolique voire mythique pour provoquer le réveil des masses...) très proches de la trilogie Matrix, on comprend aisément leur implication. D'ailleurs on peut même raisonner en sens inverse dans la mesure où le comic-book date de 1983 et leur première version du scénario de 1990, et se demander si "V for Vendetta" n'a pas largement inspiré les frangins pour créer leur propre univers. Sans aucun doute.
Bref.
Résumé de l'intrigue. Dans une angleterre totalitaire, seul bastion économique vivace après une 3ème guerre mondiale, se lève un homme (?) dont le but est simplement la vengeance mais plus prosaïquement de renverser ce gouvernement en provoquant un soulèvement de la population. Et pour réveiller cette masse endormie, il a pour objectif de détruire les principales institutions (palais de justice, cour d'assises) avec comme point d'orgue l'explosion du parlement anglais !
Il avance masqué tout en s'inspirant de Shakespeare et des méthodes de l'anarchiste Guy Fawkes, qui le 5 novembre 1605 tenta de faire exploser le parlement anglais (fait historique).
Sur sa route, il croise le destin d'Evey, jeune employé de la chaîne télé d'Etat qui manque de se faire violer par la police gouvernementale parce qu'elle n'a pas respecté le couvre-feu. Il la recueille et va s'évertuer à lui faire ouvrir les yeux sur la réalité...
Quel est le véritable but de V ? Une vendetta contre ses anciens tortionnaires ? Appliquer la loi du Talion ? Détruire pour mieux reconstruire ? Ou tout cela à la fois ?
Mais surtout qui est V ? Un fou ? Un révolutionnaire ? Un terroriste ? Ou l'expression d'une simple idéologie : l'anarchie ?
Le livre est construit à la manière d'une tragédie shakespearienne, en 3 actes. Deux pour mettre en place toutes les pièces et le dernier pour les faire tomber une à une comme des dominos. Plus qu'un comic-book, Moore nous livre ici une brillante réflexion sur les conditions de l'avènement du fascisme et ses conséquences sur le fonctionnement de la cité.
De même qu'il aborde de front le problème du terrorisme comme (seul ?) moyen d'action.
Le film en reprend certains motifs, rendant son expoitation délicate puisqu'elle devait au départ intervenir le 5 novembre 2005, soit 400 ans après l'action perpétrée par Fawkes mais les attentats de Londres survenus plus tôt en ont différé la sortie.
Matrix proposait une approche science-fictionnelle du concept de domination. Cette fois-ci nous sommes en pleine dystopie qui trouve d'étranges résonnances dans l'actualité : menaces terroristes mondiales, affaiblissement des libertés individuelles, montée en puissance de la précarité...
Cela reste une fiction qui au contraire du livre développe une théorie du complot souvent associée à ce genre de film. Mais ici, c'est dans le seul but de parvenir à condenser toutes les pistes offertes par l'oeuvre originale. Un travail d'adaptation nécessaire et qui contre toute attente fait du film un bel exemple de réussite de la transposition du livre au cinéma.
Seul bémol, c'est vraiment le manque d'ampleur de la réalisation de Mc Teigue qui peine à retrouver le dynamisme et le souffle épique des planches de la BD. Bien sûr, on pourra reprocher également au film des partis-pris qui ont occasionné la suppression de pans entiers de l'intrigue mais l'essence même du livre est là.
Et même si la dimension philosophique et idéologique brillament développée par Moore manque à l'appel, c'est un sacré tour de force réussi par les Wachowski d'avoir pu livrer un tel film après les déboires rencontrés.
Outre l'aspect pamphlétaire à peine effleuré par le film et les nombreuses figures féminines fortes qui sont passées à la trappe, le plus gros regret reste qu'ils n'ont pas osé, voulu, pu (?) aller jusqu'au bout de la transformation d'Evey, alors que l'introduction même laissait présager le contraire.
C'est un excellent film en l'état mais ils sont passés près d'un véritable coup de maître. Car on obtient finalement un accomplissement (V pour Victoire) alors que l'on pouvait (devait ?) s'attendre à une amorce de contestation (V pour Vive la révolution !).