Inévitablement, quand il s’agit de remakes, le fan est plus que circonspect. Et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit de refaire un film du grand John Carpenter, au vu des pitoyables tentatives précédentes.
Tout aussi inévitable, la comparaison avec l’œuvre originale. Supérieure, inepte ? Inutile ou véritable réappropriation ? Alors, quand le projet du remake de « Halloween » est greenlighté, le fan tremble. Mais bien vite, il bave d’impatience lorsque le nom de Rob Zombie est avancé pour le réaliser.
Rob Zombie est un fan pur et dur de cinéma d’horreur. Les clips de son groupe de métal « White zombies » sont là pour l’attester. C’est donc logiquement qu’il se lance dans la réalisation. Un coup d’essai en forme de train fantôme bien barré avec le plastiquement incroyable « House of 1000 corpses » puis un coup de maître avec le non moins barré et dérangeant « the devil’s rejects », véritable déclaration d’amour aux films d’horreur des seventies et à ses figures les plus extrêmes. Ces deux chefs-d’œuvre lui octroyant la reconnaissance et la confiance des fans.
Et alors que tous les remakes des films de Carpenter s’avèrent des catastrophes artistiques (et au contraire succès marketing), c’est en toute légitimité que Robert Cummings s’attaque au chef d’œuvre séminal de Big John, « Halloween ».
Considéré à tort comme le père de tous les slashers (cet honneur revenant au « Black Christmas » de Bob Clark – 1974) et s’il en utilise les codes et les contraintes, Carpenter livre un véritable traité sur la propagation du mal et accessoirement un chef-d’œuvre de tension et de terreur brute. Le croquemitaine Michael Myers, personnification et abstraction ultime de la figure du mal, entrant direct au panthéon des plus beaux tueurs.
Après 8 suites plus ou moins réussies (sortent du lot, le 2ème épisode et Halloween 20 ans après), comment sortir de l’ornière une franchise mal en point, à la veille de fêter les 30 ans de création du monstre d’Haddonfield ?
Non pas en proposant une relecture ironique, référentielle et ultra jouissive comme « Jason X », mais bien en revenant aux origines du mythe.
« Halloween 2007 », se propose donc de se concentrer sur le personnage de Michael Myers et de narrer sa déchéance, la manière dont il plonge dans la folie homicide.
Plus qu’un simple remake, Zombie s’applique à combler les trous du récit de Carpenter. Respectueux de son aîné, il s’en éloigne suffisamment pour en donner sa propre version, sa définition du mal.
Michael Myers est la représentation de l’échec patent des institutions à éduquer et aimer un gamin fragile et perturbé par un environnement quotidien aussi violent physiquement que psychologiquement. Que ce soit la cellule familiale, l’école, le milieu médical tous sont impuissants face à cette souffrance se muant en folie destructrice.
Le petit Michael Myers alors âgé d’une dizaine d’années est déjà salement perturbé. Et le contexte familial autant que scolaire ne vont pas l’aider. Une mère aimante obligée de s’exhiber dans une boîte de striptease pour subvenir aux besoins de la famille, un beau-père haineux, violent et libidineux qui passe son temps à l’humilier et à baver sur les formes de sa belle-fille. Une sœur qui ne se préoccupe que de son petit copain. Seule la petite dernière bénéficie de la tendresse du petit Myers. Pas d’excuse ou de circonstances atténuantes. Simplement un constat presque clinique. Et si Michael profite de l’absence de sa mère pour tuer le reste de la famille, c’est à la fois pour répondre à ses pulsions comme pour soustraire sa petite sœur à cette ambiance néfaste et déliquescente. Chaque fois qu’il tue, Mike le fait masqué. Montrant par là même la disparition progressive de tout caractère humain et l’altérité au travail. Plus qu’un gimmick de tueur dégénéré, revêtir un masque devient une seconde nature.
Outre cette référence visuelle, Zombie utilise également une référence musicale pour définir sa vision de Myers. Ainsi, c’est dès que résonne les notes entêtantes du thème composé à l’époque par l’ami John, que Michael s’enfuit du bureau du principal pour poursuivre et punir un camarade de classe s’étant moqué une fois de trop de lui et surtout de sa mère. Un thème musical agissant comme un signal sonore résonnant seulement dans la tête du gamin. Une perception renforcée par le fait qu’à ce moment, la musique se superpose aux paroles échangées entre la mère et le docteur Loomis.
En plus de donner de l’épaisseur au background de Myers, Zombie se démarque de la version de 1977 en ne présentant plus seulement Michael Myers comme le réceptacle d’une force maléfique. Rob a l’intelligence de ne pas filmer le meurtre de la famille en point de vue subjectif comme chez Big John. Le malaise n’en est pas moins prégnant, puisque si nous ne nous trouvons plus dans la peau du tueur, nous sommes dans celle de ses victimes. La démarche lente et presque robotique renforçant le côté inéluctable de la mort. Surtout, à la fin de la séquence inaugurale du 1er « Halloween » , un mouvement de caméra vers le ciel après avoir figé l’action laissait entendre que la force maléfique s’en était allée, pour revenir 20 ans après investir le corps de michael. Or, dans la version de 2007, si l’action se fige également à près la découverte du massacre, la caméra opère cette fois un travelling latéral vers la voiture de police où est enfermée le jeune Michael. Le mal est toujours là et va se développer.
Autre apport majeur, la fascination de Michael pour toute sorte de masques. S’il passe son temps à s’en fabriquer, c’est bien pour se construire un visage en adéquation avec sa psyché. Plus que son mutisme, c’est définitivement le port d’un masque qui l’isole du reste de l’humanité.
Ce qui rend aussi la version de Zombie remarquable, c’est d’avoir développer l’affect de Myers. On l’a vu, il aime sa petite sœur mais aussi profondément sa mère. Et les scènes entre la mère (Sheri Moon Zombie) et lui sont déchirantes. Notamment dans l’institut psychiatrique où il est enfermé. La séquence où elle prend conscience que son fils n’a plus rien d’humain après l’avoir vu éructer de rage en tuant une pauvre infirmière est émotionnellement tétanisante.
Confronté à ce regard d’un noir abyssal, la mère préfère se suicider quand le docteur Loomis manque de s’y perdre en tentant de rallumer une flamme d’humanité.
Le tueur chez Carpenter était caractérisé par une forme, n’était-il pas rebaptisé « the shape » ? Rob Zombie opte pour une véritable montagne de force. L’ex-catcheur Tyler Mane (Sabretooth dans X_Men) incarnant un Myers véritablement brutal et rageur. A la peur latente d’attaques différées, Zombie préfère le déchaînement de violence. Et dans le cas présent cela fonctionne plutôt bien. Comment échapper, résister à un mastodonte pareil qui se débarrasse aussi vite et sans fioritures de gardes chargés de le transférer ou d’un camionneur aussi bâti que lui (Ken « Dawn of the dead » Foree) ?
Après avoir marqué sa différence en faisant de sa première partie une sorte de préquelle de l’original, Zombie se confronte finalement à Carpenter dans son deuxième acte se déroulant à Haddonfield. Reprenant des scènes entières au plan près parfois, Rob parvient tout de même à se démarquer pour éviter le simple plagiat stérile. Et c’est dans les explosions de violence de son « héros » qu’il trouve le salut. Choquantes, les scènes de meurtres savent pourtant ménager le suspense. Et celle où Laurie Strode (la sœur de Myers) découvre sa copine passablement charcutée et gisant à terre est emblématique. Elle se précipite pour appeler les secours tout en prenant les râles de la victime pour de la douleur alors qu’elle essaie justement de la prévenir que le tueur est toujours présent ! Imparable.
Le parti pris de Rob Zombie est de filmer le tout de manière presque documentaire. L’image et les cadres ont beau être travaillés et superbes, tout concourt à en faire la reconstitution réaliste d’un fait-divers. La violence y est brute, sèche. Les meurtres abominables sont loin de faire sourire. Indignement taxé de complaisance, Zombie est véritablement fasciné par le mal. Et ses précédents films sont là pour le rappeler.
Enfin, la séquence finale se déroulant dans l’ancienne maison familiale entrîne le film dans l’abstraction la plus totale. Emprisonnée dans cette bâtisse complètement décrépie, Laurie fait face au croquemitaine, son frère. Mais ça elle ne le comprend pas. Au désespoir de Michael qui s’est complètement mis à nu face à elle. Laurie ne pense qu’à s’échapper de ce labyrinthe et survivre. A partir de son enlèvement par Myers, nous n’avons plus de point de vue extérieur. Comme elle, nous sommes enfermés dans cette maison, véritablement illustration du psychisme complètement abîmé de Michael. Et on peut applaudir Rob Zombie d’être allé au bout de son concept. Le dernier plan étant un sommet de désespoir digne du final de « Blow out » de De Palma.
Peu importe s’il existe des différences entre la version salles et le workprint circulant sur le net. Et si son « Halloween » souffre parfois d’un certain manque de rythme et quelques incohérences, c’est essentiellement le fait du remontage des Weinstein Bros, toujours prompts à foutre leur nez où il ne devrait pas. Cependant, comme Mc Tiernan en son temps, ces retouches ne parviennent pas à circonscrire le talent du réalisateur. En l’état Rob Zombie a réussi son pari et à livrer enfin une adaptation digne de l’œuvre de Carpenter. A la fois différente dans son traitement plus bestial et respectueuse de l’original. Plus que jamais Zombie est un des meilleurs réalisateurs en activité, tous genres confondus.
Au final, au-delà d’une comparaison stérile la version de 2007 tout en apportant un nouvel éclairage est une œuvre inextricablement liée à la version de 1977 car parfaitement complémentaire.