Publié le 29/07/2008 à 12:00 par houseofgeeks
S’il est loin d’être un film d’action qui révolutionnera le genre, Wanted n’est pas non plus une purge sans nom. En tout cas, il lance parfaitement la carrière hollywoodienne de Bekmambetov, le plus américain des réalisateurs russes.
Son pour l’instant diptyque Nightwatch/Daywatch (on attend le troisième avec une infinie patience) était un véritable appel du pied, soumettant des romans à succès à la saturation d’effets et de références aux blockbusters américains. Hollywood et Bekmambetov étaient donc fait pour se rencontrer. C’est donc chose faite avec Wanted, adaptation d’un comics « indépendant » (non publié par la Marvel ou DC) de Mark Millar et J.G Jones, ouvertement provocateur, iconoclaste et délirant. Dépeignant un monde où les super-vilains ont pris le pouvoir à l’insu de tous, tuant les super-héros, allant même jusqu’à effacer leur souvenir des mémoires et qui conte l’apprentissage de Wesley Gibson pour devenir le plus grand bad mother fucker.
Pas de contexte superhéroïque, sûrement dû à un budget serré, mais une secte de tueur obéissant à un métier à tisser le destin. Ouch, premier uppercut provenant des scénaristes Michael Brandt et Derek Haas, responsables de celui de 2 fast 2 furious, associés ici à Chris Morgan (scénario de fast and furious : Tokyo drift). Heureusement, Bekmambetov relève quelque peu le niveau grâce à une réalisation aussi énergique, à défaut d’être inventive, qu’ostentatoire. Une constance qui force le respect. Cascades, poursuites, gunfights : tout est démesuré, retrouvant par moments une folie digne du comics. Forçant peu sa nature pour se conformer aux standards actuels du film d’action hollywoodien, il use et abuse des ralentis pour nous montrer le parcours d’une balle perforant une boîte crânienne, effectuant une courbe pour éviter un obstacle ou incisant les ailes de mouches. Et à ceux qui dénoncent un effet « bullet time » à chaque fois qu’un film nous montre un personnage ou une balle se mouvant au ralenti, rappelons que le « bullet time » permet de voir une action au ralenti certes mais surtout de permettre à la caméra d’effectuer un mouvement (de 360 degrés ou moins) autour du sujet filmé (pour les détails techniques voir John Gaeta ).
Dommage qu’en plus de seconds couteaux pas très impliqués ou de personnages secondaires (Morgan Freeman) en faisant le minimum, la bad-ass attitude inhérente au sujet ait été passablement édulcorée. Ce sont des tueurs oui, mais pas méchants. Ils permettent de maintenir l’équilibre en butant des mauvaises personnes désignées, il faut le rappeler, par un métier à tisser. Pas méchants mais un peu neuneu quand même pour obéir aveuglément à quelques mailles de fil. Produit tout public oblige, les dilemmes moraux de Wesley Gibson seront assez vite expédiés. Ne subsistera qu’une intrigue assez simpliste et linéaire sans grande surprise. Cependant, quelques séquences retiendront l’attention des spectateurs les plus pervers. La programmation de Wesley à coups de poing dans la tronche, de tailladage au couteau et de régénération détonne clairement. A retenir également la technique du gun-kata empolyée par Gibson (notamment ors de l’explosif assaut final), vu pour la première fois dans L’art de la guerre de Christian Dugay et élevée au rang d’art par Kurt Wimmer dans Equilibrium, technique de combat rapproché avec des pistolets, où les flingues deviennent le prolongement du guerrier.
Au final, Angelina est très jolie, James McAvoy est plutôt crédible dans son rôle de looser et les scènes d’action sont dynamiques, assez lisibles et jouissivement bis, mais après ? Wanted demeure sympathique à bien des égards mais reste cantonné à la catégorie des « vite vu, vite oublié ». Sauf que…
Sauf que, on peut considérer que Wanted perpétue la décadence du film d’action entamée par Michael Bay et son Bad Boys II pour l’élever au rang de concept extrême. Non content de verser sans états d’âmes dans les effets de styles aussi racoleurs que parfois décérébrés, Wanted se pare d’un nihilisme post Fight club (Wesley tyrannisé au boulot, trompé par sa copine et qui envoie tout le monde se faire foutre en devenant un putain de tueur) uniquement pour donner un semblant de profondeur à un pop-corn movie. Bon, là je m’avance peut être un petit peu.
Néanmoins, si Wanted reste un spectacle agréable, le film aurait sans doute gagné à verser dans le délire décomplexé du comics, et montrant les tueurs dominant le monde après avoir éliminés les héros de cinéma tels Mc Clane (ah pour celui là, la Fox s’en est chargé l’été dernier), Dirty Harry, Rambo,etc Conservant leurs reliques (un marcel, un magnum 357, un bandeau) en souvenir. Wesley Gibson embrassant ainsi la carrière de tueur non plus pour déterminer qui il est mais parce qu’il peut tuer en toute impunité. Un traitement risqué que l’on est pas prêt de voir appliquer.
Comme souvent avec ces adaptations de comics, le mieux c’est encore de les lire.
Comme d'hab', direction l'Ouvreuse (http://www.louvreuse.net) pour lire cet article et d'autres de mes acolytes...
Publié le 12/07/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Alors que dans son ensemble les studios hollywoodiens misent sur une rentabilité immédiate soit en débitant des remakes au mètre ou des films reposant entièrement sur leur concept et/ou leurs stars, la Warner prend tous les risques en osant proposer des œuvres spectaculaires en terme de mise en scène comme visuellement et thématiquement. Et qui ne rencontrent pas leur public, comme l’atteste le nombre d’entrée des remarquables La légende de Beowulf et Invasion. A croire que les spectateurs se méfient dès lors qu’un blockbuster barbare ou une fable science-fictionnelle leur demandent de garder leurs neurones connectés. Un degré d’exigence qui est la marque de fabrique de Andy et Larry Wachowski et qui, pour les connaisseurs, est la promesse d’un cinéma total.
Réception critique
Apparemment, la plupart des spectateurs comme les critiques ne sont pas prêts à apprécier à leur juste valeur la générosité de ses deux réalisateurs d’exceptions. C’est peu dire que leur dernier né, SPEED RACER, divise. Les détracteurs se montrant virulents et agressifs dans leurs réactions, quand ils ne sont pas carrément à côté de la plaque.
Que l’on aime ou pas SPEED RACER, il ne laisse pas indifférent. Il est pourtant étonnant de voir un certain mépris affiché par la presse dite spécialisée (peu ou pas d’infos avant le mois de juin), encore plus lorsqu’il émane du magazine référence pour une grande partie des cinéphiles, Mad Movies. Je n’invente rien, ils s’enorgueillissent d’ailleurs sur leur site de n’avoir absolument rien à faire du film !? Ils justifient ce dédain (il n’y a pas d’autre terme) par le recentrage de la revue sur l’horreur pure. C’est sûr que préférer une preview sur X-Files 2 cela correspond parfaitement à cette ligne éditoriale ! Preview où, soi dit en passant, ils font 3 pages sur de simples spéculations puisqu'aucune info n'a filtrée, soit littéralement du vent
Il faut plutôt y voir un règlement de compte avec l’équipe ayant sévi entre 2000-2003 et emmené par les Rafik Djoumi, Yannick Dahan, Arnaud Bordas et compagnie pour qui se posaient simplement la question de savoir si le film était suffisamment intéressant esthétiquement et thématiquement (qu’il soit apprécié ou non) pour en parler. Du gros blockbuster qui tache à la bonne petite série B en passant par les perles occultées par les autres à cause de leur non potentiel commercial. Une autre époque donc…
Mais arrêtons là le procès du « nouveau » Mad.
DYNAMIC DUO
Un mælstrom de couleurs, de sensations et d’images, aussi beau que puéril et futile. Une définition aussi réductrice que fausse que nombres de critiques et d’internautes ont tôt fait d’accoler à Speed Racer, nouveau film des frères Wachowski. Sous couvert de proposer un spectacle en technicolor pour gamins attardés, les deux esthètes aussi géniaux qu’incompris livrent sans doute ici leur film le plus personnel. Une approche humble et sincère où les images demeurent plus que jamais le vecteur essentiel des émotions.
5 ans après avoir conclu leur fresque philosophico-kung-fuesque, les Wachowski reviennent donc à la réalisation en adaptant un dessin-animé japonais dont ils sont fans et ayant bercé l’enfance de générations entières d’américains, "Mahha Gô Gô Gô" de Tatsuo Yoshida et traduit par Speed Racer. Après s’être lâchés avec la monumentale saga Matrix, dont le dernier épisode consacra un peu plus l’hermétisme (apparent seulement) de leur cinéma à ceux qui ne veulent pas voir, les frangins veulent se recentrer vers une œuvre plus accessible et grand public. Un mixage de comédie familiale et de critique du sport spectacle qui s'avère beaucoup plus ambitieux formellement et thématiquement.
Malgré le scepticisme à l'égard de leurs oeuvres antérieures et plutôt que d'opter pour la facilité, les Wachowski osent un film particulièrement barré et pour certains carrément psychotronique. Fidèles à leur conception du médium, ils reproduisent à l'écran un décorum fortement connoté sixties en concordance avec le dessin-animé d'origine. Une cohésion artistique renforcée par des références d'époque, mobiliers, James Bond, Conan le barbare, la série Batman (la séquence de baston dans les montagnes où ne manquait que la visualisation des onomatopées !) mais aussi Dick Tracy avec cette collection de trognes pas possibles des bad-guy. Quand à la dynamique d'ensemble, ils ont été fortement influencés par Miyasaki et notamment par son Château de Cagliostro et les jeux vidéos. Enfin, au petit jeu des citations, on pourra reconnaître des emprunts à Akira et le réalisateur de japanime Kawaijiri ou à l'art contemporain et abstrait. Mais comme Tarantino ou les coen, leur cinéma ne peut se résumer et se réduire à un assemblage hétéroclite, puisque chez tous ses auteurs l'important est de se réapproprier ces influences afin de nourrir leur propre travail, les redéfinissant pour construire un univers cohérent et en adéquation avec leur propos. Et dont Speed racer est une parfaite illustration.
L'art de l'enfance
Tandis que l'on pouvait légitimement craindre une trop forte distanciation (Pouah, on dirait Spy kids sous LSD !), ils réussissent une fois encore le pari incroyable d'une immersion complète grâce à leur seule mise en scène. Le premier quart d'heure est à ce titre un pur régal et un modèle du genre. Une introduction que bon nombre de réalisateurs souhaiteraient reproduire en guise de climax final ! Un véritable sommet de concision et de précision dans l'univers dépeint comme la présentation des personnages et des enjeux à venir. Alternant les flash-backs et le présent sans coupes, les transitions étant effectuées par le biais des personnages ou d'une caméra en mouvement, donnant à ses allers-retours temporels une linéarité exemplaire. Une homogénéité que l'on ne retrouve que dans les anime et permise par l'emploi du numérique.
Les Wachos accélèrent même le rythme dès la course de bolides, la sarabande folle du présent sur les talons d'images du passé. Speed lui-même chassant le record de vitesse du tour de son frère disparu jusqu'à poursuivre son fantôme. Tout simplement grandiose.
Et quand Hollywood multiplie les dialogues explicatifs, les deux réalisateurs préfèrent laisser parler les images, nous rappelant que le cinéma est un art du muet, utilisant toutes les possibilités offertes par le numérique (ralentis extrêmes, inserts, travellings avant/arrières, etc) pour une lisibilité absolue des enjeux dans l'action.
Ils poursuivent même la réflexion, entamée avec Matrix, sur l’imbrication des différents degrés de réalité, leur perméabilité et leur capacité à englober personnages comme spectateurs, à un degré supérieur.
Ainsi, tout porte à croire au début que nous sommes dans une fiction aux décors contemporains bien que marqués par des couleurs éclatantes (la salle de cours et le bureau de la conseillère). Mais dès la sortie en trombe de Speed, c'est le choc. Les couleurs chamarrées ne sont pas exclusives des décors intérieurs, la fiction dans son entier y est assujettie. Les Wachowski font plus qu'adapter un dessin-animé culte, ils composent un univers totalement soumis aux fantasmes du gamin.
Lorsque le jeune Speed s'imagine au volant d'un bolide dessiné par la main d'un enfant, c'est la fiction entière qui sera soumise à son rêve éveillé, comme remarquablement traduit à l'écran par les effets parallaxes du décor (des lignes parallèles donnant l'impression de converger), la figuration des lignes de vitesse (marque de fabrique des mangas et autres O.A.V), des circuits automobiles au tracé et au désign délirants ou les aplats de couleurs primaires.
A noter qu'en psychologie, la parallaxe est une modification de la subjectivité, la différence de perception d'une même réalité, ce qui appuie un peu plus la démonstration selon laquelle les intentions des frangins sont sans cesse tributaires et illustrées par les effets de mise en scène.
D'emblée, les Wachos annoncent la couleur, le film sera entièrement marqué par le sceau d'une vision naïve (et non pas niaise) du cinéma et entièrement voué à la recherche d'un émerveillement et d'un plaisir enfantin. Pas de régression mais bien un retour à des sensations primordiales, dénuées de tout cynisme. Une belle réponse aux détracteurs leur opposant le manque d'affect de leurs réalisations. Soulignons que la scène où le frère cadet de Speed, Sprittle, et son chimpanzé Chimp-Chimp foutent le boxon dans l'usine Royalton après avoir ingurgité trop de friandises peut, doit, se lire comme l'expression fantasmatique du désir de Speed de tout envoyer bouler après que Royalton lui ai révélé les dessous pervers du sport-business. Une impression encore une fois renforcée par la seule mise en scène puisque les déambulations hystériques du duo sont à chaque fois amorcée par un gros plan du visage de Speed. Sinon, les Wachowski ne font que filmer des bagnoles hot-wheels dans un environnement infographique digne du jeu F-zéro, ça crève les yeux !
Sans oublier que la maîtrise des cadres ne serait rien sans une direction d'acteur remarquable (ils sont tous parfaits), le soin apporté à des dialogues sonnant juste et la musique de Michael Giacchino retrouvant la perfection de son score pour Les indestructibles.
Un film super plat.
Du spectacle pour gosses, Speed racer n'en possède que l'apparente simplicité, n'hésitant pas à aborder les arcanes de la finance (on parle d'OPA, de rachat de titres, de spéculation...) et où Racer X le justicier des circuits travaille en étroite collaboration avec la commission de surveillance, proposant de lutter non plus physiquement mais en traînant les responsables devant la justice (!). Le défilement des valeurs boursières tenant lieu de nouveau code matriciel pour Royalton, assumant complètement son attachement à la marchandisation généralisée. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les tenants du nèo-libéralisme se contentent de regarder l'action devant un écran plutôt que d'y participer. Les Wachowski opposant visuellement et philosophiquement deux conceptions antagonistes. La mère de Speed "Ce que tu fais avec ta voiture, c'est de l'art" et Racer X : “It doesn't matter if racing never changes. What matters is if we let racing change us. Every one of us has to find a reason to do this. You don't climb into a T-180 to be a driver. You do it because you're driven » exprimant la profession de foi des réalisateurs envers le cinéma et que Speed matérialisera dans la dernière séquence.
Pas mal pour un spectacle pour attardé mental ou gamins de 3 ans. Et les prouesses techniques, le car-fu et les quelques concessions (qui n'en sont pas vraiment d'ailleurs, voir paragraphe précédent !) faites pour élargir leur audience (les scènes de comédies burlesques, les persos du chimpanzé et de Sprittle) ne peuvent supplanter leur ambition esthétique première de donner l'impression de se mouvoir dans un dessin, un celluloïd ou une peinture.
Une volonté qui se traduit à l'écran au travers des multiples références à la pop-culture et au procédé de 2D ½ selon le concepteur des effets spéciaux John Gaeta mais qui a en fait tout à voir avec le « superflat ».
Un mouvement d'art contemporain influencé par l'animé et le manga qui vise à analyser la culture japonaise à travers la sous-culture dite « otaku ». Cette dernière émergeant au sortir de la seconde guerre mondiale en absorbant la culture occidentale et plus particulièrement américaine. « Superflat » signifie en anglais « super plat » et se réfère à diverses formes aplaties de l'art graphique japonais ainsi qu'à la superficialité de la culture consumériste japonaise. Ce que le film expérimente en abolissant toute profondeur de champ.
Takashi Murakami est considéré comme le chef de file de ce mouvement. Il cristallise dans ses œuvres et ses projets, la nouvelle subculture de Tokyo. Il est le représentant d’une génération imprégnée de l’imaginaire des mangas et des otakus.
Il réfléchit particulièrement aux scénographies pour que « le public ait l'impression d'être entouré par une multitude de caméras, même s'il se trouve en face d'une seule et même image ». Soit exactement le procédé technique utilisé par Gaeta et son équipe.
Une de ses adeptes est Chiho Aoshima, dont les peintures qu'elle peignit dans le métro japonais ont été reprises pour figurer la ville où siège la firme Royalton.
Saturé de références artistiques et cinéphiliques, Speed racer n'en demeure pas moins l'expression ultime d'un cinéma total, entièrement voué à propulser ses spectateurs dans un monde fantasmagorique où ne compte plus que la résonance intérieure. Une quête spirituelle que les Wachos poursuivent en convoquant le précurseur de l'art abstrait, le peintre Vassili Kandinski.
Du spirituel dans l'art et dans le cinéma des Wachowski en particulier
Peintre mais aussi théoricien de son art, lorsque l'on étudie ses oeuvres et plus encore ses écrits, il apparaît que les Wachowski se sont appliqués à retranscrire ses théories et son engagement.
Ainsi, pour Kandinski, l'art peut être aussi l'expression directe du monde intérieur de l'individu, et il vient à considérer que la peinture peut s'affranchir des formes et s'exprimer dans la seule dimension du trait, de la tache et de la couleur et qu'il peut à partir de là tout autant toucher l'âme de l'homme que la représentation figurative.
Lorsque l’on regarde les couleurs sur la palette d’un peintre, un double effet se produit : un effet purement physique de l’œil charmé par la beauté des couleurs tout d’abord, qui provoque une impression de joie comme lorsque l’on mange une friandise. Et oui, le choix de couleurs « criardes » n'est pas du mauvais goût. De même que la séquence où Sprittle et son singe dévalisent le coffre à bonbons de Royalton n'offre pas seulement une respiration humoristique.
Mais cet effet peut être beaucoup plus profond et entraîner une émotion et une vibration de l’âme, ou une résonance intérieure qui est un effet purement spirituel par lequel la couleur atteint l’âme. Ce que Kandinsky appelle le « chœur des couleurs » devient de plus en plus éclatant, il se charge d’un pouvoir émotif et d’une signification cosmique intense.
Son premier grand ouvrage théorique sur l’art, intitulé Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, paraît fin 1911. Il y expose sa vision personnelle de l’art dont la véritable mission est d’ordre spirituel, ainsi que sa théorie de l’effet psychologique des couleurs sur l’âme humaine et leur sonorité intérieure.
Ainsi le vert produit le calme (la mère de Speed est vêtue de vert lorsqu'elle le réconforte après la mort de son frère), Le rouge est une couleur chaude très vivante, vive et agitée, il possède une force immense, il est un mouvement en soi (le rouge caractérise le famille Racer, mobilier, uniformes, atelier), le violet est un rouge refroidi qui confine à l'immobilité (Couleur caractérisant Royalton, il en est vêtu et l'enjeu pour lui est de faire revêtir un costume violet à Speed, signe de son contrôle sur lui) et ainsi de suite.
Enfin, le grand final paroxystique et orgiaque, le Grand Prix définitif qui consacre Speed moins comme le vainqueur que comme l'artiste transcendant son art, est l'exacte illustration de peintures où de « grandes masses colorées très expressives évoluent indépendamment des formes et des lignes qui ne servent plus à les délimiter ou à les mettre en valeur mais qui se combinent avec elles, se superposent et se chevauchent de façon très libre pour former des toiles d’une force extraordinaire. » Le déferlement de couleurs fusionnant avec la structure du circuit dans un crescendo accentué par la musique provoque une sensation ultime d’apaisement et de plaisir. Une expérience rare à vivre en salles.
Reprenant à leur compte diverses influences tant artistiques que cinématographiques, cinéphiliques ou geek, les Wachowski livrent encore une fois un film irrévérencieux puisque allant à l'encontre du formatage formel habituel. Toujours animés par la même démarche de proposer un divertissement en appelant à la fois à l'intelligence et la sensibilité des spectateurs, les deux natifs de Chicago demeurent inexplicablement boudés par la critique et le public (voir les résultats catastrophiques du box-office mondial). S’exposant comme jamais, les Wachowski auront pris en pleine gueule le refus de leur jusqu’au boutisme et leur avant-gardisme. Œuvre magnifique et exigeante pour les neurones et les sens, SPEED RACER est un véritable antidote au cynisme et aux films décérébrés que l’on nous vend à longueur d’année. En plus d'être un putain de chef-d'oeuvre incompris !
Publié le 08/07/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Bientôt sorti des rotatives qui turbinent à plein régime, le tout nouveau, tout beau (nouvelle maquette oblige) VERSUS !
LA revue cinématographique, pas en vente partout. Pas encore du moins.
Alors pour frimer sur la plage, dans le métro ou le bus, pour draguer (résultats garantis) mais surtout pour avoir une autre opinion sur le cinéma, on se précipite sur le http://www.versusmag.fr
pour commander son exemplaire !
Au menu, les rubriques habituelles et deux gros dossiers : Spielberg et la tendance subjective (retour sur REC, Alexandra's project, Blair witch, Diary.... et consorts)
'gardez comme il est beau le VERSUS N°13 !
Publié le 06/07/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Durant les 3 jours, c’est souvent l’occasion de se faire quelques séances de rattrapage. Sont en effet ressortis, à certains endroits, REC, Deux jours à tuer, Taken ou encore les ch’tis.
Pour ces derniers, la volonté des producteurs étant clairement de battre le record d’entrées de Titanic. Objectif non atteint malgré la débauche d’énormes moyens puisque le nombre de copies a doublé pour dépasser les 450. J’adore cette manière de gonfler artificiellement les scores pour faire d’un succès populaire inattendu un raz de marée. Une honnêteté artistique tout à l’honneur des producteurs du films.
Passons. C’est aussi l’occasion de voir des films que l’on n’irait pas forcément voir du fait d’une affiche et d’un titre à se crever les yeux tellement ils sont moches (Au bout de la nuit), d’un OFNI qui ne passera pas le cap des 2 semaines à l’affiche (La personne aux deux personnes) ou profiter de l’évènement pour une avant-première (Kung-fu panda).
Je reviendrai plus en détail sur LA déception de l’année, Diary (ou diarrhée !) of the dead. Quant à Speed racer, 2 p’tits tours et pis s’en va. Sorti le 18 juin, il n’a même pas pu profiter de la fête du cinoche pour augmenter sa fréquentation puisqu’il fut programmé aux séances de 9 et 11 heures. Encore un chef d’œuvre incompris. A la fois victime de ses mauvaises critiques comme de son avant-gardisme. Une œuvre aussi complexe qu’elle paraît simpliste (voire neu-neu pour certains) et qui atteint des sommets en termes de réalisation comme en terme d’émotions pures. Là aussi, j’y reviendrai prochainement.
En attendant, voici trois critiques expresses pour trois films qui s’ils sont loin d’être mémorables auront au moins eu le mérite de susciter de vives sensations à leur vision.
Allez hop, c’est parti !
KUNG-FU PANDA
La rage du Panda
Après le Wu xia pian pour occidentaux (Tigre et dragon), le wu xia pian pour festivals (Hero et Le secret des poignards volants), voici le wu xia pian pour gosses !
Si le Ang Lee est une réussite, Kung-Fu Panda de Mark Osborne enfonce sans problèmes les films mou du genou de Zimou !
Po est un panda qui en a marre de servir des plats de nouilles, il aspire à une condition plus noble. Cet amateur de kung-fu va être servi puisqu’il va subir un entraînement draconien par maître Shifu, bien décidé à la façonner pour coller à une prophétie ancestrale, en vue de lutter contre le retour d’un léopard mastoc tout juste évadé de prison.
Si le scénario a suivi la cure d’amaigrissement destinée à notre panda au moins on ne s’ennuie pas une minute. C’est enlevé, dynamique, les combats sont rondement menés, l’humour bien présent. Bref de quoi passer une agréable heure et demie.
Si la richesse thématique ne restera pas dans les annales - on est encore loin de Pixar ou même de Horton- l’animation et les décors sont à tomber, tellement c’est beau.
Les furious five bénéficient de plans iconiques à souhait, leurs techniques de combats étant aussi originales que dévastatrices.
Quant à notre brave Po, comme le basketeur américain Charles Barkley il y a plus de 10 ans, ses meilleures armes offensives restent encore ses énormes fesses ! On peut même dire qu’il a « un sacré cul » rapport à la chance avec laquelle il s’en sort le plus souvent !
Spectacle familial oblige, pas de débordements sanglants dans les combats mais les affrontements restent impressionnant de virtuosité. A retenir la lutte entre Shifu et Po pour de la nourriture et la bataille sur le pont suspendu qui a quelques airs de la rage du tigre de Chang Cheh, toutes proportions gardées bien évidemment.
S’accepter et se faire accepter tel que l’on est, influer soi-même sur son destin, voilà en gros les préceptes prônés par ce film d’animation de très très loin le meilleur du studio Dreamworks.
Et puis, passer une partie du reste la journée à jouer avec sa fille de 5 ans tentant de reproduire quelques mouvements de kung-fu, ça n’a pas de prix.
AU BOUT DE LA NUIT
Les écrits du maître du polar noir d’ébène sont difficilement transposables à l’écran, voir le raté Le dahlia noir de De Palma. Même s’il ne s’agit ici que d’un scénario de Ellroy, c’est pas ce qui va effrayer Ayer dont c’est le deuxième film (scénariste de Training Day, m’ouais bof, et dont le premier essai derrière la caméra est le méconnu et intéressant Bad times). Loin d’être un polar définitif ou original sur le thème de la corruption qui gangrène le corps policier et engendre des dommages collatéraux sur le corps social des rues de la ville, Au bout de la nuit s’avère un agréable polar hardboiled, bine énervé comme il faut.
Petit coup de gueule d’abord contre cette affiche d’une laideur incroyable. C’est clair, si on ne sait rien sur le film (intrigue, réal, scénariste,acteurs,etc) elle donne plutôt envie de le fuir, même dans le contexte de la fête du cinéma. Puis contre ce titre français tout pourri qui fait plus penser à une pub pour un parfum qu’à un film sévèrement burné. Le titre original Street Kings, étant beaucoup plus évocateur.
Sans doute faut-il y voir une volonté de capitaliser sur le succès critique du film de James Gray La nuit nous appartient…Les voies du marketing seront décidément irrémédiablement et à jamais impénétrables !
Tom Ludlow est le meilleur flic de la ville de Los Angeles. Le plus timbré et le plus violent aussi. Un chien fou qui ne se remet pas du traumatisme causé par la perte de sa femme et dont l’attitude auto-destructrice en fait le meilleur candidat aux missions suicides mise au point par le chef de sa section (Forest Whitaker, impérial. Comme d’hab’). Mais quand son ancien coéquipier se fait salement dessouder dans une supérette (une exécution ahurissante de violence, même hors-champ), les choses changent. Afin de laver les soupçons pesant sur lui et surtout retrouver et punir les responsables, Tom va devenir le grain de sable d’un engrenage bien près de lui péter à la gueule.
C’est sanglant, c’est très violent (le sauvetage de deux fillettes prisonnières de sud-coréens est assez hallucinant), c’est parfois assez glauque et mis à part les personnages féminins, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Interprétation solide, on retiendra celle de Chris Evans qui après sa performance dans Sunshine de Boyle prouve qu’il vaut 100 fois mieux que ce blaireau de Johnny Storm, une atmosphère pesante et une réalisation énergique.
Ayer doit beaucoup aimer la série The shield car il en emprunte certains codes visuels (caméra portée, multiples gros plan, décadrages…), les lieux (les quartiers chaud de south L.A, les gangs qui y pullulent), la structure de la strike team de Vic McKey et jusqu’à un de ses interprètes, Forest Whitaker. Bref, on navigue en terrain connu. Un peu trop balisé parfois tant certains clichés abondent et on se dit que l’esprit de Ludlow doit être sacrément embrumé pour pas voir qu’il se fait enfumé de tous les côtés. Mais ne faisons pas la fine bouche, s’il n’est pas aussi travaillé que le génial La peur au ventre de Wayne Kramer, Au bout de la nuit est très efficace et sans concession. On aurait aimé que la main-mise du pouvoir politique sur l’action dans la rue soit plus développée mais en restant constamment aux basques de son maverick, Ayer rend son film d’autant plus intense.
Gros regret, qu’ils aient adapté le scénario au Los Angeles contemporain quand on sait qu’à l’origine l’action se déroulait après les émeutes raciales de 1992. Sachant que David Fincher, Oliver Stone ou Spike Lee étaient pressentis à la réalisation, on se dit que l’on est passé près d’un sacré brûlot contestataire.
Pas parfait mais un film revigorant, idéal pour se remettre d’aplomb après la purge Diary of the dead et enchaîner avec…
LA PERSONNE AUX DEUX PERSONNES
Les réalisateurs Nicolas et Bruno, auteurs des hilarants messages à caractère informatif reviennent avec une comédie qui a du style (Jean-François Style !) où ils organisent la rencontre, que dis-je, le télescopage de l’humour de les nuls, du héros veberien et du monde enchanté de la COGIP.
Jean-Christian Ranu (Daniel auteuil) est un comptable timoré et renfermé travaillant depuis 19 ans (il va bientôt les fêter) à la COGIP. Son entreprise, sa seule famille.
Tout change le jour où descendant manger son sandwich jambon/beurre, il se fait renverser par le 4x4 du has-been des eighties Gilbert Gabriel (énorme Alain Chabat).
Dès lors, Ranu va devoir cohabiter avec l'esprit de ce chanteur-mort ce qui va générer des gags et une profonde évolution.
Si l’on retrouve l’univers singulier de la COGIP fait de décors, de vêtements et de coiffes datées seventies, de minitels et autres archaïsmes, en revanche la verve habituelle des auteurs ne s’extirpe que trop rarement. Si le rapprochement avec l’humour-nul est plutôt logique et fonctionne plutôt pas mal même en sourdine, le personnage de Ranu tout droit sorti du Placard de Francis Veber parvient avec difficulté à servir de lien. Sans doute aurait-il fallu moins s’appesantir sur l’inadaptation sociale de Ranu et jouer à fond la carte du délire. Le rêve où Ranu et Gabriel démastique, tout de blanc vêtus et en chantant ( !), les employés de la COGIP, laissait augurer d’une fin cataclysmique. En un sens elle l’est mais à un degré plus personnel, plus intime.
D’ailleurs, Nicolas et Bruno étonnent par leur parti-pris d’une peinture finalement assez authentique de la vie d’entreprise (z’ont dû être cadres dans une filiale de la COGIP quand ils étaient petits) et en parvenant à rester maître de leur récit. On ne peut que saluer leur jusqu’au boutisme et la chute finale vraiment très drôle.
On retiendra surtout du film des séquences marquantes (la visite médicale, la composition de hits sur un bontempi dernière génération que-sans-connaître-le-solfège-on-y arrive-quand-même, la présentation d’un bilan financier qui se termine par un hymne à la gloire de la COGIP, entre autres) et un emploi de la caméra subjective qui renvoie ce cher Romero à ces chères études !
Et non, ce n’est pas une attaque gratuite.
Une comédie drôle (ne riez pas ! Avec ce qu’on s’est tapé depuis le début de l’année, c’est déjà énorme !) et divertissante qui peine malgré tout à retrouver le charme des messages à caractère informatif. Mais ne boudons pas notre plaisir, ce film décalé, à l’humour très fin, avec un regard compatissant et plein de tendresse sur tous ces freaks sociaux, est à découvrir, vite.
Publié le 29/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Dans une ambiance aussi festive que la fête du cinéma, quoi de mieux qu’un bon film de zomblards par celui qui les popularisa, George A. Romero ? Malheureusement, Diary of the dead n’est pas un film de zombies.
Romero pense d’abord à plaire en flattant l’intelligence des critiques qui théoriseront ad-nauséam sur ce grand n’importe nawak. Pour une réflexion pertinente sur le rapport aux images voir ou revoir l’immense Le voyeur de Michael Powell ou le virtuose Filatures de Hau Nai-Hoi sorti en janvier.
Romero souhaitait filmer un instantané de la génération internet sevrée, saturée d’images, face à une catastrophe de grande ampleur. Mais son Diary… n’arrive pas à la cheville du pourtant honni Cloverfield.
Diary of the dead est une vaste farce. Dès l’apparition du nom ridicule du film monté par la survivante, tout est dit. La mort de la mort (The death of death). Je crois que je préfère encore Red is dead, le film dans le film de La cité de la peur.
Le moment véritablement drôle du film est leur rencontre avec le fermier amish sourd-muet. Le seul véritable moment glaçant, lorsque l’acteur –momie devenu zombie pourchasse la blonde donzelle dans une reproduction grotesque de la séquence inaugurale du film Z de Jason, celui-ci sur leurs talons non pas pour la sauver mais bien pour immortaliser ce moment de vérité. Filmer c’est pactiser. Une proposition que l’on retrouve en 10 fois plus intense dans le sous-estimé Redacted de De Palma, lors de la scène du viol (le caméraman maintenant d’une main la victime tout en continuant à filmer de l’autre).
Deux séquences noyées dans un film où les acteurs (impressionnants de nullité) passent leur temps à filmer, à se filmer, regarder You Tube et monter ou descendre d’un camping-car. Soit le summum de tension paroxystique.
De toute façon, on sent bien que Romero se contrefout de ses personnages comme de l’intrigue, le film virant à une auto-parodie indigne de son talent.
Point d’orgue, la scène où Jason se fait boulotter et qu’il continue à filmer. Quand je pense que l’on reproche à Cloverfield son côté « je continue à filmer même quand je me fais poursuivre ou attaquer »…
Pour suivre en direct des salles obscures la fête du cinéma, direction le site de L'Ouvreuse : http://www.louvreuse.net
Vous y retrouverez cette critique et d'autres de mes petits camarades au dévouement et à la gonzo attitude exemplaire !!
Publié le 28/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Suivant l’adage, pour vivre heureux il faut vivre caché. Un concept que le film de Rodrigo Pla, La zona pousse très loin puisqu’il émet l’hypothèse d’un enfermement constitutif de bonheur. Pas sûr pourtant que le film plaise aux tenants d’une politique ultra-sécuritaire.
La zona est l’adaptation d’un des textes contenus dans le recueil de 9 contes écrit par Laura Santullo (la femme du réalisateur), « De l’autre côté ». Comme l’explique le réalisateur, « l’histoire est née, effectivement, d’une préoccupation liée à la situation actuelle du Mexique mais aussi à la polarisation sociale qui s’aggrave dans le monde entier ». Et qui engendre de nouveaux fléaux.
La corruption, l’insécurité, la pauvreté, les inégalités sociales ont poussés les résidents de cette « zona » à se retrancher. Un regroupement de pavillons construits à l’écart sur les hauteurs de la ville de Mexico et enclavés à l’intérieur d’un gigantesque mur d’enceinte.
Une zone semblable à ces résidences privées fleurissant dans les beaux-quartiers des mégalopoles mondiales. Or, ici, la frontière séparant les deux mondes (plèbe/nantis) n’est plus symbolique mais bien physique.
Objet de tous les fantasmes et envies pour la population pauvre vivant en dehors, ce havre de paix idyllique et parfait s’avère un vrai cauchemar pour ceux qui y ont pénétré sans y être invité comme pour ceux ayant encore quelques idéaux humanistes.
Profitant de la brèche créée par l’effondrement d’un panneau publicitaire lors d’une nuit d’orage, 3 jeunes défavorisés s'introduisent dans l’enceinte. Par curiosité mais bien plus par nécessité vitale, profitant de l’aubaine pour s’emparer de quelques bijoux ou argent. Malheureusement, le lieu est infesté d’adeptes de l’autodéfense, soit des Charles Bronson version petite bourgeoisie. Paradoxalement, en voulant les isoler de l’insécurité et de la violence environnante, le mur engendrera une paranoïa qui les contraindra à user d’une violence pour eux légitime.
Evidemment, l’équipée se termine dans le sang et le troisième larron, seul rescapé de la tuerie, n’a d’autre choix que de se planquer et tenter de repasser le mur s’il veut échapper au lynchage. Seul espoir de Miguel, l’inspecteur de police prévenu par sa copine, bien décidé à faire payer ces privilégiés.
Une brève histoire hors du temps
Du conte, Rodrigo Pla en conserve l’universalité en ne donnant aucun repère temporel. Cela pourrait très bien se passer 10 ou 20 ans dans le futur comme il y a 3 semaines. Une intemporalité renforcée par le choix de Pla de représenter un environnement pavillonnaire indéfini où toutes les maisons et les rues se ressemblent et ressemblent à leurs cousines étasuniennes. Soit un véritable cauchemar banlieusard et aseptisé. Une manière de fustiger ce modèle américain pourvoyeur d’inégalités sociales.
De fait, l’action pourrait aussi bien se dérouler à Pittsburgh. Ville natale de Romero et dont La zona partage avec son Land of the dead le découpage urbain. Pour schématiser, les riches dans les hauteurs, le peuple dans la fosse. Une démarcation ici, plus horizontale que verticale mais dans les deux cas la même disparition des classes moyennes.
Avec ce quartier résidentiel de haute sécurité, on se croirait revenu dans un certain village télévisuel habité par des numéros...
De cette absence d’identité urbaine naît un malaise que la réalisation de Pla va s’efforcer de renforcer et diffuser. Une uniformité architecturale qui pèse et reflète une pensée unique à l’œuvre dans ce microcosme. Un environnement particulièrement imposant comme l’illustre les nombreux plans larges où les personnages comme les véhicules paraissent perdus mais plus sûrement écrasés par ce décor sans âme.
Dans ce lieu pratiquement hors du temps et de l’espace (puisqu’isolé du reste de la ville), une communauté tente de créer un cadre adapté à leur vision idéale et forcément biaisée d’un environnement propice à l’épanouissement, soit un choix de vie similaire à la communauté du Village de Shyamalan. Mais cette existence en vase-clos favorisera plus certainement la reproduction de comportements néfastes. Ainsi, tandis que Miguel se cache dans la cave d’Alejandro, seul ado à l’endoctrinement incomplet, la traque s’organise. Du côté des adultes, comme du côté des plus jeunes, impatients de participer eux aussi à la préservation de leur monde. Une chasse mûe seulement par la peur de l’Autre. Et plutôt que de basculer à ce moment précis dans un survival-like ou un remake des chasses du comte Zaroff, Pla conserve à son film son unité narrative pour confronter plus sûrement ces enfants à ce mimétisme destructeur. En effet, ils sont pris sous le feu nourri des adultes ignorant tout de leur expédition. D’abord invisibles et inconnus, les agresseurs s’avèrent être les leurs. Une manière de figurer, comme Florent-Emilio Siri au début de L’ennemi intime que l’adversaire avant d’être un Autre est d’abord soi-même.
Dark city
La zona est un film sombre, très sombre même. Que se soit par les thèmes abordés ou la photo sans effets de lumière de Emiliano Villanueva, rendant ce lieu encore plus menaçant.
Et dans cet univers concentrationnaire, ce que les habitants gagnent en sécurité, ils le perdent en intimité. Voir ces caméras de vidéo-surveillance omniprésentes. A tel point que l’action sera par moments vue au travers, accentuant notre malaise d’assister à un drame inéluctable que l’on ne pourra empêcher puisque déjà enregistré.
Ce qui ne lasse de surprendre est le propos sans concession de Pla, qui pour un premier long ne joue pas vraiment la facilité., ne donnant aucune prise à un discours moralisateur ou un genre bien défini. A la fois film d’anticipation, de politique-fiction mêlant une intrigue à suspense, s’appuyant sur des codes établis pour mieux les soumettre à une vision désenchantée de la nature humaine. En somme, ce qu’énonçait déjà le sublime Les fils de l’homme d’Alfonso Cuaron (autre réalisateur latino, mexicain pour sa part).
Et dans les deux cas, l’identification au « héros » sera d’autant plus forte qu’il évoluera à mesure de la fiction. Alejandro et Théo (Chris Owen) seront d’abord happés par le déchaînement des évènements avant de reprendre leur destinée en main et proposer enfin un contre-point porteur d’espoir.
Car dans la zona, les motivations du flic obsédé par la chute de cette élite ne sont aucunement justifiées par une soif de justice. Seuls le ressentiment et les humiliations subies le porteront Chacun a sa part d’ombre, lui peut être plus encore. Il se montrera incapable de lutter contre la corruption (ou « l’investissement dans notre organisation » comme se plaît à dire un des membres de la zona) gangrenant les moindres relations. Cette impuissance insupportable, il la fera lourdement payer à la mère de Miguel, comme plus tard à sa petite amie, dans une scène saisissante de brutalité. Quand même la police se retourne contre les opprimés qu’elle est censée défendre, vous êtes plutôt mal embarqué.
Il n’y aurait donc personne pour s’ériger contre le totalitarisme régissant la vie de cette zone ? Bien sûr que non, mais les quelques réfractaires siégeant au conseil de sécurité seront explicitement dissuadés de faire des vagues. Démissionner revenant à cesser de lutter pour des valeurs humanistes.
Et pour marquer un peu plus la noirceur de son propos, Pla fera des personnages féminins, habituellement porteurs de raison, des figures encore plus dures et féroces que les hommes.
Cette progression dans l’horreur fascisante connaîtra une conclusion d’autant plus violente que le groupe entier se déchaînera dans une explosion de violence, toujours hors-champ et pourtant insoutenable et dérangeante, la caméra s’attardant sur les visages déformés par la haine et la frustration.
Traversant ce récit comme dans un état second, salement secoué par la remise en cause des fondements de son existence, Alejandro parviendra in fine à s’extirper de ce cauchemar, de cette zone où tout ce qui n’est pas conforme, donc étranger, fini aux ordures. Images glaçantes que ces cadavres des jeunes intrus dans des sacs poubelles, sorte de body-bag de fortune.
Débutant à l’intérieur de la zona, le film se conclue à l’extèrieur, Alejandro redonnant un peu de dignité à celui qu’il avait appris à connaître, celui qu’il aurait pu être s’il était né du bon côté de la barrière.
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur le site de L'Ouvreuse : http://www.louvreuse.net
Publié le 28/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
A entendre et lire les réactions plus que mitigées de la plupart des spectateurs, journalistes ou non, après la projection du Royaume du crâne de cristal, le retour d’Indiana Jones est au mieux décevant, au pire raté. Après une si longue absence (19 ans quand même !), difficile de retrouver la maestria des Aventuriers de l’Arche perdue. Pourtant, les imperfections scénaristiques et esthétiques de ce film déconcertant à plus d’un titre en font sans doute l’opus le plus fascinant et passionnant de la saga.
Le créateur du personnage d’Indiana Jones, c’est George Lucas. Mais c’est bien Spielberg qui en a fait une icône par la grâce de sa réalisation. Une paternité partagée qui s’accommoda plutôt bien de leurs visions respectives de l’archéologue, la trilogie ayant marqué durablement l’imaginaire collectif. Les choses changent. Les deux compères jouissant dorénavant d’une position dominante dans l’industrie hollywoodienne, technologique pour l’un, artistique pour l’autre, le compromis n’est plus de mise. Ce quatrième épisode étant le théâtre d’une véritable lutte d’influence entre les deux moguls. Et à ce petit jeu, c’est Spielberg qui en sort grand vainqueur.
Après la catastrophique reprise en main de John Mc Clane par Fox News l’été dernier, faisant du héros à la bad-ass attitude un réac-conservateur, l’annonce de la reprise en main par Lucas d’une autre idole des années 80 laissait présager du pire. Refusant et réécrivant le scénario de Frank Darabont pourtant approuvé par Spielberg et Ford, le pire était à craindre. Autrement dit, le syndrome de la prélogie Star Wars menaçait de frapper d’inanité le retour du héros au chapeau et au fouet.
Un Darabont non crédité, lui qui est pourtant associée à la mythologie Indiana Jones puisqu’il écrivit 6 épisodes de la série racontant les aventures du jeune Indiana Jones. A noter qu’un épisode, jamais produit, de la 3ème saison devait être basé sur une idée de Lucas et ayant pour thème des crânes de cristal. Encore une fois, rien ne se perd avec tonton George.
Les aventuriers de l’Arche perdue dans le rétro…
Et cela débute par une première séquence annonçant un changement fondamental, la célèbre montagne de la Paramount ouvrant habituellement chaque film se muant en monticule de terre d’où surgit un chien de prairie numérique. Aussi laid qu’inquiétant pour la suite, ce plan sera constamment invalidé formellement par un Spielberg en pleine forme bien que figurant le remaniement profond opéré à la mythologie de la saga.
Autrement dit, Indiana Jones est le même que dans nos souvenirs mais aussi différent.
A ce titre, le retour du héros est magistral. Après avoir évacué les ados parasites de American graffiti (film de Lucas) dès la séquence inaugurale, Spielberg signifie que les choses ont changé en montrant une intrusion violente dans une base secrète américaine par un convoi de soldats russe. La menace est présente sur le sol yankee et viendra extirper Indiana Jones de sa retraite. Notre héros étant extrait manu-militari du coffre d’une voiture. Pour l’instant cadré de dos et en plongée, Spielberg convoquera majestueusement le célèbre aventurier en quelques plans - un chapeau au sol, une main qui s’en saisit, une ombre qui l’ajuste sur la tête – celui-ci daignant se retourner enfin à l’aboiement de son nom. Indiana Jones désormais incarné dans toute sa splendeur.
Une entrée qui rappelle celle de Snake Plisken dans Los Angeles 2013, le personnage, à l’époque absent des écrans depuis 16 ans, étant lui aussi ramené brutalement dans la fiction par son créateur, John Carpenter..
Par la suite et dès l’arrivée des bad-guys du film, des russes menés par la capitaine Spalkow (impériale Cate Blanchett), Spielberg s’ingéniera à retrouver le souffle des aventuriers de l’Arche perdue. Le hangar entraperçu à la fin du 1er épisode étant le point de départ d’une action toujours aussi épique et grandiloquente, où les capacités physiques (bien qu’amoindries par l’âge) autant qu’intellectuelles préserveront notre héros.
Mais le personnage a changé. Vieilli même comme se plaît à le rappeler Mutt Williams (Shia LaBeouf, étonnant), le traitant de « grand-père » à maintes reprises. Indy malgré ses états de services sera mis à l’épreuve autant physiquement (les nombreuse manadales qu’il reçoit, chute à moto,etc…) que verbalement. Par Mutt donc mais également par deux agents du F.BI le soupçonnant d’activités anti-américaine.Celui-ci personnifiant idéalement l’audience actuelle, dubitative face à ce prof ne faisant plus fantasmer ses élèves depuis longtemps. Spielberg teste donc la capacité d’adaptation de son personnage à un contexte aussi particulier que les années 50. Finies les immuables années 30 et à la légèreté des sérials. Indy fait maintenant face à un monde travaillé par la peur de l’Autre (communiste) et de l’atome. Dans un monde où règnent la paranoïa et le maccarthysme, Indiana Jones apparaît partiellement inadapté.
Tout le film soulignera d’ailleurs son changement de statut, passant du rôle d’acteur à celui d’observateur des évènements historiques. Ce que deux plans figurent magistralement. Indy face à la bombe et face à l’envol d’un engin spatial. Cette dernière image du climax, à la fois choquante et fascinante fait figure à elle seule de lien entre deux versants de la cinématographie de Spielberg, une quête de spiritualité incarnée par l’aventurier et la possibilité d’un enseignement supérieur prodigué par l’Autre.
Deux images aussi incongrues que belles où la composition des cadres voyant un Indy miniaturisé au premier plan renvoie à ces couvertures de comics ou de pulps pullulant dans les fifties.
Ces deux séquences sont également l’occasion pour Spielberg d’opposer l’évolution de deux conceptions bien différentes de la famille. Celle idéale représentée par les mannequins de ce village-test malsain et détruite par l’explosion atomique, répondant à celle recomposée de la famille Jones après le décollage du vaisseau.
Une prise de risque permanente traduit le désir de retrouver un ton délicieusement rétro et adapté à son héros. A ce titre, certains effets-spéciaux paraissant approximatifs sont parfaitement raccord avec l’impression visuelle des épisodes précédents.
Mais l’évolution du héros sera marquée par la réalisation de Spielberg, retrouvant un classicisme devenu désuet à l’heure actuelle et pourtant indispensable dès qu’il s’agit d’installer durablement intrigues et caractères. Cadres élargis, retour du hors-champ et plan durant plus d’un dixième de seconde, soit le retour à une réalisation dite classique que l’on a déjà pu apprécier en mars dernier avec The mist de Frank Darabont (tiens, tiens).
Si les morceaux de bravoure abondent (la poursuite anthologique dans la jungle amazonienne), comme l’humour (savoureuses retrouvailles avec Marion Ravenwood), ce qui sous-tend tout le film est moins la course à l’armement ultime que la quête du Savoir.
Une quête du Savoir, qu’il soit scientifique, cinématographique ou archéologique qui a toujours été le moteur de la saga et plus encore de ce film. Au contraire d’un Benjamin Gates pour qui seule importe la reconnaissance (cf le livre des secrets).Une différence fondamentale, comme l’est celle entre un Savoir relatif, acquis par la recherche, l’enseignement et un Savoir absolu, convoité pour sa puissance intrinsèque. L’un est émancipateur, l’autre destructeur. Une philosophie présente depuis L’Arche perdue et qui ici prend une dimension extrême avec une race extra-terrestres pourvoyeuse des connaissances responsables de l’évolution humaine. Une thématique et un look des E.T semblables à ceux mis en scène par De Palma dans son Mission to Mars.
Et pour bien souligner que ce qui intéresse véritablement Spielberg chez son aventurier est sa soif constante de connaissances, il livre le film sans doute le plus ludique de la saga voire de la carrière de Spielberg, celui-ci jouant avec le savoir des spectateurs.
Des références d’abord historiques (guerre froide) puis mythologiques (incident de Roswell). A celles se rapportant aux épisodes précédents, aux romans dérivés et à la série Young Indiana et ancrant le film dans une continuité chère à Lucas, Spielberg préfère se référer à des classiques de la S.F estampillés fifties. Them ! (attaque de fourmis géantes), Quand les soucoupes attaquent la ville, L’invasion des profanateurs de sépulture (au détour du monologue de Spalkow sur le contrôle de la psyché américaine par le biais de la pensée unique), autant de rappels réactivant les connaissances des spectateurs, enrichissant aussi bien la réalité diégétique que les émotions véhiculées. Soit une démarche similaire à celle de Tarantino.
Donc, malgré le parasitage de Lucas, les nombreuses bestioles numériques en étant la démonstration la plus éloquente, Spielberg parvient à rester maître du personnage qu’il a contribué à façonner. Mieux, il retourne en sa faveur les éléments imposés par le scénario réécrit par son ami pour nourrir sa propre vision et réflexion sur l’homme au fouet.
…les aventures de Tintin dans le viseur.
Tandis que l’annonce de l’adaptation de Tintin par Peter Jackson et Spielberg a déjà fait 3 fois le tour d’internet, en revanche peu savent que l’intérêt du golden-boy pour notre reporter à la houpe n’est pas seulement consécutif aux possibilités offertes par la « performance capture », mais date déjà de 1983. Et si le projet d’une adaptation live officielle fut avortée (question de droits), Spielberg en tourne une version officieuse avec le tant décrié par les fans Indiana Jones et le temple maudit. Et oui, Spielberg s’est amusé à détourner des cases entières de plusieurs albums. Demi-lune étant une référence plus qu’explicite du personnage de Tchang dans Le lotus bleu, certaines scènes dans la jungle et le palais du maradjah rappelant étrangement l’album Les cigares du pharaon.
Outre les références à l’album Vol 714 pour Sydney, le royaume du crâne de cristal est une forme de préparation au futur.
Alors que Lucas tente d’imposer sa vision mercantile du cinéma à la saga, le personnage de Mutt Jones étant appelé à prendre la relève. Il est d'ailleurs désormais celui qui provoque les évènements et en l'occurrence la fuite des héros du camp des russes lorsqu'il balance d'un grand coup de pied la table sur laquelle Indy ET Spalkow étudiait une carte. A partir de cet instant notre célèbre aventurier restera plus ou moins en retrait laissant le soin à Mutt de montrer ce dont il est capable. Ainsi, Spielberg en profite pour prendre un coup d’avance (comme souvent) et tester auprès d’une large audience les possibilités d’action et le charisme d’un personnage dans la même tranche d’âge que Tintin. Soit peu ou proue ce que Peter Jackson justement avait fait avec Fantômes contre fantômes, expérimentant certains motifs qu’il reprendrait dans sa trilogie de l’anneau.
Donnant l’impression de concéder du terrain à son envahissant ami, Spielberg s’affirme bien plus subversif qu’attendu. La dernière séquence est à ce titre éloquente. Alors que Mutt récupère le chapeau emblématique à terre, prêt à le mettre, Indy lui ôte des mains in extremis. Une scène savoureuse à la double signification. Le jeune Jones devra se construire sa propre personnalité, tandis que le protégé de Lucas n’est pas encore prêt à prendre la suite. Le tout affirmé avec de grands sourires.
Parvenu à s’approprier ce gamin impétueux, Spielberg affirme ainsi que le passage de relais ne se fera pas sans son consentement.
Retrouvez une critique de INDIANA JONES et le royaume du crâne de cristal ainsi qu'un dossier ultra pertinent et complet dans le n°13 de le revue VERSUS, à paraître début juillet (pour la commander, hop direction : http://www.versusmag.fr)
Publié le 25/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Je ne sais où en est le record d'entrée de Bienvenue chez les ch'tis (et je m'en cogne !) mais apparemment, le fait que plus de 20 millions de spectateurs l'aient vu induit obligatoirement que l'on se soumette à la volonté populaire qui commande de voir ce film-phénomène. Et donc, piqué par la curiosité et gentiment tancé par des camarades s'offusquant presque d'une non-vision (« quoi ? Toi qui est cinéphile tout ça, t'as pas vu ce film ?! ») je me prêtai au jeu.
J'avoue, la bande-annonce, le matraquage médiatique et mon aversion épidermique de Danny Boon ne m'ont pas mis dans les meilleures conditions pour jauger objectivement la chose. Autrement dit, pour moi des handicaps insurmontables. Des à priori plutôt négatifs, donc.
Au final ? Une comédie sympathique. Pas plus, pas moins.
Mais alors, pourquoi cet engouement (presque) généralisé ? Difficile d’y répondre pour un spectateur lambda ou un aficionados. Ces derniers se retrouvant dans le cri de ralliement « on ne se prend pas la tête, on rit, on s’évade de la réalité… » dès lors que la question de leur plaisir est abordé. Soit, c’est légitime. Je prends bien mon pied à des films d’horreur dégénérés (massacre à la tronçonneuse), des polars asiatiques en vostf en plus (Filatures, Election I et II), des films d’action outrageusement bourrin (Commando) ou des comédies bien régressives (Back to school, 40 ans et tjs puceau) et même des films qui n’en en ont pas l’air (la légende de Beowulf, Speed Racer) ! Pas question pour moi de juger les goûts de chacun. Par contre, rien ne m’interdit de me pencher sur le cas des Ch’tis.
On entend souvent, « ça fait du bien ce genre de film parce qu’on oublie la réalité ». Phrase reprise (à quelques variations près) pour le film de Danny Boon. Pourtant, nous avons affaire là à un film ancré dans le réel, non ? La lumière, les décors, la photo, tout concourt à faire vrai. Même la semi-improvisation des comédiens y participe. Boon dessine donc un univers aux antipodes de celui chamarré et fantasmé du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Comment peut-on s’évader dans un film aussi authentique ? Tout simplement en faisant de Bergues, le pendant nordiste du Paris d’Amélie Poulain. Visuellement différent, ils se rejoignent pourtant dans leur manière de se déconnecter de la réalité.
Dans Bienvenue…, comme chez Amélie, il n’y a pas de place pour la misère sociale ou les minorités, tout le monde est souriant et les bons sentiments sont exacerbés. Mais alors que la démarche de Jeunet était consciente et réfléchie, le film bénéficiant en outre d’une réalisation inventive et surprenante, la réalisation de Bienvenue… digne d’un téléfilm de France 3 tente de crédibiliser les pires clichés en vigueur.
Soi-disant, le film joue justement sur les à priori du Sud envers le Nord pour réhabiliter toute une région. Boon assénant avec toute sa finesse pachydermique usuelle que « il existe en France, une région sympa où les gens parlent avec un drôle d’accent mais sont généreux et chaleureux etc… ». Une saturation de signes (les tartines de maroilles, le char à voile, etc..) renforçent l'ancrage dans une réalité authentique mais perdent au passage toute signification historique et sociale. Autrement dit, on passe d’un cliché à l’autre. Après le sudiste ignorant, inculte, nul géographiquement (le Nord c’est tout ce qui est au-dessus de la Loire), on a le nordiste ouvert, rigolard et serviable qui remet sur le droit chemin ces brebis égarées.
Je noircis le tableau mais il y a tout de même des choses à sauver. Le couple dysfonctionnel de Kad qui ne trouve son équilibre que dans le mensonge ( !) notamment, plutôt bien vu. La mise en scène lors de l’arrivée de la dite femme afin de donner corps aux mensonges justement de Kad. Séquence qui aurait gagnée d’ailleurs à être encore plus délirante.
Reste le problème de la totale disparition de contexte social et historique. Ce que les comédies british gardent toujours dans le rétro afin d’intensifier l’empathie envers les personnages. Alors que le bureau de poste est un des lieux où se côtoient différentes couches sociales et un endroit où se cristallisent parfois les souffrances, ici tout se résume aux problèmes de cœur de Kad ou de Boon. Le bureau de poste figurant ici un espace désespérément ouvert aux seuls tourments sentimentaux de ce méridional expatrié. Aucune résonance collective qui viendrait enrichir le propos. Après, s’être construit une bulle de superficialité dans le sud, Kad érige une autre bulle plus authentique certes, mais bulle tout de même. Alors que la note d'intention de Boon était l'ouverture à l'Autre, le film préfère se concentrer sur la reconstruction d'une identité. Exit le bien vivre ensemble, on préfère à un horizon collectif, un destin individuel. Pourquoi pas après tout, on peut parfaitement y voir une façon de reprendre en main son devenir face à des réformes actuelles et souvent mal vécues. C'est sans doute en partie, l'explication d'un tel succès. La figuration que le monde d'avant (les réformes, l'élection de mai 2007, voire même plus avant) est toujours atteignable. Ainsi, rien dans le village de Bergues ne nous rattache à l'ère contemporaine. Le clocher, le vieux village minier, les allées pittoresques...sont les signes évidents et prégnants d'une a-temporalité sécurisante.
Attention, je ne cherche aucune justification cachée pour légitimer le plaisir pris ou non par de nombreux spectateurs, qui pour la plupart se contentent d'une lecture au 1er degré. Simplement, j'essaye d'identifier ce que, moi, je n'ai pas aimé dans ce film. Et par voie de conséquence reproche à ce film.
Non, le malaise vient de cette impression de réel constamment invalidée par ce traitement à la limite de l'onirisme. En voulant nous consoler d'une réalité difficile, ce film nie le réel. On l'a dit, absence des minorités mais également négation des mutations sociétales quand justement la France doit évoluer et accueillir du mieux possible les migrants. A moins que le Nord, ce ne soit pas la France ?
Ce refus d'affronter le réel est inquiétant. Surtout et même plus lorsque l'on considère que la fiction est d'ordinaire un espace de confrontation confortable. Les films d'horreur, lorsqu'ils sont bien faits, sont un excellent moyen de tester et remettre en cause les changements à l'oeuvre, doublés d'une confrontation avec la mort qui tient lieu d'exutoire. Soit une véritable célébration de la vie (puisque dans ce genre de films les persos meurent généralement de la pire des façons). Vous me direz dans Amélie Poulain également le réel est constamment nié. Oui, mais dans ce cas on se retrouve en présence d'une parabole poétique (une paranthèse enchantée ?) dont le traitement visuel ne laisse aucune place au doute quant à l'appartenance de ce film à un registre de conte de fée.
Finalement, Bienvenue chez les Ch'tis rappelle moins Le fabuleux destin d'Amélie Poulain que Le grand bleu. Celui-ci voyant in fine son « héros » Jacques Mayol (ou sa représentation plutôt) préférer se perdre dans les fonds marins plutôt que d'affronter la paternité et les responsabilités qui vont avec. 20 ans après, même constat alarmant avec ces Ch'tis qui matérialisent un fantasme régressif absorbant le réel. Alors oui, Bienvenue...peut être considéré comme un film culte, voire même générationnel. Faut-il pour autant s'en réjouir ?
Publié le 21/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Pour les fidèles de ce blog, vous savez que je participe à la revue de cinéma VERSUS. Pas encore distribué dans un réseau étendu mais elle acquiert petit à petit une renommée auprès de cinéphiles, d'universitaires et même de gens de radio ou de télé !
A ce propos, ci-joint une petite vidéo de l'interview d'un des rédacteurs de la revue par une télé locale, TLT (TéLé Toulouse).
Soyez indulgents, l'exercice n'est pas évident.
Pour plus de renseignements sur la revue, voir le site au
http://www.versusmag.fr
où vous retrouverez des extraits d'anciens articles, possibilité de commander les numéros précédents en ligne (12 parus, le 13ème arrivera début juillet), une rubrique "compléments web" avec des critiques inédites, des films honteux pour d'autres mais âprement défendus par nous, un blog/tribune libre et pleins d'autres petites choses...
Mais place à une présentation en images, magnéto Serge !
Publié le 14/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
C'est bien joli Indiana Jones 4 (que j'adore, attention) mais LE film de l'année sera certainement SPEED RACER. AUssi étrange que cela puisse paraître, le nouveau film des frères Wachowski rencontre très peu d'écho. Personne n'en parle ou presque. Ou alors très mal, comme la critique vite expédiée de DVDRAMA.
Même un mag de référence comme l'est (l'était ?) Mad Movies refuse d'en parler.
A force de voir et revoir les bandes-annonces, trailers et autre teasers je ne m'explique toujours pas l'accueil dédaigneux dont le film fait l'objet. Comment peut-on le comparer à cette boursouflure de Spy Kids ? Ou estimer que c'est une bête adaptation d'un dessin-animé des seventies. Et non, je ne pense pas que le film sera (je vais le voir le 15/06 !) destiné qu'aux seul épileptiques ou gamers.
Pour essayer de cerner cette oeuvre (si c'lui-ci cartonne, il y aurait une ou deux suite...), il faut cette fois-ci s'orienter vers une autre forme d'art contemporain que les comic-books, l'art abstrait.
Après avoir abordé (succintement) le courant "Superflat", intéressons nous à Vassili KANDINSKY.
Peintre russe né en 1866, il a la particularité d'être le précurseur de l'art abstrait avec une oeuvre datant de 1910.
Surtout, il s'impose comme théoricien de l'art avec quelques essais publiés dont "Du spirituel dans l'art" :
Couleurs et formes, déterminent des impressions particulières, véhiculent des sensations et des sentiments différents. Au bleu mystique et froid s’opposent le jaune chaud et agressif, le vert paisible, les différents silences des blancs et des noirs, la passion du rouge, couleurs qu’il met en relation avec ronds, triangles et carrés, lignes ouvertes ou fermées. Le spirituel est du ressort de la peinture qui agit directement sur les sens et sur l’émotion.
Substituer à la figuration et à l’imitation de la « réalité » extérieure du monde matériel une création pure de nature spirituelle qui ne procède que de la seule nécessité intérieure de l’artiste.
Ses recherches esthétiques l'amène, à s'affranchir totalement de l'expression figurative, et à dépasser l'expressionnisme, le futurisme et le cubisme qui dominent l'époque. Pour lui, il s'agit d'un engagement : l'art peut être aussi l'expression directe du monde intérieur de l'individu, et il vient à considérer que la peinture peut s'affranchir des formes et s'exprimer dans la seule dimension du trait, de la tache et de la couleur et qu'il peut à partir de là tout autant toucher l'âme de l'homme que la représentation figurative.
Okay, c'est très théorique. Mais à ceux qui reprochent dores et déjà les couleurs criardes de SPEED RACER : Lorsque l’on regarde les couleurs sur la palette d’un peintre, un double effet se produit : un effet purement physique de l’œil charmé par la beauté des couleurs tout d’abord, qui provoque une impression de joie comme lorsque l’on mange une friandise. Mais cet effet peut être beaucoup plus profond et entraîner une émotion et une vibration de l’âme, ou une résonance intérieure qui est un effet purement spirituel par lequel la couleur atteint l’âme.
Autrement dit, Speed Racer peut être envisagé comme une extension à leur saga Matrix, poursuivant leur quête de spiritualité.
Le tout, agrémenté de courses de voitures de folies. Et que ceux qui pensent qu'elles ne sont qu'un remixage de la course de pods de La menace fantôme sont priés de fermer la porte en sortant !
Selon KANDINSKY, c'est l'élément de l'art pur et éternel qui confère sa valeur et son âme à l'oeuvre de l'artiste. L'oeuvre peut de ce fait échapper totalement à l'âme des contemporains et nécessiter des années et des siècles pour parvenir par son esthétique à toucher l'âme de l'homme.
Soit, une parfaite définition de l'incompréhension dont fait l'objet l'oeuvre des Wachowski auprès du plus grand nombre.
Malgré les propos de Joël Silver tentant vaille que vaille de vendre ce film comme un spectacle grand public, j'ai bien peur qu'il ne rameute pas les foules. Pourtant, c'est un film à découvrir exclusivement au cinéma, le grand écran décuplant les sensations. Comme une gigantesque toile animée en somme.
SPEED RACER s'annonce comme un putain de trip, une expérience rare de cinéma. Ne la laissez pas passer.