Attention, nous allons aborder un véritable film culte. Que dis-je, LE film culte par excellence !
Car cette expression largement galvaudée, puisque accolée à la moindre guimauve pétant tous les scores du box-office désignait avant tout des ovnis filmiques proprement hallucinant faisant la joie des spectateurs, des séances de minuit dans les glorieuses seventies.
C’est auréolé d’une aura sulfureuse que l’on entendait parler pour la première fois de « Eraserhead » de Lynch, de « Pink flamingos » de John Waters, « the Rocky horror picture show » ou des films de Jodorowski. Mais depuis qu’ils ont été récupérés et avalisés par une intelligentsia de festivals, ils ont quelque peu perdu de leur pouvoir transgressif. Non que je remette en cause les qualités de ces films demeurant à part mais c’est bien l’hypocrisie avec laquelle ces œuvres ont été institutionnalisées (après les avoir vilipendées des années durant) qui est affligeante.
Faut-il regretter que ces OFNIS soient accessibles au plus grand nombre ? Bien sûr que non. Au contraire même. Seulement elles n’ont plus ce pouvoir de fascination que leur rareté leur conférait.
Et quelle œuvre peut se targuer d’enflammer l’imagination de ceux n’ayant fait qu’en entendre parler, les contraignant à une fébrile attente d’une hypothétique édition dvd zone 2 digne de ce nom (car sans multizone ou payer un max pour une vieille VHS pratiquement introuvable, point de salut) ? Rien moins que le démentiel slasher de Robert Hiltzik, le bien nommé « Sleepaway camp » ou « Massacre au camp d’été » en français !!
Nota : même ceux qui ont déjà vu le film (moi par exemple) fantasment chaque soir au moment de se coucher sur un dvd à venir !
Et si dans le cochon tout est bon, dans le slasher il faut surtout retenir 4 dates.
1974 : « Black christmas » de Bob Clark qui définit le concept.
1977 : sortie du chef d’œuvre de Carpenter « Halloween » qui tout en le redéfinissant, donne au genre ses lettres de noblesses.
1980 : déboule « Friday the 13 th » soit « Vendredi 13 » en V.F de Sean S. Cunningham qui le pervertit en simplifiant et caricaturant les enjeux à outrance (ce qui est surtout le cas des nombreuses, et pour la plupart dispensables, suites)
1983 : « Sleepaway camp » ou le slasher ultime
Aller, on peut mettre une 5 ème date, l’année 1997 qui a vu poindre les fossoyeurs du genre comme « Scream » (bien que la séquence initiale soit à sauver) et surtout l’inéna(nar)rable « Souviens toi l’été dernier ».
Mais revenons à nos colons et voyons le pitch :
Deux enfants, Peter et Angela, font du bateau avec leur père sur un lac. Un hors bord perd le contrôle et vient les percuter de plein fouet.
8 ans plus tard. Angela vit désormais chez sa tante et son cousin Ricky. Tous les deux partent pour un camp de vacances. Toujours traumatisée par l'accident, Angela ne cause qu'à son cousin. Elle provoque l'énervement des autres filles car elle ne pratique aucune activité. Alors qu'elle risque de se faire violer par le cuisinier, son cousin Ricky arrive à temps. Peu de temps après, le cuisinier se fait assassiner alors qu'il préparait un bac d'eau bouillante. Angela devient le souffre-douleur des autres enfants du camp qui n'arrêtent pas de l'embêter, excepté Paul, un jeune garçon qui succombe à son charme. Bientôt, d'autres meurtres affreux se produisent dans le camp. Les victimes sont toujours des personnes qui ont ennuyé Angela peu de temps avant...
Ok, là vous vous dites : c’est du foutage de gueule ! C’est rien qu’un énième ersatz de « Vendredi 13 » ! Etc…
Je vous l’accorde, ça s’annonce mal. Pourtant c’est un véritable festival de meurtres plus imaginatifs et barbares les uns que les autres. Pas suffisant ? Bon alors, il y a un sous texte sur les difficultés inhérentes à l’adolescence et à fortiori après une enfance aussi traumatisante, sans parler du sous texte ouvertement homosexuel sous-tendant tout le métrage.
Cela n’en fait pas pour autant un chef d’œuvre ?
Ultime argument, la fin et surtout ce plan final sont aussi malsain que terrifiant. Et je pèse mes mots !
Attention séquence dite de « la madeleine de Proust » :
A l’époque j’ai découvert ce film sur la 6ème chaîne (pas encore dénommé M6, c’est dire si c’est pas récent !) en deuxième partie de soirée. C’était l’été 1987 ou 1988, peu importe, à quelques jours de partir en camp de vacances ! Alors âgé de 13 ou 14 ans j’étais parti pour voir un sous « Vendredi 13 » et donc passer une soirée tranquille et fun (ouais, déjà à cet âge j’avais une conception bien particulière d’une soirée réussie). Déjà passablement émoussé par la succession des meurtres et une tension allant crescendo, le twist final m’a littéralement pétrifié. J’ai dû rester une bonne minute la mâchoire pendante me répétant intérieurement « putain, mais c’est quoi ce film de malade !! ».
Rien mais alors absolument rien ne vous préparera à cette révélation finale. Vous avez beau être éduqués par des films tels que « 6ème sens », « incassable » ou « Saw », rien n’y fera.
Bon, à force d’insister sur ce final dès que vous verrez le film, vous allez passer votre temps à gamberger et peut être (sûrement même) trouverez-vous à quel niveau il se situe (eh, j’avais que 13 ans et j’étais sevré à Freddy et Jason, impossible de deviner !). Malgré tout, la sauvagerie qu’il induit vous marquera.
Je l’ai vu qu’une seule fois ce satané film et pourtant je ne peux en parler sans un frisson.
Voilà le genre de film que l’on prend en pleine gueule, qu’on met un petit moment à digérer et après lequel on remercie le réalisateur pour cette émotion intense !
Un pur moment de bonheur.