James Wan et son compère Leigh Wannel sont bien connus des fans d’horreur pour être les créateurs de Jigsaw, le célèbre manipulateur de la franchise à succès Saw. Budget serré, contraintes artistiques multiples (décors, temps de tournage réduit,etc) admirablement contournés par un scénario roublard à souhait. Pourtant, si le twist final carrément imparable relève la sauce d’un film assez conventionnel en termes dintrigues , il ne saurait occulter la maîtrise et l’amour indéfectible que ce duo porte au genre. Véritable hommage au cinéma transalpin, Saw intègre à merveille ses diverses influences dans une narration morcelée (façon puzzle) et ménageant des moments autant flippant que stressant.
Restant associée à la saga Saw en tant que producteurs et consultant scénaristique, les deux amis préfère explorer d’autres horizons que s’enfermer dans la routine de séquelles se vidant peu à peu de leur substance.
C’est ainsi que leur dernier né Dead silence s’articule tout entier autour de la fascination et la peur qu’éprouvent Wan pour les poupées et son admiration des bandes horrifique italienne.
Initialement envisagé sous le titre SSSSHHHHTTTT, Dead silence aura connu son lot de déboires en tous genres avant d’être enfin distribué en salles dans nos contrées. Terminé depuis presque 2 ans, il était devenu presque incontournable qu’il débarque en direct to dvd au milieu du tout venant des inédits.
S’il est loin de révolutionner le genre dans lequel il s’inscrit, Dead silence reste un magnifique conte macabre.
Intrigue simple voire minimaliste, narration linéaire mais une ambiance gothique et funèbre à souhait.
Un couple retrouve un étrange paquet devant leur porte. A l’intérieur, une poupée de ventriloque baptisée Billy. D’allure inquiétante, elle se révèle mortelle pour la femme. Poupée dotée d’une vie propre ou simple réceptacle d’un esprit démoniaque. Afin d’éclaircir l’affaire, l’homme revient dans sa ville natale pour enquêter. Au fur et à mesure de ses recherches, il apprend que ce meurtre est lié au passé refoulé des habitants et mettant en cause une inquiétante ventriloque Mary Shaw. Celle-ci bien que décédée continue a terrifier et demeure ancrée dans l’inconscient collectif.
Débutant son action en milieu urbain, l’appartement du jeune couple, l’action va bien vite être transposée dans la bourgade natale de notre héros. Et alors que sa voiture pénètre dans la ville, l’impression d’une force maléfique à l’œuvre se fait pressante. Une entrée digne d’un western lorsque la voiture remonte la rue principale où magasins et habitations semblent abandonnés depuis des lustres. Une ville fantôme, déjà. Avant d’être une ville de fantômes.
C’est en allant visiter son père avec lequel les relations sont tendues qu’il se remémore une vieille comptine que lui chantait sa mère, ayant pour sujet Mary Shaw et destinée à effrayer les enfants. Entre son père, la nouvelle jeune compagne de celle-ci et un vieux couple s’occupant de la morgue locale, tous semblent terrorisé et taire un secret inavouable.
Travaillant les cadres comme autant de peintures gothiques et clairement influencés par les films de Mario Bava (Le masque du démon surtout)comme de la Hammer (célèbre firme anglaise qui produisit de nombreux films mettant en scène un bestiaire désormais légendaire : le loup-garou, la momie, Dracula…), les couleurs désaturées donnent un ton à la limite monochromatique que vient relever une couleur rouge utilisé de la même manière que dans le 6ème sens de Shyamalan. Un climat oppressant qu’aucune blague à deux balles ne vient détendre. Et si le scénario est plus minimaliste et linéaire que leur précédente collaboration, c’est à dessein. Le but recherché est de générer la peur avec un minimum d’effets.
Et c’est parfaitement réussi. Les scènes impliquant la ventriloque sont à ce titre éloquentes. Sa représentation étant marquée par l’influence des terza madre d’Argento. Une Mary Shaw apparaissant de prime abord comme une riche excentrique vivant dans son théâtre sur l’eau et offrant à tous ses talents de ventriloque. Un talent bien vite remis en cause lors de la scène de flashback où 50 ans en arrière une altercation entre un enfant du public et la poupée Billy avait plombé l’ambiance. Un Billy vindicatif qui revendiquait son droit d’exister. C’est là le moment qui fait passer le film de chef-d’œuvre à excellente bande fantastique. Car plus jamais cette ambiguïté sur l’existence d’une conscience chez ce pinocchio dégénéré ne sera abordée, le scénario préférant rebondir sur une classique histoire de réincarnation.
Cependant, le film ménage de bons moments de trouille, notamment une apparition spectrale en droite ligne du Ring de Nakata. Attention, pas de petite fille aux cheveux longs et sales. Mais bien dans la manière de déclarer sa présence dans la pénombre (apparition d’une main cadavérique) avant qu’elle ne surgisse.
Pas d’autre ambition que de créer des émotions fortes pour James Wan qui s’y emploie avec délectation, utilisant de magnifiques décors aptes à recréer cette impression de peur latente que les films de couloirs (parfois très long, les couloirs) de la Hammer savait si bien véhiculer. Le théâtre où se situe une des dernières séquences semble hors du temps car isolé à la fois par l’eau environnante et l’épais brouillard que l’on doit traverser pour y accéder. Un lieu qui rappelle dans ses derniers instants la maison de Inferno de ce bon Argento.
Des références qui ne desservent jamais le film puisqu’elles ne sont jamais ostentatoires. Là n’est pas l’essentiel car même si on passe à côté, et quelque part tant mieux, l’histoire demeure envoûtante.
Et on arrive au grand twist final. Pouvant paraître préfabriqué, il relève clairement un film parfois un peu froid. Il fonctionne d’ailleurs assez bien, donnant au final une conclusion digne des « contes de la crypte ».
En conclusion, si ce film ne rénove pas le genre il sait s’en montrer digne et respectueux. L’utilisation et la mise en scène des obsessions et références de Wan sans être originales n’en demeure pas moins belles.
Mais des petits génies responsables du shocker Saw on attendait autre chose qu’une simple relecture de l’horreur gothique classique. Une petite déception donc.
Qui sera bien vite effacée par le rageur et tonitruant Death sentence d’un James Wan en solo , donnant à Kevin Bacon son rôle peut être le plus marquant dans un vigilante flick inespéré au regard de la radicalité et du jusqu’auboutisme affichés.
On en reparle ici même en janvier.