Chainsaw texas massacre : the beginning
La vie est un éternel recommencement, le cinéma aussi. Sans doute est-ce symptomatique d'une période trouble où les sociétés actuelles sont en pertes de repères, en quête d'une identité perdue, aussi assiste t'on depuis quelques temps au cinéma au retour des icônes de notre jeunesse (Batman, James Bond, Leatherface, les chevaliers du ciel....Euh, on s'abstiendra de parler de ces derniers pour rester courtois.). Mais plus que des résurgences d'un passé idéalisé, on assiste à une redéfinition de ces personnages emblématiques d'une époque afin de les adapter à notre monde moderne.
Les raisons qui animent ces productions sont avant tout économiques puisque cela permet de relancer des franchises moribondes pour un nouveau départ. Mais cette redéfinition s'appuie avant tout sur les origines de ces mythes. Ainsi « Batman Begins » opte pour un traitement comparable à celui qui a présidé au succès de « Blade », c'est à dire un retour aux comics d'origine (pas innocent si c'est l'oeuvre du même scénariste, David Goyer grand fan de comics) et surtout une approche plus authentique. « Casino Royale » revient également à sa source littéraire puisqu'il adapte le 1er roman des aventures du plus célèbre des agents secrets. Mais plutôt que de repartir de zéro et de faire table rase des films précédents (en même temps ce serait dur d'oublier 20 films), l'option choisie est de se référer et de dynamiter ce qui a défini le personnage pendant 30 ans, condition nécessaire à son adaptation au nouveau millénaire.
Plus qu'une réécriture de leur histoire, on assiste à un retour aux sources afin de développer une nouvelle genèse.
Et en ces temps d'incertude et de confusion (sociale, politique...), ce n'est pas vraiment une surprise de retrouver ce bon vieux Leatherface. Ici dans une tentative de lui donner une origine, essayer de situer le moment où tout à basculer pour lui mais aussi pour nous (?).
Déjà, se pose la question de la légitimité d'une telle entreprise. Car tout le contexte social et politique est déjà explicité dans le seul et unique « Massacre à la tronçonneuse », c'est à dire le chef d'oeuvre absolu de Tobe Hooper de 1974, par le biais de flash infos radiophonique et l’ambiance déliquescente. Mais ce qui est visé ici c'est donner à voir ce qui a pu engendrer un monstre pareil, quelles sont les circonstances de la vie dans ce coin paumé du Texas qui ont transmuté un attardé mental en machine à tuer.
Soit, après tout c'est la politique actuelle des studios de tout expliciter. Au risque d'enlever toute part de mystère qui fait la force de ce genre de mythe moderne.
Il n'y a qu'à voir d'ailleurs la sortie le même jour d'un film racontant la jeunesse d'Hannibal Lecter, sous-titré « les origines du mal ». Déjà, peut on envisager une origine bien définie à l'abstraction totale qu'est le « mal » ? Passons cette rhétorique philosophique et revenons à nos agneaux (Lecter...agneaux... Ouais je sais, celle là j'aurais pu m'en passer. Bref.).
Outre la qualité discutable des origines de ce bon docteur Lecter, au moins on en a pour notre argent et on assiste tant bien que mal à la « naissance » de ce psychopathe.
Ce qui est loin d'être le cas de « Massacre... ».
Ah si, on assiste bien à la naissance physique (et assez glauque) de « face de cuir », mais 10 minutes après on embraye sur un remake de « Massacre... » version 1974 ! A la trappe la naissance figurative. John Liebesmann, le réalisateur, déclarant comme profession de foi, que trop en raconter sur Leatherface lui enlèverait une trop grande part de mystère. D'où l'intérêt de faire un film intitulé le commencement (sic)...
Là, les plus attentifs et cinéphiles se demandent : « Mais n'y avait-il pas déjà eu un remake tourné en 2004 par Marcus Nispel ? » Et oui. Et c'est là que le bât blesse. Car « Massacre...le commencement » se voulait une préquelle au film de Nispel. Or, il ne fait que raconter encore et toujours la même histoire. En encore moins bien en plus. Car si le remake de Nispel n'avait pas oser se frotter de trop près à l'original, préférant ne pas reproduire des passages obligés comme le diner familial (par respect soi-disant. Par trouille de la comparaison déjà inévitable,oui !), celui de Liebesmann ne s'embarrasse pas et livre une version décérébré de tout ce qui a fait la renommé de l'original.
En outre, il tente vainement de réintroduire une dimension politique absente du précédent par les personnages de ces deux frangins qui partent rejoindre leur base avant d'aller au vietnam. Mais cela reste peu développé et ne sert finalement qu'à justifier leur trip de ce côté ci du Texas.
La seule contribution à la saga qui aurait pu être intéressante est le personnage du shérif Hoyt, l'oncle de Leatherface qui préfère buter les gens travesti en homme de loi. Las, il n'arrive pas à la cheville du shérif complètement azimuté de « The devil's rejects » (chef d'oeuvre de Rob Zombie). D'autant plus dommage que l'acteur qui l'incarne, R. Lee Ermey, est très bon et surtout il est lui même un vétéran du vietnam, ce qui aurait donné plus de relief a un film désespérément trop plat.
De même, on retrouve la même facture visuelle du Nispel, c'est à dire une belle image, une photo et des éclairages très classes alors que le tout devrait être très crasse.
Quels enseignements en tirer ? Que le premier « massacre » demeure un horizon indépassable pour des studios qui veulent s'encanailler et que Liebesmann reste un solide faiseur mais un yes-man patenté dont on attend rien.
Le plus regrettable étant de voir l'incapacité de studios à transcender un tel matériau original qui trouve pourtant dans l'actualité quotidienne suffisamment de points d'ancrage pour faire un film autrement plus pertinent, trash et avec une réelle portée politique.
Après la vague de cynisme post-Scream, on assiste à un renouveau du film d'horreur qui tente de retrouver l'esprit frondeur, violent et sans concession des films des années 70. Las, Hollywood tente d'appliquer à sa production un traitement similaire sur la forme (ah ça, c'est plus glauque que d'habitude) en omettant de donner au fond une véritable envergure. On se retrouve avec des films plus violents mais tout aussi formatés et lénifiants que précédemment. Plutôt que de faire confiance à de vrais auteurs, ils tentent d'appliquer des « recettes »pour rendre leur soupe commerciale plus épicée.