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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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20.08.2007
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Hollywood en grève : une crise plus profonde qu'il ny paraît

Hollywood en grève : une crise plus profonde qu'il ny paraît

Posté le 09.12.2007 par houseofgeeks
Cette fois-ci, nous y sommes. Réclamant une plus grande reconnaissance de leur travail et surtout une réévaluation des droits d’auteur, incapables de trouver un terrain d’entente avec les financiers, les scénaristes d’Hollywood sont en grève. Une situation unique et exceptionnelle qui paralyse l’industrie du divertissement et plus encore les créations télévisuelles.
Emmené par un Shaun Ryan (Créateur de « The shield ») vindicatif, cette grève entraîne de nombreuses perturbations pour des séries alors en cours de diffusion ou en plein tournage.
Outre qu’elle permet de révéler au grand public l’importance de ces hommes de l’ombre dans la réussite des séries à succès, cette grève met surtout à jour une crise bien plus profonde qui secoue l’industrie cinématographique depuis quelques années : la crise des idées.


« 24 », « Desperate housewives », « Heroes », « Prison break »...La liste des séries touchées par la grève s'allonge. Et risque de devenir une liste des séries reportées sine die si le conflit se prolonge. D'une part, une partie de la saison en cours a été tournée ou carrément déjà à l'antenne ce qui conduirait à un report voire une annulation de la saison. D'autre part le manque à gagner en termes d'audience et de recettes publicitaires risquent de sonner le glas de séries en difficulté. C'est l'épée de Damoclès qui menace de s’abattre sur celle qui a le plus à craindre, « Lost ». Série complètement dépendante des scénarios, si la grève devait se poursuivre trop longtemps elle devrait sans nul doute reporter sa 4 ème saison prévue pour 2008 en 2009 ! Sachant que les audiences sont déjà en baisse, les fans ont beau se passionner, le mystère entretenu trop longtemps risque de les lasser. Un compromis, passer à l’antenne les 8 premiers épisodes mis en boîte et incorporer les 8 suivants à la 5ème saison. Outre le suspense intenable et la frustration que cela impliquerait, la cohérence déjà mise à mal en prendrait un sacré coup. Peut être fatal. Ce serait dommage, tant cette série parvient à tenir en haleine avec des concepts vraiment ambitieux.
L’autre série touche de plein fouet est sans conteste « Heroes ». Véritable phénomène outre-atlantique l’année dernière, et dans une moindre mesure chez nous, la série déjà en appel après une fin de 1ère saison complètement ratée (et c’est un euphémisme) hypothéquerait sûrement ses chances de prolonger l’expérience au-delà de la saison en cours.
Pourtant elle mérite une seconde chance tant Tim Kring a su interpeller un auditoire le plus large possible autour du concept super-héroïque le plus basique. Si les fans de comics et des x-men plus particulièrement (influence non avouée mais carrément prégnante) apprécie la série, ce n’est vraiment pas pour son originalité. Son succès permet aux comics-addicts de sortir de l’ornière et déclamer à une audience incrédule que leurs bande-dessinées ne sont pas si attardées.
Si la série est estampillée comics et contre-culture, on le doit à l’ami de Kring, Jeph Loeb scénariste star dans l’industrie qui a emmené dans ses bagages le dessinateur Tim Sale (les peintures d’Isaac Mendez, sont de lui) car Kring avoue lui-même qu’il n’y connaît rien à la culture comics ! Un comble. L’autre influence majeure est sans conteste le chef-d’œuvre de Shyamalan (supérieur à son « 6ème sens », c’est dire) « Unbreakable ». Film qui revoit le mythe du sur-homme (et la légende de Superman en particulier) d’une manière naturaliste, poétique et dramatique. Ils sont parmi nous, nous ressemblent et ont les mêmes problèmes (ou presque) existentiels. Cette approche permet surtout un traitement réaliste et de remiser le spandex, véritable épouvantail de la ménagère moderne. Choix hautement stratégique et parfaitement justifié par l’ambiance conspirationiste à la x-files qui imprègne la série.
Cependant, la série peine à assumer ses influences. Pire elle traite le genre et les fans avec une certaine condescendance. Les nombreux angles de prises de vues style comics, l’emploi d’acteurs ayant un lien avec le milieu (Stan Lee, George « Sulu » Takei), le personnage de Hiro le geek ultime sont avant tout destiné à légitimer auprès des soi-disant fans de comics un vulgaire soap !
D’accord, j’y vais fort. Mais avec du recul, on observe que tout tourne autour des relations entre des personnages qui font peu ou proue partie de la même famille ! Si les caractères sont plus fouillés qu’à l’accoutumée on échappe pas aux révélations sur l’existence d’une fille cachée, d’une liaison extra-conjugale ou la mère aimante se révélant la pire manipulatrice !
Admettons, cela pimente l’intrigue. Mais en faire l’axe principal est carrément indigne surtout développé en 23 épisodes (au moins 8 de trop). Sans parler des personnages sous exploités, Sylar notamment dont les motivations et la transformation en super-vilain sont proprement expédiés en un épisode et d’autres sur-exposés, Nikki et Suresh sont aussi insipides qu’insupportables. Cependant, la série peut se montrer passionnante et ambitieuse quand elle ne démord pas de son fil narratif, empêcher la destruction de New-york. Après un début assez lent, le rythme s’accélère pour culminer avec l’épisode 20 « Five years gone », hommage appuyé aux magnifiques et mythiques épisodes 141 et 142 de Uncanny X-Men, « Days of future past ». Malheureusement le soufflé retombe plutôt lourdement lors de l’épisode final digne de X-Men 3 ! Alors que toutes les sous-intrigues culminaient tant bien que mal pour aboutir au face à face promis et tant attendu entre Sylar et les heroes, l’affrontement dantesque fantasmé se résume à un échange de quelques coups de poings ! C’était bien la peine de barder tout le monde de super-pouvoirs, tiens. Malgré le manque de respect évident pour la communauté geek, la série bénéficie d’un capital sympathie énorme. A cela une seule raison. La relation entre les frères Petrelli fonctionne plutôt bien mais le véritable intérêt de toute la série est l’alchimie qui s’opère entre l’énigmatique M.Bennett et sa pom-pom girl de fille. La série doit tout au charisme et au talent de Jack Coleman. D’ailleurs, c’est à travers leur histoire que les scénaristes s’avèrent les plus inspirés et touchants. La rédemption de Bennet dans l’épisode 17 « Company man » est à pleurer. Comme le générique français d’ailleurs, sauf qu’on ne sait si c’est de rire ou de consternation.
Contrainte, pour sa deuxième saison, de solidifier des bases narratives bancales, la grève arrive au pire moment. Le semi-échec de la saison 1 n’empêchera pas de lancer un « spin-off » d’un genre nouveau. 6 épisodes seront produits et diffusés à mi-saison afin que le public vote pour le nouveau personnage digne d’intégrer la série. Une nouvelle façon d’impliquer le téléspectateur, qui traduit aussi une forme de constat d’échec.
Ce que l’on ne pourra pas enlever à « Heroes » c’est d’avoir introduit le grand public à la culture geek. Certes, cela relève plus d’une façade commerciale mais les scénaristes ont su prendre quelques risques et faire preuve d’un minimum d’inspiration et d’ambition.
On ne peut pas en dire autant de nombreux films, récents ou non.

L’ampleur prise par cette grève dénote de la créativité retrouvée de l’industrie télévisuelle et souligne le manque de renouvellement du cinéma hollywoodien.
Leurs revendications sont totalement justifiées par le manque de reconnaissance de leur profession d’autant plus si l’on considère qu'une crise des idées fait rage depuis un moment.

Dans notre société de consommation et de loisirs, les sources d’inspiration sont nombreuses. On ne compte plus les adaptations de comics, de best-seller littéraires, de faits-divers ou même de séries.
Mais pour beaucoup de ces œuvres, le terme « adaptation » est inapproprié. Il serait plus juste de parler de transcription.
La plupart sont des illustrations serviles de livres à succès, la série des « Harry Potter » notamment (à l’exception du film de Cuaron), se contentant d'élaguer dans le texte plutôt que de faire un vrai travail d'adaptation. Mais ce n’est pas si facile de conserver l’esprit qui a présidé à l’oeuvre. Si Sam Raimi a su déjouer admirablement tous les pièges en mettant tout le monde d’accord avec sa vision de Spiderman, il en est autrement pour les ¾ des films basés sur des comics. Les puristes (dit aussi fans hardcore voire intégristes) ne supportant pas que leur livre ou bd de chevet ne soit pas retranscrite à la virgule ou la case près. Ainsi « Sin City », pourtant révolutionnaire en terme d’image, n’arrive jamais à dépasser son simple statut d’adaptation fidèle. De belles images animées aussi dénuées d’émotion que trop statiques.
Sont également adaptés les jeux vidéos à succès. Et plutôt que de s’appuyer sur un travail d’écriture qui transcenderait le concept de départ, le film est entièrement basé sur un gameplay autant jouissif à jouer qu’il est aussi saugrenu et intrinsèquement voué à l’échec à regarder. Le bien nommé « Doom ».
Mais cette tendance figure une préférence accrue pour de belles images vides de sens. En édulcorant des personnages anticonformistes (John Mc Clane dans « Live free or die hard ») ou en faisant des succédanés de caractères ambigus et charismatique (Benjamin Gates étant la pâle photocopie du pilleur de tombe Indianan Jones), l'implication du spectateur lambda est largement facilité.
Toute charge politique ou critique véhiculée par le scénario sera d’autant plus facilement évacué qu’ainsi les images deviennent inoffensives donc plus vendables car politiquement correctes.
« The island » de Michael Bay est d’autant plus intéressant que cette transformation se fait à l’écran. Au départ fable science-fictionnelle ayant pour sujet le clonage, le film se mue peu à peu en un actioner pétaradant et une course-poursuite effrénée où toute implication éthique et morale sont balayées en même temps que le décor.

Mais le véritable signe d’un essoufflement certain est le recours de plus en plus prononcé aux remakes
S’ils sont une pratique courante utilisée depuis toujours, leur nombre s’est considérablement accru. Entre ceux déjà mis en boîte et ceux à venir (en vrac, « l’âge de cristal », « la montagne ensorcelée », « le magicien d’Oz »…), Hollywood recycle à tour de manivelle. Outre qu'ils sont emblématiques d'un tarissement de création, ils représentent une manière de se réapproprier les oeuvres originales.

Miser sur l’aura et la reconnaissance d’un classique est un bon moyen de faire du fric à peu de frais. Si encore cela permettait à un réalisateur d’apporter sa vision, de transcender l’œuvre originale pour en livrer une version à la fois différente et respectueuse. Comme a pu le faire Carpenter et son remake (« The thing ») de la « La chose venue d’ailleurs » de Nyby et Hawks ou récemment ce qu’à réussi à faire Rob Zombie avec sa relecture du « Halloween » de Carpenter justement.
Un big John assez ambivalent puisqu’on l’a vu défendre des purges infâmes comme les remakes de « the fog » et « assault sur le central 13 » ! Ou quand l’amour et le besoin d’argent fait faire n’importe quoi. Ces deux remakes en question sont parfaitement emblématiques du système à l’œuvre actuellement. Plus aucune place à l’interprétation, à l’imagination et au mystère, les motivations et autres justifications des divers personnages sont abondamment explicitées.
D’un western à la lisière du fantastique et de l’horreur avec « Assault » on passe à un vulgaire thriller d’action grâce au remake. Quant à « the fog », d’un film à l’ambiance délétère et à la tension palpable on obtient un produit promotionnel pour jeunes acteurs à la mode. C’est aussi le cas de la nouvelle version de « Hitcher » qui n’a absolument rien compris au chef d’œuvre de Mark Harmond.

Refaire le même film est aussi le meilleur moyen de s’approprier l’original. C’est ce que démontre la vague de remake de films asiatiques qui ne sortiront sur le territoire américain que dans leur version américanisée. Une manière de faire d’autant plus déplorable que face à l’emprise économique mondiale des Etats-Unis, les auteurs n’ont guère d’autre alternative, mais cela dénote d’un total irrespect et méconnaissance d’autres cultures. Les œuvres en question sont définitivement ancrées dans un contexte historique, politique, social et culturel totalement étranger à une audience américaine. N’en garder que le décorum et ses éléments les plus représentatifs dénature et vide de toute signification ces films. « Ring », « Dark water », « Kaïro » bientôt « the host », autant de chef-d’œuvres devenu totalement insipides et exsangue de toute résonance. Le plus tragique est le cas de Takashi Shimizu qui depuis le succès de son premier film « Ju-on » (sorte de rip-off du « Ring » de Nakata) est condamné à refaire (ad vitan eternam ?) le même film. « Ju-on » a été refait 2 fois au japon et autant aux Etats-Unis sous le tire de « the grudge ».

Le remake est également un bon moyen de relancer une franchise en perte de vitesse. Ainsi, malgré un numéro X assez jouissif et fendard, c’est au tour de Jason Voorhes d’être revu et corrigé, le remake de « vendredi 13 » étant prévu pour l’année prochaine. Vous pouvez être sûr que notre bon Freddy Krueger ne sera pas oublié.
Bien plus qu’un enjeu commercial ou une volonté soi-disant désintéressée de moderniser une œuvre pour une audience contemporaine, on assiste, comme le soulevait Julien Pechenot il y a quelques temps déjà (le numéro 4 de votre revue favorite), à une régurgitation de la contestation.
La société de consommation actuelle absorbe les brûlots anarchistes et nihilistes au possible issus de la période faste des années 60-70.
Le cas de John Carpenter est vraiment significatif puisque l’œuvre de ce contestataire se retrouve véritablement pillée pour mieux être absorbée.
Voir également le remake datant de 2003 du légendaire "massacre à la tronçonneuse"par le clipeur Marcus Nispel. S’il s’avère assez flippant par endroits, force est de constater que l'image est complètement aseptisée. Disparus le grain et les teintes jaunâtres véritables symboles de la putréfaction d'une Amérique encore secouée par le conflit au viet-nam et la désillusion des institutions politiques. Ce qui faisait la force de l'original étant bien son sous-texte politique qui donnait à cette farce macabre ses allures de pamphlet contestataire.
Les conditions de tournage et le budget serré ont certes largement contribué à l’énergie radicale imprégnant le film, il n’empêche que le contexte socio-politique de l’époque est fortement ancré.

Si les années 90 nous ont offert une version remixée et colorisé du génial "la nuit des morts-vivants" de Roméro ce n'est rien comparé au remake de "Zombie" du même Roméro."Dawn of the dead" est un pur produit de la génération des seventies qui s'attaquait à la société de consommation dans son ensemble. Si c'est pour livrer une attaque identique au consumérisme, pourquoi en faire un remake ? Qu'est-ce que cela apporterait de plus ? Le problème, c'est que justement ce remake ne prétend pas s'inscrire en digne hommage ou prolongement de l'original mais bien à asseoir définitivement la main-mise des studios sur les classiques qui ont inspirés toute une génération de cinéastes, de journalistes, d'écrivains actuels dont la fibre contestataire est mal acceptée voir rejetée.
C'est bien pour étouffer dans l'oeuf toute émergence d'une nouvelle génération plus critique envers la société que ces remakes sont faits. Ils ne sont là que pour satisfaire cette génération nourrie à MTV et Jackass en leur proposant des films non plus basés sur une histoire aux résonances actuelles mais sur les vedettes qu'ont leur vend à longueur de clips et d'émissions trash.
Finalement, c'est faux de dire que ces remakes n'ont aucune signification contemporaine. Car malheureusement, ils sont les dignes rejetons d'une société de consommation toujours plus avide de recycler les mêmes idées pour en faire des produits toujours plus attractifs mais sans véritable essence.
Peut être pire. Le succès public du remake de « massacre à la tronçonneuse » a engendré une préquelle solennellement intitulée « the beginning ». Outre que de commencement il n’en a que le titre, cela traduit une certaine forme de révisionnisme. Fonder une préquelle sur un remake à tout d’une tentative de faire oublier qu’il existait un film de 1974 à la base du mythe.

Sevrés à des films toujours plus lénifiants, les spectateurs recherchent désormais un simple divertissement. Mais on s'achemine de plus en plus vers un divertissement simpliste.
Cette grève va bien au-delà du désir de reconnaissance et d’augmentation des droits d’auteurs. Elle oppose deux conceptions bien distinctes du médium. Les producteurs ne pensant désormais qu'en terme d'images et plus au discours qu'elles se doivent d'illustrer et de véhiculer.
Bien plus qu'un enjeu financier, c'est un véritable enjeu idéologique dont il est question.


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