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20.08.2007
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John Mc Tiernan est grand : Gloire à son nom !!

John Mc Tiernan est grand : Gloire à son nom !!

Posté le 13.12.2007 par houseofgeeks
La news précédente est l'occasion rêvée de passer succintement en revue la carrière d'un des plus grands réalisateurs autour de certaines de ses oeuvres les plus emblématiques de son cinéma.

John Mc Tiernan, un auteur incompris du grand public et de la critique, un esthète de l'image, un génie de la caméra, considéré à tort comme un gros bourrin..
Vous connaissez tous ce réalisateur responsable de Predator, Piège de cristal et Rollerball (entre autres). Pas des drames intimistes, pas le genre de la maison, mais un certain côté humaniste malgré tout.
Si, si, Mc T. est un humaniste dans le sens où il s'attache au destin des hommes ordinaires et à dépeindre ce qui constitue l’Homme, l’organique.

Dans Predator, on assiste à une véritable re-naissance de Schwarzie lorsque couvert de boue et s'apprêtant à affronter le monstre il pousse un cri bestial signe de son changement. On peut faire le même parallèle avec Willis dans "Die Hard" ou Banderas dans "le 13 ème guerrier", ils s'accomplissent une fois que la douleur et les épreuves les ont ramenés à l'instinctif. Condition sine qua non de leur survie.

Surtout, Mc T. a réussi avec "Die hard" à redéfinir les canons du cinéma d'action. Combien de films calqués sur son chef-d'oeuvre ? Mais le plus intéressant est de tenir compte également de ses films suivants "Last action hero" et "Die hard 3". En effet, ses trois films forment une espèce de trilogie non officielle que l'on peut appeler "le retour au réel du film d’action". Je m'explique.

Du chaos organique naît l’ordre. Ainsi le chaos McClane (sang, sueur, cris…) met fin aux agissements de la bande bien organisée de Hans Grüber.
Petit aparté : Ce retour à l’organique est parfaitement illustré dans la scène mythique du Mission :Impossible de De Palma où Cruise doit cambrioler le centre de la C.I.A pour y dérober des informations. Dans cet espace clos, policé et aseptisé nos héros ne doivent rien dire, ne doivent rien ressentir. Et c’est l’apparition d’une goutte de sueur qui va engendrer l’émotion dans la fiction et chez le spectateur (suspense, adrénaline…)
"Die hard" a fait de John Mc Clane (rien que le nom du héros est intéressant, trouvez pas?) l'icône absolue et reconnaissable entre toutes du film d'action. Un cow-boy solitaire que rien n'arrête (d’ailleurs on peut voir dans McClane une figure du slasher en référence à Mike Myers ou Freddy.)

Après avoir redéfini le genre, Mc T. en a donné la formule avec "Last action hero". Un film qui analyse et remet en question le succès des héros invincibles. En effet, le jeune héros du film passe de l'autre côté du mirroir (ici, de l'autre côté de l'écran) et s'évertue à prouver à Jack Slater (Schwarzie) qu'il n'est qu'une illusion, un héros factice comme les décors qui l'entourent. Il donne également le rôle de l’initiateur à un jeune issu d’une banlieue difficile de New-York, afin d’ancrer un peu plus Jack Slater dans le réel.

Et enfin, "Die hard 3" plonge Mc Clane dans l'enfer urbain de New-york où là il est confronté à la vie des autres figurants. Un film qui détruit petit à petit ce que le premier opus avait construit.
A la logique implacable et mathématique du premier symbolisée par la réalisation minutieuse de Mc T. et les lignes verticales du Nakatomi plaza s’opposent l’horizontalité de l’action (nos héros ne cessent de courir sur du plat) et la déliquescence de la réalisation ( à partir de la scène dans le stade, c’est le chaos scénaristique complet, les héros étant laissé presque à eux-mêmes).
Il détruit ce qui faisait de Mc Clane une icône en le confrontant aux hommes ordinaires et en déstructurant sa réalisation (pour preuve, les ¾ du film sont filmés caméra à l’épaule, comme un reportage sur le vif) et ainsi le renvoie dans la dimension réelle, celle constituée de héros de tous les jours, c’est à dire les passants, les ouvriers etc.
La scène fondamentale pour étayer ma thèse est celle où Zeus et Mc Clane après un appel sur un téléphone public se jette à terre en gueulant « ça va sauter ! » et rien ne se passe. Les passants n’ont même pas réagi et l’un d’eux donne en plus 5 dollars à Mc Clane, et ce faisant nie son statut d’icône. Hénaurme !

Sous des dehors de films d’action bourrins aux scénarios de série z (résumez seulement les intrigues de Prédator et Piège de cristal et vous verrez qu’il faut être un sacré génie pour en avoir fait des chef-d’œuvres instantanés, des références du genre !), Mc Tiernan ne fait que parler de ce qui nous fait réagir, souffrir, avancer… Tout ce qui nous définit, en somme.


Pour en revenir à Mc Clane, on peut considérer qu’il se comporte comme Mickaël Myers dans « Halloween » dans le sens où il occit tous ceux qui rentre dans son champ. Les terroristes envahissant l’immeuble sont autant d’agents extérieurs venus s’approprier l’espace de Mc Clane. Celui-ci n’aura de cesse de les en faire dégager par la force et le « shotgun » ! Des terroristes qui apparaissent toujours morcelé dans le champ de vision. On voit d’abord un bras, une jambe entrer dans le cadre. Mc Clane s’evertue donc à les renvoyer dans le « hors-champ » afin de se réapproprier le cadre.
Et il est aidé en cela par le réalisateur lui-même qui offre, de par sa mise en scène, au héros un environnement propice à ses apparitions (cages d’ascenseurs, conduits d’aération…).

L’autre condition de la survie du héros « Mc Tiernien » est qu’il doit savoir observer et comprendre ce qu’il voit.
Voir à ce titre l’importance de voir sans être vu dans « predator ». Dans « piège de cristal », la réaction du héros ne se fera qu’après avoir saisi la situation, dénombré le nombre de terroristes et visité quelques étages. De même dans le « 13 ème guerrier » ou « Predator » le héros ne comprendra la nature exacte de l’ennemi qu’après avoir pu l’observer de près.

L’observation est certes capitale pour réagir face aux évènements (attaque des Wendols par exemple) mais elle est également essentielle dans la manière d’appréhender le langage. Voir cette scène fabuleuse autour du feu de camp où Ibn apprend le Viking en observant simplement les autres parler. Une réminiscence dans toute l’œuvre de Mc T., à savoir le remplacement du langage physique par le langage filmique. Une fois que Ibn a réussi à s’approprier le cadre, il parvient à comprendre et à se faire comprendre.
Mc t. nous assène avec finesse que pour une bonne compréhension il ne suffit pas simplement de maîtriser le « parler », encore faut-il maîtriser le « filmer » (pour un bourrin, c’est quand même pas mal !).
Et cette démonstration a comme point culminant « Rollerball » où le réalisateur offre aux fans du style épileptique de MTV des combats incompréhensibles car impossible de se repérer dans l’espace. En allant au bout d’un procédé cher à Mickaël Bay (et sa bouillie infâme Armaggeddon) il démontre qu’une grammaire filmique est indispensable à une bonne compréhension.

Premièrement, Il faut savoir que "rollerball" a été remonté par les producteurs et qu'ils ont essayé d'imposer à McT. leur vision étriquée. Sachant que son degré de liberté était proche du zéro absolu il a fait un film entièrement cathartique dans le sens où sa haine des décisions des producteurs transparaît dans les rapports du héros avec Jean Reno. En somme, MC T. livre un film autobiographique dans ses relations avec les studios. Et on peut dire que son désir de leur exploser la tête est assez évident !

Et puis, il est allé au bout de la logique des studios qui voulait un remake pour les djeuns fans de MTV. Du coup, il leur a offert un style épileptique à la Mickaël Bay, les scènes de combats étant presque totalement illisible. De cette manière il montre qu'une grammaire cinématographique élémentaire reste indispensable et il créé en même temps un nouveau style où chaque scène paraît accolée de manière artificielle sans aucune linéarité. A titre d'exemple, lorsqu'ils sont en boîte après le match, certaines séquences dialoguées s'enchaînent avec des faux raccords, c'est à dire que l'on a l'impression que l'image a sauté. En cela, il se rapproche du style d'un autre grand réalisateur Lars Von Trier qui dans sa série "The kingdom" (l'hôpital et ses fantômes en français, sic) utilise le même procédé de faux raccords. Donnant à cette série une impression de spontanéité (comme si le montage était fait simultanément à la prise de vues) mais surtout renforçant son étrangeté.
Mais bon, se ne sont que de simples justifications formelles. Libre à chacun d'adhérer ou pas.

Le plus intéressant est pourtant dans le fond. Mc T. sous couvert de livrer un remake branchouille s'adonne à une sévère critique de notre société de consommation. La course à l'audimat entraînant les pires perversions, de l'ingurgitation presque forcée d'une boisson pour en faire la promo, en passant par la fabrication de "stars" jusqu'à l'organisation de meurtres en direct.
En plus, il adjoint un sous texte politique dans la mesure où ce sport violent permet de contrôler les masses prolétaires et les empêcher de se rebeller contre un système qui régit non seulement leur "loisir" mais également leur vie. Ce sport leur permet d'accepter plus facilement que les richesses aillent à leurs héros sans penser que les véritables gagnants se trouvent en coulisses. Ces nantis se retranchent derrière la "vitrine" qu'est le rollerball pour agir en toute quiétude. Et le fait que le héros brise une vitre pour atteindre Réno prend tout son sens.

Enfin, je terminerai sur la scène mythique du film, celle où les deux amis américains tentent de s'échapper et passer la frontière. Ils sont alors pris en chasse par Réno qui les mets en joue avec son fusil à vision nocturne. Une scène géniale car totalement filmée en vision nocturne et nous faisant épouser un autre point de vue, faisant basculer nos repères visuels et auditifs. Du grand art.

Bon, "rollerball" a souffert du montage des producteurs mais il n'en reste pas moins que c'est un très bon film dans la veine de l'oeuvre de McT., bourrin et subversif. Comme quoi, il est difficile de brider le génie de ce cinéaste.



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