Stephen King, maître de l’horreur littéraire (étiquette forcément réductrice) mais également roi des adaptations foireuses ! Mais une partie du résultat final peut logiquement lui incomber, puisqu’il a toujours préféré les illustrations serviles (le Fléau, ça…) aux visions d’auteurs à part entière (Shinning de Kubrick vertement renié). La volonté de rester fidèle à l’esprit de l’œuvre est d’autant plus ardue que les livres en question sont des pavés impossibles à mettre en images en l’état sans un véritable travail d’adaptation. Frank Darabont est le rare à avoir pu apporter un certain regard neuf et respectueux. Loués à la fois par la critique, les spectateurs et le King lui-même, « les évadés » ou « la ligne verte » demeurent des exceptions (en attendant « the mist »). Ah non, j’oubliais le magnifique « Stand by me » de Rob Reiner.
Afin d’endiguer le flot de déception, l’écrivain s’essaya même à la réalisation mais le catastrophique « Maximum overdrive » (adaptation de sa nouvelle « trucks » parue dans le recueil « danse macabre ») le renvoya à sa véritable place : derrière une machine à écrire !
Alors, le King inadaptable ? Ce n’est pas loin d’être devenu une évidence. Car quelquesoit l’option choisie, les puristes ou les cinéphiles trouveront souvent à redire.
Pourtant, ce n’est pas ce qui va effrayer les producteurs. Ainsi, est lancé l’adaptation d’une nouvelle parue dans le recueil « Tout est fatal », « chambre 1408 ».
Choix curieux car la nouvelle évolue dans un registre inhabituel pour King, dépeindre des visions dantesques proprement délirantes (on s’interroge constamment sur la santé mentale du protagoniste), créer un sentiment d’immersion absolu qui confine parfois à l’abstraction pure et qui lorgne vers Poe et Lovecraft. Bref, loin d’être une histoire classique de maison hantée (ou chambre en l’occurrence) où seules importent les sensations fortes.
Evidemment, le film de Mickael Hafstrom diverge quelque peu des visions extraordinaires que la lecture de la nouvelle pouvait produire. On est également assez éloigné du discours promotionnel qui vendait ce film comme une excroissance au « Shinning » de Kubrick, en investissant cette fois-ci une chambre particulière de l’hôtel Overlock. Entièrement porté par le toujours très bon (ou presque) John Cusak, le film bénéficie également de la présence, la prestance de Samuel L. Jackson (l’acteur le plus cool du monde) mais ici pas très impliqué dans un rôle de bouche-trou.
De réalisation assez classique, le film réserve cependant quelques scènes aptes à sortir le spectateur de sa léthargie. Une ambiance plus déliquescente aurait été plus appropriée mais le réalisateur parvient à désorienter suffisamment le spectateur pour rendre la vision de ce film sinon intéressante du moins agréable à suivre. Malgré tout, Hafstrom ne retrouve le caractère immersif de la nouvelle qu’au détour d’une scène, lorsque Cusak croyant être sorti de ce cauchemar y être replonge aussitôt lorsque le bureau de poste où il se trouvait s’avère un décor que les employés détruisent à coups de masse, révélant les murs et le mobilier de la chambre maudite.
En fait, ce que l’on peut reprocher à ce film est sa perpétuelle indécision. On navigue entre une intrigue classique de maison hantée et un drame psychologique sans que jamais l’un des genres l’emporte. D’accord, cela illustre (plutôt fortuitement) cette histoire de chambre perdue entre deux mondes, mais l’incapacité de Hafstrom à investir pleinement les genres auxquels il s’attaque nuit clairement au rythme. Au final, le spectateur se retrouve seul et hébété comme le personnage de Cusack, ne sachant trop comment définir ce qu’il vient de voir.
Une indécision qui se répercute jusqu’au bout puisque le dvd zone 1 propose une fin alternative estampillée série B quand la fin exploitée en salles est une sorte de « happy-end inquiétant ».
Au final, et même sans se référer à la nouvelle prêtant son intrigue, « Chambre 1408 » ne restera pas dans les annales. Ce n’est pas non plus une purge, loin s’en faut. Mais une fois encore, l’œuvre de King se sera révélée difficilement transposable telle quelle. Le seul problème étant qu’ici le travail d’adaptation aura consisté ici à amoindrir le caractère incongru et délirant du travail de l’écrivain pour donner un résultat accessible à tous publics.
Parions cependant que Eli Roth (le diptyque « Hostel ») saura transcender le matériau original avec l’adaptation du roman apocalyptique « Cellulaire », où un signal transmis via les téléphones cellulaires (portables) transforme leurs possesseurs en zombies !
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