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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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La rage au ventre : DOG BITE DOG

La rage au ventre : DOG BITE DOG

Publié le 27/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
La rage au ventre : DOG BITE DOG
Réputation sulfureuse, succès dans tous les festivals où il a été projetté, « DOG BITE DOG » est enfin distribué en France. Mais en dvd. Encore une fois, la frilosité et l’incapacité des distributeurs français à apprécier une œuvre autrement que par des catégories (polar, horreur, S.F,comédie…) et une grille de lecture bien définies, priveront ce film d’une large distribution. Jetez-vous donc sans attendre sur ce film inclassable et incroyable de radicalité.

Le réalisateur Soi Cheang n’est pas le plus connu des cinéastes de Hong-Kong. Beaucoup moins prolifique qu’un Johnnie TO ou déjanté qu’un Tsui HARK, il peut sans peine briguer à une reconnaissance équivalente. Son précédent film (inédit jusqu’alors et sorti depuis peu, là aussi en dvd) « Love battlefield » étant annonciateur du renouveau opéré dans le cinéma de l’ex-colonie britannique. Fini l’ironie ou les débordements extravagants. Place à la peinture d’une société hong-kongaise en pleine mutation où le sentiment de désespoir le dispute au doute et à la fragilité émotionnelle, le tout rythmé par des affrontements aussi violents que sanglants.
« Dog bite dog » s’affirme donc comme une alternative on ne peut plus radicale et inhabituelle. Mais le taxer de film renouvelant complètement l’industrie locale est cependant exagéré. TO a tout de même livré avec son diptyque sur les triades « Election I et II » (ses meilleurs films) une vision moins ludique mais plus adulte et plus politique de la confrontation d’idéologies antagonistes.
Mais il est vrai que le film de Soi CHEANG étonne par ces sentiment d’urgence et de rage qui l’imprègnent.

Une machine à tuer débarque sur l’île pour exécuter un contrat, tuer une avocate influente. Mais dès la mission remplie, il croise la route de l’inspecteur Waï qui n’aura de cesse de le poursuivre, pour se venger de la mort de son co-équipier en même temps que cette traque sera le moyen pour lui d’exorciser ses sentiments ambivalents (amour/haine) envers son père dans le coma, flic modèle et corrompu.

Le tueur interprété par Edison CHEN (acteur surtout employé dans des rôles exploitant sa belle guele) est un véritable animal. D’ailleurs, il a été élevé dans ce sens. Orphelin cambdogien, il a été recueilli dans une ferme d’élevage bien particulière. En effet, ces enfants sont entraînés et conditionnés à se battre continuellement. Pour se nourrir, pour survivre. Une origine relatée dans le film via les extraits d’un documentaire en noir et blanc, afin de renforcer la réalité et le tragique de la situation. Un véritable chien que l’on nourrit en fonds de cale avec une gamelle et que l’on ne sort que pour tuer. Etonnante référence à « Danny the dog » (de Louis Leterrier) qui prendra ici une toute autre dimension radicale. Ici pas trace d’infantilisme bessonien.
Pas non plus de dimension esthétisante. Les affrontements sont loin d’être des ballets chorégraphiés. Ce sont de véritables combats de rue : sales, des corps à corps brutaux et des mises à mort aussi expéditive que dégueulasses. Une ambiance loin d’être fun mais qui ne se complait pas pour autant dans une violence aussi glauque qu’abrupte. Cheang adoptant toujours la bonne distance pour filmer ces oppositions. Pas de ralentis ostentatoires ou de gros plans gore. Le réalisateur se contente de nous asséner de sacrées claques sans nous plonger le visage au milieu de ces amas de chairs tuméfiées ou explosées.
Et l’option de filmer en grande partie de nuit et dans des ruelles crasseuses ou des quartiers semblant avoir été désertés par tout vie sociale et humaine augmente cette impression de déliquescence, d’abandon de la ville à des meutes enragées. Enorme travail sur la photo (contrastes saisissants, sources d’éclairages naturelles) et la bande son (aboiements et grognements de chiens de plus en plus prégnants).

Mais ce qui défini par dessus tout ce film, au-delà de sa violence, c’est ce jeu des vases communicants entre ce flic psychopathe et ce tueur impassible. Tandis que l’un se déshumanise à force de voir son monde s’écrouler (son père qu’il a lui-même mis dans le coma après lui avoir tiré dessus pour l’arrêter, ses collègues qui se détournent de lui à mesure qu’il devient plus incontrôlable), l’autre se sociabilise au contact d’une jeune fille rencontrée dans un décharge publique. Une évolution inverse qui rendra d’autant plus douloureuse la confrontation finale.
Il est intéressant de noter que la figure patriarcale constitutive de la société hongkongaise (et donc chinoise) est sacrément mise à mal et remise en cause. Le père du flic qui en lieu et place d’un modèle d’intégrité se révèle être un dealer, la jeune fille dont le père abusait sexuellement d’elle et le père adoptif du tueur qui n’est avant tout que le propriétaire du chenil.
Et plutôt qu’un pensum auteurisant sur la propagation de la violence, sa réception, Cheang explore plusieurs pistes sans jamais en privilégier une, affirmant par là-même que les causes sont multiples.
Mais au final, quelque soit la voie choisie, il faut payer le prix d’une existence vouée à (l’auto)destruction. Une séquence finale sans concession et d’une noirceur abyssale.

Un film indispensable qui se révèle une pertinente réflexion sur la propagation de la violence. Contaminante (l’équipier de Waï qui à son tour se met à tabasser un indic) ou héréditaire, voir ce plan final, véritable pavé dans la mare.


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