Mais le contre-coup le plus retentissant de « Civil war » est intervenu dans la série « Captain America ». Mark Millar l’avait annoncé, dans sa mini série « Civil war » il ne tuerait pas l’un des leaders de chaque camp, Iron Man ou Cap. Il a tenu parole, laissant le soin à Ed Brubaker de tuer Steve Rogers dans sa série régulière (n°25, épisode déjà mythique. En France publié dans Marvel Icons n°30) ! Captain America est mort. Le symbole vivant des idéaux portés par les pères fondateurs de l’Amérique.
Comme celle de Superman en son temps (en 1992), la mort de Captain America a eu un retentissement médiatique allant bien au-delà du monde des comics. Les médias généralistes à travers le monde en ont parlé, c’est dire l’ampleur du phénomène. Seulement, ils ont vu dans cette mort une critique de la politique de Bush Jr, rendant Cap représentatif de l’idéologie actuellement à l’œuvre. Et non, il ne fallait pas se leurrer, ils n’ont pas lu « Civil war » et ont une connaissance plus qu’approximative de ce personnage.
Car plus que le pouvoir en place, Cap est le symbole, l’ardent défenseur de principes démocratiques universels. Bien souvent, on réduit ce personnage à un patriote ultime du fait de sa tenue taillée à même le drapeau américain. Mais il ne faut pas oublier que la création de ce personnage dans les années 40 coïncide avec la seconde guerre mondiale et qu’il était donc l’affirmation imagée du combat de principes libertaires contre l’obscurantisme nazi. Un symbole fort et une réponse à la propagande d’un régime fasciste oppressif. Cap est un patriote certes, mais qui illustre plutôt ce qu’en pense Mark Twain : « Le patriotisme consiste à défendre son gouvernement entièrement, mais seulement lorsqu’il le mérite ».
Car Steve Rogers a plusieurs fois renoncé à la défroque étoilée pour rejoindre la clandestinité. Et à chaque fois parce qu’il était en désaccord idéologique avec des mesures liberticides ou inappropriées.
Alors, d’où vient le malentendu ?
Tout d’aord, la relance de la série (volume 4) intervenant après le 11 septembre 2001 a vu le personnage se conformer à l’image interventionniste et revancharde de l’Amérique bushiste, Cap combattant des terroristes islamistes à l’intérieur et hors des Etats-Unis.
Deuxièmement, la version ultimate du super soldat le faisait passer pour un combattant bas du front. Des Ultimates (soit les vengeurs de l’univers ultimate) créés par un certain Mark Millar. Ce qui ne manque pas d’ironie.
Ainsi donc Captain America est mort. Il serait toutefois plus juste de préciser que c’est Steve Rogers qui repose en paix. Tué de la main même de sa petite amie l’agent du S.H .I.E.L.D Sharon Carter, soumise à un lavage de cerveau du nouveau Crâne Rouge.
Une décision risquée puisque le duo Brubaker/Epting a su redonner toutes ses lettres de noblesse à un titre en perte de vitesse et même de repères. Faisant évoluer le personnage dans une ambiance plus sombre, au propre comme au figuré puisque baignant dans un climat conspirationiste superbement mis en images par Steve Epting jouant sur les contrastes et utilisant des tonalités foncées et sombres.
Des images et des couleurs ternes en adéquation avec l’état d’esprit du héros alors en plein doute et limite dépressif.
Revenant aux bases du mythe, le duo d’artistes utilise des personnages clés issus du passé du super patriote dans un contexte contemporain (Crâne Rouge, le général Lurkin, l’Hydra…). Une bonne manière de revisiter et surtout redéfinir ce passé justement, en exposant sous un nouveau jour des évènements jusque là immuables.
Et l’impensable arrive, ils ont osé ramener Bucky à la vie, le side-kick de Cap dans les années 40, censé être définitivement mort.
Pourtant les résurrections, aussi improbables qu’incongrues sont monnaie courante dans les comics (Phoenix/Jean Grey, Iron Man, Spider-Man, Cap America déjà, Captain Marvel tout récemment…) mais la mort de Bucky, tout comme celle de Jason Todd (Robin II) était définitive. Suffisait en fait de trouver une bonne raison.
Il est intéressant de noter que le retour de Bucky suit de près celui de Jason Todd intervenu peu avant. Au-delà de l’évidente opération commerciale de tels évènements, il faut préciser que ces résurrections coïncident avec la résurgence d’un passé jusqu’ici refoulé par Cap et donc Batman. A l’instar du cinéma d’horreur des années 70 utilisant ce genre d’allégorie, les morts se relèvent pour hanter les héros mais acquièrent une fonction hautement symbolique. Bucky, désormais appelé le « Winter soldier » (pour plus de détail voir Captain America volume 5, l’excellent run en cours de Brubaker). Un premier choc censé préparer à la véritable conclusion de « Civil war », la mort de Steve Rogers le rebelle.
Un décès parfaitement négocié par Marvel qui dans la foulée de cet épisode instantanément culte, sort la mini série en 5 épisodes « Fallen son » écrite par un Jeph Loeb récemment endeuillé (son fils de 17 ans est mort des suites d’un cancer). Une histoire qui explore toute la palette de sentiments de différents héros (déni, colère, désespoir…) qui vont devoir s’accommoder tant bien que mal.de la perte de l’homme qui personnifiait leur idéal. Et dans tout le panel super-héroïque, c’est Franck « the punisher » Castle qui est le plu affecté.
Un Cap disparu physiquement mais omniprésent dans les pensées, chacun se mesurant à l’aune des valeurs qu’il véhiculait. Quand dans le même temps Iron Man s’impose physiquement u peu partout.
La mort du héros n’a pourtant pas entraîné la mort éditoriale du titre. Bien au contraire, les ventes explosant depuis sa disparition.
Si j’ai autant insisté sur la mort de l’homme derrière le masque, c’est que justement le costume laissé vacant va être repris (voire perverti ?). Jusqu’à la réapparition de Steve Rogers ? Car la seule chose de sûr dans les comics c’est que les héros sont éternels (Thor vient tout juste de revenir après près de 2 ans d’absence).
A suivre donc dans ce que l’on peut considérer comme la plus grande période créative de la maison d’édition..
L’univers Marvel n’est définitivement plus le même. Captain America est mort, vive Marvel !