Bientôt en DVD, Blue-ray et HD. Achat indispensable pour tout fan de film d'horreur ou cinéphie qui se respecte.
Première réalisation de Julien Maury et d’Alexandre Bustillo et déjà une vraie réussite. Pourtant, c’était loin d’être gagné. D’une part parce que venant du milieu de la critique (pour le sieur la bustille), l’envie d’utiliser un max de références peut s’avérer futile et handicapant pour l’histoire elle-même (cf Christophe ans, Doug Headline). D’autre part parce que arriver à financer un pur film d’horreur en France tient vraiment de la gageure. Toujours considéré (à tort) comme un genre mineur, le film de trouille peine à séduire les critiques recherchant à justifier leur plaisir par un discours méta-textuel sur la nature humaine, la société ou le genre lui-même, comme les spectateurs blasés par des purges comme les B-movies (sauf Maléfique) ou les ratés « Promenons-nous dans les bois » ou « Ils » (mais pas inintéressants visuellement).
Le film existe aussi grâce au succès rencontré par Alexandre Aja (« Haute tension ») ici ou outre-atlantique (« la colline a des yeux ») et à toute une frange de nouveaux venus nourris depuis l’enfance aux films de genres (horreur, mais aussi polar, fantastique, kung-fu, etc) et qui parviennent à s’installer dans le paysage (Florent Emilio Siri, Gans, Koonen, Marc Caro, et bientôt Xavier Gens et Yannick Dahan).
En l’occurrence « A l’intérieur » a-t-il sa place aux côtés de ses illustres prédécesseurs ?
Grand dieux, oui !!
Porté par l’enthousiasme indéfectible de ses deux réalisateurs, le film s’appuie sur les performances magistrales d’Allison Paradis (la sœur de qui vous savez) et surtout une Béatrice Dalle transfigurée. Histoire minimaliste – une jeune femme (Paradis) à la veille d’accoucher est harcelée par une femme en noir (Dalle) qui veut lui prendre son enfant à naître à même le ventre – unités de temps et de lieu (une seule nuit dans la maison de la victime), bref tous les ingrédients pour faire un huis-clos étouffant au possible. Nous sommes loin du climat de paranoïa qui baignait le dernier film de Friedkin « Bug ». Ici, c’est un affrontement violent, sans concession. Les autres personnages intervenant (la mère, l’ami, les flics) ne sont que des prétextes pour des scènes de meurtres. Mais alors quelles scènes ! Car pour bien nous montrer de quoi est capable cette femme en noir, le hors-champ est proscrit et c’est avec rage et détermination qu’elle poursuit son but ultime.
Mais attention, ce n’est pas du gore jouissif comme « Brain dead » où on se marre et applaudit aux exploits sanguinolents. Non, là on craint vraiment pour la vie de l’héroïne. Et ce jeu du chat et de la souris est magnifié par une photo de toute beauté et un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité, accroissant un climat déjà oppressant.
Si le film est parsemé de références (figure du vampire, Halloween, le giallo….), elles ne le parasitent jamais et s’intègrent parfaitement à l’intrigue. Point faible, le fait d’utiliser les émeutes en banlieue fin 2005 comme contexte socio-politique. Un climat déliquescent et de violence comme justification aux actes de cette femme ? Dans tous les cas, cette assertion sera contredite pat la « révélation » finale. Surtout, cette datation enlève tout caractère intemporel au métrage. Du moins au début. Car une fois la traque lancée, on oublie vite ce qui peut se passer à l’extérieur.
Il faut voir Béatrice Dalle bouffer l’écran ! Une présence incroyable mais qui n’éclipse pourtant pas celle de Paradis qui nous évite le traditionnel registre de la scream-queen. Elle souffre presque en silence, de sorte que lorsque les coups reçus lui arrachent des cris, on est vraiment pris aux tripes.
La grande réussite du film, outre de nous présenter des sévices toujours plus « raffinés » (de la tentative d’éventration au ciseau on passe à l’aiguille à tricoter !) est d’être en perpétuelle évolution narrative. Ça commence comme un film d’assaut, on poursuit dans le survival domestique pour petit à petit basculer vers l’abstraction et le conte onirique. Pour s’achèver dans le cauchemar le plus noir.
Alors, ne boudons pas notre plaisir. Certes, ce n’est pas ce film qui va révolutionner le genre ou qui lui apporte une certaine réfléxivité mais bordel, à l’heure actuelle, trouvez-moi un petit film aussi radical et viscéral ?
Et puis, rien que pour Béatrice Dalle et la virtuosité pour filmer la mort, ce film mérite le détour. En tous cas, il ne mérite vraiment pas les commentaires de critiques n’ayant vu que débauche de sang ridicule et vaine, ou pire un bon gros Z de samedi soir. Ceux-là n’y connaissent vraiment rien en termes de grammaire cinématographique.
Alors attendez de voir ce qu’ils vont pouvoir dire après visionnage de « Frontières » de Xavier Gens (survival campagnard où une bande de voyous des cités se retrouve séquestrés en pleine cambrousse par une famille de nazis cannibales !!!).
« A l’intérieur » est un grand petit film. Et des petits films comme ça, j’en veux toutes les semaines !