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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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20.08.2007
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XIII : la bande-dessinée

XIII : la bande-dessinée

Posté le 31.01.2008 par houseofgeeks
Le 13 novembre 2007, sont parus les deux derniers tomes des aventures du plus charismatique des amnésiques du 9ème art, XIII. Albums n°18 « la version irlandaise » dessiné par Jean « Moebius » Giraud et n°19 « le dernier round » qui mettent un terme à ses pérégrinations.
Et il faut bien l'avouer, il était temps que cela se termine !

Victime de son succès
Parue pour la première fois en 1984, XIII connaît un grand succès et devient au fur et à mesure des albums un best seller de la bande dessinée. La série bénéficie du fait d'être l'une des premières à avoir introduit le thème de l'espionnage dans le neuvième art. Il s'agit de plus d'une saga à suivre, contrairement à l'autre grande série populaire du même scénariste, Largo Winch. Cet étalement sur la durée permet à Van Hamme de développer une intrigue complexe mais lisible, aux multiples rebondissements. Le dessin, réaliste et sobre, est très accessible.
Les premiers albums, qui sortent au rythme soutenu d'un par an, connaissent un succès croissant, essentiellement grâce au bouche à oreille. En 1990, après la première année sans XIII, deux albums (« le dossier Jason Fly » et « la nuit du 3 août ») sortent à quelques mois d'écart, soutenus par une importante campagne publicitaire qui ouvre à la série les portes de la grande distribution. Pour l'album suivant « XIII contre un », l’éditeur produit même un spot de huit secondes pour le cinéma, une première dans l'histoire de la bande dessinée, qui propulsera l'album à plus de 175 000 exemplaires vendus. XIII marque le premier mariage à grande échelle entre BD et marketing : peu avant la sortie de chaque nouvel album, les premières planches sont publiées dans différents journaux. Des accords sont passés avec la Française des jeux, avec des éditeurs de jeux vidéos et de jeux de société et XIII est décliné sous tous les angles possibles. La série est devenue un produit dont on crée le besoin grâce à une promo abondante et savamment orchestrée. Ultime accroche, la mention culte est de fait accolée. Pris au propre piège de sa réussite, la série au départ si ambitieuse se mue en une entreprise commerciale de luxe. L’attente de lecteurs de plus en plus nombreux est telle que Van Hamme bâcle ses scénarios qui ne sont plus que des prétextes à de l’action échevelée et des retournements parfois assez rocambolesques. La série demeure plaisante à lire mais dans l’opération, a perdu son âme.


Le fil rouge, soit la recherche désespérée de son identité, a conduit notre numéro fétiche dans une spirale mémorielle qui pris sur la fin des proportions inflationniste : d'un album à l'autre (parfois dans le même) son identité changeait au gré des rebondissements scénaristiques afin de relancer la machine et donc l'intérêt des lecteurs. Qui est vraiment XIII ? C'est là la question à laquelle répond le dernier album. Mais est-ce si important de connaître sa véritable identité ? Pas vraiment, car le plus intéressant dans cette série était justement le parcours alambiqué et torturé de Jason Mac Lane pour tenter de lever le voile sur son passé.
Et c'était véritablement sa capacité de raisonnement et de réaction pour se sortir des embrouilles qui étaient le moteur de l'intrigue. Seulement, à partir du moment où la conspiration fut conjurée et le numéro I démasqué (dans l'excellent album « Le jugement »), XIII devint de plus en plus passif pour peu à peu disparaître du premier plan au bénéfice de tous les personnages secondaires gravitant autour de lui. Devenant plus une présence fantomatique hantant les albums. C'est bien simple, ce sont ses amis les plus intéressés par la découverte de la « vérité ». C’est également dans cet album charnière que disparaît « la mangouste », LE méchant de la série. Tueur responsable de l’amnésie de notre héros – exécution ratée – il tentera par tous les moyens de réparer son erreur. Deux êtres inextricablement liés par le destin, le créateur face à sa « créature ». Le complot mis à jour et son « chien de garde » mis hors d’état de nuire, la série perd son principal ressort dramatique. Reste la quête de XIII, découvrir qui il est. Mais le cœur n’y est plus.
Sans doute par peur de lasser mais plus prosaïquement pour attirer de nouveaux lecteurs (la série dure depuis 1984 quand même), une nouvelle orientation fut donc donnée. Un peu ce que les comics ont l'habitude de faire régulièrement, relancer une série en repartant sur de nouvelles bases. Mais on peut aussi rapprocher « XII » de la série « Twin peaks ». Bien que formellement différentes, Lynch et Van Hamme avaient dans l'idée de faire une série au mystère perpétuel. Ils sont plus intéressés par ce qu'il révèle que par sa résolution. Si nous avons fini par connaître le nom de l'assassin de Laura Palmer, c'est bien à cause des pressions de la chaîne. De même que ce fut une décision éditoriale de stopper en pleine gloire, avant un essoufflement des ventes et une lassitude des lecteurs. Une manière d'assurer une rentabilité maximale sur une série devenue objet de culte : jeu à gratter, promo à grande échelle à chaque nouvel album, jeu vidéo...Et bientôt, adaptation live (voir article suivant).

L’Histoire sans fin
Lorsque Lynch dévoila l'identité du meurtrier, il s'ensuivit dans la seconde partie de « Twin peaks » une exploration aussi passionnante des coulisses du mal à l'oeuvre dans cette ville. Ce que ne réussit pas complètement la saga XIII dans son exploration du passé morcelé de notre héros. Mais ce qui fit le plus grand mal a été la disparition du tueur à gage « la mangouste ». Un vieillard aussi retors, intelligent et impitoyable qui donna bien du mal à l’homme dans la force de l’âge surnommé numéro XIII. Une fois encore, l'adage qui veut que la réussite de toute oeuvre de fiction tienne dans la fascination pour le bad guy se vérifie. Le charisme et l'ambiguïté de « la mangouste » en font une des figures du mal les plus réussies, aussi mythique que peut l'être Dark Vador. Surtout, il était le parfait contre-point de XIII, aussi déterminé à le tuer que l'autre était déterminé à faire la lumière sur ce qu'il lui était arrivé.
Mais le véritable intérêt de la série et le génie de Van Hamme est d'avoir fait de son personnage une quasi feuille blanche sur laquelle se réécrivait son histoire, elle même intrinsèquement liée aux plus grands évènements historiques des États-Unis puisque le premier album (« le jour du soleil noir ») le présente tout de même comme l'assassin du président américain Walter Shéridan. Avec cette série, le véritable propos de Van Hamme est de revisiter l'Histoire de ce pays hanté par ses « démons » : assassinat de JFK, révolution en Amérique latine, mafia, CIA, Ku Klux Klan, le maccarthysme, etc… Le tout, articulé autour d'une intrigue tournant autour d'un complot qui permet de donner forme aux peurs les plus abstraites, paranoïa et origine cachée. C’est ce qui a contribué à son succès, la série s’ingéniant à trouver une explication à ce qui se révèle être une conjonction d'évènements comme à l'éternelle question « Qui suis-je ?».
Horizon vers qui tous les fils narratifs convergent, l'identité de XIII est un Mc Guffin (1) moderne, ni plus ni moins.
Et c'est la popularité croissante de la série qui précipita son arrêt. Par peur d'une désaffection si le mystère demeurait trop longtemps entretenu. Surtout, l'objet de toutes les attentions s'était reporté sur la possibilité donnée ou non à XIII de lever enfin le voile sur tout son passé. On l'a dit, Van Hamme était plus intéressé dans l'exploration de toutes les pistes narratives possibles que dans la révélation. La renommée acquise étant devenu un carcan à son imagination, et pour éviter de perdre les lecteurs, les derniers albums voyaient leurs intrigues tellement diluées qu'au final elles ne racontaient plus rien. Il était temps d'y mettre un terme.

Donc, à la fin de l'histoire, XIII sait qui il est. Ou plutôt il connaît son véritable nom et sait qui il n'est pas. Autrement dit, il doit se reconstruire en repartant presque de zéro. Une deuxième chance sans pareille que par analogie on peut considérer comme une seconde naissance. D'ailleurs, le major Jones (très belle black et petite amie de notre héros) l'a compris dès le départ, refusant de l'appeler autrement que par le nombre porte bonheur, le fameux XIII.


(1) Un McGuffin est un néologisme hitchcockien. C’est un objet qui ne sert qu’à faire agir l’acteur : la recherche de documents, un verre de lait, tout ce qui fait bouger, réagir, vivre le personnage et qui n’a aucune autre utilité que d’accroître le suspens (éventuellement).
Il déclare à Truffaut : « C’est extrêmement important pour les personnages du film, mais sans aucune importance pour moi, le narrateur. »
Le McGuffin ne veut rien dire, ne représente rien. Le nom même est créé pour faire parler les bavards, et imaginer les plus folles théories. Il a une consonnance écossaise, et pourrait être n’importe quoi, tant que c’est absurde.
Voici comment Hitch raconte l'origine du terme :"Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L'un dit à l'autre : "- Excusez-moi Monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête?
- Oh c'est un McGuffin.
- A quoi cela sert-il?
- Cela sert à piéger les lions dans les montagnes d'Ecosse.
- Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Ecosse.
- Alors il n'y a pas de McGuffin."
Evidemment l'anecdote est surtout faîte pour faire parler les bavards...et pour répondre à ceux qui voulaient une vraie réponse.



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