Après la porte des étoiles, la destruction de New-York par des extraterrestres, un monstre japonais et une mère nature ayant pété un câble, et avoir fait son braveheart de la guerre de sécession, Roland Emmerich revient avec le 1er méga blockuster à se mettre sous la dent en 2008. Avec 10 000, il revisite la préhistoire à sa manière. On était pas venus là pour un documentaire anthropologique et ma foi cela aurait été sans doute plus passionnant que ce piètre spectacle.
L’avantage dans ce genre de concept, c’est que l’on sait assez peu de choses sur ce qu’il s’est passé il y a 10 000 ans (au pire, on s’en fout un peu). Une occasion trop belle de faire n’importe quoi. Et Emmerich ne s’en prive pas.
Outre que nos ancêtres parlent couramment un anglais parfait, ils présentent une pilosité assez contemporaine. Ce qui est quand même un avantage pour la jeune Evolette sensée attirer les regards des hommes des cavernes assis dans la salle. Ah oui, petit détail qui ne revêt pas une importance capitale mais bien capillaire, ce sont tous des rastas.
L’histoire est simplissime, Evollette se fait enlever par des barbares (au look de vikings échappés de Pathfinder !?), et D'leh, jeune guerrier en devenir, va donc aller la délivrer. Accessoirement, il en profitera pour libérer son peuple et les milliers d’esclaves occupés à construire des pyramides à la gloire du méchant despote. Bien sûr, Emmerich n’oubliera pas de célébrer la fraternité entre les diverses peuplades avec moult accolades.
Outre les quelques problèmes relevés plus haut, le film manque cruellement de rythme. Pire, pour un budget aussi énorme, il ne se passe pas grand-chose à l’écran. Sans doute la création des mammouths, ou plutôt manachs comme on les appelle dans le film, par Patrick Tatopoulos et son équipe aura englouti le budget alloué au film entier. D’ailleurs, ces manachs sont les seules choses réussies. Emmerich devait en avoir conscience puisqu’il ne manque pas une occasion de les détailler amoureusement avec sa caméra. Mais le plus triste, c’est qu’au-delà de la défaillance artistique totale de l’entreprise, Emmerich semble avoir perdu sa proverbiale joie de tout faire péter. Difficile vous me direz dans un tel contexte, faut dire que ça manquait d’explosifs à l’époque. D'accord, disons qu'il ne compense même pas en proposant des scènes d’actions sinon mémorables du moins fun et jouissives. Il se contente de les amorcer sans jamais donner suite. Exemple emblématique, lors de la révolte finale. Les esclaves se soulèvent et commence à bastonner leurs gardes. Des combats arthritiques suivis d’un début de mouvement de foule. Mais tout souffle épique est bien vite balayé par un plan large en hauteur montrant les pyramides sur lesquelles s’agitent des fourmis (les hommes) et des souris (les manachs).
A se demander si Emmerich a entendu parler du Seigneur des anneaux ou de Kingdom of heaven. Ou même de ce que l’on appelle la grammaire cinématoraphique.
Mais pire que tout, voilà t’y pas que tout le film est raconté par une voix-off absolument insupportable. Je dis bien raconter car elle se borne à décrire ce qu’il se passe sur l’écran. Affligeant.
On sait bien que dans ce genre d'épopée, la réussite tient pour beaucoup au charisme du représentant des forces du mal. Or, celui censé représenter la menace ultime apparaît assez peu et tant mieux dans un sens puisqu'il est entièrement vêtu de voiles couleurs pastel, le faisant ressembler à une grande prêtresse des folles nuits parisiennes. C'est quoi ce délire ?!
En voyant cette catastrophe artistique (à se demander comment Cédric Délélée de Mad Movies peut défendre ce truc), on en vient à regretter Uwe Boll. Voilà un mec qui fait n’importe quoi (Alone in the dark, Bloodrayne, Postal) mais il le fait avec grandiloquence et panache. Autrement dit, quitte à verser dans le portnawak autant y aller à fond. Parce que là pour le coup, 10 000 aurait pu devenir intéressant. Il est bien fait référence un moment à un peuple venu des étoiles. Certains ont voulu y voir une référence à l'Atlantide, sans doute pour légitimer leur plaisir coupable. Mais c'est immédiatement Stargate qui vient à l'esprit et on se prend à rêver de voir des vaisseaux spatiaux débarquer, histoire de booster tout ça. En vain.
Et le tigre à dents de sabre qui orne l'affiche ? On le voit 45 secondes, dans 2 pauvres malheureuses scènes. Alors qu’il aurait été parfait comme monture ou compagnon du héros. En plus, cela aurait pu faire un hommage sympa à Ka-zar, personnage des comics marvel rattaché à l’univers x-men. Imaginer le s’attaquer aux manachs ou égorgeant à coup de dents. Ben non, on a juste droit à un plan signature repris de Alien 3.
Autre plan cité, celui de Jurassic Park celui où Spielberg fait un gros plan de l'oeil reptilien d'un vélociraptor avant l'attaque. Ok, quand l'homme a débarqué, les dinosaures s'étaient depuis longtemps fait la malle. Mais si ça pouvait relever la soupe, pourquoi pas. Raté, nous avons droit à des espèces de méga-autruches traquant nos héros dans les hautes herbes.
C’est d’ailleurs là qu’il faut chercher le seul intérêt du film. Trouver les diverses influences. Pas très difficile, ça fait passer le temps et au moins on rigole en voyant la manière cheap de les reproduire !
En vrac, Apokalypto, 300, Jurassic Park, Pathfinder, Stargate, etc...
Et non content de citer ses propres films, Emmerich s'autoparodie. Un comble. Ou peut être est-ce la meilleure manière d'appréhender ce truc, un grand rassemblement carnavalesque où les citations et les emprunts n'ont d'autre fonction que de réactiver les souvenirs des spectateurs.
Eh oui, 10 000 n'est qu'une pâle copie friquée du Be kind, rewind de Michel Gondry. Seulement ici, toute poésie plastique a disparu et les versions « suédés » sont à pleurer de honte.
Voilà donc la première grosse arnaque de l'année, un film comme on en fait plus depuis 10 000 ans ! Encore un dommage collatéral de la puérile culture hollywoodienne. Rassurez-vous; l'amour est sauf ainsi que la prophétie puisque notre belle héroïne ressuscite in fine. Zut, je viens de révéler la fin. Bon, vous n'avez donc plus aucune raison d'aller voir cette daube, si tant est qu'il en subsistait une...