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IRON MAN : De grandes espérances

IRON MAN : De grandes espérances

Posté le 23.05.2008 par houseofgeeks
Alors qu’il y a à peine une décennie les adaptations de comics n’existaient qu’à l’état de fantasme de geek, depuis le succès de Blade et plus encore du premier X-Men, pas une année sans ses 2 ou 3 films de super-héros. Une invasion de masse qui, à quelques exceptions près, se sera surtout fait remarquer par un manque d’ampleur et surtout de respect des fans comme des cinéphiles.

Etant la firme de comics la plus populaire, c’est donc le catalogue Marvel qui se voit exploité via des films aussi puérils que lénifiants. Les 4 fantastiques, Ghost Rider, Elektra, X-Men 3 autant de nanars friqués que n’aurait pas reniés Albert Pyun, auteur en 1989 d’une mythique (car désormais invisible) version cheap et ringarde de Captain América. Des films qui auront inexplicablement un certain succès, ouvrant la voie pour d’autres projets.
Enter Iron Man. S’il est loin d’être aussi maîtrisé et définitif que la saga Spider-Man, il rempli sans trop de problème un cahier des charges bien garni en termes d’effets-spéciaux. Livrant une adaptation grand public d’un personnage actuellement au cœur de la tourmente politique et idéologique secouant ses aventures papier, Jon Favreau se montre plutôt inspiré dans les scènes d’action et parvient à capter l’essence du personnage de Tony Stark, concepteur d’arme érotomane et imbu de lui-même.

The Campbell Way
Dans les années 60, Stan Lee et les Kirby, Ditko ou Romita ne s’embarrassaient pas de vraisemblance, de psychologie fouillée ou d’intrigues développées. Pour créer ses héros, Stan Lee livrait les grandes lignes du concept de départ à ses artistes qui devaient s’arranger pour illustrer une histoire un minimum cohérente en 20 pages. Ce que l’on appelle The Marvel way. Ici, l’histoire n’est pas plus compliquée mais il aura fallu pléthore de scénaristes pour l’écrire.
Riche, célèbre, intelligent et donc adulé par les femmes, Anthony Stark fabrique des armes pour l’armée américaine sans autre état d’âme. Jusqu’au jour où, alors qu’il effectue une démonstration en plein désert afghan de ses nouveaux missiles, il se fait enlever par une faction armée. Férus de nouvelles technologies, ils commandent à Stark de leur fabriquer les dits missiles s’il souhaite garder la vie sauve. Déjouant leur surveillance, il arrive tel un Mc Gyver moderne à se fabriquer une armure qui lui permettra de s’échapper. Sorti transfiguré de cette expérience traumatisante, il n’aura de cesse de tenter de se racheter. Première mesure, stopper la manufacture d’armes pour le gouvernement. Deuxièmement, améliorer le prototype d’armure mise au point dans une grotte afin de neutraliser ses armes disséminées partout dans le monde.
Un script plutôt basique donc qui respecte en tous points les préceptes de Joseph Campbell, auteur de « Le héros aux mille visages », ouvrage ayant fortement inspiré un certain George Lucas pour bâtir sa célébrissime saga. Un livre adapté par Christopher Volger qui en fera un mémo donnant les grandes lignes et la marche à suivre pour écrire un scénario quasiment assuré de succès. Et que l’on peut résumer à 3 points essentiels :
Le départ ou l’exil du héros.
L'Initiation, c'est-à-dire une épreuve et une confrontation avec la mort, au moins symbolique du héros
Le Retour du Héros qui le pousse à quitter la quiétude quotidienne, ses rancoeurs égoïstes et lutter au côté des autres dans un but commun, pour ressentir au plus profond de soi le sentiment fabuleux "d'être au monde".
Mais au-delà de ces considérations « philosophiques », Iron Man reste avant tout un pop-corn movie sympathique et pas prétentieux, parsemés de références comics assez discrètes et aux scènes d’action plutôt fun, n’ayons pas peur des mots.

L’homme de fer
Mais l’armure rouge et or ne serait qu’une boîte de conserve collector s’il n’y avait pas un interprète à la hauteur pour incarner le yuppie irresponsable Tony Stark. Et l’idée de génie est d’avoir donné le rôle à Robert Downey Junior, la starlette irresponsable. Ce mec s’est préparé à ce rôle toute sa vie ou presque. Imbuvable, capricieux sur un plateau, il aura poussé le professionnalisme jusqu’à anticiper une séquelle axée sur les problèmes d’alcool de Stark en se mettant en danger lui-même par sa consommation de drogue. Ironie mise à part, Downey Jr est Tony Stark. Il lui donne une présence, voire une prestance assez incroyable et plus que nécessaire quand il s’agit de côtoyer l’immense Jeff Bridges, interprétant Obadiah Stane père adoptif et rival carnassier du héros. Ajoutons à ce mirifique casting une Gwyneth Paltrow transfigurée (sans doute sa teinte rousse qui lui donne des faux airs de Kirsten Dunst en Mary-Jane) dans le rôle de l’assistante personnelle de notre milliardaire. Une sorte de Miss Moneypenny sexuée et qui n’hésite pas à braver le danger pour les beaux yeux de son patron chéri.
Mais la part du lion est bien évidemment taillée par des effets-spéciaux vraiment impressionnants et beaux. Des désigns des armures très proches des versions comics au complexe high-tech qui tient lieu de foyer à Stark, en passant par les séquences de vol de Iron Man, rien à redire. Favreau se permet même des séquences humoristiques pour une fois drôles (les essais infructueux de décollage). Certes, les scènes d’action proprement dite ne sont pas légion, le film s’échinant avant tout a posé les bases pour d’éventuelles suites. Et tout spectacle mainstream qu’il soit, Iron Man a tout de même pour héros un marchand d’armes. Certes, sur le chemin de la rédemption. Et l’air de rien propose un sous-texte plutôt intéressant sur une course à l’armement perpétuelle qui au final pourrait se retourner contre ses instigateurs. Stark ayant le douloureux honneur d’expérimenter son gilet en kevlar lors de l’explosion d’une de ses bombes à fragmentations.
Quant au combat final opposant Stark à Stane, s’il est un vibrant hommage à celui concluant Robocop 2, il lui est techniquement supérieur, les CGI s’avérant plus probant (et moins poétique certes) que l’animation en stop-motion.
Enfin, Favreau conclue son film plutôt inhabituellement. Alors que le moteur de chaque super-héros est de préserver son identité secrète, Tony Stark est tout heureux d’avouer devant un parterre de journalistes qu’il est effectivement Iron Man. Quoi qu’il advienne, ce type est une rock-star. Le personnage n’a pas changé, il a évolué.

Au final, Iron Man est un spectacle divertissant de grande qualité, ne prenant pas ses spectateurs pour des crétins. Ce qui, vous en conviendrez, est déjà pas si mal par les temps qui courent. Mais une seule petite séquence parvient à elle seule à rehausser l’intérêt de cette grosse machine. Une séquence intervenant après le générique et mettant en scène cet homme (voir photo de présentation):
Nick Fury, directeur du S.H.I.E.L.D, agence de sécurité mondiale et totalement indépendante.
Après avoir été dessiné avec la tête de Samuel L. Jackson, juste retour des choses, l’acteur l’incarne enfin. Surtout, il met le feu au poudre en deux phrases évoquant l’existence d’autres super-héros, les vengeurs (sûrement la version Ultimate de Millar et Hitch) et le projet « l’initiative ». Bon, pour s’enflammer faut être amateur de comics récents. Vous avez le temps de vous y mettre d’ici le prochain épisode !...


Retrouvez cette critique et bien d'autres encores sur le site du webzine ciné L'Ouvreuse : http://www.louvreuse.net



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