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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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INDIANA JONES 4 : La guerre des mythes

INDIANA JONES 4 : La guerre des mythes

Publié le 28/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
INDIANA JONES 4 : La guerre des mythes
A entendre et lire les réactions plus que mitigées de la plupart des spectateurs, journalistes ou non, après la projection du Royaume du crâne de cristal, le retour d’Indiana Jones est au mieux décevant, au pire raté. Après une si longue absence (19 ans quand même !), difficile de retrouver la maestria des Aventuriers de l’Arche perdue. Pourtant, les imperfections scénaristiques et esthétiques de ce film déconcertant à plus d’un titre en font sans doute l’opus le plus fascinant et passionnant de la saga.

Le créateur du personnage d’Indiana Jones, c’est George Lucas. Mais c’est bien Spielberg qui en a fait une icône par la grâce de sa réalisation. Une paternité partagée qui s’accommoda plutôt bien de leurs visions respectives de l’archéologue, la trilogie ayant marqué durablement l’imaginaire collectif. Les choses changent. Les deux compères jouissant dorénavant d’une position dominante dans l’industrie hollywoodienne, technologique pour l’un, artistique pour l’autre, le compromis n’est plus de mise. Ce quatrième épisode étant le théâtre d’une véritable lutte d’influence entre les deux moguls. Et à ce petit jeu, c’est Spielberg qui en sort grand vainqueur.

Après la catastrophique reprise en main de John Mc Clane par Fox News l’été dernier, faisant du héros à la bad-ass attitude un réac-conservateur, l’annonce de la reprise en main par Lucas d’une autre idole des années 80 laissait présager du pire. Refusant et réécrivant le scénario de Frank Darabont pourtant approuvé par Spielberg et Ford, le pire était à craindre. Autrement dit, le syndrome de la prélogie Star Wars menaçait de frapper d’inanité le retour du héros au chapeau et au fouet.
Un Darabont non crédité, lui qui est pourtant associée à la mythologie Indiana Jones puisqu’il écrivit 6 épisodes de la série racontant les aventures du jeune Indiana Jones. A noter qu’un épisode, jamais produit, de la 3ème saison devait être basé sur une idée de Lucas et ayant pour thème des crânes de cristal. Encore une fois, rien ne se perd avec tonton George.

Les aventuriers de l’Arche perdue dans le rétro…
Et cela débute par une première séquence annonçant un changement fondamental, la célèbre montagne de la Paramount ouvrant habituellement chaque film se muant en monticule de terre d’où surgit un chien de prairie numérique. Aussi laid qu’inquiétant pour la suite, ce plan sera constamment invalidé formellement par un Spielberg en pleine forme bien que figurant le remaniement profond opéré à la mythologie de la saga.
Autrement dit, Indiana Jones est le même que dans nos souvenirs mais aussi différent.
A ce titre, le retour du héros est magistral. Après avoir évacué les ados parasites de American graffiti (film de Lucas) dès la séquence inaugurale, Spielberg signifie que les choses ont changé en montrant une intrusion violente dans une base secrète américaine par un convoi de soldats russe. La menace est présente sur le sol yankee et viendra extirper Indiana Jones de sa retraite. Notre héros étant extrait manu-militari du coffre d’une voiture. Pour l’instant cadré de dos et en plongée, Spielberg convoquera majestueusement le célèbre aventurier en quelques plans - un chapeau au sol, une main qui s’en saisit, une ombre qui l’ajuste sur la tête – celui-ci daignant se retourner enfin à l’aboiement de son nom. Indiana Jones désormais incarné dans toute sa splendeur.
Une entrée qui rappelle celle de Snake Plisken dans Los Angeles 2013, le personnage, à l’époque absent des écrans depuis 16 ans, étant lui aussi ramené brutalement dans la fiction par son créateur, John Carpenter..
Par la suite et dès l’arrivée des bad-guys du film, des russes menés par la capitaine Spalkow (impériale Cate Blanchett), Spielberg s’ingéniera à retrouver le souffle des aventuriers de l’Arche perdue. Le hangar entraperçu à la fin du 1er épisode étant le point de départ d’une action toujours aussi épique et grandiloquente, où les capacités physiques (bien qu’amoindries par l’âge) autant qu’intellectuelles préserveront notre héros.
Mais le personnage a changé. Vieilli même comme se plaît à le rappeler Mutt Williams (Shia LaBeouf, étonnant), le traitant de « grand-père » à maintes reprises. Indy malgré ses états de services sera mis à l’épreuve autant physiquement (les nombreuse manadales qu’il reçoit, chute à moto,etc…) que verbalement. Par Mutt donc mais également par deux agents du F.BI le soupçonnant d’activités anti-américaine.Celui-ci personnifiant idéalement l’audience actuelle, dubitative face à ce prof ne faisant plus fantasmer ses élèves depuis longtemps. Spielberg teste donc la capacité d’adaptation de son personnage à un contexte aussi particulier que les années 50. Finies les immuables années 30 et à la légèreté des sérials. Indy fait maintenant face à un monde travaillé par la peur de l’Autre (communiste) et de l’atome. Dans un monde où règnent la paranoïa et le maccarthysme, Indiana Jones apparaît partiellement inadapté.
Tout le film soulignera d’ailleurs son changement de statut, passant du rôle d’acteur à celui d’observateur des évènements historiques. Ce que deux plans figurent magistralement. Indy face à la bombe et face à l’envol d’un engin spatial. Cette dernière image du climax, à la fois choquante et fascinante fait figure à elle seule de lien entre deux versants de la cinématographie de Spielberg, une quête de spiritualité incarnée par l’aventurier et la possibilité d’un enseignement supérieur prodigué par l’Autre.
Deux images aussi incongrues que belles où la composition des cadres voyant un Indy miniaturisé au premier plan renvoie à ces couvertures de comics ou de pulps pullulant dans les fifties.
Ces deux séquences sont également l’occasion pour Spielberg d’opposer l’évolution de deux conceptions bien différentes de la famille. Celle idéale représentée par les mannequins de ce village-test malsain et détruite par l’explosion atomique, répondant à celle recomposée de la famille Jones après le décollage du vaisseau.
Une prise de risque permanente traduit le désir de retrouver un ton délicieusement rétro et adapté à son héros. A ce titre, certains effets-spéciaux paraissant approximatifs sont parfaitement raccord avec l’impression visuelle des épisodes précédents.
Mais l’évolution du héros sera marquée par la réalisation de Spielberg, retrouvant un classicisme devenu désuet à l’heure actuelle et pourtant indispensable dès qu’il s’agit d’installer durablement intrigues et caractères. Cadres élargis, retour du hors-champ et plan durant plus d’un dixième de seconde, soit le retour à une réalisation dite classique que l’on a déjà pu apprécier en mars dernier avec The mist de Frank Darabont (tiens, tiens).

Si les morceaux de bravoure abondent (la poursuite anthologique dans la jungle amazonienne), comme l’humour (savoureuses retrouvailles avec Marion Ravenwood), ce qui sous-tend tout le film est moins la course à l’armement ultime que la quête du Savoir.
Une quête du Savoir, qu’il soit scientifique, cinématographique ou archéologique qui a toujours été le moteur de la saga et plus encore de ce film. Au contraire d’un Benjamin Gates pour qui seule importe la reconnaissance (cf le livre des secrets).Une différence fondamentale, comme l’est celle entre un Savoir relatif, acquis par la recherche, l’enseignement et un Savoir absolu, convoité pour sa puissance intrinsèque. L’un est émancipateur, l’autre destructeur. Une philosophie présente depuis L’Arche perdue et qui ici prend une dimension extrême avec une race extra-terrestres pourvoyeuse des connaissances responsables de l’évolution humaine. Une thématique et un look des E.T semblables à ceux mis en scène par De Palma dans son Mission to Mars.
Et pour bien souligner que ce qui intéresse véritablement Spielberg chez son aventurier est sa soif constante de connaissances, il livre le film sans doute le plus ludique de la saga voire de la carrière de Spielberg, celui-ci jouant avec le savoir des spectateurs.
Des références d’abord historiques (guerre froide) puis mythologiques (incident de Roswell). A celles se rapportant aux épisodes précédents, aux romans dérivés et à la série Young Indiana et ancrant le film dans une continuité chère à Lucas, Spielberg préfère se référer à des classiques de la S.F estampillés fifties. Them ! (attaque de fourmis géantes), Quand les soucoupes attaquent la ville, L’invasion des profanateurs de sépulture (au détour du monologue de Spalkow sur le contrôle de la psyché américaine par le biais de la pensée unique), autant de rappels réactivant les connaissances des spectateurs, enrichissant aussi bien la réalité diégétique que les émotions véhiculées. Soit une démarche similaire à celle de Tarantino.
Donc, malgré le parasitage de Lucas, les nombreuses bestioles numériques en étant la démonstration la plus éloquente, Spielberg parvient à rester maître du personnage qu’il a contribué à façonner. Mieux, il retourne en sa faveur les éléments imposés par le scénario réécrit par son ami pour nourrir sa propre vision et réflexion sur l’homme au fouet.

…les aventures de Tintin dans le viseur.
Tandis que l’annonce de l’adaptation de Tintin par Peter Jackson et Spielberg a déjà fait 3 fois le tour d’internet, en revanche peu savent que l’intérêt du golden-boy pour notre reporter à la houpe n’est pas seulement consécutif aux possibilités offertes par la « performance capture », mais date déjà de 1983. Et si le projet d’une adaptation live officielle fut avortée (question de droits), Spielberg en tourne une version officieuse avec le tant décrié par les fans Indiana Jones et le temple maudit. Et oui, Spielberg s’est amusé à détourner des cases entières de plusieurs albums. Demi-lune étant une référence plus qu’explicite du personnage de Tchang dans Le lotus bleu, certaines scènes dans la jungle et le palais du maradjah rappelant étrangement l’album Les cigares du pharaon.
Outre les références à l’album Vol 714 pour Sydney, le royaume du crâne de cristal est une forme de préparation au futur.
Alors que Lucas tente d’imposer sa vision mercantile du cinéma à la saga, le personnage de Mutt Jones étant appelé à prendre la relève. Il est d'ailleurs désormais celui qui provoque les évènements et en l'occurrence la fuite des héros du camp des russes lorsqu'il balance d'un grand coup de pied la table sur laquelle Indy ET Spalkow étudiait une carte. A partir de cet instant notre célèbre aventurier restera plus ou moins en retrait laissant le soin à Mutt de montrer ce dont il est capable. Ainsi, Spielberg en profite pour prendre un coup d’avance (comme souvent) et tester auprès d’une large audience les possibilités d’action et le charisme d’un personnage dans la même tranche d’âge que Tintin. Soit peu ou proue ce que Peter Jackson justement avait fait avec Fantômes contre fantômes, expérimentant certains motifs qu’il reprendrait dans sa trilogie de l’anneau.

Donnant l’impression de concéder du terrain à son envahissant ami, Spielberg s’affirme bien plus subversif qu’attendu. La dernière séquence est à ce titre éloquente. Alors que Mutt récupère le chapeau emblématique à terre, prêt à le mettre, Indy lui ôte des mains in extremis. Une scène savoureuse à la double signification. Le jeune Jones devra se construire sa propre personnalité, tandis que le protégé de Lucas n’est pas encore prêt à prendre la suite. Le tout affirmé avec de grands sourires.
Parvenu à s’approprier ce gamin impétueux, Spielberg affirme ainsi que le passage de relais ne se fera pas sans son consentement.


Retrouvez une critique de INDIANA JONES et le royaume du crâne de cristal ainsi qu'un dossier ultra pertinent et complet dans le n°13 de le revue VERSUS, à paraître début juillet (pour la commander, hop direction : http://www.versusmag.fr)



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