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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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LA ZONA : la cité de la peur

LA ZONA : la cité de la peur

Posté le 28/06/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Suivant l’adage, pour vivre heureux il faut vivre caché. Un concept que le film de Rodrigo Pla, La zona pousse très loin puisqu’il émet l’hypothèse d’un enfermement constitutif de bonheur. Pas sûr pourtant que le film plaise aux tenants d’une politique ultra-sécuritaire.

La zona est l’adaptation d’un des textes contenus dans le recueil de 9 contes écrit par Laura Santullo (la femme du réalisateur), « De l’autre côté ». Comme l’explique le réalisateur, « l’histoire est née, effectivement, d’une préoccupation liée à la situation actuelle du Mexique mais aussi à la polarisation sociale qui s’aggrave dans le monde entier ». Et qui engendre de nouveaux fléaux.
La corruption, l’insécurité, la pauvreté, les inégalités sociales ont poussés les résidents de cette « zona » à se retrancher. Un regroupement de pavillons construits à l’écart sur les hauteurs de la ville de Mexico et enclavés à l’intérieur d’un gigantesque mur d’enceinte.
Une zone semblable à ces résidences privées fleurissant dans les beaux-quartiers des mégalopoles mondiales. Or, ici, la frontière séparant les deux mondes (plèbe/nantis) n’est plus symbolique mais bien physique.
Objet de tous les fantasmes et envies pour la population pauvre vivant en dehors, ce havre de paix idyllique et parfait s’avère un vrai cauchemar pour ceux qui y ont pénétré sans y être invité comme pour ceux ayant encore quelques idéaux humanistes.
Profitant de la brèche créée par l’effondrement d’un panneau publicitaire lors d’une nuit d’orage, 3 jeunes défavorisés s'introduisent dans l’enceinte. Par curiosité mais bien plus par nécessité vitale, profitant de l’aubaine pour s’emparer de quelques bijoux ou argent. Malheureusement, le lieu est infesté d’adeptes de l’autodéfense, soit des Charles Bronson version petite bourgeoisie. Paradoxalement, en voulant les isoler de l’insécurité et de la violence environnante, le mur engendrera une paranoïa qui les contraindra à user d’une violence pour eux légitime.


Evidemment, l’équipée se termine dans le sang et le troisième larron, seul rescapé de la tuerie, n’a d’autre choix que de se planquer et tenter de repasser le mur s’il veut échapper au lynchage. Seul espoir de Miguel, l’inspecteur de police prévenu par sa copine, bien décidé à faire payer ces privilégiés.

Une brève histoire hors du temps
Du conte, Rodrigo Pla en conserve l’universalité en ne donnant aucun repère temporel. Cela pourrait très bien se passer 10 ou 20 ans dans le futur comme il y a 3 semaines. Une intemporalité renforcée par le choix de Pla de représenter un environnement pavillonnaire indéfini où toutes les maisons et les rues se ressemblent et ressemblent à leurs cousines étasuniennes. Soit un véritable cauchemar banlieusard et aseptisé. Une manière de fustiger ce modèle américain pourvoyeur d’inégalités sociales.
De fait, l’action pourrait aussi bien se dérouler à Pittsburgh. Ville natale de Romero et dont La zona partage avec son Land of the dead le découpage urbain. Pour schématiser, les riches dans les hauteurs, le peuple dans la fosse. Une démarcation ici, plus horizontale que verticale mais dans les deux cas la même disparition des classes moyennes.
Avec ce quartier résidentiel de haute sécurité, on se croirait revenu dans un certain village télévisuel habité par des numéros...
De cette absence d’identité urbaine naît un malaise que la réalisation de Pla va s’efforcer de renforcer et diffuser. Une uniformité architecturale qui pèse et reflète une pensée unique à l’œuvre dans ce microcosme. Un environnement particulièrement imposant comme l’illustre les nombreux plans larges où les personnages comme les véhicules paraissent perdus mais plus sûrement écrasés par ce décor sans âme.


Dans ce lieu pratiquement hors du temps et de l’espace (puisqu’isolé du reste de la ville), une communauté tente de créer un cadre adapté à leur vision idéale et forcément biaisée d’un environnement propice à l’épanouissement, soit un choix de vie similaire à la communauté du Village de Shyamalan. Mais cette existence en vase-clos favorisera plus certainement la reproduction de comportements néfastes. Ainsi, tandis que Miguel se cache dans la cave d’Alejandro, seul ado à l’endoctrinement incomplet, la traque s’organise. Du côté des adultes, comme du côté des plus jeunes, impatients de participer eux aussi à la préservation de leur monde. Une chasse mûe seulement par la peur de l’Autre. Et plutôt que de basculer à ce moment précis dans un survival-like ou un remake des chasses du comte Zaroff, Pla conserve à son film son unité narrative pour confronter plus sûrement ces enfants à ce mimétisme destructeur. En effet, ils sont pris sous le feu nourri des adultes ignorant tout de leur expédition. D’abord invisibles et inconnus, les agresseurs s’avèrent être les leurs. Une manière de figurer, comme Florent-Emilio Siri au début de L’ennemi intime que l’adversaire avant d’être un Autre est d’abord soi-même.

Dark city
La zona est un film sombre, très sombre même. Que se soit par les thèmes abordés ou la photo sans effets de lumière de Emiliano Villanueva, rendant ce lieu encore plus menaçant.
Et dans cet univers concentrationnaire, ce que les habitants gagnent en sécurité, ils le perdent en intimité. Voir ces caméras de vidéo-surveillance omniprésentes. A tel point que l’action sera par moments vue au travers, accentuant notre malaise d’assister à un drame inéluctable que l’on ne pourra empêcher puisque déjà enregistré.
Ce qui ne lasse de surprendre est le propos sans concession de Pla, qui pour un premier long ne joue pas vraiment la facilité., ne donnant aucune prise à un discours moralisateur ou un genre bien défini. A la fois film d’anticipation, de politique-fiction mêlant une intrigue à suspense, s’appuyant sur des codes établis pour mieux les soumettre à une vision désenchantée de la nature humaine. En somme, ce qu’énonçait déjà le sublime Les fils de l’homme d’Alfonso Cuaron (autre réalisateur latino, mexicain pour sa part).
Et dans les deux cas, l’identification au « héros » sera d’autant plus forte qu’il évoluera à mesure de la fiction. Alejandro et Théo (Chris Owen) seront d’abord happés par le déchaînement des évènements avant de reprendre leur destinée en main et proposer enfin un contre-point porteur d’espoir.
Car dans la zona, les motivations du flic obsédé par la chute de cette élite ne sont aucunement justifiées par une soif de justice. Seuls le ressentiment et les humiliations subies le porteront Chacun a sa part d’ombre, lui peut être plus encore. Il se montrera incapable de lutter contre la corruption (ou « l’investissement dans notre organisation » comme se plaît à dire un des membres de la zona) gangrenant les moindres relations. Cette impuissance insupportable, il la fera lourdement payer à la mère de Miguel, comme plus tard à sa petite amie, dans une scène saisissante de brutalité. Quand même la police se retourne contre les opprimés qu’elle est censée défendre, vous êtes plutôt mal embarqué.

Il n’y aurait donc personne pour s’ériger contre le totalitarisme régissant la vie de cette zone ? Bien sûr que non, mais les quelques réfractaires siégeant au conseil de sécurité seront explicitement dissuadés de faire des vagues. Démissionner revenant à cesser de lutter pour des valeurs humanistes.
Et pour marquer un peu plus la noirceur de son propos, Pla fera des personnages féminins, habituellement porteurs de raison, des figures encore plus dures et féroces que les hommes.
Cette progression dans l’horreur fascisante connaîtra une conclusion d’autant plus violente que le groupe entier se déchaînera dans une explosion de violence, toujours hors-champ et pourtant insoutenable et dérangeante, la caméra s’attardant sur les visages déformés par la haine et la frustration.

Traversant ce récit comme dans un état second, salement secoué par la remise en cause des fondements de son existence, Alejandro parviendra in fine à s’extirper de ce cauchemar, de cette zone où tout ce qui n’est pas conforme, donc étranger, fini aux ordures. Images glaçantes que ces cadavres des jeunes intrus dans des sacs poubelles, sorte de body-bag de fortune.
Débutant à l’intérieur de la zona, le film se conclue à l’extèrieur, Alejandro redonnant un peu de dignité à celui qu’il avait appris à connaître, celui qu’il aurait pu être s’il était né du bon côté de la barrière.

Retrouvez cette critique et bien d'autres sur le site de L'Ouvreuse : http://www.louvreuse.net



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