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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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Fin du conte de fée : LE ROYAUME

Fin du conte de fée : LE ROYAUME

Posté le 04/08/2008 à 12:00 par houseofgeeks
S’il avait fallu attendre plus d’une décennie pour voir des films éminemment réflexif et pertinents sur le conflit vietnamien, les années 2000 semblent générer un temps de maturation beaucoup plus court. Une décennie de la vitesse accélérée où tout concourt à donner un rythme frénétique à l’existence - déplacements, consommation, téléchargements, tout est plus rapide. Il n’est qu’à voir les films prenant pour sujet la politique étrangère étasunienne, et plus prosaïquement les deux conflits en Irak, qui se sont régulièrement succédés. Dernièrement, le rythme s’est notablement accéléré entre la fin d’année 2007 et le 1er trimestre 2008 puisque ont débarqué une kyrielle de films sur ce sujet brûlant. Lions et agneaux , Dans la vallée d’Elah , Battle for Haditha , Redacted. S’il ne prend pas directement pour cadre le conflit irakien, Le royaume en explore les fondements, déroulant des relations américano-arabes plutôt tendues.
Un film pour le moins exceptionnel car venant du réalisateur de Welcome to the jungle, difficile de présager une telle intelligence dans l’exécution. Un traitement sans nul doute dû à Michael Mann intervenant ici à titre de producteur. Au-delà de la légitimité qu’apporte un tel nom, l’influence du maître à filmer est palpable. Notamment dans cette volonté de confronter chaque protagoniste à ses certitudes et ses doutes. Si l’on reste assez éloigné de la finesse psychologique de Heat ou Révélations, sous ses airs d’actioner bas du front, Le Royaume se révèle moins caricatural et plus subtil qu’énoncé lors de sa sortie.

Petit rappel de l’intrigue. Une équipe d'agents du FBI emmenée par Jamie Foxx enquête sur un attentat à la bombe ayant tués des ressortissants américains sur le sol saoudien, dont deux agents. Et pour cela ils doivent se rendre sur place, ce qui vu les relations entre les deux pays n'est pas gagné d'avance. Ils ont beau être américains, ils vont devoir se plier à certaines concessions diplomatiques. Désormais, la résolution ne passera pas exclusivement par l’action mais aussi et d’abord par la persuasion et la négociation.



Les experts : Riyad
Le ton est donné dès le générique, énonçant clairement et précisément la situation géopolitique unissant ces deux pays. Soit des relations entièrement consolidées autour d’intérêts pétroliers.
Ensuite, l'attentat (en deux temps) en question est proprement ahurissant de réalisme. La réalisation, le montage, l'intensité et la violence font de ces premières séquences des modèles du genre.
Evidemment, l’enjeu sera de retrouver et punir les coupables. Une intrigue classique et sans surprise. A priori.
Seulement voilà, avant de tout faire péter, il va falloir convaincre les plus hautes autorités de l’Etat de l’utilité de cette enquête. Pas d’action clandestine, tout se fera au grand jour et principalement sur un terrain diplomatique.
Et parce que les relations diplomatiques sont au point mort, et du fait de cet attentat aussi meurtrier qu'impressionnant, un climat de tension permanente règne. Ce qui n’empêche pas Fleury et son équipe de se montrer condescendant avec les locaux, de démontrer qu’ils sont meilleurs que les arabes pour mener une enquête, qu'ils veulent le bien de tous, etc. Mais avant de jouer "les experts" en vadrouille au Proche-Orient, nos agents vont devoir composer avec des protocoles pour le moins restrictifs. Et gagner la confiance de leur homologue saoudien, le colonel Al Gahzi, qui avoue ne rêver que de tuer les responsables. Une attitude quelque peu réactionnaire pour quelqu’un qui apparaît comme un "libertaire frustré" par le système militaire. Et première saillie dans les stéréotypes que le film mettra à mal.
C’est d’ailleurs l’une de ses grandes forces, utiliser nombre de poncifs du genre pour mieux les exploser par la suite. Comme ces personnages archétypaux qui semblent véhiculer de prime abord une pensée et une vision colonialiste du monde particulièrement nauséabonde. Une imagerie agrémentée par ce plan large nous présentant la fine équipe alignée, encadrée par les militaires mais au centre de l’image, avançant d’un pas déterminé au milieu des autochtones anonymes. Une image que le film se bornera sans cesse à briser.
De même, Le Royaume n'appuie pas lourdement sur les ressentiments et la tristesse légitimes de certains des protagonistes, et en présentent d'autres sous des côtés finalement plus sombres que prévus. Ainsi, l'aspect émotionnel lié au drame personnel vécu par le personnage de Jennifer Garner est traité de manière extrêmement pudique, ne versant jamais dans le pathos à outrance et déplacé.
Autre changement notable, Berg nous montre les conséquences de cet attentat du côté saoudien et la détermination du colonel Al Ghazi à retrouver les coupables. Autant pour préserver des relations fragiles que par rejet de tout fanatisme, qu’il soit institutionnel (l’armée) ou religieux.



Une fraternisation impossible ?
Les interactions sont envisagées sous un angle moins simpliste qu’à l’accoutumée et dont le mérite est d’assujettir l’action. Les tractations diplomatiques et le travail d'enquête semblent donc remplacer toute frénésie libératrice jusqu’à ce que le convoi ramenant les américains à l’aéroport soit attaqué et un des leurs enlevé. Dès lors, on passe à un autre registre narratif qui sera illustré par une réalisation plus hachée. Caméra à l’épaule, cadres resserrés, montage de plus en plus fractionné. Un dispositif idéal pour une immersion totale. Et offrant ainsi 30 dernières minutes remarquables, une plongée directe en pleine guérilla urbaine où la topographie des lieux et les tireurs embusqués rendent la situation encore plus anxiogène. L’alternance des plans de l’otage, dont le sacrifice est prêt à être filmé et vu par le monde entier, avec ceux montrant ses coéquipiers aux prises avec les terroristes afin de le libérer, dilate le temps « réel » et favorise ainsi une tension allant crescendo. Loin d’avoir la maîtrise spatiale de Mc Tiernan, Berg parvient pourtant à créer un environnement délétère et menaçant et des scènes d’action efficaces et prenantes.
Refusant le « tout-action » comme toute simplification des enjeux - tuer les « méchants » ne résoudra rien au final - ou un retour à un status-quo sécurisant, Le Royaume montre à quel point chacun est convaincu que l’autre ne rêve que de le détruire.
Pourtant, la fraternisation est possible comme le démontre Fleury et son homologue saoudien. Malheureusement, cet espoir sera bien vite liquidé (au sens figuré comme au sens propre !), dans un final aussi spectaculaire que tétanisant. Le plus déchirant étant que cet anéantissement viendra de la main d’une fillette.

Le Royaume intègre donc un contexte international où l’interventionnisme et le droit d’ingérence se doivent d’être plus mesurés. Mais la situation, la fiction, ont-elles bien changées ? Le temps des gendarmes du monde bodybuildés est certes révolu mais nos agents (dont une femme) restent sévèrement burnés et bien décidés à ne pas se laisser emmerder, que se soit par leur administration ou un prince saoudien.
Si Le Royaume semble aussi porté sur la bipolarité de relations pour le moins ambiguës entre les états-unis et l'arabie saoudite c'est qu'il est le reflet d'une vision manichéenne véhiculée et acceptée par nombre d'américains, quand bien même, de rapports en révélations, la situation réelle est plus complexe. Surtout, le film a ceci de remarquable que parmi la ribambelle de pellicules prenant pour cadre l’après11 septembre, il est le premier à donner forme à ce désir de revanche consécutif à l’effondrement des tours jumelles. Mais pas question de défoulement cathartique. Au contraire, Le Royaume dé-réalise le fantasme ultime des faucons de Bush Jr qui tentent de nous vendre un choc des civilisations qui n'a pas lieu d'être.
Malgré toute la meilleure volonté du monde, il demeure un mur d'incompréhension culturel qui engendre une violence aveugle ou fanatique. Différentes causes, mêmes maux.
"on les tuera tous." ? Ok, mais après ? Une impasse idéologique dans laquelle Berg n’hésite pas à envoyer ses personnages.
Loin d’être un film aux relents nauséabond et aux scènes d’action jouissives et décérébrées, Le Royaume ose énoncer un constat d’échec dans la lutte contre le terrorisme et saisit in fine une posture post-11 septembre beaucoup moins altruiste.
Un film à ne pas négliger et à (re)découvrir dans votre salon..



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