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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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Breaking News : L'analyse

Breaking News : L'analyse

Publié le 20/09/2008 à 12:00 par houseofgeeks
Breaking News : L'analyse
Après Spielberg, McTiernan, Siri, Carpenter, c'est au tour de Johnnie To d'être touché par le syndrome du « si simple, si évident » qui empêche toute analyse poussée de leur œuvre. C'est ainsi que Breaking News se voit considéré au mieux comme un simple produit commercial qui a du style.

Vous me direz, c’est déjà pas si mal. Cependant, le travail de mise en scène est trop souvent occulté derrière l’apparente facilité qui se dégage des films de tous ces grands auteurs. Sans doute est-ce la marque la plus apparente de leur génie qui consiste à faire oublier la complexité de leur scénographie. Mais lorsqu’on écrit sur le cinéma, on a tout simplement pas le droit de se borner à une réflexion superficielle.

Afin de financer des projets plus personnels, Johnnie To se fend régulièrement d’œuvres plus commerciales capables de mobiliser les foules. Les petits rigolos du fond sont priés de ne pas remplacer « Johnnie To » par « Luc Besson ». Si grammaticalement la formulation est correcte, cinématographiquement ça n’a plus aucun sens !
Breaking News fait donc à priori partie de cette deuxième catégorie. Rien d’infâmant là dedans. Ce qui laisse perplexe certains de voir ce film sélectionné en 2004 au festival de Cannes. Après sa découverte par l’occident en 1999 avec The Mission, To obtient là une forme de reconnaissance de son immense talent. Malgré tout, le film reste hors compétition officielle, son statut de simple polar d’action devenant rédhibitoire dès lors que le travail de mise en scène de To est envisagé. Et pourtant…
Avec Breaking News et au-delà de scènes d’action magistrales (Ah, ce plan séquence inaugural !), d’un discours assez convenu sur les médias, une fois encore Johnnie To se fend d’une putain de leçon de cinéma ! Faisant du mogul hongkongais un autre éminent représentant de ce « cinéma du milieu », ce cinéma alliant succès public et projet de mise en scène où l’un se nourrit de l’autre et inversement.

Film d’auteur commercial
Mais avant de revenir sur le fameux plan séquence, rappelons brièvement l’histoire (Note du Rédacteur : dommage que l’on ne soit pas payé au caractère ! Note de L’Ouvreuse : dommage que vous ne soyez pas payé du tout !!-).
Suite à une fusillade entre forces de l’ordre et gangsters filmée par une équipe de télé présente par hasard sur les lieux, la police apparaît aux yeux de l’opinion publique lâche et incapable. Afin de redorer son blason, une opération est menée afin de débusquer les malfaiteurs le tout filmé par les policiers munis de caméras. Rebecca, jeune lieutenante en charge du dispositif, semble maîtriser les sources visuelles d’entrée et de sortie puisque le montage des images sera effectué à l’attention des médias par une équipe de spécialistes (attachée de presse/réalisateur/compositeur). Jusqu’à ce que les bandits répliquent en filmant et diffusant via le net leurs propres images…

Pensé avant tout comme un film commercial, l’emploi de Richie Jen, star de la chanson locale en est une preuve, To ne peut s'empêcher d'y poursuivre ses expérimentations.
Ainsi le film s’ouvre sur un plan séquence de près de huit minutes. Avec très peu de dialogues mais une grande maîtrise spatiale, To nous présente les deux factions antagonistes, les gangsters se préparant pour une opération et les policiers en planque chargés de les appréhender. Bien vite, une fusillade s’enclenche et la caméra va littéralement nous la faire vivre de l’intérieur, virevoltant d’un bout à l’autre du cadre tout en conservant un temps d’avance sur l’action.
Oui, vous l’avez sans doute lu, entendu, pensé vous-même, cette première séquence est impressionnante et géniale de par sa composition et ses mouvements. Or, plus qu’une simple réussite formelle, ce plan-séquence illustre la note d’intention du cinéaste.
Sa caméra placée au cœur de l’action passera indifféremment d'un camp à l'autre et, à aucun moment, ne sera prise de tremblements. L’absence de décadrage et de coupe dénotant d’une totale compréhension et maîtrise de son art, au contraire du montage heurté et manipulateur de Rebecca, la jeune flic chargée de coordonner les opérations sur le terrain.
To va ainsi constamment confronter sa mise en scène au montage médiatique opéré par Rebecca. Chaque scène tournée par le réalisateur se voyant reformulée en une version tronquée. Une passe d'arme visuelle qui atteindra son point d'orgue lorsque Rebecca montre lors d'une conférence de presse improvisée un visage déterminé d'abord cadré par la caméra, puis enserré dans un écran de télévision, lui même cadré par la caméra.
Cette subtile mise en abyme aura échappée à bon nombre, préférant se focaliser sur le discours critique, mais bien plus ironique, sur la manipulation des images. Un « great show » orchestré de main de maître par Johnnie To.




Crise d'identité
Pourtant, ce film sera considéré par beaucoup comme mineur. Certes, les séquences d'action dans les coursives de l'immeuble demeurent esthétiquement saluées et parviennent à instaurer une certaine tension mais l'audience oppose comme grief un manque d'audace narrative et thématique. Une critique empêtrée dans une grille de lecture conventionnelle du film d'action hongkongais dont Johnnie To reproduit ici les codes (et les tics ?) pour mieux servir son véritable propos : une leçon de cinéma assenée au protagoniste tentant de prendre en charge la réalisation.
Une attitude compréhensible si l'on considère que Breaking News est sorti après le délirant Running on Karma (2003) où Johnnie To et son compère Waï Ka-Faï expérimentaient de manière plus démonstrative les ruptures de ton et le mélange des genres dans ce récit où un moine bouddhiste bodybuildé (Andy Lau) tentait de sauver une jeune policière de son mauvais Karma.
Or Breaking News ne se montre pas moins audacieux même s’il le fait de manière plus discrète.
L'ouverture du film n'est pas seulement grandiose, elle définit par l'image l’opposition gangsters/flics de prime abord évidente mais qui se perçoit ici dans le mouvement. Les premiers sont calmes, tirent à découvert quand les seconds se mettent à l’abri pour riposter. Et si les bandits se sentent aussi en sécurité, c’est parce qu’ils bénéficient de la mise en scène de To. Protégés au sein d’une réalisation fluide, ils seront mis en danger par le montage télé.
Suprême ironie, les gangsters s’échappent du cadre à la fin de ce plan-séquence en prenant possession d’un camion de flics. To énonçant en huit petites minutes que chaque position peut se substituer à une autre. Soit que tout est une question de point de vue.


Utilisant le biais de sa réalisation, To va également s’amuser avec Rebecca par l’entremise des autres protagonistes eux-mêmes. Plus qu’une leçon de cinéma, il va lui donner une leçon de vie.
La jeune lieutenante apparaît ainsi intransigeante, déterminée voire obtuse et voulant tout maîtriser, ses sentiments comme ses actions. En éternel joueur, To va constamment brouiller la perception que nous avons de l’action (les split-screens montrant des actions parallèles) et des personnages, ceux-ci pouvant être interchangeables. L'inspecteur Cheung (Nick Cheung) et Yuen (Richie Jen), le leader du gang développant une certaine ressemblance physique et une même détermination à accomplir chacun leur mission. De même, Yuen s’avère très proche du tueur à gage rencontré fortuitement dans cet immeuble pris d’assaut : même passion pour la cuisine, même charisme. De sorte, que leur amitié naissante leur fera dire que l’un pourrait faire le « boulot » de l’autre. Un brouillage identitaire que To oppose au brouillage médiatique que tente d’imposer Rebecca. Celle-ci se retrouvera désarçonnée face à des proies passant brusquement de 4 à 6, l’entrée dans le jeu de Yip (Lam Suet) et de ses deux enfants, l’inspecteur Cheung qui n’en fait qu’à sa tête, Yuen qui parasite l'action de Rebecca en exploitant lui aussi les images et la séduction qui s’opère entre eux deux. Sa capacité de réaction étant puissamment testée par Johnnie To toujours aussi à l’aise dans le mélange des genres. Ce dernier parsemant son polar de scènes d’action, intimistes ou humoristiques sans que cela nuise au rythme et à la narration, bien au contraire.


Si tout le monde s’est appesanti sur le plan-séquence introduisant le film, peu auront remarqué celui qui vient presque le conclure. Ce deuxième plan séquence intervient lorsque Rebecca et Yuen sont dans le bus, poursuivis par l’inspecteur Cheung sur une moto. Une séquence où se développera à la fois l’humour (une moto dont le bruit du moteur associé à son éloignement dans le cadre la fera apparaître comme une mouche tenace), l’intime (les deux personnages discutant à mots couverts de leurs relations amoureuses) et l’action (Yuen et Cheung échangeant des coups de feu), en une parfaite synthèse de tout ce qui aura précédé.
Mais plus important, ces deux plans placés en début et fin de métrage montrent que To encadre la réalisation de Rebecca. Signe que la mise en scène de cinéma maîtrise celle du montage télé.
Et si au final les policiers prennent physiquement le dessus, la conclusion laissera Rebecca dubitative. Incapable de comprendre les véritables intentions et motivations des gangsters. Donc de Johnnie To qui s’est clairement identifié à eux.

Avec Breaking News, Johnnie To livre plus qu’un polar ludique et rythmé, il signe un fantastique exercice de style entièrement voué au plaisir du public et dont la simplicité apparente n’a d’égale que la prise de risque permanente. Brillant, inventif, virtuose et passionnant…va falloir l’écrire combien de temps encore pour que l’on s’intéresse vraiment à ce réalisateur tant analytiquement qu’en diffusant plus largement ses œuvres ?

Et comme toujours, direction L'OUVREUSE (http://www.louvreuse.net) pour retrouver cet article avec plus de photos et bien d'autres choses intéressantes !



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