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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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20.08.2007
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VINYAN

VINYAN

Publié le 15/10/2008 à 12:00 par houseofgeeks
VINYAN
En thaïlandais, Vinyan signifie fantôme. Pourtant pas l’ombre d’un fantôme asiatique traditionnel représenté par une petite fille aux cheveux longs et sales. Mais un éblouissant et intense moment de cinéma.


Durablement impressionné par les enfants tueurs du deuxième long (et deuxième chef-d'oeuvre) de Narcisso Ibanez Serrador, Du Welz avait l'intention de faire un remake de Les Révoltés de l'An 2000 (oui même à l'époque, 1976, les titres français valaient leur pesant de cacahuètes). Mais des problèmes de droit rendront l'entreprise impossible. Et si l'on retrouve ici, après Calvaire, la présence inquiétante d'une cohorte d'enfants au sein d'une forêt (qu'elle soit belge ou thaïlandaise), c'est bien plus l'émanation d'une réminiscence, plus marquée et centrale dans Vinyan, qu'une référence explicite. Du Welz, bien qu'imprégné par une grande culture cinéphilique parvient à s'en démarquer suffisamment afin d'en nourrir son cinéma sans que l'on assiste à une litanie stérile de citations.

Car Vinyan, bien que travaillé par une dimension fantastique et surnaturelle prégnante, est avant tout une formidable expression fantasmagorique de la difficulté (l'impossibilité ?) pour un couple de faire le deuil de leur enfant emporté par le tsunami de 2004. C'est donc toujours avec l'espoir chevillé au corps que Jeanne (Emmanuelle Béart) et Paul (Rufus Sewell) sont restés vivre en Thaïlande à Phuket. Le mari avec l'espoir de raviver leurs relations en perdition, la femme avec celui de retrouver leur fils Joshua bien vivant.

La source d'inspiration la plus remarquable est sans conteste Ne vous retournez pas de Nicolas Roeg. Moins par l'esthétique que par l'argument de base et le questionnement sur le point de vue. A travers les yeux de quel personnage suit-on l'histoire ?
Mais Vinyan rappelle également les films de Werner Herzog où l'ambiance fiévreuse due aux conditions extrêmes de tournage venait à contaminer les acteurs et donc le métrage. Avec ce film, Du Welz nous donne à vivre un parcours aussi envoûtant que déstabilisant et qui demande au spectateur une ouverture d'esprit aussi ambitieuse qu’exigeante. A l'image du film en somme. Vinyan qui rappelle également le cinéma de Lynch lors de ses moments de latence inquiète où l’étrange peut survenir à tout instant.
Au-delà des artifices de réalisation ou des références souterraines, le film de Du Welz est remarquable par sa capacité à retrouver l’esthétique, la rage, l’essence du cinéma des seventies pour donner encore plus de force à un récit somme toute basique. Le ton est donné dès le générique qui vaut comme programme à venir. Une caméra sous l’eau filme un bouillonnement de bulles, une forme fugace, des cheveux, du rouge vient teinter l’eau, le tout avec en fond sonore des cris de peur, de détresse. Soit l’écho du drame qui immerge d’emblée le spectateur. Un générique qui nous conditionne à vivre une expérience visuelle et sensorielle des plus singulière.
Outre la typographie des noms et du titre du film (Fabrice Du Welz’s Vinyan), le grésillement constant, la saturation des sons, la photo de Benoît Debie concourent à rappeler l’âge d’or du film de genre, les années 70. Le terme est lâché. Oui, Vinyan se réclame du cinéma de genre et ne peut se réduire à des effets auteurisant. La violence du propos (la marchandisation du réconfort à travers l’enfant que l’on achète impunément) ne fait jamais l’économie d’une violence plus frontale. Si Vinyan est loin d’être une succession de vignettes graphiques, les rares moments sanglants n’en sont pas moins intenses et impressionnants et font furieusement penser aux bandes cannibales italiennes des Deodato, D’Amato et consort.
Tout comme l’errance de Jeanne (dans la jungle urbaine ou birmane) rappelle le voyage au bout de la folie de Au Cœur des Ténèbres, le livre de Conrad ayant inspiré Apocalypse Now de Coppola.

Vinyan est un peu tout cela à la fois mais n’a strictement rien à voir avec un basique film d’horreur ou fantastique tapageur comme le laisse présager l’hideuse couverture du Mad Movies n° 211. Le film de Du Welz est difficile à appréhender mais il mérite d’être découvert par le plus grand nombre. Or, si Mad Movies est le seul magazine à le mettre en avant, la couverture aussi laide que hors-sujet participe paradoxalement à sa mort commerciale, voire affermit la ghettoïsation du cinéma de genre en France. Distribué dans à peine 50 salles, ce traitement indigne aura pour effet de le cloisonner dans la sphère repoussoir des films de genre qui tâchent. Et maintenant la position de Mad comme seul et ardent défenseur ? Ceci est un autre débat. Car le seul enfermement qui vaille est celui qui intervient intra diégétiquement et qui voit notre couple s’embourber dans ses convictions, ses illusions et ses fantasmes.

Si le travail visuel et sonore fourni par le réalisateur et toute son équipe est à saluer, l’immersion n’est pourtant pas totale. Les personnages ont du mal à transmettre leurs émotions et l’on se retrouve de plus en plus détaché de leur sort, à l’image de Jeanne tournant la tête pour regarder intensément le fantôme de son fils pendant que son mari s’échine sur elle. Un manque d’affect qui pourrait être rédhibitoire si la mise en scène de Du Welz ne le transcendait pas. Expurgé de tout évènement narratif, le scénario se prête à une expérimentation formelle ayant pour seul but de plonger les spectateurs de plus en plus profondément dans la fiction, dans la folie qui s’empare peu à peu des personnages comme de la pellicule.
Les rares moments de suspension, de poésie pure n’en sont que plus marquants et intrigants. Notamment la scène des « ballons » qui oppose deux conceptions bien différentes et illustre à merveille l’état d’esprit de son héroïne. Figurant les âmes des morts, ces « ballons » sont destinés à être lâchés par les autochtones, les libérant. Or Jeanne refuse d’en allumer un pour son fils, persuadé qu’elle est de le retrouver vivant. Et soudain le film bascule lorsque son interlocuteur lui demande alors d’en allumer un pour lui. Remettant ainsi en doute nos croyances les plus fondamentales (est-il un fantôme, une âme égarée ou un bonimenteur malicieux ?). Au contact de cette pensée orientale pour qui le monde des vivants et des morts coexistent sur le même plan et se reliant à l’aide de passerelles, les personnages comme le métrage vont en être irrémédiablement transformés. Signe évident et d’une intelligence rare de ce changement à l’œuvre, désormais se sont les vivants qui pénètrent le monde des morts, des fantômes. Comme le montre de manière magistrale ce plan où la caméra prend de la hauteur lorsque Jeanne et Paul passe l’entrée du temple.

Après un Calvaire réjouissant, Fabrice Du Welz poursuit son exploration des tourments de l'âme dans une débauche esthétique qui confine à l'abstraction. Quitte à sacrifier au passage tout facteur humain.
Osé, déroutant, maîtrisé, Vinyan l’est moins par son intrigue que par la formidable proposition de cinéma de son réalisateur. Des images qui affecteront longuement vos rétines et vos cœurs.

Toujours pareil, direction L'ouvreuse http://www.louvreuse.net



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