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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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20.08.2007
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Gran Torino : Dernier tour sur le bolide

Gran Torino : Dernier tour sur le bolide

Publié le 23/02/2009 à 12:00 par houseofgeeks
Gran Torino : Dernier tour sur le bolide
Alors que le magnifique L’Echange est encore dans toutes les mémoires, voilà que débarque déjà le nouveau film de Clint Eastwood. Et nous n’allons vraiment pas nous plaindre car c’est carrément un chef-d’œuvre, et sans aucun doute un des films de l’année 2009.
Walt Kowalski (Eastwood) est un retraité de Ford, ancien militaire ayant combattu en Corée, tout juste endeuillée, un raciste réactionnaire qui vit pourtant dans un quartier où réside des ressortissants laotiens du peuple Hmong. Bichonnant sa Gran Torino (voiture sortie des usines Ford en 1972 et dont le spécimen le plus célèbre avait une bande blanche entourant sa carrosserie et était conduite par « deux flics un peu rêveurs et rieurs mais qui n’ont jamais peur de rien »), son fusil de l’armée à portée de main et voyant d’un très mauvais œil un gang perturber sa tranquillité en tentant d’enrôler Tao, le fils un peu désoeuvré de ses voisins. Avec ce rôle qui sera son dernier devant la caméra, Eastwood tire magistralement sa révérence. Kowalski, c’est à la fois Harry Callahan, Tom Highway le sergent du Maître de Guerre et Nick Pulovski le flic de La Relève au seuil de leur vie, prenant conscience qu’il est temps de passer la main et de transmettre les valeurs humanistes que leur comportement violent occultait. Pour Eastwood, c’est l’occasion de rendre un dernier hommage à ces personnages et dans le même temps d’adresser un magnifique doigt d’honneur aux critiques qui les stigmatisaient.
Ce film peut être considéré comme un bilan de Eastwood acteur, donc, mais également réalisateur puisqu’il reprend ses questionnements sur ce qui fait la valeur d’un homme, la vieillesse, la famille et plus généralement la communauté et surtout parfait une notion présente d’un bout à l’autre de sa filmographie, la recherche d’équilibre. Equilibre moral, spirituel mais également institutionnel puisque les personnages chez Eastwood (qu’ils les incarnent lui-même ou non) s’opposeront à toute forme d’archaïsme religieux, politique ou policier pour proposer une justice en accord avec leurs principes. Une recherche d’équilibre qui ne passe pas forcément par une rédemption salvatrice mais par une forme d’accomplissement qui peut aller jusqu’au sacrifice ultime. Le héros eastwoodien cherche à équilibrer la balance de ses actions, celles de ses contemporains comme des turpitudes de la vie auxquelles il est soumis.
Mais Gran Torino c’est aussi une ode à la tolérance ou plutôt à l’ouverture d’esprit, un film très drôle et qui sait ménager en même temps des instants plus graves pour finalement vous toucher droit au cœur. Eastwood mélange les registres avec une énergie et une intelligence remarquables, passant du vigilante movie (films d’auto-défense dont Charles Bronson était le parangon) à la comédie, virant à la chronique sociale et la tragédie. Il faut le voir à plus de 78 ans s’imposer par sa posture, son attitude, face à de jeunes voyous ou encore laisser parler ses poings. Mais attention, si l’humour est très présent, Eastwood ne se livre pas à une dérision forcenée des caractères bien trempés qu’il a pu interpréter. Non, il faut plutôt y voir une mise en perspective face à une société qui a évoluée et qu’il a du mal à comprendre, surtout à laquelle il a du mal à s’intégrer. Une intégration qui est d’ailleurs l’un des thèmes en filigrane parcourant tout le métrage et qui lie un peu plus Kowalsky à la communauté Hmong de son environnement immédiat. Indifférent à ce qui l’entoure, taciturne et râleur, Kowalski ne s’intéresse à ses voisins que pour proférer des remarques désobligeantes ou racistes et préfère s’asseoir sous son porche à écluser les bières, seul et isolé. Il intégrera progressivement la fiction par le truchement des actions de ses voisins (tentative de vol de sa Gran Torino, intervention pour calmer une bagarre) qui l’obligeront à quitter ce porche protecteur (protectionniste ? Un drapeau américain y flotte continuellement) et se mêler à eux et de leurs affaires. Découverte des merveilles culinaires asiatiques, de l’hospitalité et de la reconnaissance parfois envahissantes de ces « bridés », autant de « chocs » culturels qui tisseront peu à peu un lien indéfectible entre ce vieux bougon et une communauté avec laquelle il aura ( à son grand dam !) plus d’affinités qu’avec ses propres fils. Ce peuple nomade utilisé par les français lors de la bataille de Dien-Bien-Phu et par les américains durant le vietnam et qui seront abandonnés à leur sort (chassés et persécutés) une fois les défaites entérinées, trouveront refuge en Thaïlande ou aux Etats-Unis. De part leurs maisons concomitantes, la famille Hmong est le contrepoint parfait de Kowalski, à la fois spatialement, ethniquement et éthiquement. Et Eastwood va les lier de manière grandiose, faisant de Kowalski un tuteur et leur protecteur avant de devenir un membre de leur famille.
Mais s’il existe un lien primordial, c’est tout d’abord par le sang versé il y a des années et qui continue à le hanter. Et s’il a choisi de demeurer dans ce quartier désormais dépeuplé d’américains comme lui, ce n’est pas une manière d’expier ses fautes (d’ailleurs lors de sa confession, Kovalski ne mentionnera que de menus pêchés) mais bien d’accepter ses erreurs, une façon littérale de se dire « il faut vivre avec ça désormais ».
Tout comme son acteur/réalisateur, Gran Torino est immense. Un film d’une grande finesse narrative et d’une richesse thématique et émotionnelle incroyable. Avec ce film, Eastwood fera taire une bonne fois pour toutes les critiques qui se sont acharnées à voir en lui un agent de la justice sommaire et arbitraire.
Si monsieur Eastwood a été oublié par les oscars, il a une place de choix dans le trimestriel Versus et dont le n°15 paru depuis le 21 février propose un point de vue pertinent sur le metteur en scène et son dernier chef-d’œuvre en date, Gran Torino.



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