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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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Je suis une légende

Publié le 21/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
Je suis une légende
Le roman culte post-apocalyptique de Richard Matheson « I am Legend » (1954 quand même) se voit une nouvelle fois adapté sur grand écran, cette fois-ci par Francis Lawrence, responsable précédemment d’une autre adaptation, de comics cette fois-ci, « Constantine » (avec un Keanu Reeves à l’époque à ce point auréolé du succès de la saga Matrix que certains considéraient ce film comme le Matrix 4.).
Après avoir été incarné par Charlton Heston dans l’inéna(nar)rable « Le survivant », le personnage du dernier homme sur Terre Robert Neville est cette fois-ci interprété par la méga star Will Smith .
Après un « Constantine » bien trop consensuel en rapport au comics ouvertement anti-conformiste, rentre-dedans et limite nihiliste et le calibrage PG-13 induit par l’utilisation d’une star aussi grand public, autant dire que l’on attendait plutôt patiemment ce film.
Mais n’oublions pas que Smith fut un incroyable Ali dans le film de Mann, jouant parfaitement la partition de ce personnage perdu parmi la foule, dont les prises de positions l’isolait de sa famille comme de sa communauté, bref, Will Smith interprétant un personnage seul dans le monde. Et puis, dans « Constantine », la vision dantesque que Lawrence donnait de l’enfer était plutôt originale et assez stupéfiante.
Et malgré les nombreux griefs que l’on peut trouver et opposer, le charme opère. Bien que le texte de Matheson soit foncièrement trahi, Lawrence livre une adaptation personnelle, une variation de la même histoire très marquée action et qui pourtant rend parfaitement justice à ce personnage solitaire par force et finalement par la nature même de son job.
Robert Neville était un savant de haut niveau et de réputation mondiale, mais il en aurait fallu plus pour stopper les ravages de cet incurable et terrifiant virus d'origine humaine. Mystérieusement immunisé contre le mal, Neville est aujourd'hui le dernier homme à hanter les ruines de New York. Peut-être le dernier homme sur Terre... Depuis trois ans, il diffuse chaque jour des messages radio dans le fol espoir de trouver d'autres survivants. Nul n'a encore répondu.
Mais Neville n'est pas seul. Des mutants, victimes de cette peste moderne - on les appelle les "Infectés" - rôdent dans les ténèbres... observent ses moindres gestes, guettent sa première erreur. Devenu l'ultime espoir de l'humanité, Neville se consacre tout entier à sa mission : venir à bout du virus, en annuler les terribles effets en se servant de son propre sang.
La civilisation humaine maintenant disparue laisse place au règne végétal (New-York envahit par une flore sauvage) et animal (biches, lions, infectés…). Une peinture sidérante et saisissante de cette ville se transformant en une jungle cette fois-ci primitive. Que ce soit dans le film ou le livre, le but de Neville est de survivre. Mais la manière diffère. Will Smith tente de ranimer l’espoir d’un vaccin curatif en pratiquant des expériences in vivo, tandis que le Neville du livre est totalement enfermé dans une routine exterminatrice et pathétique.
Evacuons d’emblée la comparaison avec le roman. D’une puissance évocatrice étonante, le livre ne vous lâche pas jusqu’à la dernière page. Dépeignant le quotidien angoissant et dramatique de ce dernier rempart de l’humanité contre une société devenue vampire. Ainsi, les journées de Neville sont elles rythmées par la traque et l’exécution de ses anciens voisins, amis ou simples quidam devenus créatures de la nuit et qu’il extermine le jour. Un homme qui remplit la fonction laissée vacante par ces figures mythiques que sont les vampires. Neville, dernier obstacle au développement absolu de la nation vampire et dont la lutte pour sa survie en fera…une légende.
Point de vampires dans ce film, le terme « infectés » désignant dorénavant le résultat de toute altération de la nature humaine, les zombies de « 28 jours plus tard » de la suite « 28 semaines… » ou même du « Planet terror » de Rodriguez étant qualifiés de la sorte. Ces infectés sont ici entièrement générés en CGI (par ordinateur) mais ‘est leur aspect factice qui demeure le plus dérangeant. Ceci dit, les scènes où ils interviennent fonctionnent parfaitement de par leur déplacement en meute et leur propension à grouiller et se déplacer sur toutes parois tels des rats. Si on devine l’influence des reapers de « Blade II », ils n’en restent pas moins des cousins assez proches des crawlers de « The Descent ».
Alors que la bande-annonce était ouvertement orientée vers du tout action, le film s’avère plus contemplatif bien que livrant des séquences remuantes et angoissantes plutôt bien réussies : la prise d’assaut de la maison de Neville par cette horde d’infectés, la visite d’un nid d’un Neville venu avant tout récupérer son seul compagnon, son chien.
Car c’est définitivement dans la transcription de la solitude de Neville que le film est le plus marquant. Un quotidien morne et routinier, rythmé par la recherche de vivres, les expériences, un message lancé chaque jour au même endroit et à la même heure et par ses visites aà son vidéo-club favori. C’est là qu’il rencontre les derniers représentants de sa race, de simples mannequins. Sans doute disposés là par un Neville véritablement angoissé et névrosé, soucieux de retrouver un semblant de normalité dans un monde qui a basculé. Mais c’est bien plutôt pour garder intact son désir de socialisation qu’il joue cette comédie des relations humaines, discutant avec ces mannequins et espérant follement qu’ils lui répondent.
C’est ainsi que notre Neville organise sa survie. Préserver un ilôt de sociabilité au milieu de ce chaos ambiant et ainsi marquer sa différence quand les autres habitants de la ville, les infectés, ne sont plus que mus par l’instinct.
Alors oui, ce film n’est pas parfait. Mais les clichés et écueils de la narration s’intègrent asse bien à une intrigue et une résolution assez classique. Cependant, une scène vaut à elle seule le détour. Celle où les infectés utilise le désir de normalité de Neville pour le piéger comme un animal. En déplaçant le mannequin Fred, ils sèment le doute dans l’esprit des spectateurs (qui en viennent à s’interroger sur la santé mentale du « héros ») et la confusion dans celui de Neville qui se met à invectiver et rudoyer Fred qui n’a absolument rien à faire ici. LA scène casse-gueule par excellence qu’une V.F assez quelconque ne parvient même pas à briser. Pertinente et dramatique, constamment sur le fil du rasoir, cette séquence se conclue par une attaque qui fera perdre à Neville ses dernières illusions et surtout sa dernière balise d’humanité, figurée par sa chienne Sam.
« Je suis une légende » est un très bon film, une vraie bonne surprise à voir sans arrières pensées. Certains clameront fort justement que Matheson a été trahi. Il n’en reste pas moins que Francis Lawrence a su en tirer une variation tout aussi intéressante.
Cependant, il est vrai que cela demeurera toujours en deçà de ce que nos esprits de pur geeks pouvons fantasmer sur une hypothétique adaptation par le génie Guillermo Del Toro. Celui-ci préférant décliner l’offre pour s’en aller tourner la suite de Hellboy « The golden army ».



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Le côté obscur de la force

Publié le 17/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
Le côté obscur de la force
La fin d'un rêve de gosse : Star wars ou comment le petit Lucas à force de jouer a parfaire son image, s'est mis à dos les vrais fans de la saga.

Attention, là je touche à un des fondements de la culture geek, la mythologie Star Wars. Sans renier lémerveillement lors de la découverte de la trilogie fondatrice, il faut bien reconnaître que la mise en chantier des 3 premiers épisodes relève plus de l'opération marketing d'envergure que d'une véritable envie de conter la génèse du mythe.

Premier problème, on attribue entièrement à Lucas la paternité de cette fresque épique.
Or, à l'époque de la première trilogie (un nouvel espoir, l'empire contre-attaque...) il ne faut pas oublier qu'il était entouré d'une équipe talentueuse malheureusement absente de la nouvelle trilogie.

En premier lieu, John Dykstra le superviseur en chef des effets spéciaux qui a été mis à l'écart peu après le retour du jedi pour d'obscures raisons et qui n'est réapparu au premier plan que 15 ans après en devenant l'un des fondateurs de la boîte d'effets-spéciaux Sony imagework. C'est Dykstra le responsable de ces fantastiques séquences de combats dans l'espace et qui le premier a mis au point le concept d'une caméra dont les mouvement seraient assistés par ordinateur, entre autres choses.
Puis, signalons également que l'ex-femme de Lucas était à la base du montage des trois films.
Ralph Mc Quarrie (scénariste entre autres de la saga indiana jones !) était le concepteur visuel de la saga. En clair, c'est lui le véritable gourou en matière de désign des décors, vaisseaux et personnages. Un de ses indispensables travaux ? Disons que sans lui, Dark Vador aurait ressemblé à l'empereur Ming du film Flash Gordon(comme le voyait Lucas).
Enfin, pièce maîtresse de ces épisode mythiques, le producteur (pas le poste le moins important, hein?) Gary Kurtz, totalement oublié depuis.

Pourquoi la disparition d'une telle dream team ? Simple, ainsi Lucas s'est complètement réapproprié la saga. Et en véritable démiurge, il a mis aux commandes des collaborateurs plus dociles.
Et le terme de Dream Team est réellement approprié, car depuis épisode I - La menace fantôme l'émerveillement, le rêve qui étaient l'essence même de la saga ont disparu. Remplacés par le marketing et les produits dérivés !

Et c'est là une autre preuve de la trahison de Lucas. Il ne pense plus qu'à proposer de plus en plus de figurines issues des films. Pour satisfaire les fans ? Les collectionneurs et les boutiques spécialisées oui !
Pourquoi cet énervement ?

Simple, un collègue me vantait les mérites de l'attaque des clones. Or ce n'est pas un film, c'est une véritable démonstration du mépris de Lucas pour les fans. Et surtout, c'est l'ultime preuve qu'il nous pisse à la raie !

Si, si, le terme n'est pas trop fort. D'abord, il y a encore plus d'images numériques et les péripéties font plus penser à un jeu vidéo (Padmé qui évite les pièges façon jeu de plateforme et surtout Yoda qui se prend pour Sonic !), après avoir présenté la race responsable des clones on les oublie le reste du métrage, la romance Anakin/Padmé est une véritable orgie de guimauve, John Williams le compositeur pète un câble (Non content de mélanger les thèmes musicaux, il nous gratifie d'un gag musical lors du baiser avorté entre Padmé et Anakin, directement hérité des "Y a-t'il..."!) et surtout Lucas n'a rien compris à l'attachement des fans de la première heure pour Bobba Fett le chasseur de prime. Si rattacher Bobba dès le début est intéressant, son "père" Jango avait un potentiel énorme. Mais il meurt comme une merde.
Non franchement, c'est du n'importe quoi.


Mais le pire de tout, la trahison ultime, intervient lors du retour d'Anakin sur Tatouine. Alors qu'il est parti récupérer sa mère prisonnière des hommes des sables, celle-ci meure dans ses bras.
La haine (et donc le côté obscur) le gagne et on va assister au massacre en règle de tout le campement. Et non, un fondu au noir vient interrompre au bout de 20 secondes l'acte fondateur qui fait basculer Anakin. Putain, c'est le moment décisif de la saga, celui où on doit voir la naissance de ce qui deviendra Dark Vador ! Au lieu du déchaînement de rage et de fureur, on a droit à quelques cris en arrière fond et à la méditation agitée de Yoda !

Non, définitivement non, je me fous de voir épisode III.

Et pourtant je l'ai vu. Commme on dit, il ne faut pas mourir idiot.
Je confirme, la curiosité est un vilain défaut.
Une véritable purge, voilà ce qu'est la revanche des Sith. Encore plus d'effets digitaux, un Anakin encore plus à la ramasse (supposé être le jedi ultime, il est même pas fichu de sentir qu'il y a un truc qui cloche chez la chancellier Palpatine !), du haut niveau.
Encore une fois, Lucas passe complètement à côté d'une scène fodatrice, le massacre des padawans se faisant hors-champ. Merde, c'est censé être une trilogie fondée sur la montée en puissance ouis l'apogée du mal via la figure majeure que représente Dath Vader ! Quant à Palpatine, il se ridiculise tout seul avec ses grimaces à deux balles et son air contri ou constipé, on sait pas trop, lorsqu'il balance ses éclairs d'énergie.
La seule approche vraiment intéressante est d'avoir fait des jedi les représentants d'une puissante secte, au comportement assez ambivalent et qui refuse à Anakin tout bonheur ou accomplissement personnel auprès de sa bien-aimé Padmé. Mais là encore, une piste bien mal explorée.
Le combat final entre Obi-Wan et Anakin est plus ou moins bien torché. Son issue tragique est assez poignante, Obi-Wan démembrant son élève et le laissant crever sur place !
Par contre, Lucas foire totalement (et c'est un euphémisme) la naissance physique de Darth Vader. Après avoir bousillé sa "naissance" psychique. Le seigneur Vader n'a plus rien de majestueux. Lorsqu'il s'ébranle, claudiquant à la limite de la chute, on croirait voir Boris Karloff dans "Frankenstein" ! Même démarche robotique qui rend le grand Vador d'autant plus ridicule.
Voilà comment George Lucas a tué dans nos mémoires le souvenir de ce badguy ultime, impitoyable et animé d'une haine et d'une détermination sans nom et prêt à tout afin d'anéantir toute résistance.
Paix à ton âme Dark Vador.....

VERSUS N°12

Publié le 17/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
Attention !

Parution du numéro 12 de la revue mi-janvier. Une excellente occasion de bien commencer l'année !

Au sommaire :
Retour sur Grindhouse
Requiem pour un massacre (come and see) d'Elem Klimo
Dossier "Seuls au monde"
Dossier Sydney Lumet
Dossier Grève des scénaristes/crise des scénarios
Et bien d'autres choses....

Le tout en une soixantaine de pages bien denses et pour la modique somme de 3 euros !!
Pour commander ce petit bijou qui ravira j'en suis sûr votre chère et tendre, rendez-vous sur le site de la revue !
Soit pour commander direct ou pour avoir la liste des fournisseurs agréés.

Site de la revue : http://www.versusmag.com

BEOWULF

Publié le 15/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
BEOWULF
Vendu comme un film repoussant encore plus loin les limites technologiques de la performance capture, on en oublie que Zemeckis a livré rien moins qu'un putain de film barbare et épique, dans la droite lignée de « Conan ». Non, tout l'intérêt du film ne demeure pas dans la modélisation photo-réaliste des formes et courbes généreuses d'Angelina Jolie. Certes, ils ont grandement amélioré la technique mais à part elle et sir Anthony Hopkins on peine à reconnaître le reste du casting. Au moment de la sortie de « Final fantasy : the spirit within », tout le monde s'accordait à prédire une révolution complète du médium. Il n'en a rien été. Certes, le film bénéficie de superbes images, le travail sur les textures et le grain de la peau est tout bonnement ahurissant, mais plombés par un scénario à la fibre écologique gnangnan et une réalisation poussive, il n'arrive jamais à impliquer un tant soit peu les spectateurs.

La technique de la performance avait été inaugurée par Zemeckis avec Le pôle express et développé avec « Monster House » et augurait d'une liberté nouvelle en terme de réalisation pure. Car ces films sont loin d'être des modèles du genre en terme narratif. Avec « Beowulf » il transforme l'essai, puisque la technique enfin au service de l'histoire transcende son postulat de base et donne à voir une adaptation de la légende de Beowulf pleine de sang et de stupre ! On reste quand même assez loin de « La chair et le sang » de l'ami Verhoeven mais les intentions sont là puisque ces barbares ne pensent qu'à baiser et à se foutre sur la gueule et sont très disert en matière d'avances graveleuses ! C'est clair, c'est pas l'infâme purge de notre Lambert national et de son pote Russel Mulcahy, portant le même nom mais pas la même prestance.
Un film qui ouvre un champ des possibles pratiquement infini car nuls autres que Peter Jackson et James Cameron ont ouvertement clamé leur attachement à cette technique et que leurs prochaines réalisations en profiteraient. A en mouiller son caleçon de plaisir...

Mais revenons à notre sujet. Beowulf donc, guerrier scandinave qui rallie les terres du roi Rothgard (Hopkins) afin de débarrasser le royaume du démon Grendel. Précédé par une légende alors naissante, Beowulf apparaît dans toute son ambivalence. Fort en gueule, suffisant et mythomane, tout concourt à faire douter de la véracité des récits chantés à sa gloire.
Et il faut bien une confrontation d'anthologie entre Grendel et un Beowulf complètement nu pour mesurer son aptitude, son courage et son assurance. Zemeckis jusqu'alors réalisateur très sage se lâche dans les grandes largeurs.
Les attaques de Grendel sont terrifiantes de violence et Beowulf sans pitié. Il faut voir le guerrier répondre, à la bête demandant qui il est, toute une litanie de qualificatifs aussi évocateurs que « pourfendeur, tailladeur,etc.. » et terminer par un puissant « I – AM – BE – O - WULF !! » pour finalement lui arracher le bras coincé dans la porte. A faire se dresser les poils de plaisir.
De même, la bataille contre des monstres marins renvoie aux peintures de Frazetta et au souffle épique d'un « Lord of the ring » ou du jeu vidéo « God of war ». Un Beowulf bestial et déchaîné qui éviscère et coupe à tour de bras. Grandiose et exaltant.
Ambiance sombre, jeu de lumières, Zemeckis ne soigne pas seulement le réalisme de ses personnages, il n’oublie pas de rendre crédible et passionnante cette histoire en soignant la composition des cadres, parachevant le tout de mouvements de caméra de malades et de références visuelles multiples à tout un pan du cinéma de genre, héroïc-fantasy bien sûr mais aussi le genre horrifique (voir la vengeance de la mère de Grendel juste après la mort de celui-ci.).

Cependant, le film ne se résume pas qu'à ses instants de bravoure, aussi réussi et magistraux soient-ils. Il faut rendre justice au scénario écrit conjointement par Neil Gaiman (romancier et auteur de comics tels que le célébrissime Sandman, Miracle Man ou Les éternels) et Roger Avary (auteur du script de « Killing Zoé » et surtout « Pulp Fiction »). D'une grande subtilité autant qu'audacieux - fallait quand même oser sous-entendre les tendances incestueuses voire pédophiles de Rothgard et Beowulf ! - le scénario dresse le tableau d'une civilisation au bord du gouffre. Ragnarok (la fin du monde dans les légendes nordiques) étant figuré à la fois par la montée en puissance du christianisme et un dragon géant, fils improbable de l'union de notre « héros » et de la créature démoniaque génitrice de Grendel (sulfureuse Angelina Jolie).
Une filiation qui sert de fil narratif puisque elle obsède ces 2 rois maudits, incapable d'avoir une descendance autrement que pervertie. Une malédiction qui illustre le renoncement à des valeurs héroïques comme leur abandon à une gloire immédiatement accessible.
Ainsi, Rothgard et Beowulf, aux parcours étrangement similaires, portent-ils en eux les germes de leur propre destruction.

Mais là où le film se montre le plus intéressant et pertinent, c'est définitivement dans sa capacité à confronter Beowulf à sa propre légende. Une légende construite à la fois sur des récits largement exagérés (son combat contre des monstres marins voit leur nombre augmenter à chaque version)) et les cendres de ce qui faisait de Beowulf un noble guerrier, sa bravoure, sa loyauté et son code d'honneur. Une légende favorisée par une invincibilité prodiguée par les bons soins de la mère de Grendel. Ainsi, rongé par la culpabilité, prématurément vieilli par des luttes de territoires incessantes, Beowulf n'est plus que l'ombre de lui-même. A la fois prisonnier de cette terre d'accueil dont il est devenu le roi par « accident » et prisonnier d'une légende à entretenir et qui le contraint à rester en retrait lors des batailles.
Beowulf est un inadapté.
Ce n'est que la perspective de la destruction prochaine de son royaume qui le forcera à remettre des oripeaux devenus trop petits (sa compagne lui fera remarquer que son armure lui seyait mieux plus jeune). Figurant qu’il est devenu une légende « bigger than life ».
Un combat homérique contre un dragon vraiment impressionnant (son fils, faut-il le rappeler) qui au-delà d'une rédemption christique lui permettra d'embrasser véritablement sa légende et s'en montrer enfin digne. Retrouvant l'ardeur et l'abnégation qui en faisait ce combattant admirable, Beowulf parvient à terrasser le dragon non sans y perdre la vie. Un sacrifice en forme de constat d'échec. Pour avoir vécu à l'ombre d'une légende trop imposante, Beowulf aura été incapable d'aimer sa compagne comme elle le méritait, soit lui faire un enfant.
Alors oui, ce ne sont que personnages de synthèse aux attitudes et aux traits imparfaits. Des avatars parfois peu crédibles dans leur mouvements mais capables de générer une véritable empathie. Et c'est là la vraie révolution de ce film. Jamais on aurait cru capable Zemeckis de pareil exploit, susciter une peine immense pour un Beowulf aussi artificiel. Sérieux, voir Beowulf et son « fils » agonisant côte à côte sur une plage après un combat meurtrier, se scruter puis voir enfin Beowulf esquisser un geste empreint de compassion (d'humanité en d'autres termes) vers un fils se liquéfiant littéralement était à pleurer. Un moment aussi furtif que chargé en émotion. Un grand moment.

Je n’étais vraiment pas motivé pour aller voir un tel film, la surprise n'en est que meilleure. Un film dont les nombreuses qualités masquent sans peine les quelques errements techniques et narratifs, galvanisant et aussi respectueux du genre dans lequel il s'inscrit comme des spectateurs, est à saluer et à vanter.
C'est bien plus qu'une cinématique vidéoludique de 1h50 comme l'on prétendu certains frustrés.
Son nom est BE – O – WULF !!!!

BASIC

Publié le 13/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
BASIC
Mc T dans la tourmente puisque condamné à purger une peinde prison ferme. Et puisque l'on parle de lui pour réaliser un futur film sur Conan, revenons sur son dernier film sorti en 2003.

"Basic" est encore un putain de chef-d'oeuvre !
Même mieux, c'est une véritable ode à l'intelligence et aux émotions des spectateurs.

Mais loin de révolutionner le film d'action (de toute manière il l'a déjà fait !), c'est bien un film recentré sur les personnages et leurs relations. Même si il y a certaines scènes de "combat" qui feraient baver de jalousie n'importe quel faiseur hollywoodien (genre Michaël Bay par exemple.) tant leur découpage précis implique totalement le spectateur. Tellement précis qu'il se permet le luxe de modifier à chaque fois la signification d'une scène rien qu'en changeant d'angle ! Du génie à l'état pur. Parce que ce film tourne autour d'un règlement de comptes en pleine jungle panaméenne raconté par deux survivants et cela donne 5 versions minimum des évènements !

Même s'il n'était pas mentionné au générique, on reconnaît à coup sûr la patte de Mc T. Que se soit dans la façon de présenter le "héros" en 2 plans significatifs ou de donner toute son importance au non entendu ; une réminiscence, dans toute son oeuvre, de l'importance du langage parler comme vecteur de compréhension aussi bien de l'intrigue que du procédé de réalisation lui-même.
Car il se permet d'opérer des changements de points de vue par l'image (scène vue différemment selon le personnage) et par le son (dialogues inaudibles suivant la distance où se trouve le personnage).

"Basic" que Mc Tiernan considère comme un petit film est bien plus qu'un énième "whodunit" ou "thriller militaire", c'est à un véritable ride d'émotions que nous convie le réalisateur. Ici, le plus important n'est pas l'aboutissement de l'histoire mais bien toutes les péripéties qui y mènent !
Si la fin est finalement logique, c'est le morcellement de l'action par les "souvenirs" plus ou moins authentiques des protagonistes et les nombreux rebondissements qui emportent l'adhésion. Car à chaque élément nouveau, aucune réponse n'est donné immédiatement par le réalisateur . C'est à nous spectateurs de faire les liens et déductions nécessaires. Proprement exaltant.
Et ce "petit film" amorce peut être une plus grande révolution dans le cinéma même de Mc Tiernan. Sans rien dévoiler, disons que l'on se focalise sur le personnage de Travolta et que progressivement c'est celui de Connie Nielsen qui prend le dessus. Celle-ci est de l'avis de tous incapable de mener l'enquête et sa mise en retrait va la révéler. Au héros Mc Tiernien par exellence (t-shirt, cigare au bec et allure désinvolte) se substitue ici une héroïne plus réfléchie mais au caractère tout de même très affirmé (Mc T. style !).

Ce qui reste encore le plus intéressant est le caractère réflexif que porte ce film sur l'oeuvre entière de Mc T. et plus généralement sur le médium cinéma lui-même. En effet, par ces nombreux effets de mises en scène, ces interrogatoires filmés comme autant de "combats" (de personnalités) et le twist final en forme de sourire ironique ; le film s'interroge au final sur les conditions de l'élaboration d'une fiction. En clair, c'est à une véritable leçon de cinéma que nous convie le grand Mc T.
Et pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir Travolta qui avec sa gueule marquée, un peu bouffi et les cheveux très courts ressemble à un Mc Tiernan plus jeune de 20 ans. Ce cinéma dans le cinéma fait penser à un dramaturge italien Pirandello (mort en 1936) qui par ses pièces proposait un théâtre dans le théâtre. D'ailleurs on ne peut résumer "Basic" que par le titre d'une de ses oeuvres : "A chacun sa vérité" .

John Mc Tiernan est grand : Gloire à son nom !!

Publié le 13/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
John Mc Tiernan est grand : Gloire à son nom !!
La news précédente est l'occasion rêvée de passer succintement en revue la carrière d'un des plus grands réalisateurs autour de certaines de ses oeuvres les plus emblématiques de son cinéma.

John Mc Tiernan, un auteur incompris du grand public et de la critique, un esthète de l'image, un génie de la caméra, considéré à tort comme un gros bourrin..
Vous connaissez tous ce réalisateur responsable de Predator, Piège de cristal et Rollerball (entre autres). Pas des drames intimistes, pas le genre de la maison, mais un certain côté humaniste malgré tout.
Si, si, Mc T. est un humaniste dans le sens où il s'attache au destin des hommes ordinaires et à dépeindre ce qui constitue l’Homme, l’organique.

Dans Predator, on assiste à une véritable re-naissance de Schwarzie lorsque couvert de boue et s'apprêtant à affronter le monstre il pousse un cri bestial signe de son changement. On peut faire le même parallèle avec Willis dans "Die Hard" ou Banderas dans "le 13 ème guerrier", ils s'accomplissent une fois que la douleur et les épreuves les ont ramenés à l'instinctif. Condition sine qua non de leur survie.

Surtout, Mc T. a réussi avec "Die hard" à redéfinir les canons du cinéma d'action. Combien de films calqués sur son chef-d'oeuvre ? Mais le plus intéressant est de tenir compte également de ses films suivants "Last action hero" et "Die hard 3". En effet, ses trois films forment une espèce de trilogie non officielle que l'on peut appeler "le retour au réel du film d’action". Je m'explique.

Du chaos organique naît l’ordre. Ainsi le chaos McClane (sang, sueur, cris…) met fin aux agissements de la bande bien organisée de Hans Grüber.
Petit aparté : Ce retour à l’organique est parfaitement illustré dans la scène mythique du Mission :Impossible de De Palma où Cruise doit cambrioler le centre de la C.I.A pour y dérober des informations. Dans cet espace clos, policé et aseptisé nos héros ne doivent rien dire, ne doivent rien ressentir. Et c’est l’apparition d’une goutte de sueur qui va engendrer l’émotion dans la fiction et chez le spectateur (suspense, adrénaline…)
"Die hard" a fait de John Mc Clane (rien que le nom du héros est intéressant, trouvez pas?) l'icône absolue et reconnaissable entre toutes du film d'action. Un cow-boy solitaire que rien n'arrête (d’ailleurs on peut voir dans McClane une figure du slasher en référence à Mike Myers ou Freddy.)

Après avoir redéfini le genre, Mc T. en a donné la formule avec "Last action hero". Un film qui analyse et remet en question le succès des héros invincibles. En effet, le jeune héros du film passe de l'autre côté du mirroir (ici, de l'autre côté de l'écran) et s'évertue à prouver à Jack Slater (Schwarzie) qu'il n'est qu'une illusion, un héros factice comme les décors qui l'entourent. Il donne également le rôle de l’initiateur à un jeune issu d’une banlieue difficile de New-York, afin d’ancrer un peu plus Jack Slater dans le réel.

Et enfin, "Die hard 3" plonge Mc Clane dans l'enfer urbain de New-york où là il est confronté à la vie des autres figurants. Un film qui détruit petit à petit ce que le premier opus avait construit.
A la logique implacable et mathématique du premier symbolisée par la réalisation minutieuse de Mc T. et les lignes verticales du Nakatomi plaza s’opposent l’horizontalité de l’action (nos héros ne cessent de courir sur du plat) et la déliquescence de la réalisation ( à partir de la scène dans le stade, c’est le chaos scénaristique complet, les héros étant laissé presque à eux-mêmes).
Il détruit ce qui faisait de Mc Clane une icône en le confrontant aux hommes ordinaires et en déstructurant sa réalisation (pour preuve, les ¾ du film sont filmés caméra à l’épaule, comme un reportage sur le vif) et ainsi le renvoie dans la dimension réelle, celle constituée de héros de tous les jours, c’est à dire les passants, les ouvriers etc.
La scène fondamentale pour étayer ma thèse est celle où Zeus et Mc Clane après un appel sur un téléphone public se jette à terre en gueulant « ça va sauter ! » et rien ne se passe. Les passants n’ont même pas réagi et l’un d’eux donne en plus 5 dollars à Mc Clane, et ce faisant nie son statut d’icône. Hénaurme !

Sous des dehors de films d’action bourrins aux scénarios de série z (résumez seulement les intrigues de Prédator et Piège de cristal et vous verrez qu’il faut être un sacré génie pour en avoir fait des chef-d’œuvres instantanés, des références du genre !), Mc Tiernan ne fait que parler de ce qui nous fait réagir, souffrir, avancer… Tout ce qui nous définit, en somme.


Pour en revenir à Mc Clane, on peut considérer qu’il se comporte comme Mickaël Myers dans « Halloween » dans le sens où il occit tous ceux qui rentre dans son champ. Les terroristes envahissant l’immeuble sont autant d’agents extérieurs venus s’approprier l’espace de Mc Clane. Celui-ci n’aura de cesse de les en faire dégager par la force et le « shotgun » ! Des terroristes qui apparaissent toujours morcelé dans le champ de vision. On voit d’abord un bras, une jambe entrer dans le cadre. Mc Clane s’evertue donc à les renvoyer dans le « hors-champ » afin de se réapproprier le cadre.
Et il est aidé en cela par le réalisateur lui-même qui offre, de par sa mise en scène, au héros un environnement propice à ses apparitions (cages d’ascenseurs, conduits d’aération…).

L’autre condition de la survie du héros « Mc Tiernien » est qu’il doit savoir observer et comprendre ce qu’il voit.
Voir à ce titre l’importance de voir sans être vu dans « predator ». Dans « piège de cristal », la réaction du héros ne se fera qu’après avoir saisi la situation, dénombré le nombre de terroristes et visité quelques étages. De même dans le « 13 ème guerrier » ou « Predator » le héros ne comprendra la nature exacte de l’ennemi qu’après avoir pu l’observer de près.

L’observation est certes capitale pour réagir face aux évènements (attaque des Wendols par exemple) mais elle est également essentielle dans la manière d’appréhender le langage. Voir cette scène fabuleuse autour du feu de camp où Ibn apprend le Viking en observant simplement les autres parler. Une réminiscence dans toute l’œuvre de Mc T., à savoir le remplacement du langage physique par le langage filmique. Une fois que Ibn a réussi à s’approprier le cadre, il parvient à comprendre et à se faire comprendre.
Mc t. nous assène avec finesse que pour une bonne compréhension il ne suffit pas simplement de maîtriser le « parler », encore faut-il maîtriser le « filmer » (pour un bourrin, c’est quand même pas mal !).
Et cette démonstration a comme point culminant « Rollerball » où le réalisateur offre aux fans du style épileptique de MTV des combats incompréhensibles car impossible de se repérer dans l’espace. En allant au bout d’un procédé cher à Mickaël Bay (et sa bouillie infâme Armaggeddon) il démontre qu’une grammaire filmique est indispensable à une bonne compréhension.

Premièrement, Il faut savoir que "rollerball" a été remonté par les producteurs et qu'ils ont essayé d'imposer à McT. leur vision étriquée. Sachant que son degré de liberté était proche du zéro absolu il a fait un film entièrement cathartique dans le sens où sa haine des décisions des producteurs transparaît dans les rapports du héros avec Jean Reno. En somme, MC T. livre un film autobiographique dans ses relations avec les studios. Et on peut dire que son désir de leur exploser la tête est assez évident !

Et puis, il est allé au bout de la logique des studios qui voulait un remake pour les djeuns fans de MTV. Du coup, il leur a offert un style épileptique à la Mickaël Bay, les scènes de combats étant presque totalement illisible. De cette manière il montre qu'une grammaire cinématographique élémentaire reste indispensable et il créé en même temps un nouveau style où chaque scène paraît accolée de manière artificielle sans aucune linéarité. A titre d'exemple, lorsqu'ils sont en boîte après le match, certaines séquences dialoguées s'enchaînent avec des faux raccords, c'est à dire que l'on a l'impression que l'image a sauté. En cela, il se rapproche du style d'un autre grand réalisateur Lars Von Trier qui dans sa série "The kingdom" (l'hôpital et ses fantômes en français, sic) utilise le même procédé de faux raccords. Donnant à cette série une impression de spontanéité (comme si le montage était fait simultanément à la prise de vues) mais surtout renforçant son étrangeté.
Mais bon, se ne sont que de simples justifications formelles. Libre à chacun d'adhérer ou pas.

Le plus intéressant est pourtant dans le fond. Mc T. sous couvert de livrer un remake branchouille s'adonne à une sévère critique de notre société de consommation. La course à l'audimat entraînant les pires perversions, de l'ingurgitation presque forcée d'une boisson pour en faire la promo, en passant par la fabrication de "stars" jusqu'à l'organisation de meurtres en direct.
En plus, il adjoint un sous texte politique dans la mesure où ce sport violent permet de contrôler les masses prolétaires et les empêcher de se rebeller contre un système qui régit non seulement leur "loisir" mais également leur vie. Ce sport leur permet d'accepter plus facilement que les richesses aillent à leurs héros sans penser que les véritables gagnants se trouvent en coulisses. Ces nantis se retranchent derrière la "vitrine" qu'est le rollerball pour agir en toute quiétude. Et le fait que le héros brise une vitre pour atteindre Réno prend tout son sens.

Enfin, je terminerai sur la scène mythique du film, celle où les deux amis américains tentent de s'échapper et passer la frontière. Ils sont alors pris en chasse par Réno qui les mets en joue avec son fusil à vision nocturne. Une scène géniale car totalement filmée en vision nocturne et nous faisant épouser un autre point de vue, faisant basculer nos repères visuels et auditifs. Du grand art.

Bon, "rollerball" a souffert du montage des producteurs mais il n'en reste pas moins que c'est un très bon film dans la veine de l'oeuvre de McT., bourrin et subversif. Comme quoi, il est difficile de brider le génie de ce cinéaste.

Le retour du barbare ultime

Publié le 12/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
Le retour du barbare ultime
Attention, infos à prendre au conditionnel. Mais si elles s'avèrent fondées, tous les geeks et autres fans d'Heroïc fantasy peuvent commencer à mouiller leur petite culotte !

La société de prod Nu Image qui a racheté les droits de la franchise CONAN le barbare, souhaite la relancer et produire une trilogie.
Premier film prévu à l'horizon 2009.
Déjà pas mal comme nouvelle.
Gerard "THIS IS SPARTA !!!" Buttler serait envisagé pour prendre la suite de notre bodybuilder autrichien préféré. Vous voyez le topo, ça commence à être assez énorme.

Info relayée par Mad Movies, Nu Image laisserait les pleins pouvoirs au réalisateur. Et c'est nul autre que l'immense John McTiernan qui est pressenti. Quand il aura pugé sa peine de prison....
JOHN MCTIERNAN aux commandes d'un nouveau CONAN ??!!! Rien moins que la nouvelle propre à vous filer une trique d'enfer !
Après avoir été débouté du montage final du pourtant génial "Le 13ème guerrier" (remontage et amputation de 40 minutes tout de même), MCT. tiendrait là la plus belle des revanches : réaliser le film épique de ses rêves.
Et connaissant le talent du bonhomme et sa rage envers les majors, on peut s'attendre à une tuerie !
Mais stoppons là ces rêveries éveillées. Ce ne sont pour l'instant que des nouvelles à confirmer.

Mais bordel, JOHN MC TIERNAN réalisant CONAN, vous vous rendez-compte ? Rien moins que la rencontre de deux monstres sacrés autant qu'ils ont été sacrifiés sur l'autel du roi Dollar.
E-NOR-ME, je vous dis.

FRONTIERES : Sortie le 23 janvier 2008

Publié le 12/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
FRONTIERES : Sortie le 23 janvier 2008
Voilà l'affiche officielle du film tant attendu de Xavier Gens.
Où l'on constate que la commission de classification a encore sévèrement frappée après l'interdiction aux moins de 18 ans de "Saw III" et la censure du film de Kinji Wakamatsu "Quand l'embryon part braconner". Etait-ce bien nécessaire de mutiler de la sorte l'affiche ?
Bref, il y aurait un article à faire sur le retour de l'ordre moral et son corollaire, la censure.

Et afin de rendre compte de l'état d'esprit du film, voilà la note d'intention de Xavier Gens sous forme d'extrait d'une interview à lire sur DVDRAMA :

Xavier Gens : ....Il y avait aussi cette volonté de prouver qu’en France, on peut faire aussi bien qu’aux Etats-Unis. En plus, je trouvais que le remake de Massacre à la tronçonneuse par Marcus Nispel était un peu putassier sur les bords donc je voulais revenir au style de l’original.

DVDRAMA :Qu’est-ce que vous voulez dire par «putassier»?

Xavier Gens :Disons que ça reste très commercial. Il y a de la violence sans le climat poisseux de l’original. Quand on a travaillé sur le montage de Frontières, je voulais absolument qu’on retrouve ce climat un peu lourd. Comme il y avait dans le Hooper.

J'aime ce mec.

This is the Zodiac speaking

Publié le 11/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
This is the Zodiac speaking
Ancien concepteur chez ILM, réalisateur de clips, lancé par le controversé et mal-aimé « Alien 3 », Fincher explose avec le dépressif « Seven ». Les films suivants confirment son habileté formelle mais dans son exploration plastique, il en oublie la cohérence et la fluidité de la narration. « Panic room » sonnant le glas d'un formalisme devenu plus important que l'histoire à raconter.
« Zodiac » est donc l'occasion d'un retour aux sources. Il renoue avec le genre qui lui apporta la renommée (le film de sérial killer), comme avec un cinéma qui a quelquechose à dire (et pas seulement à montrer): le cinéma estampillé seventies, décidément à la mode en ce moment sur les écrans
C'est surtout une aubaine pour Fincher qui utilise le travail du Zodiac dans l'imaginaire collectif comme une métaphore du cinéma des années 70.

Prenant pour sujet la traque, pendant près de 20 ans, du plus célèbre sérial killer de San Francisco, Fincher ne se contente pas de ressasser 2 décennies de cinéma américain, il en propose un usage actuel.
D’emblée, on pense aux films-enquête des années 70, « les hommes du président » (Allan J. Pakula – 1976) en tête. Car plus qu’au meurtrier, le réalisateur s’intéresse avant tout au fonctionnement des institutions (médias, police).
Plaçant le spectateur au coeur de l'action, l'enquête prend vite des proportions insoupçonnées. Les ellipses temporelles permettant de construire un rythme trépidant et où l'énergie déployée par chacun est proportionnelle aux nombreuses pistes à explorer. Les séquences de meurtres absolument magnifiques plastiquement parlant, se chargeant d’instaurer un climat oppressant.
L'envergure et la durée de l'enquête érode peu à peu l'enthousiasme d'autant que le tueur ne donne plus signe de vie et passe à l'arrière plan. C'est l'heure de passer à autre chose, de poursuivre une autre voie. Mais certains comme l'inspecteur Toschi reste pourtant taraudé par cet échec. C'est pourtant Graysmith le cartoonist qui poursuivra les investigations, contaminé par la même obsession : savoir. S'opère un passage de témoin entre deux générations, deux méthodes. Si l'inspecteur, même persuadé de la culpabilité de Allen contre qui les preuves s'amoncellent et s'emboîtent comme par magie (voir l'intense scène de son interrogatoire dans l'usine où il travaille), se plie au verdict de l'épreuve scientifique (l'écriture ne correspond pas), Graysmith reprend tout depuis le début, compulse frénétiquement toutes les archives et suit son instinct, se focalisant sur les signes à déchiffrer.
Ainsi, Fincher porte un regard rétrospectif depuis aujourd'hui sur une époque dont on peut enfin mesurer l'évolution.
Mais le cinéaste fait bien plus que de scruter et analyser une période considérée comme le dernier âge d’or.
A l’instar de « Death proof » de Tarantino, Fincher ne se contente pas d’un relookage stérile et vain. Il introduit des éléments perturbateurs concourant à un régime narratif très singulier.
Chez Tarantino, se sont des anachronismes (portables, sms) qui s’intègrent naturellement .
Fincher préfère parasiter subtilement tout le métrage. Ainsi les journalistes du chronicle, les policiers composent un univers cohérent des professionnels de la tradition. Apparaît le dessinateur Graysmith, prototype de l’éternel adolescent, figure récurrente du ciné hollywoodien contemporain. Alors que tous sont touchés par les épreuves et les affres du temps, lui reste physiquement le même. Un autre personnage partage le même sort : Arthur Leigh Allen le présumé Zodiac. Ces deux personnages de deuxième plan traversent tout le film pour au final se retrouver, se confronter, se scruter. Se reconnaître en tant qu’aberrations ?

Au-delà de détails du scénario (une affiche, un film, une attitude), c'est la matière même de l’image qui créé une indistinction entre cinéma et réalité. Une hyper réalité rendue possible par l’utilisation d’une caméra HD dont Fincher fait un usage aussi passionnant que chez Mann. La matière numérique de l’image figurant un monde nouveau, indéchiffrable aux experts du monde d’avant (journalistes, policiers, graphologues). Le monde du Zodiac.

Cette emprise du numérique contemporain subvertit le récit, les pistes s'évanouissent, les indices prolifèrent, disparaissent.
Comprenant la vanité de la traque, Graysmith va avant tout s'évertuer à le démasquer, le décoder.
Lui seul est le « contemporain » du Zodiac, lui seul est à l'heure du numérique.
Ainsi, le dessinateur fait figure d'alter-égo filmique du réalisateur à la fois par sa manière obsessionnelle de compulser tout ce qui a trait au tueur (Fincher est connu pour sa maniaquerie, son souci du détail) que par sa capacité à utiliser une nouvelle technique (le décryptage/le numérique).
C'est armé de modèles fictionnels que le criminophile (le cinéphile) atteindra son but. Et que Fincher aura réussi à transformer la matière filmique grâce à une parfaite adéquation de la technique ici entièrement au service de l’histoire.

Dans une époque dominée par l’image (de soi, que l’on donne, que l’on perçoit), la réalité devient indistincte. Inextricablement mêlés, la fiction et le réel s’influencent au point qu’il devient nécessaire d’inventer une nouvelle façon de les penser.
« Zodiac » est une oeuvre de genre avant tout mais pas seulement. Outre qu’il s’avère une enquête passionnante et prenante (les 2h30 passent incroyablement vite), le film se donne également comme une réflexion sur les films des années 70 et la manière de les percevoir.
Dans une société contemporaine travaillée à la fois par sa représentation et la réception de cette figuration, le cinéphile (et plus généralement l'homo-médiaticus) semble le seul à même de la décrypter. Quitte à perdre pied avec la réalité, à couper tout lien social et affectif dans une boulimie complétiste et analytique comme dans le cas présent.

Hollywood en grève : une crise plus profonde qu'il ny paraît

Publié le 09/12/2007 à 12:00 par houseofgeeks
Hollywood en grève : une crise plus profonde qu'il ny paraît
Cette fois-ci, nous y sommes. Réclamant une plus grande reconnaissance de leur travail et surtout une réévaluation des droits d’auteur, incapables de trouver un terrain d’entente avec les financiers, les scénaristes d’Hollywood sont en grève. Une situation unique et exceptionnelle qui paralyse l’industrie du divertissement et plus encore les créations télévisuelles.
Emmené par un Shaun Ryan (Créateur de « The shield ») vindicatif, cette grève entraîne de nombreuses perturbations pour des séries alors en cours de diffusion ou en plein tournage.
Outre qu’elle permet de révéler au grand public l’importance de ces hommes de l’ombre dans la réussite des séries à succès, cette grève met surtout à jour une crise bien plus profonde qui secoue l’industrie cinématographique depuis quelques années : la crise des idées.


« 24 », « Desperate housewives », « Heroes », « Prison break »...La liste des séries touchées par la grève s'allonge. Et risque de devenir une liste des séries reportées sine die si le conflit se prolonge. D'une part, une partie de la saison en cours a été tournée ou carrément déjà à l'antenne ce qui conduirait à un report voire une annulation de la saison. D'autre part le manque à gagner en termes d'audience et de recettes publicitaires risquent de sonner le glas de séries en difficulté. C'est l'épée de Damoclès qui menace de s’abattre sur celle qui a le plus à craindre, « Lost ». Série complètement dépendante des scénarios, si la grève devait se poursuivre trop longtemps elle devrait sans nul doute reporter sa 4 ème saison prévue pour 2008 en 2009 ! Sachant que les audiences sont déjà en baisse, les fans ont beau se passionner, le mystère entretenu trop longtemps risque de les lasser. Un compromis, passer à l’antenne les 8 premiers épisodes mis en boîte et incorporer les 8 suivants à la 5ème saison. Outre le suspense intenable et la frustration que cela impliquerait, la cohérence déjà mise à mal en prendrait un sacré coup. Peut être fatal. Ce serait dommage, tant cette série parvient à tenir en haleine avec des concepts vraiment ambitieux.
L’autre série touche de plein fouet est sans conteste « Heroes ». Véritable phénomène outre-atlantique l’année dernière, et dans une moindre mesure chez nous, la série déjà en appel après une fin de 1ère saison complètement ratée (et c’est un euphémisme) hypothéquerait sûrement ses chances de prolonger l’expérience au-delà de la saison en cours.
Pourtant elle mérite une seconde chance tant Tim Kring a su interpeller un auditoire le plus large possible autour du concept super-héroïque le plus basique. Si les fans de comics et des x-men plus particulièrement (influence non avouée mais carrément prégnante) apprécie la série, ce n’est vraiment pas pour son originalité. Son succès permet aux comics-addicts de sortir de l’ornière et déclamer à une audience incrédule que leurs bande-dessinées ne sont pas si attardées.
Si la série est estampillée comics et contre-culture, on le doit à l’ami de Kring, Jeph Loeb scénariste star dans l’industrie qui a emmené dans ses bagages le dessinateur Tim Sale (les peintures d’Isaac Mendez, sont de lui) car Kring avoue lui-même qu’il n’y connaît rien à la culture comics ! Un comble. L’autre influence majeure est sans conteste le chef-d’œuvre de Shyamalan (supérieur à son « 6ème sens », c’est dire) « Unbreakable ». Film qui revoit le mythe du sur-homme (et la légende de Superman en particulier) d’une manière naturaliste, poétique et dramatique. Ils sont parmi nous, nous ressemblent et ont les mêmes problèmes (ou presque) existentiels. Cette approche permet surtout un traitement réaliste et de remiser le spandex, véritable épouvantail de la ménagère moderne. Choix hautement stratégique et parfaitement justifié par l’ambiance conspirationiste à la x-files qui imprègne la série.
Cependant, la série peine à assumer ses influences. Pire elle traite le genre et les fans avec une certaine condescendance. Les nombreux angles de prises de vues style comics, l’emploi d’acteurs ayant un lien avec le milieu (Stan Lee, George « Sulu » Takei), le personnage de Hiro le geek ultime sont avant tout destiné à légitimer auprès des soi-disant fans de comics un vulgaire soap !
D’accord, j’y vais fort. Mais avec du recul, on observe que tout tourne autour des relations entre des personnages qui font peu ou proue partie de la même famille ! Si les caractères sont plus fouillés qu’à l’accoutumée on échappe pas aux révélations sur l’existence d’une fille cachée, d’une liaison extra-conjugale ou la mère aimante se révélant la pire manipulatrice !
Admettons, cela pimente l’intrigue. Mais en faire l’axe principal est carrément indigne surtout développé en 23 épisodes (au moins 8 de trop). Sans parler des personnages sous exploités, Sylar notamment dont les motivations et la transformation en super-vilain sont proprement expédiés en un épisode et d’autres sur-exposés, Nikki et Suresh sont aussi insipides qu’insupportables. Cependant, la série peut se montrer passionnante et ambitieuse quand elle ne démord pas de son fil narratif, empêcher la destruction de New-york. Après un début assez lent, le rythme s’accélère pour culminer avec l’épisode 20 « Five years gone », hommage appuyé aux magnifiques et mythiques épisodes 141 et 142 de Uncanny X-Men, « Days of future past ». Malheureusement le soufflé retombe plutôt lourdement lors de l’épisode final digne de X-Men 3 ! Alors que toutes les sous-intrigues culminaient tant bien que mal pour aboutir au face à face promis et tant attendu entre Sylar et les heroes, l’affrontement dantesque fantasmé se résume à un échange de quelques coups de poings ! C’était bien la peine de barder tout le monde de super-pouvoirs, tiens. Malgré le manque de respect évident pour la communauté geek, la série bénéficie d’un capital sympathie énorme. A cela une seule raison. La relation entre les frères Petrelli fonctionne plutôt bien mais le véritable intérêt de toute la série est l’alchimie qui s’opère entre l’énigmatique M.Bennett et sa pom-pom girl de fille. La série doit tout au charisme et au talent de Jack Coleman. D’ailleurs, c’est à travers leur histoire que les scénaristes s’avèrent les plus inspirés et touchants. La rédemption de Bennet dans l’épisode 17 « Company man » est à pleurer. Comme le générique français d’ailleurs, sauf qu’on ne sait si c’est de rire ou de consternation.
Contrainte, pour sa deuxième saison, de solidifier des bases narratives bancales, la grève arrive au pire moment. Le semi-échec de la saison 1 n’empêchera pas de lancer un « spin-off » d’un genre nouveau. 6 épisodes seront produits et diffusés à mi-saison afin que le public vote pour le nouveau personnage digne d’intégrer la série. Une nouvelle façon d’impliquer le téléspectateur, qui traduit aussi une forme de constat d’échec.
Ce que l’on ne pourra pas enlever à « Heroes » c’est d’avoir introduit le grand public à la culture geek. Certes, cela relève plus d’une façade commerciale mais les scénaristes ont su prendre quelques risques et faire preuve d’un minimum d’inspiration et d’ambition.
On ne peut pas en dire autant de nombreux films, récents ou non.

L’ampleur prise par cette grève dénote de la créativité retrouvée de l’industrie télévisuelle et souligne le manque de renouvellement du cinéma hollywoodien.
Leurs revendications sont totalement justifiées par le manque de reconnaissance de leur profession d’autant plus si l’on considère qu'une crise des idées fait rage depuis un moment.

Dans notre société de consommation et de loisirs, les sources d’inspiration sont nombreuses. On ne compte plus les adaptations de comics, de best-seller littéraires, de faits-divers ou même de séries.
Mais pour beaucoup de ces œuvres, le terme « adaptation » est inapproprié. Il serait plus juste de parler de transcription.
La plupart sont des illustrations serviles de livres à succès, la série des « Harry Potter » notamment (à l’exception du film de Cuaron), se contentant d'élaguer dans le texte plutôt que de faire un vrai travail d'adaptation. Mais ce n’est pas si facile de conserver l’esprit qui a présidé à l’oeuvre. Si Sam Raimi a su déjouer admirablement tous les pièges en mettant tout le monde d’accord avec sa vision de Spiderman, il en est autrement pour les ¾ des films basés sur des comics. Les puristes (dit aussi fans hardcore voire intégristes) ne supportant pas que leur livre ou bd de chevet ne soit pas retranscrite à la virgule ou la case près. Ainsi « Sin City », pourtant révolutionnaire en terme d’image, n’arrive jamais à dépasser son simple statut d’adaptation fidèle. De belles images animées aussi dénuées d’émotion que trop statiques.
Sont également adaptés les jeux vidéos à succès. Et plutôt que de s’appuyer sur un travail d’écriture qui transcenderait le concept de départ, le film est entièrement basé sur un gameplay autant jouissif à jouer qu’il est aussi saugrenu et intrinsèquement voué à l’échec à regarder. Le bien nommé « Doom ».
Mais cette tendance figure une préférence accrue pour de belles images vides de sens. En édulcorant des personnages anticonformistes (John Mc Clane dans « Live free or die hard ») ou en faisant des succédanés de caractères ambigus et charismatique (Benjamin Gates étant la pâle photocopie du pilleur de tombe Indianan Jones), l'implication du spectateur lambda est largement facilité.
Toute charge politique ou critique véhiculée par le scénario sera d’autant plus facilement évacué qu’ainsi les images deviennent inoffensives donc plus vendables car politiquement correctes.
« The island » de Michael Bay est d’autant plus intéressant que cette transformation se fait à l’écran. Au départ fable science-fictionnelle ayant pour sujet le clonage, le film se mue peu à peu en un actioner pétaradant et une course-poursuite effrénée où toute implication éthique et morale sont balayées en même temps que le décor.

Mais le véritable signe d’un essoufflement certain est le recours de plus en plus prononcé aux remakes
S’ils sont une pratique courante utilisée depuis toujours, leur nombre s’est considérablement accru. Entre ceux déjà mis en boîte et ceux à venir (en vrac, « l’âge de cristal », « la montagne ensorcelée », « le magicien d’Oz »…), Hollywood recycle à tour de manivelle. Outre qu'ils sont emblématiques d'un tarissement de création, ils représentent une manière de se réapproprier les oeuvres originales.

Miser sur l’aura et la reconnaissance d’un classique est un bon moyen de faire du fric à peu de frais. Si encore cela permettait à un réalisateur d’apporter sa vision, de transcender l’œuvre originale pour en livrer une version à la fois différente et respectueuse. Comme a pu le faire Carpenter et son remake (« The thing ») de la « La chose venue d’ailleurs » de Nyby et Hawks ou récemment ce qu’à réussi à faire Rob Zombie avec sa relecture du « Halloween » de Carpenter justement.
Un big John assez ambivalent puisqu’on l’a vu défendre des purges infâmes comme les remakes de « the fog » et « assault sur le central 13 » ! Ou quand l’amour et le besoin d’argent fait faire n’importe quoi. Ces deux remakes en question sont parfaitement emblématiques du système à l’œuvre actuellement. Plus aucune place à l’interprétation, à l’imagination et au mystère, les motivations et autres justifications des divers personnages sont abondamment explicitées.
D’un western à la lisière du fantastique et de l’horreur avec « Assault » on passe à un vulgaire thriller d’action grâce au remake. Quant à « the fog », d’un film à l’ambiance délétère et à la tension palpable on obtient un produit promotionnel pour jeunes acteurs à la mode. C’est aussi le cas de la nouvelle version de « Hitcher » qui n’a absolument rien compris au chef d’œuvre de Mark Harmond.

Refaire le même film est aussi le meilleur moyen de s’approprier l’original. C’est ce que démontre la vague de remake de films asiatiques qui ne sortiront sur le territoire américain que dans leur version américanisée. Une manière de faire d’autant plus déplorable que face à l’emprise économique mondiale des Etats-Unis, les auteurs n’ont guère d’autre alternative, mais cela dénote d’un total irrespect et méconnaissance d’autres cultures. Les œuvres en question sont définitivement ancrées dans un contexte historique, politique, social et culturel totalement étranger à une audience américaine. N’en garder que le décorum et ses éléments les plus représentatifs dénature et vide de toute signification ces films. « Ring », « Dark water », « Kaïro » bientôt « the host », autant de chef-d’œuvres devenu totalement insipides et exsangue de toute résonance. Le plus tragique est le cas de Takashi Shimizu qui depuis le succès de son premier film « Ju-on » (sorte de rip-off du « Ring » de Nakata) est condamné à refaire (ad vitan eternam ?) le même film. « Ju-on » a été refait 2 fois au japon et autant aux Etats-Unis sous le tire de « the grudge ».

Le remake est également un bon moyen de relancer une franchise en perte de vitesse. Ainsi, malgré un numéro X assez jouissif et fendard, c’est au tour de Jason Voorhes d’être revu et corrigé, le remake de « vendredi 13 » étant prévu pour l’année prochaine. Vous pouvez être sûr que notre bon Freddy Krueger ne sera pas oublié.
Bien plus qu’un enjeu commercial ou une volonté soi-disant désintéressée de moderniser une œuvre pour une audience contemporaine, on assiste, comme le soulevait Julien Pechenot il y a quelques temps déjà (le numéro 4 de votre revue favorite), à une régurgitation de la contestation.
La société de consommation actuelle absorbe les brûlots anarchistes et nihilistes au possible issus de la période faste des années 60-70.
Le cas de John Carpenter est vraiment significatif puisque l’œuvre de ce contestataire se retrouve véritablement pillée pour mieux être absorbée.
Voir également le remake datant de 2003 du légendaire "massacre à la tronçonneuse"par le clipeur Marcus Nispel. S’il s’avère assez flippant par endroits, force est de constater que l'image est complètement aseptisée. Disparus le grain et les teintes jaunâtres véritables symboles de la putréfaction d'une Amérique encore secouée par le conflit au viet-nam et la désillusion des institutions politiques. Ce qui faisait la force de l'original étant bien son sous-texte politique qui donnait à cette farce macabre ses allures de pamphlet contestataire.
Les conditions de tournage et le budget serré ont certes largement contribué à l’énergie radicale imprégnant le film, il n’empêche que le contexte socio-politique de l’époque est fortement ancré.

Si les années 90 nous ont offert une version remixée et colorisé du génial "la nuit des morts-vivants" de Roméro ce n'est rien comparé au remake de "Zombie" du même Roméro."Dawn of the dead" est un pur produit de la génération des seventies qui s'attaquait à la société de consommation dans son ensemble. Si c'est pour livrer une attaque identique au consumérisme, pourquoi en faire un remake ? Qu'est-ce que cela apporterait de plus ? Le problème, c'est que justement ce remake ne prétend pas s'inscrire en digne hommage ou prolongement de l'original mais bien à asseoir définitivement la main-mise des studios sur les classiques qui ont inspirés toute une génération de cinéastes, de journalistes, d'écrivains actuels dont la fibre contestataire est mal acceptée voir rejetée.
C'est bien pour étouffer dans l'oeuf toute émergence d'une nouvelle génération plus critique envers la société que ces remakes sont faits. Ils ne sont là que pour satisfaire cette génération nourrie à MTV et Jackass en leur proposant des films non plus basés sur une histoire aux résonances actuelles mais sur les vedettes qu'ont leur vend à longueur de clips et d'émissions trash.
Finalement, c'est faux de dire que ces remakes n'ont aucune signification contemporaine. Car malheureusement, ils sont les dignes rejetons d'une société de consommation toujours plus avide de recycler les mêmes idées pour en faire des produits toujours plus attractifs mais sans véritable essence.
Peut être pire. Le succès public du remake de « massacre à la tronçonneuse » a engendré une préquelle solennellement intitulée « the beginning ». Outre que de commencement il n’en a que le titre, cela traduit une certaine forme de révisionnisme. Fonder une préquelle sur un remake à tout d’une tentative de faire oublier qu’il existait un film de 1974 à la base du mythe.

Sevrés à des films toujours plus lénifiants, les spectateurs recherchent désormais un simple divertissement. Mais on s'achemine de plus en plus vers un divertissement simpliste.
Cette grève va bien au-delà du désir de reconnaissance et d’augmentation des droits d’auteurs. Elle oppose deux conceptions bien distinctes du médium. Les producteurs ne pensant désormais qu'en terme d'images et plus au discours qu'elles se doivent d'illustrer et de véhiculer.
Bien plus qu'un enjeu financier, c'est un véritable enjeu idéologique dont il est question.
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