Cinema
Posté le 21.03.2008 par houseofgeeks
Après la porte des étoiles, la destruction de New-York par des extraterrestres, un monstre japonais et une mère nature ayant pété un câble, et avoir fait son braveheart de la guerre de sécession, Roland Emmerich revient avec le 1er méga blockuster à se mettre sous la dent en 2008. Avec 10 000, il revisite la préhistoire à sa manière. On était pas venus là pour un documentaire anthropologique et ma foi cela aurait été sans doute plus passionnant que ce piètre spectacle.
L’avantage dans ce genre de concept, c’est que l’on sait assez peu de choses sur ce qu’il s’est passé il y a 10 000 ans (au pire, on s’en fout un peu). Une occasion trop belle de faire n’importe quoi. Et Emmerich ne s’en prive pas.
Outre que nos ancêtres parlent couramment un anglais parfait, ils présentent une pilosité assez contemporaine. Ce qui est quand même un avantage pour la jeune Evolette sensée attirer les regards des hommes des cavernes assis dans la salle. Ah oui, petit détail qui ne revêt pas une importance capitale mais bien capillaire, ce sont tous des rastas.
L’histoire est simplissime, Evollette se fait enlever par des barbares (au look de vikings échappés de Pathfinder !?), et D'leh, jeune guerrier en devenir, va donc aller la délivrer. Accessoirement, il en profitera pour libérer son peuple et les milliers d’esclaves occupés à construire des pyramides à la gloire du méchant despote. Bien sûr, Emmerich n’oubliera pas de célébrer la fraternité entre les diverses peuplades avec moult accolades.
Outre les quelques problèmes relevés plus haut, le film manque cruellement de rythme. Pire, pour un budget aussi énorme, il ne se passe pas grand-chose à l’écran. Sans doute la création des mammouths, ou plutôt manachs comme on les appelle dans le film, par Patrick Tatopoulos et son équipe aura englouti le budget alloué au film entier. D’ailleurs, ces manachs sont les seules choses réussies. Emmerich devait en avoir conscience puisqu’il ne manque pas une occasion de les détailler amoureusement avec sa caméra. Mais le plus triste, c’est qu’au-delà de la défaillance artistique totale de l’entreprise, Emmerich semble avoir perdu sa proverbiale joie de tout faire péter. Difficile vous me direz dans un tel contexte, faut dire que ça manquait d’explosifs à l’époque. D'accord, disons qu'il ne compense même pas en proposant des scènes d’actions sinon mémorables du moins fun et jouissives. Il se contente de les amorcer sans jamais donner suite. Exemple emblématique, lors de la révolte finale. Les esclaves se soulèvent et commence à bastonner leurs gardes. Des combats arthritiques suivis d’un début de mouvement de foule. Mais tout souffle épique est bien vite balayé par un plan large en hauteur montrant les pyramides sur lesquelles s’agitent des fourmis (les hommes) et des souris (les manachs).
A se demander si Emmerich a entendu parler du Seigneur des anneaux ou de Kingdom of heaven. Ou même de ce que l’on appelle la grammaire cinématoraphique.
Mais pire que tout, voilà t’y pas que tout le film est raconté par une voix-off absolument insupportable. Je dis bien raconter car elle se borne à décrire ce qu’il se passe sur l’écran. Affligeant.
On sait bien que dans ce genre d'épopée, la réussite tient pour beaucoup au charisme du représentant des forces du mal. Or, celui censé représenter la menace ultime apparaît assez peu et tant mieux dans un sens puisqu'il est entièrement vêtu de voiles couleurs pastel, le faisant ressembler à une grande prêtresse des folles nuits parisiennes. C'est quoi ce délire ?!
En voyant cette catastrophe artistique (à se demander comment Cédric Délélée de Mad Movies peut défendre ce truc), on en vient à regretter Uwe Boll. Voilà un mec qui fait n’importe quoi (Alone in the dark, Bloodrayne, Postal) mais il le fait avec grandiloquence et panache. Autrement dit, quitte à verser dans le portnawak autant y aller à fond. Parce que là pour le coup, 10 000 aurait pu devenir intéressant. Il est bien fait référence un moment à un peuple venu des étoiles. Certains ont voulu y voir une référence à l'Atlantide, sans doute pour légitimer leur plaisir coupable. Mais c'est immédiatement Stargate qui vient à l'esprit et on se prend à rêver de voir des vaisseaux spatiaux débarquer, histoire de booster tout ça. En vain.
Et le tigre à dents de sabre qui orne l'affiche ? On le voit 45 secondes, dans 2 pauvres malheureuses scènes. Alors qu’il aurait été parfait comme monture ou compagnon du héros. En plus, cela aurait pu faire un hommage sympa à Ka-zar, personnage des comics marvel rattaché à l’univers x-men. Imaginer le s’attaquer aux manachs ou égorgeant à coup de dents. Ben non, on a juste droit à un plan signature repris de Alien 3.
Autre plan cité, celui de Jurassic Park celui où Spielberg fait un gros plan de l'oeil reptilien d'un vélociraptor avant l'attaque. Ok, quand l'homme a débarqué, les dinosaures s'étaient depuis longtemps fait la malle. Mais si ça pouvait relever la soupe, pourquoi pas. Raté, nous avons droit à des espèces de méga-autruches traquant nos héros dans les hautes herbes.
C’est d’ailleurs là qu’il faut chercher le seul intérêt du film. Trouver les diverses influences. Pas très difficile, ça fait passer le temps et au moins on rigole en voyant la manière cheap de les reproduire !
En vrac, Apokalypto, 300, Jurassic Park, Pathfinder, Stargate, etc...
Et non content de citer ses propres films, Emmerich s'autoparodie. Un comble. Ou peut être est-ce la meilleure manière d'appréhender ce truc, un grand rassemblement carnavalesque où les citations et les emprunts n'ont d'autre fonction que de réactiver les souvenirs des spectateurs.
Eh oui, 10 000 n'est qu'une pâle copie friquée du Be kind, rewind de Michel Gondry. Seulement ici, toute poésie plastique a disparu et les versions « suédés » sont à pleurer de honte.
Voilà donc la première grosse arnaque de l'année, un film comme on en fait plus depuis 10 000 ans ! Encore un dommage collatéral de la puérile culture hollywoodienne. Rassurez-vous; l'amour est sauf ainsi que la prophétie puisque notre belle héroïne ressuscite in fine. Zut, je viens de révéler la fin. Bon, vous n'avez donc plus aucune raison d'aller voir cette daube, si tant est qu'il en subsistait une...
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Posté le 13.03.2008 par houseofgeeks
Je vous rassure tout de suite, avec L'Orphelinat, on navigue très loin d'Yves Duteil.
Grand prix au dernier festival de Géradmer, pluie de Goyas (équivalents espagnols de nos incomparables César), critiques sous le charme, succès public dans son pays, vous l'aurez compris, le film de Juan Antonio Bayona fait l'unanimité. Cela en fait-il pour autant un bon film, l'engouement suscité peut-il être considéré comme un gage de qualité suffisamment pertinent (voir les Ch'tis notamment) ? Affirmatif, L'Orphelinat est excellent mais on est quand même loin du classique instantané comme peuvent le laisser entendre certaines critiques.
C'est tout de même incroyable de voir comment la perception d'un film fluctue à partir du moment où un nom respectable et reconnu lui est associé. Que le fanboy Guillermo Del Toro (Blade II, Hellboy), ici producteur, ait livré deux chefs-d’œuvre encensés par la critique « officielle » (L'échine du diable et Le labyrinthe de Pan) rend tout de suite plus noble un film fantastique bien troussé aux références parfois un peu trop prégnantes (Poltergeist, La maison du diable). Sans comptez que si vous saupoudrez le tout du thème de l'enfance martyrisée, vous gagnez le jackpot, ou les récompenses en l'occurrence. Attention, n'allez pas croire qu'elles ne sont pas méritées, bien au contraire.
Mais passons sur les sempiternelles considérations d'une critique aveugle que seules des figures tutélaires semble à même de rendre la vue. Au moins, L’Orphelinat profite d’une large distribution comparée à celle indigne de The Mist.
Laura décide de réaménager l'orphelinat dans lequel elle a été élevée il y a 30 ans pour en faire un centre d'accueil pour enfants attardés. Y résidant le temps des travaux avec son mari et leurs fils adoptif Simon, Laura ne prête pas une grande attention aux amis imaginaires de son gamin. Jusqu'au jour de sa disparition...
Tout en chassant sur les terres de son auguste parrain et puisant son inspiration à tout un pan récent du cinéma fantastique espagnol, Bayona parvient à s'approprier ces influences pour faire de ce conte un véritable jeu de pistes à l'ambiance inquiétante.
Si l'on pense forcément à L'Echine du diable, on retrouve également du Fragile de Balaguero ou Les autres de Amenabar. Même manière subtile d'instiller la peur dans le quotidien le plus commun. Comme eux, L'Orphelinat met en valeur une enfance traumatisée par de vieux démons, la résurgence de ce passé sous forme de fantômes venus hanter les survivants renvoie clairement aux dégâts causés par un franquisme pourtant encore bien présent dans les mémoires espagnoles, malgré ce que prétendait Rajoy, l'opposant à Zapatero, durant la récente campagne des élections législatives espagnoles. Un point de vue plutôt prégnant dans l'explicite Labyrinthe de Pan.
Des films chargés de sens, mais pas pour autant revendicateurs ou vindicatifs. Ici, on parle d'un travail de deuil et d'un devoir de mémoire difficiles mais qui doivent être nécessairement entrepris. Dans L’Orphelinat, cela passe par la vision de vieux films d'époque ou la reconstitution fidèle d'un environnement passé.
L'occasion pour Laura de remonter le temps non plus par la grâce d'une machine infernale mais par la juxtaposition de ses souvenirs d'enfance sur une réalité désespérante. Car comme le dit la médium : « Croire c'est voir ». Et c'est en se laissant gagner par la nostalgie ainsi que par la certitude de retrouver son fils que Laura parviendra à convoquer les fantômes de son passé.
Un orphelinat où la réalité et les souvenirs communiquent en permanence par le truchement d’une réalisation sobre, une photo magnifique et un sens du cadre étonnant pour un premier film.
Bayona est un réalisateur qui prend son temps , évite tout effet facile ou gratuit et fait peser une menace sourde par un étirement des séquences et en différant l'apparition de la moindre présence. Et tandis que le temps passe (9 mois) depuis la disparition de Simon, l’intrigue semble mener nulle part jusqu’à ce qu’en désespoir de cause, la mère meurtrie fasse appel à une médium qui viendra relancer son espoir comme la narration.
Une séance de spiritisme par vidéo interposée amorçant une dernière partie qui permet à Bayona de livrer des séquences d'une grande intensité. Jamais un jeu aussi commun que « 1, 2, 3 soleil » ne vous aura paru aussi glaçant.
Une tension qui opère par vagues successives pendant tout le film sans jamais devenir paroxystique dans un climax d'une grande puissance émotionnelle. Histoire de vengeance d'outre-tombe, jeux innocents et cruels tournant mal, le drame survient avant tout du manque d'attention porté à des choses à priori insignifiantes sauf aux yeux d'un enfant.
L'Orphelinat parle de la peur de perdre son enfant, de la perte de toute capacité d'émerveillement. Un film pas exempts de défauts mais dont la résolution tragique autant qu’apaisante vous vrillera le cœur.
Finalement, Wendy sera parvenue à retourner dans le monde de Neverland pour y retrouver « ses enfants »…
Posté le 29.02.2008 par houseofgeeks

Après Rocky l'année dernière, Stallone met personnellement un terme à une autre franchise emblématique des 80's, Rambo. Deux personnages qui entretiennent des liens étroits avec leur interprète. Si Rocky est la face lumineuse de Sly, Rambo en est le versant sombre. On peut même énoncer que l'étalon italien incarne ainsi à lui seul toute l'ambivalence des Etats-Unis. D'un côté le boxeur de Philadephie est la plus belle illustration du mythique rêve américain (partir de rien et réussir à force de volonté) quand le guerrier de l'Arizona en expose le côté cauchemardesque (abandon par la mère-patrie de ses fils partis combattre pour ses envies bellicistes). Comme pour Rocky Balboa, John Rambo est l'occasion d'une dernier retour aux sources afin d'inscrire définitivement les personnages au panthéon du cinéma, une volonté clairement affichée par le choix de leur patronyme entier comme titre. Mais là où le boxeur s'offrait un dernier tour de piste en forme d'apothéose et d'ultime bain de foule, notre vétéran du viet-nam livre rien de moins qu’un baroud d’honneur à la force nihiliste proprement stupéfiante !
Après la tentative de réappropriation des seventies par les studios, voir les innombrables remakes vidés de leur substance, on assiste désormais à une résurgence des icônes des 80's. Si le cas de John Mc Clane est réglé par la Fox qui en a fait le chantre du néo-libéralisme (qu'il tance les hackers se méfiant des infos officielles type Fox news n'est pas du tout innocent !), Stallone saisit avant tout l'occasion de redonner de l'éclat à deux figures ternies par des suites aussi fidèles que possible à l'idéologie des glorieuses eighties : fric, cynisme et patriotisme.
Birman holocaust
Sly a mûri, en près de 30 ans il a eu le temps de digérer le fait de n'être plus identifiable que par ces icônes du film d'action. Rocky Balboa et John Rambo sont sa manière de l'accepter tout en affirmant ses velléités d'auteur à part entière. Autant Rocky Balboa se montrait volubile, expansif et généreux en émotions, autant John Rambo vous laisse comme les rescapés du massacre final, estomaqué et incrédule après ce déchaînement de violence.
Rambo vit maintenant reclus dans la forêt thaïlandaise, capturant les serpents venimeux contre pitance. Toujours pas décidé à rejoindre la soi-disant civilisation américaine qui s'est bien foutu de lui (et de ses compatriotes) après son retour du viet-nam : persécuté dans le 1er film, manipulé dans les suites par son propre père de substitution, cette raclure de colonel Trautman. Retiré des "affaires", il est sollicité par des humanitaires désireux qu'il les conduise en Birmanie pour soigner la population persécutée par la junte militaire. Ils se font capturer et Rambo doit repartir les délivrer en compagnie de mercenaires.
Vu comme ça le pitch s'annonce aussi jouissif que décérébré, à l'image des numéros 2 et 3. Seulement voilà, les premières images annoncent la couleur, ce sera certes une boucherie mais elle sera loin d'être bandante ! Car John Rambo n'est pas moins qu'un hommage à Cannibal holocaust et toutes ces bandes italiennes bien crades. Comme Ruggero Déodato, Stallone utilise pour ouvrir son film des "stocks-shots", ceux-ci ne nous épargnant pas les horreurs des exactions commises à l'encontre du peuple birman. Ou comment plomber l'ambiance de ceux qui s'attendaient à un feu d'artifice festif. Tout le film sera à l'avenant, les corps mis en pièces par les balles, transpercés par les flèches de Rambo, gorge arrachée à mains nues, adversaire littéralement étripé, cadavres pendus aux pieds à moitié dévorés par des cochons, des images fortes et choquantes qui rappellent les mutilations du Dernier monde cannibale et consorts et choisies sciemment par un Stallone appuyant sa démonstration là où ça fait mal ; voilà ce que sont la guerre et la violence. Un examen presque clinique qui annihile toute complaisance pour cette violence extrême.
Si Cloverfield avait des vertus cathartique post-11 septembre, il en est de même pour John Rambo qui permet à son personnage d'exorciser le traumatisme du viet-nam, en une sorte d'exutoire. Cette façon de crier de rage lorqu'accroché à une mitrailleuse lourde il massacre les militaires, l'atteste. L’autre force du film est de parvenir à transcender les faiblesses du scénario. Si les humanitaires et les mercenaires sont stéréotypés, que le très méchant Colonel birman soit si archétypal, c'est bien pour renforcer l'image de ce guerrier atavique et impitoyable que rien ne semble émouvoir.
Une attitude d’autant plus prégnante que durant tout le film Rambo est plutôt avare de mots. Un mutisme qui confine presque à de l'autisme.
God of war
Dans les 3 films précédents aussi il s'avérait peu disert. Seulement ici, c'est bien pour mettre en exergue les quelques paroles qu'il prononce. Quand le nouveau Rambo parle, on l'écoute. Mais le fait qu'il soit peu loquace, que ce soit avec les membres de la mission humanitaire ou avec les mercenaires, souligne un peu plus son détachement de toutes contingences. Il est ailleurs. Voire, il est d'ailleurs. Car Stallone s'ingénie admirablement à reconstruire son personnage et en faire une figure mythologique à part entière. Sly n'utilise peut être pas des mouvements de caméra sophistiqués mais il a un sacré sens du cadre et du découpage. Et c'est bien par l'image que s'opère la transformation de Rambo en véritable dieu de la guerre.
Il en va ainsi de l'attitude monolithique de Stallone tout le long du métrage, de son aptitude à se fondre dans le décor ou à surgir derrière un adversaire. Ensuite, lors de l'abordage des pirates birman, il démontre une réelle capacité surnaturelle à les décimer tous. Au passage, il montre clairement sa détermination en achevant d'une balle dans la tête le seul survivant. Et ce en plan large s'il vous plaît (total respect rien que pour ce plan). Puis, alors qu'il prépare la mission de sauvetage, on le voit forger son arme tel Vulcain. Enfin, lorsque après un combat final absolument tétanisant et renversant, la poussière retombe, on voit John Rambo se tenir debout au-dessus de la plèbe, surplombant la scène tel un dieu contemplant son œuvre. Une scène magistrale et saisissante qui aurait pu (dû) conclure le film. La charge nihiliste n'en aurait été que plus puissante de voir cet agent du chaos se détourner et s'en retourner là d'où il vient, laissant à ses pauvres victimes le soin de gérer le traumatisme vécu. Sans doute dans l’esprit de boucler la boucle, sa mission terminée, John peut rentrer au pays et retourner chez lui, enfin en paix. Dommage.
Le 1er Rambo dénonçait les horreurs de la guerre et le besoin de reconnaissance des soldats qui y avaient vu leurs idéaux bafoués mais de manière allégorique, sous forme de retour au bercail empreint de honte et de persécution. Avec John Rambo, Stallone aborde frontalement le problème et nous donne à voir ce conflit dans toute son horreur. Qu’on ne s’y trompe pas, la volonté de Sly est autant d’alerter sur les conflits en cours (Birmanie donc mais d’autres en filigrane) que ressusciter, pour mieux l’évacuer, le traumatisme de cette guerre du viet-nam. Il y a pourtant eu Platoon, Full metal jacket, Outrages, mais aucun n’avait jamais atteint la force brute du film de Stallone. Barbare John Rambo ? Assurément. Mais en aucun cas “ jouissif ”. C’est un putain de bon film dont la violence, physique et politique, est d’autant plus exacerbée que les personnages virent par moments à l’abstraction pure et simple. Du grand art.
Après deux chefs-d’œuvre tels que Rocky Balboa et John Rambo, la carrière de réalisateur de Stallone s’avère passionnante. Vivement la suite !
Posté le 27.02.2008 par houseofgeeks
Le meilleur baromètre de ce genre de comédie hénaurme sont les « critiques » des magazines télés ou féminins, bref les non spécialistes. Peu exigeants d'ordinaire (il leur suffit d'une star dans un rôle un peu moins convenu pour crier au génie), tous sont unanimes sur la piètre qualité du métrage. Si même eux trouve le film déplorable, il y a de quoi avoir peur.
Difficile après lecture de se motiver pour aller voir la « bête ».Passant outre toute influence extèrieure, je m'astreins donc à une vision de Astérix aux Jeux Olympique comme tout bon adepte de « gonzo » journalisme. Et le résultat à l'écran est inversement proportionnel à l'ampleur du budget, le plus gros pour un film français. Alors quoi, faut -il tirer sur l'ambulance, crier au loup de concert avec les autres critiques ou tenter de trouver par tous les moyens quelquechose à sauver du désastre ? Un peu des trois, d'autant que l'aspect le plus intéressant et qui a échappé à tout le monde est que le duo de réalisateur Langmann/Forestier fait référence au travail d'un autre duo de réalisateurs, les frères Wachowski.
La monstrueuse parade
78 millions d’euros de budget, distribution sur 1078 écrans, une promo maousse, des guests à la pelle, bref ils ont sorti le grand jeu pour les nouvelles aventures du petit gaulois. Une stratégie qui en rappelle une autre, celle d'un autre énervé, le président Sarkozy, dont l'agitation frénétique et permanente cache mal les mesures iniques prises et l'absence d'une politique cohérente. Sans doute ce qui motive le magazine « Marianne » lorsqu'il titre « Astérix aux J.O, un film Bling-Bling ».
Mais au-delà de toute considération politique, le film en lui-même est une aberration. Alors que le film précédent, Astérix et Obélix : mission Cléopatre, mis en scène par Alain Chabat était un gigantesque hommage au Saturday Night Live (dont l'humour des nuls est directement issu) complètement assumé et drôle à la cohérence narrative intacte, la version à Olympie se contente de gags digne du slapstick le plus primaire (les récurrentes chutes de Alafolix) où ne compte que l'enchaînement aussi improbable qu'inepte de saynètes mettant en vedette les comiques les plus populaires (Dubosc, Semoun, Garcia,etc) mais pas forcément les plus drôles. Le plus triste dans l'affaire étant que ce divertissement se voulant populaire par l'accumulation de figures et têtes reconnues ne satisfera que les masses peu regardantes. Tandis que la promo intensive remplit son office, donc les salles, le bouche à oreille pourtant pas fameux n'entame que légèrement la fréquentation. Donnant un peu plus de poids à l'axiome de la grande distribution qui veut que le succès et la qualité d'un film se mesure au nombre de ses spectateurs.
Le teaser (super drôle au début, moins au bout de plusieurs semaines de tabassage médiatique) annonçait la couleur. On y voyait Poelvoorde en Brutus, ordonner à ses troupes romaines de se mettre en formation « tortue » (d’un point de vue animalier). Le même rectifiant le titre du film Astérix aux Jeux Olympiques en un « Brutus aux Jeux Olympiques ». Une note d’intention limpide puisque effectivement, le film est un show Poelvoorde. Seulement ce dernier fait à peine sourire malgré ses efforts. On ne le redira jamais assez mais faire rire est tout un art. Or, ici l'absence de direction d'acteur et de rythme est rédhibitoire. Comment en vouloir à notre comique belge préféré (après Johnny ?) qui semblait lui-même attéré et affecté par ce tournage (sa dépression a bien une origine). Une incompréhension sans doute partagée par le génial Santiago Ségura (acteur fétiche de Alex De La Iglesia et réalisateur entre autres de la trilogie culte Torrente) dans le rôle de Docteurmabus (sic). On se consolera comme on pourra en constatant avec bonheur le peu de scènes mettant en scène Astérix et Obélix (à part le gros chèque, quelle motivation pour Cornillac ?), les deux héros n'étant plus que les faire valoir des rôles secondaires gravitant partout ailleurs. Malheureusement ceux-ci s'avèrent d'aussi minables ressorts comiques. Et ce n'est pas la tentative de sauvetage de l'homme providentiel Jamel Debouze dans les 5 dernières minutes qui fera remonter la côte d'intérêt du film. Pas mieux non plus du côté de la course de char qui se voulait aussi drôle que celle de Ben Hur était épique. Non, l'intérêt du film est décidemment autre
Astérix, Obélix...Matrix (?)
Après le succès rencontré par le péplum survatiminé de Zach Snyder 300, il n'est pas étonnant de voir ici générer via les CGI les nombreux décors et arrières plans. Pas d'ambiance onirique ou fantasmagorique apte à renforcer un traitement mythologique de l'histoire comme dans le film de Snyder. Au contraire, Astérix aux J.O voit ses acteurs s'ébattrent (se débattrent ?) dans des aplats figurant les décors dessinés par Uderzo dans la B.D, particulièrement lors des épreuves olympiques. En clair, Langmann et Forestier veulent donner l’illusion que les planches s’animent. Cette volonté de faire disparaître toute profondeur de champ se rapproche étrangement de ce qu’expérimente actuellement les frères Wachowski avec leur nouvelle réalisation Speed Racer.
Adaptation d’une série animée japonaise à succès, les premières images de Speed Racer montrent des véhicules ultra-rapides se taper la bourre dans des décors aux couleurs plutôt éclatantes et flashy mais surtout tout droit issus d’un manga. Un film qui semble prolonger leur réflexion entamée avec la saga Matrix sur l’imbrication des différents degrés de réalité, leur pérméabilité et leur capacité à englober personnages comme spectateurs. Le désign général de l’entreprise étant clairement influencé par la nouvelle vague japonaise dite « superflat » (voir le blog de l'ami Rafik pour être complet : rafik.blog.toutlecine.com)
Le « superflat » est un mouvement d'art contemporain influencé par l'animé et le manga. C'est une attitude qui vise à analyser la culture japonaise d'après-guerre à travers la sous-culture dite « otaku ». Superflat signifierait littéralement être "trop enfermé" (dans son appartement, pour lire des manga par exemple). Si la vision des Wachowski s’inscrit dans un projet à la cohérence intellectuelle hors norme (Matrix, ça vous dit quelquechose ?), il n’en est pas de même de ce film, se contentant d’illustrer platement des péripéties assez molles et aux effets spéciaux laids à pleurer. A se demander comment un tel budget a été dilapidé. Les nombreux caméos et rôles secondaires de « stars » peut être ?
Bien évidemment, c'est une pure coïncidence si Astérix aux J.O reprend un concept similaire au futur Speed Racer. Après visionnage, il est impensable qu'ils aient eu la volonté de questionner le média à l'aune du succès historique d'une bande-dessinée franco-belge, encore moins d'en tirer des conclusions ou des pistes de réflexion sur la contre-culture associée.
Conclusion, un film qui sera difficile à oublier non pas tant par sa propension à rater sa cible à chaque fois (encore un gag récurrent ?) mais bien parce qu'un tel budget pharaonique aurait pu financer une quinzaine de films de genres et donner corps aux visions de vrais auteurs. Le plus dommageable sera la réputation de plus gros (budgétairement et artistiquement) nanar jamais produit mettant un peu plus à mal la légendaire « exception française ». Mais, on s'en fout, Astérix aux J.O rapportera un max de thunes. Ce qui est quand même le plus important dans la vision mercantile du cinéma véhiculée par Canal +, TF1, France 2 et consort.
Posté le 09.02.2008 par houseofgeeks
Dire que « Cloverfield » était attendu au tournant est un euphémisme. Articulant sa promotion autour de l’absence d’images du monstre et son concept d’une narration ultra réaliste, le film se révèle au final beaucoup plus complexe. Riche de plusieurs niveaux de lecture et d’appréhension, le film se permet d’exorciser un traumatisme collectif tout en rendant un vibrant hommage à l’écrivain Howard Philip Lovecraft (L’appel de Cthulhu, l’abomination de Dunwich, les montagnes hallucinées,etc). Surtout, c'est un film qui ouvre des pistes de réflexion passionnantes sur le besoin irrépressible de fixer des images à vocation testamentaire.
Rarement marketing aura été aussi efficace que dans le cas de « Cloverfield ». Une promo virale qui s’impose en digne successeur du « Projet blair witch » qui avait défrayé la chronique en 1999. Il faut dire que J.J Abrahms est un maître dans l’art de faire monter la pression comme l’a si bien démontré la série « Lost ». D’ailleurs « Cloverfield » entretient un lien de parenté dans la mesure où le buzz est généré par une bande-annonce montrant une jungle cette fois-ci urbaine en proie au chaos et où se font entendre les cris des habitants paniqués. Par quoi, là encore le mystère demeure. Peut être est-ce la même créature vivant sur l’île maudite venu dévaster une autre fiction de son géniteur ? Toujours est-il que le petit monde des cinéphiles du net n’est plus agité que par les spéculations sur l’apparence du monstre. Ou comment détourner l’attention par l’absence d’images. Car savoir à quoi il ressemble, finalement importe peu. Ce monstre agissant en véritable Mc Guffin (élément accessoire autant qu’essentiel puisque moteur de l’intrigue) puisque l’intérêt du film réside bien dans son concept, vivre l’intimité d’une catastrophe.
La fin de l’innocence
Une proximité envisagée comme principal ressort dramatique puisque nous serons constamment accrochés aux basques d’un petit groupe de survivants. Et cela devient même l’enjeu principal puisque la retransmission vidéo débute par les images d’un jeune couple, Rob et Beth, apparemment heureux. Un bonheur très vite contrarié par la superposition des images de la fête de départ du même Rob pour le Japon, le couple étant maintenant séparé. Outre la survie, le but ultime de Rob sera bien évidemment de retrouver celle qu’il aime en dépit des multiples dangers. Et cette idée de montage où des images de leur bonheur passé viennent parasiter le reportage de l’apocalypse ambiante renforce leur quête désespérée d’un bonheur perdu. Un film exprimant parfaitement l’état d’esprit des américains au lendemain des attaques du 11 septembre 2001. « Cloverfield » agissant comme une thérapie cathartique en faisant revivre de l’intérieur la panique immédiate des malheureuses victimes. Une expérience viscérale déjà abordée mais périphériquement par le très bon « Vol 93 » de Paul Grenngrass quand le « World trade center » de Oliver Stone ratait la cible par une bondieuserie trop marquée et une identification rendue impossible par des acteurs reconnus (Nic Cage). Car la force du film de Matt Reeves réside dans ses personnages campés par d’illustres inconnus, procédé qui renforce le climat d’angoisse puisque tous sont menacés de disparition de l’écran. C’est surtout une façon de souligner que la star du film, c’est le film lui-même. Pas de vedettes, une bête qui joue à cache-cache au milieu des buildings, tout passera par la capacité du montage à provoquer toutes sortes d’émotions. Et si le côté amateur est renforcé par le format numérique et les décadrages incessants, les ellipses provoquées dans la fiction sont les signes ostensibles d’un montage maîtrisé afin de contrôler le rythme.

Une attente fébrile et récompensée
Coupons court tout de suite aux critiques mitigées et restant sur leur faim. « Cloverfield » répond parfaitement à nos attentes et se montre aussi éprouvant et tétanisant que possible. Comme son monstre, le film est tout simplement énorme. Le choix d’une caméra DV décuplant les sensations de peur et de désorientation.
Premier coup de maître, l’affiche du film. Les traces des remous laissées dans l’eau et les immeubles éventrés de la berge laissent à penser qu’une créature énorme est sortie des eaux et on pense tout de suite à une sorte de Godzilla. Deuxièmement, la statue de la liberté à la tête tranchée convoque irrémédiablement les dernières images pleines de désespoir du film de Franklin J. Schaffner « La planète des singes ». Et la bande-annonce montrant cette tête atterrir sur le macadam prolonge admirablement cette vision crépusculaire. Outre la forte charge symbolique, cette image d’une statue de la liberté décapitée agit comme un funeste présage à ce qui va suivre.
D’ailleurs, la bande-annonce commence par une introduction digne du « Projet blair witch » puisque nous présentant les images qui vont suivre comme tirées d’un caméscope retrouvé sur les lieux de ce qui était Central Park…
Une habile promo jouant sur la diffusion du moins d’images possible qui couplée à cette introduction liminaire finit d’exacerber le désir d’en voir plus.
Et une fois que la première explosion embrase le ciel, c’est parti pour une course frénétique d’abord pour la survie puis le sauvetage de la belle en détresse. Comme « La guerre des mondes » de Spielberg, la petite histoire rejoint la grande. Sauf qu’ici on abandonnera rapidement toute interaction avec le reste de la population, mis à part l’armée, pour se focaliser sur un groupe restreint à 4 personnes parties à la recherche de leur amie, sachant pertinemment qu’ils ont toutes les chances d’y rester. Le fait que l’introduction ne mentionne pas de survivant scelle un peu plus leur tragique destin.
Isolés, ils traversent un Manhattan en ruines pris entre les ripostes des soldats et les déplacements de la créature. Celle-ci bénéficiant d’apparitions morcelées, une tentacule, un « bras » ou un « pied » gigantesque, quand bien même il se montre d’une taille plutôt respectable. Comme le « Alien » en son temps, montrer le moins possible la créature favorise la tension, elle peut se dissimuler partout et nulle part à la fois. Et ici, malgré sa taille nous n’en aurons jamais une vue d’ensemble nette et précise, profitant des trous et ellipses créés par le montage vidéo.
Certains semblent d’ailleurs plutôt mécontent de ce traitement, le définissant comme roublard et reprocher au film d’être construit sur du vent. Au contraire, le fait que l’origine du monstre soit inconnue, que sa forme réelle soit indéfinissable renvoie à l’impossibilité de décrire l’innommable dans les écrits de H.P Lovecraft. En somme, le meilleur moyen de stimuler l’imagination.
Des reproches qui avaient été faits également au « Projet Blair witch » qui foutait une pétoche d’enfer grâce à la seule force de la suggestion et une image furtive de la menace en toute fin de métrage.
Un seul espoir : témoigner
En toute illogique, le caméraman s’obstine à filmer pendant ses moindres déplacements. Obéissant ainsi au nouvel instinct créé par les nouvelles technologies, témoigner en le filmant ou le prenant en photo du moindre évènement. Image saisissante que ces rescapés agglutinés téléphones portables en main en train d’immortaliser la tête de la statue de la Liberté gisant à terre. Une fois retrouvés leurs esprits voilà ce qu’ils font en premier. Désormais l’instinct de survie est supplanté par ce besoin de témoigner, de laisser une trace. Ce sera d’ailleurs le seul espoir pour nos deux tourtereaux en toute fin pour qu’ils survivent au moins dans la mémoire collective : déclamer son identité face caméra.
Filmer devient une obsession et le véritable sujet du film. Au-delà de revivre le traumatisme du 11 septembre et raconter la quête intime de ses personnages, plus qu’un survival urbain, le film est la traque de cette bête qui échappe à tout objectif, photo ou caméra. Le but ultime est d’arriver à imprimer son image sur pellicule. A chaque fois qu’il sera à proximité, le caméraman tentera d’en avoir des images suffisamment stables, pour savoir ce que c’est et comprendre, peut être. Les circonstances l’en empêcheront toujours (explosion, fuite, attaques d’espèces d’araignées géantes…) jusqu’à ce qu’ils soient évacués en hélicoptère. A l’abri et tandis que l’armée bombarde le monstre, il peut enfin faire la mise au point. Nous en aurons donc un aperçu plus complet malheureusement l’helico finira par se crasher. Un premier avertissement sans frais puisque les 3 héros s’extirpent des décombres. Seulement, une fois que Hud récupère la caméra et qu’il filme en gros plan et de face la créature arrivée sur les lieux (la même ?), il mourra dévoré. Ultime hommage à Lovecraft, car si ses protagonistes devenaient fous et mourraient d’avoir contempler l’indescriptible (Cthulu et consort), le même sort attend les personnages de « Cloverfield » qui parviennent à voir l’infilmable.
Le phénomène « Cloverfield » ouvre donc le bal d’une année qui sera marquée par des films tournés en caméra subjective puisqu’on attend le terrifiant « REC » du duo Balaguero et Plaza et le politique « Diary of the dead » de Romero. Chacun poursuivant un but propre mais tous avec la furieuse envie de proposer une vision ultra-réaliste d’évènements fantastiques à même d’immerger plus profondément encore le spectateur. Avec le développement des technologies liées à la vidéo, chacun peut être le réalisateur de sa vie grâce à son portable ou sa mini caméra DV. Des films qui, comme le « Vidéodrome » de Cronenberg en son temps, illustrent et confrontent les spectateurs à leur devenir image.
Posté le 27.01.2008 par houseofgeeks
Après quelques atermoiements, « Frontière(s) » le premier film de Xavier Gens est enfin sorti. Un accouchement non sans douleurs car le film aura subi une production plus que chaotique - Gens obligé de shooter en cachette les scènes les plus extrêmes, son producteur voulant un film PG-13 (interdit aux moins de 13) – une distribution différée – Europa Corp voulant capitaliser sur « Hitman » - et enfin un comité de censure (appelée chez nous C.S.A) qui impose une affiche absurde et enlaidie par les mentions que le film accumule les scènes de boucherie, etc. Tout est donc réuni pour faire de « Frontière(s) » un bide et un objet honni par la critique, les spectateurs et les soi-disant fans de film de genres. Et c’est ce qui est en train de se passer.
Sans doute l’attente suscitée par un film se positionnant d’emblée dans le genre horreur sans concession aura jouée en sa défaveur. A force, d’attendre sa sortie chacun se sera fait sa petite idée et imaginé les scènes les plus horribles suivant son degré de déviance. Et bien qu’imparfait, souffrant d’une histoire prétexte un rien minimaliste voire parfois simpliste, « Frontière(s) » est pourtant loin d’être le nanar ou le pétard mouillé tant décrié. Mieux, il devient indispensable de le défendre et le supporter en salles si l’on veut que les financiers consentent à donner quelques billes pour de futurs projets aussi risqués commercialement.
Xavier Gens a été assistant réalisateur de Ringo Lam sur « Risque maximum » mais s’est surtout fait remarquer par sa maîtrise de la narration et des cadres avec le court-métrage « Au petit matin » (avec Estelle Lefébure, déjà), « BTK – Born to Kast » et un épisode (le meilleur ?) de l’anthologie Sable Noir et intitulé « Fotographik ». Des programmes courts à la tension permanente et en crescendo qui se terminent bien souvent dans un bain de sang. Réalisateur sevré aux chef-d’œuvres des Hooper, Carpenter, Lustig, Mc Tiernan,etc et élevé voire éduqué par Mad Movies. En clair, un réalisateur qui a tout pour plaire.
Alors, qu’est-ce qui cloche ? Sûrement que le film dérange par son amour des situations les plus extrêmes en mettant en scènes ses figures les plus extrémistes (un Sarko-like puis une famile de nazis cannibales), pour en faire une expérience rare dans le paysage cinématographique actuel.
Le scénario écrit par lui-même est une réaction au passage du Front National au deuxième tour de la présidentielle de 2002, auquel s’est depuis rajouté le traumatisme de vivre en Sarkozie. Des émeutes qui servent de toile de fond et permettent de contextualiser l’intrigue. Et bien que la référence n’alimente autrement l’histoire qu’en l’encadrant, elle permet de mesurer le parcours des protagonistes. Des personnages assez crédibles et qui vont passer un sale quart d’heure.
Globalement, l’interprétation est à saluer. Les quelques réserves concernant Le Bihan dont le cabotinage est à la limite de décrédibiliser la brute épaisse qu’il joue et les dialogues assez pauvres qui n’aident pas vraiment Estelle Lefébure et les autres. Cette dernière est d’ailleurs dans ce film le portrait craché de Sheri Moon Zombie, la femme de notre métalleux préféré. On en vient donc au point névralgique, les références qui imprègnent tout le film.
En premier lieu, le « Massacre à la tronçonneuse » de Hooper puisque « Frontière(s) » en reprend la trame principale et ses moments clés (le repas de famille notamment) mais sans jamais virer au plagiat éhonté. Gens a l’intelligence de s’en démarquer et de ne pas en livrer une pâle copie aussi ostentatoire qu’inutile. Autre film imprégnant le métrage, « Psychose » de Hitchcock mais sans scène de douche. On peut s’amuser à dénombrer les autres emprunts (en vrac « The descent », « Hostel », « la mouche », « Die hard »… mais là n’est pas le but. La reconnaissance cinéphilique importe peu à Gens qui s’en sert surtout pour stimuler les cerveaux des spectateurs.
Un cinéma qui se rapproche d’un autre fan-réalisateur, Christophe Gans. Mais en plus viscéral, Gans peinant à créer un lien avec le spectateur autre qu’esthétique. Ses films sont très beaux et virtuoses mais souffrent d’un manque émotionnel certain.
« Frontière(s) » propose donc de suivre le calvaire initiatique de 4 jeunes des cités, plongés en plein cauchemar nazi au cœur même de la campagne française. Réalisation au cordeau, bien que souffrant parfois du surdécoupage des fusillades, et inventive, photographie léchée, construction des plans remarquable (on sait à chaque instant dans quel lieu se situe l’action, voir carrément de dessiner les plans de la ferme à la sortie de la salle !), Gens est un cinéaste émérite.
A peine si on peut déplorer des séquences de torture et d’action qui ont tendance à s’autonomiser, perturbant quelque peu le rythme.
Mais ce qui laisse pantois, ce sont bien le CSA et certaines critiques taxant le film de complaisance et de voyeurisme. Les rapports de force sont violents, mais jamais gratuit. Mieux, Gens utilise toujours la bonne distance pour filmer ces horreurs. Si les nazis se font découper ou sauter la tête dans des gros plans bien gores et craspec, au contraire les malheureuses victimes subissent les derniers outrages avec dignité, soit à chaque fois à l’abri des regards.
Et si le film se termine dans une rage libératrice, elle est loin d’être apaisante.
« Frontière(s) » est loin d’être le chef-d’œuvre définitif attendu et espéré, la faute à un script bancal et des sautes de rythme sans doute dues à la difficulté de passer d’un format court à un long métrage. Mais en l’état, il reste une formidable expérience éprouvante, un film sincère et humble, transgressif et avec de vraies propositions de mise en scène et que l’on aurait tort de snober. Xavier Gens est un mec à suivre et supporter et non à conspuer. Parce que des films comme ça, déjà que l’on en voit peu, on est pas près d’en revoir.
Alors, lorsque l’on est capable de s’enquiller des « Détour mortel I et II », « Feast », le remake de Nispel de « Massacre à la tronçonneuse » sans sourciller, que l’on estime « A l’intèrieur » sur-estimé et que l’on fait la fine bouche devant « Frontière(s) », il y a de quoi s’inquiéter….
Posté le 27.01.2008 par houseofgeeks
A force, on aurait presque fini par y croire. Malheureusement, l’émergence d’un véritable cinéma de genre à la française restera limitée à quelques films véritablement habités par leurs auteurs. Des exceptions qui confirment une fois de trop la règle. Quand Aja, Vestiel, Siri, Gens et consorts investissent le genre pour livrer des œuvres référentielles mais avec la volonté de générer une véritable empathie pour leurs personnages et raconter une histoire pas seulement rythmée par des scènes d’actions et/ou de sévices, les autres (Leclercq, Pitof, Leterrier) se ramassent la gueule pour avoir privilégier les artifices à tout discours humaniste.
Le premier film de Marc Caro, « Dante 01 », faisant contre toute attente partie des ratés.
Pourtant, on aurait aimé qu’il réussisse à imposer une nouvelle vision de la S.F. Quitte à tenter de s’auto-persuader que décidemment non, l’autre moitié du duo Jeunet-Caro ne pouvait faire un mauvais film. Mais contrairement au magistral « Sunshine » de Danny Boyle, « Dante 01 » a beau multiplier les références, il n’arrive jamais à les amalgamer et les soumettre à sa volonté de raconter une histoire.
Plombé par un script de Pierre Bordage indigne et sans ambition, Caro dirige son éternelle troupe de « gueules » (Pinon, Levantal, Hadji-Lazaro…) dans des décors au désign parfois assez limite.
Si « Eden log » bénéficiait également d’un scénario minimaliste de Bordage, Franck Vestiel a su le transcender par une réalisation soignée, significative et évocatrice donnant à son film plusieurs niveaux de lecture. Un film imparfait mais passionnant.
Or, Caro se borne à illustrer une histoire évasive, à la symbolique religieuse et mythologique pachydermique. Entre les noms de persos tels que Perséphone, Moloch ou St-Georges, le pénitencier/hôpital en forme de croix et en orbite autour d’une planète en fusion, une voix-off insupportable d’explications pseudo philosophiques sur les évènements à l’écran, tout pour prendre le spectateur pour un débile fini. Une condescendance intolérable.
Ceci dit, le travail sur la lumière et les cadres reste admirable et la séquence qui voit Dominique Pinon plonger dans un bain bouillonnant pour reprendre le contrôle de la station est superbe et saisissante.
Hélas, on oublie bien vite les quelques bonnes idées parsemant le métrage tant le spectateur un tant soit peu cinéphile demeure dubitatif face à cette resucée sans âme de « Alien 3 » de David Fincher.
Sans rythme, des acteurs en roue libre qui en font le minimum tant leur manque d’implication est patent, le film se permet tout de même l’exploit de s’éterniser sur 1h30. 90 minutes construites sur du vent Dans l’espace, personne ne vous entendra bâiller.
Terminons par des propos de Lambert Wilson sur sa fierté de participer à ce film : e souhaitais simplement m'approcher d'un metteur en scène dont l'imaginaire est puissant et qui a un sens visuel très développé. Ca m'a rappelé les frères Wachowski. Ces trois personnes sont issues de la bande dessinée. Pour elles, le travail commence par l'oeil dans un petit format."
D’une, il n’a rien compris au talent des frangins pour oser les comparer à cette nullité de Caro. Deux, effectivement, la vision qu’a Caro de son média est sacrément étriqué.Lambert Wilson, acteur passable mais bel esprit de synthèse.
En tout cas, Marc Caro nous doit une revanche.
Posté le 23.01.2008 par houseofgeeks
Mort et enterré. Comment qualifier autrement le genre « vigilante flick » après un pitoyable « The Punisher » de Johnathan Heinsleigh. Une émasculation en règle qui faisait peine à voir. Rendez-vous compte, Franck Castle plus préoccupé par une volonté de socialisation que par sa vengeance.
Des « revenge movies » dont les plus impressionnants représentants récents sont le « Kill Bill » de Tarantino et surtout « Man on Fire » de Tony Scott.
Et le troisième film de James Wan, « Death sentence » se range clairement dans cette catégorie.
Après avoir lancé la vague des « torture flick » en 2004 avec le remarquable « Saw », Wan refusa d‘en réaliser les suites pour éviter de se voir cantonner dans la catégorie de réalisateur d’horreurs. Rien d’infâmant en soi, mais le bonhomme a suffisamment de talent pour refuser de se laisser enfermer.
Son deuxième long « Dead silence » aura connu une production plus que chaotique, qui ajoutée aux piètres résultats au box-office auront largement fait baisser sa côte. Pourtant, même si cet hommage à Mario Bava et plus largement à l’horreur gothique transalpine et britannique souffre d’un scénario un peu léger, la mise en scène travaillée et au cordeau de Wan fait de « Dead silence » un film aussi beau qu’envoûtant.
Peu épargné par les critiques, frustré de l’incompétence crasse des costards-cravate d’Hollywood, James Wan canalise sa colère et la libère de la plus belle manière qu’il soit avec l’éprouvant « Death sentence ».
Pertes et conséquences
« Death sentence »est donc l’ultime représentant d’un genre ultra codifié qui voit généralement un citoyen modèle subir un traumatisme personnel remettant en cause les valeurs auxquelles il croyait et l’obligeant à prendre les armes pour se faire justice.
Un genre qui aura plus particulièrement connu son âge d’or en Italie durant les années 70 ou « années de plomb » (les poliziotteschi). Des films indissociables du contexte politique et du climat insurrectionnel de l’époque. Au-delà d’un principe d’autodéfense envisagé comme seul moyen d’action, ces films étaient le reflet de ces années de confusion politique et idéologique que seules la rage et la colère étaient à même d’exorciser. Un contexte similaire aux états-unis durant la même période, la méfiance voire la défiance envers les institutions (watergate et viet-nam obligent) donnant des films aussi controversés que radicaux tels la série des Dirty Harry et celles des « Un justicier dans la ville » (« Death Wish ») avec le regretté Charles Bronson.
Des films qui prêtent évidemment le flanc à la critique, les bien-pensants les qualifiant d’emblée de réactionnaire.
Une étiquette réductrice dont a longtemps et injustement souffert Clint Eastwood à cause de son incarnation de l’inspecteur Harry Callahan. Des films qui sont pourtant moins une revendication idéologique nauséabonde que l’illustration de la déliquescence d’un tissu social et d’une société corrompue.
Les conditions politiques ont beau être totalement différentes, le genre commence à renaître de ses cendres. Ainsi, on a vu récemment le très surprenant « The brave one » (« A vif ») de Neil Jordan avec une Jodie Foster complètement métamorphosée en ange-vengeur et exterminateur. Un parcours à l’issue duquel sa vision et sa compréhension de son environnement extérieur seront irrémédiablement transformées.
Et dans nos sociétés contemporaines, apolitiques et soumises au pragmatisme comme seul horizon collectif, le renouveau d’un tel genre traduit dorénavant la fuite en avant d’individus confrontés à la perte des illusions envers un système déficient et incapable d’apaiser leurs peines
Une prise de conscience individuelle aussi violente que destructrice.
Famille, je vous aime
Nick Hume (Kevin Bacon impérial, comme d’hab’) est vice président d’une importante compagnie d’assurances, heureux mari et père de deux garçons, dont l’aîné est promis à une carrière de hockeyeur pro. Tout va donc pour le mieux. Jusqu’au soir où, alors qu’il fait le plein de sa voiture, Nick voit son fils prodigue se faire égorger sous ses yeux par un voyou, accomplissant par ce meurtre un rite initiatique qui lui ouvrira les portes d’un gang. Anéanti par cette perte, il va définitivement péter un câble lorsque la justice sera incapable de punir convenablement le coupable. Aux yeux de Hume, pas d’accord possible, c’est la prison à vie ou rien. Et quand il décide de se rétracter au dernier moment, c’est pour mieux suivre sa proie et se venger. Le début d’un engrenage fatal, pour lui et sa famille…
Premier changement notable pour Wan, ce n’est plus son compère Leigh Wannel (présent au générique en tant qu’interprète d’une petite frappe) qui signe le scénario. Brian Garfield adapte ici son propre roman « Death sentence » donc, séquelle d’un autre de ses romans, un certain « Death wish ». Mais si Joe Kersey (Bronson dans le film de M. Winner) avait une forte conscience sociale de son environnement, Nick Hume a lui une vision circonscrite à un cocon familial idyllique. Ce qui a l’écran se traduit par la présentation de cette famille sous forme d’un enchaînement d’extraits vidéos des meilleurs moments vécus et immortalisés (anniversaire, noël, récompense sportive…).
Une unité familiale artificielle qui, de prime abord, rend difficile une implication émotionnelle. Or, la famille Hume est conforme à cette introduction, voir le dîner où la dispute entre les deux frères reste assez soft et vite maîtrisée par un père attentif et compréhensif. Surtout, cette vidéo figure un passé idéalisé et ressassé comme si tous étaient déjà morts. Une entrée en matière pour le moins morbide, quand bien même les images nous montrent une famille nageant en plein bonheur.
D’un extrême, le film passera à un autre lorsque nous sera présenté une famille cette fois-ci dysfonctionnelle au possible, un père revendeur d’armes (John Goodman) et « employant » un gang auquel appartiennent ses deux fils homicides.
Un réalisateur au diapason
Se sont deux conceptions antagonistes de la famille qui s’affrontent, deux mondes en constante opposition. Si Nick Hume vit dans un univers sécurisant et aseptisé, celui du gang est crade et dangereux.
A son contact, Nick Hume verra une transformation autant physique que psychique opérer. De même que la réalisation se fera plus sèche et brutale.
Wan sait composer ses plans et livre des scènes d’action impressionnantes de violence et de lisibilité. Pas de caméra à l’épaule mais des séquences tournées à la steadycam qui, tout en permettant d’être au plus près des acteurs lors de leurs déplacements ou affrontements, donne une fluidité remarquable à l’ensemble. Comme quoi, il n’est pas besoin de bouger sa caméra dans tous les sens pour figurer la confusion et la perte de repères. A ce titre, la poursuite dans les rues de la ville est un petit chef-d’œuvre de tension et de désorientation, décuplés par les mouvements souples et circulaires de la steadycam.
Une réalisation qui deviendra beaucoup moins lyrique lorsque le vigilante Nick Hume part à l’assaut du repaire du gang, figurant sa nouvelle détermination.
« Death sentence » propose d’ailleurs deux films en un. La première partie est un revenge movie classique, le père de famille tentant d’enrayer le processus mortel engendré par son geste vengeur. Mais une fois qu’il aura failli à la protection de sa famille, une deuxième chance lui est offerte. Revenant d’entre les morts, il accomplit sa mutation finale pour devenir aussi enragé que ses adversaires. Teint blaffard, silhouette cadavérique, Nick Hume ou la mort en marche.
Une dernière partie dans le plus pur style comic-book, plans iconique et violence graphique à l’appui et où on a l’impression de voir à l’œuvre un punisher suicidaire. De toute manière, il n’a plus rien à perdre. D’ailleurs, il avait tout perdu avant même qu’il se lance dans cette vendetta.
Pour Nick Hume, la mort de son fils préféré signifie la mort de sa famille. Son petit frère déjà délaissé auparavant se trouve complètement livré à lui-même. Aucun soutien à attendre de la part de son père qui le laisse pleurer seul la mort de son frère ou l’engueule lorsqu’il le retrouve errant sur les lieux du meurtre. Même sort pour sa femme qu’il délaisse, réduite au rang de présence fantomatique. Une impression particulièrement prégnante lorsqu’un Nick Hume complètement paniqué rentre chez lui afin de fermer toutes les issues, la caméra constamment à ses trousses, occultant toute image de sa femme dont la présence ne sera trahie que par sa voix. Ne réapparaissant qu’au moment où la dernière porte aura été verrouillée. Une scène magistrale, utilisant cette absence comme point de tension paroxystique. Et qui préfigure la perte absolue à venir, le dernier ancrage dans la réalité et l’humanité.
Total western
« Death sentence » est un revenge movie mais peut être également qualifié de western.
La première fois que Nick pénètre sur le territoire du gang, cela coûtera la vie à son fils. Chaque nouvelle incursion le faisant basculer un peu plus dans la folie vengeresse. Histoire de vengeance donc, histoire de familles également mais aussi histoire de territoire à conquérir.
Une fois l’acquittement prononcé, le père meurtri suivra le meurtrier et l’affrontera sur son terrain. Le tuant par accident. Ensuite, se sera au tour du gang de venir en milieu urbain, sur le lieu de travail de Hume avant de pénétrer dans son intimité : sa maison. Pour en finir enfin et venger cet ultime massacre, Nick revêt ses nouveaux oripeaux et s’arme suffisamment avant de partir à leur recherche. Une confrontation finale sur leur territoire et donnant lieu à une scène d’une rare intensité dramatique. Et oui, même un dur peut pleurer.
Finalement, Nick rentre chez lui salement amoché, à l’article de la mort, vautré dans son canapé à regarder le montage vidéo du début. En allant au bout de lui-même, il est devenu un des leurs.
Un film éreintant, ne faisant aucune économie de sentiments et constamment habité par la rage de Wan qui livre ici son film le plus accompli. Et peut être le plus incompris puisque « Death sentence » s’est salement ramassé outre-atlantique.
Posté le 13.01.2008 par houseofgeeks
L’année vient à peine de débuter et déjà, une adaptation de comics. Il est vrai que depuis les succès des franchises « X-Men » et « Spiderman », les films tirés de bd à succès se sont multipliés. Et pas toujours pour le meilleur (ghost rider, les 4 fantastiques, hulk…)
Entreprise d’autant plus risquée que « 30 jours de nuit » est basé sur un comic indépendant de Steve Niles et Ben Templesmith (lire édité ailleurs que chez Marvel ou DC) au succès critique et d’estime assez phénoménal mais finalement peu connu du grand public. Impossible donc de capitaliser sur la notoriété de l’œuvre. C’est finalement une chance pour le cinéphile, car afin d’élargir l’audience il faudra effectuer un véritable travail d’adaptation.
Si les films de zombies ont connu un certain pic de forme ces derniers temps, nos amis les vampires sont restés bien sagement dans l’ombre. Ce film est donc l’occasion de les sortir de leur léthargie et moderniser l’image de dandys romantiques qu’ils traînent. Autrement dit, apporter du sang neuf et reconsidérer ce mythe séculaire. Au-delà des réserves formulées à son encontre, « Underworld » a su donner un nouveau souffle et instaurer une nouvelle mythologie intrigante.
Or « 30 jours de nuit » faillit complètement dans sa tentative de livrer un nouveau fleuron du genre. Promesse non tenue mais était-ce bien l’intention du réalisateur David Slade ? Dans le genre film de siège horrifique, on a déjà vu mieux (« Prince des ténèbres » et « Ghosts of Mars » de l’ami Big John Carpenter). Non, l’intérêt du film, comme la vérité, est ailleurs.
Génèse contrariée.
Au départ, Steve Niles n’envisageait son concept de ville la plus au nord des Etats-Unis assiégée par une horde de vampires que comme pitch d’un film d’horreur. Les refus essuyés l’ont amené à repenser son histoire et l’adapter sous forme de scénario pour comics. Le monde à l’envers.
Publié par une branche de Dark Horse, IDW Publishing, « 30 days of night » se révèle un énorme succès pour un titre non commercial. Certes, l’idée de base est originale mais se sont définitivement les dessins de Templesmith qui rendent l’œuvre si spéciale, lui donnant une dimension fantasmagorique qui sied à merveille à l’intrigue. Un duo d’artistes est né, partageant dorénavant la paternité d’un tel hit. Il n’en fallait pas plus à Sam Raimi et Richard Tapert (fidèle ami et collaborateur depuis ses débuts) pour s’y intéresser et envisager une adaptation sur grand écran via leur société de production Ghost House Pictures. La boucle est bouclée.
Et après avoir financé du moyen (« the grudge » 1 et 2) comme du franchement mauvais (« Boogeyman » et « les messagers » des surestimés frères Pang), c’était l’occasion de redorer le blason et acquérir une certaine légitimité. Si Raimi et son compère ont été passablement inspirés, au moins laissent-ils toute latitude à leurs poulains pour donner corps à leur vision.
Et pour scénariser cette adaptation, est fait appel à Stuart Beattie (les 3 « pirates des Caraïbes », boouuhh !) et Brian Nelson (« Hard Candy », Hell yeah !). La réalisation étant confiée à David Slade, auteur du méconnu et dérangeant « Hard Candy » justement. Une première réalisation bluffante de maîtrise et qui questionne nos convictions les plus intimes sur la pédophilie de manière viscérale et saisissante. Un film qui prend aux tripes et entièrement voué à ses personnages et à leurs ressentiments plutôt que focalisé sur la résolution de l’intrigue (coupable ou pas coupable ?). Une réussite.
D’emblée se pose la question de savoir si Slade est l’homme de la situation. Pour livrer un pur film de genre certainement pas. Mais pour imposer une vision toute personnelle de cette histoire, sans problème.
La nuit leur appartient.
Barrow, petite bourgade de l’Alaska s’apprête à vivre une nuit perpétuelle 30 jours durant. Tandis que des familles se séparent momentanément, le shérif Eben (très bon Hartnett pour une fois) fait face à des incidents (portables brûlés, hélico saboté, chiens tués) laissant présager le pire.
Le pire, Eben est en train de le vivre quotidiennement puisqu’il est maintenant séparé de sa femme Stella. Les circonstances vont les contraindre à renouer des liens, pour survivre.
Survivre à l’attaque d’un clan de vampires mettant la ville à feu et bien sûr à sang. Un plan anodin à première vue s’avère pertinent avec le recul. Celui où l’adjoint du shérif modifie le panneau d’entrée de la ville, faisant passer la population à 152 âmes en quelques instants, alors, que les hostilités n’ont même pas débutées.
D’origine inconnue, ils sont précédés par un messager leur ayant préparé le terrain et désirant rejoindre leur rang. Un honneur qui lui sera refusé, comme Renfield dans le Dracula de Bram Stoker.
Assaillis de toute part, Eben, son frère, son ex et quelques autres vont trouver refuge dans le grenier d’une maison, attendant impatiemment que le jour revienne. Une attente rythmée par les conflits internes autant que par les tentatives des vampires pour les débusquer.
Du comics dont il est issu, le film ne garde que les deux personnages principaux, le shérif et Stella sa femme, l’idée de départ, quelques moments clés et les vampires, évidemment.
Autre point commun, dans les deux médiums la difficulté de rendre compte du temps qui s’écoule demeure. Dans la bd, on avait l’impression que tout se déroulait en une seule nuit, narration ramassée oblige (3 numéros de 25 pages ne se prêtent pas à la dilution). Dans le fim, les indications sous forme de cartons des jours écoulés (7 jours, 19 jours,etc…) ne sont guères plus efficaces mais couplées à la particularité du contexte ( nuit, neige, ville coupée du reste du monde) instillent une ambiance onirique plaisante. Un véritable cauchemar éveillé qui commence avec l’assaut des vampires. Attaque intervenant plus tôt que dans le comics et qui s’avère une excellente trahison. Aussi violente que rapide, elle permet en outre d’installer une menace sourde pour le reste du métrage.
D’abord présentés comme des ombres furtives, les vampires mènent leurs premières agressions de manière fugitive. Les victimes sont d’abord happées dans l’ombre puis rejettées presque instantanément salement défigurées. Réalisées de manière remarquable, laissant le spectateur comme les personnages dans l’expectative la plus totale. A quoi a t’on affaire, a quoi ressemble la menace ? Puis c’est la curée lorsque les suceurs de sang se montrent dans toute leur horreur, pénétrant dans les habitations et poursuivant les fuyards, les dévorant bestialement plus qu’ils ne pompent leur carotide. Une séquence là aussi particulièrement réussie, puisque Slade nous montre le massacre d’un point de vue aérien, utilisant une grue en un long travelling vertical, découvrant l’artère principale de la ville grouillant de vampires se jettant sur des proies tentant de riposter. Une séquence digne d’un western à la John Carpenter et qui rappelle une séquence similaire de « 28 semaines plus tard », lorsque les infectés courraient après les citadins de Londres. On le verra, ce n’est pas le seul point commun que les deux films entretiennent.
Bon alors quoi ? Je commence ce texte en annonçant que c’est un film d’horreur moyen et je fais ressortir les qualités de réalisation des premières séquences importantes.
Tout simplement parce que Slade va très vite mettre de côté une réalisation démonstrative pour une réalisation beaucoup plus significative et en adéquation avec le véritable thème et intérêt du film, la défense et la préservation de la communauté et donc des valeurs familiales.
Une nuit sans fin
Confrontés à cette menace inconnue, Eben et ses amis n’ont d’autres choix que fuir et se barricader. Pour survivre et riposter. Et apporter leur aide à d’autres rescapés. Comme dans tout bon western (de Sergio Léone serait-on tenter d’ajouter vu les nombreux gros plans sur des regards et le temps d’action dilaté) qui se respecte, tout se résumera au final en un duel à mort entre les deux leaders, Eben et Marlow le chef des vampires. Ce qui est figuré par un premier échange de regard permettant à chacun de jauger instantanément son adversaire. Des vampires plutôt bien sapés, comme des citadins issus d’une mégalopole hyperactive en fait. Opposition de style avec ces bouseux de l’Alaska. Et une interprétation intéressante de l’agressivité de la ville qui tente de dominer la campagne.
Look inhabituel donc, qui associé à ces visages blafards barbouillés de sang donne un contraste plutôt glauque. Quant en plus, ils s’expriment dans un dialecte mâtiné de roumain aux consonances gutturales et claquantes, leur représentation live surpasse les dessins, pourtant formidables d’étrangeté, de Templesmith. Hélas, ils sont rarement mis en valeur dans des corps à corps rendus confus, une fois encore, par la proximité d’une caméra portée. Autre point commun avec « 28 semaines plus tard », la panique générée par l’absence d’images nettes s’avère sensoriellement et sensitivement efficace mais dessert la lisibilité et la tension censée opérer.
Autre déception, Slade peine à rendre efficiente la topographie de la ville après avoir pourtant fort bien jalonné ses premières séquences des différents lieux d’action. N’est pas Mc TIernan qui veut. De toute manière, le réalisateur est plus intéressé par une conception de la famille similaire animant deux groupes pourtant antagonistes.
Eben le déclame assez régulièrement, l’important est de faire ce qu’il faut pour la préserver. Et c’est là que le film devient passionnant dans ces propositions de mise en scène.
Aidant un voisin caché sous une maison, Eben s’aperçoit soudain qu’il a été contaminé. Il réussit à l’immobiliser et le libére d’un coup de hache en pleine tête. Action que l’on ne verra jamais frontalement, Slade adoptant un point de vue dos à la victime. De même, lorsqu’un des amis révèle qu’il a été mordu lors de la confrontation avec une petite fille vampire (scène par ailleurs formidable dans le malaise généré), il demande à Eben de faire son office tel un bourreau. Une séquence magnifique, toute en pudeur, qui se termine par le shérif emmenant le condamné dans une pièce à l’écart. Là encore, on ne verra rien du supplice, on entendra seulement le bruit de la hache. A chaque fois, Slade impose une distance qui permet à ses deux personnages de rester digne jusqu’au bout. Une maigre récompense pour avoir lutté jusqu’au bout afin de sauver ceux qui pouvaient l’être. Ce sera totalement différent pour l’ami et adjoint de Eben, incapable de protéger sa famille, les tuant avant transformation. Lorsque lui-même sera infecté, il mourra d’un coup de hache bien sûr mais cette fois-ci cadré en gros plan et de face, dans une gerbe de sang. Un plan gore comme punition suprême pour sa lâcheté.
30 jours pendant
Préserver la dignité de la communauté, de la famille, même dans la mort. Une préoccupation que l’on retrouve au sein même de l’autre clan de la ville, les vampires. Contrairement au comic, ils sont présentés comme une meute, dans leur manière de se déplacer ou se nourrir. Renforçant d’autant plus les liens les unissant. Marlow est le chef qui veille à leur bien être, les conduisant là où ils pourront se nourrir. Et tout comme Eben, son souci est la survie.
Lorsque sa compagne se fait rôtir par les rayons ultraviolet d’une lampe brandie par Eben, causant des dégâts irrémédiables, Marlow a les mêmes gestes tendres envers sa congénère que Eben envers les siens, ce avant de lui donner la mort. Une exécution également filmée sans ostentation.
Ainsi, par le truchement d’un film de genre ultra codifié, David Slade explore une thématique plus profonde que la simple lutte pour la survie. Ce qui le lie inextricablement à « 28 semaines plus tard » de Juan Carlos Fresnadillo. Suite du film de Danny Boyle « 28 jours plus tard » (qui lui aussi était bien plus qu’un simple zombies flick), proposant de suivre la décomposition d’une famille confronté à la lâcheté répréhensible du père, préférant sacrifier sa femme pour sauver sa peau. Un acte fondateur qui reviendra le hanter et l’anéantir sous la forme de sa femme réapparue d’entre les morts. Cadres frénétiques lors des attaques, intrigue minimaliste et intérêt resserré sur un petit groupe de survivants, similarités de choix de mise en scène (insistance sur les regards, diversité des points de vue entre autres), en font d’intéressants films complémentaires.
La fin de « 30 jours de nuit », en résolvant le dilemme de Eben – sacrifier l’un, sa femme, pour sauver les autres ? - répond en creux à la séquence d’ouverture de « 28 semaines plus tard » et au choix cruel de Robert Carlyle.
Je n’en dévoilerai pas plus (d’ailleurs n’en ai-je pas trop dit précédemment) mais la confrontation finale crépusculaire laisse place à une conclusion se déroulant au lever du soleil, sans doute le plus beau que vous n’ayez jamais vu. Une fin qui surpasse en terme d’émotion celle de « Blade II », lorsque le diurnambule voit partir en cendres sa bien-aimée.
« 30 jours de nuit » n’est pas le film tant attendu comme remodelant et dynamitant le genre vampirique. Il reste tout de même respectueux et assez efficace et inventif. C’est concrètement dans une thématique liant l’intime à un contexte horrifique que le film atteint les sommets. Cela aurait pu être un chef-d’œuvre, il n’en demeure pas moins en l’état un excellent film.
Une triple réussite pour Ghost House Pictures, parvenant à enfin produire un bon film de genre tout en adaptant avec intelligence un comics. Surtout, cela aura permis au grand public de se familiariser au nom et à l’univers de David Slade.
Les aficionados des vampires et des films d’horreur en général seront sans doute déçus mais s’ils veulent bien être suffisamment réceptifs à ce que propose le film, ils seront comblés par un cinéaste qui sait aussi bien jouer sur les émotions.
Posté le 09.01.2008 par houseofgeeks
L’annonce de la mise en chantier de « Aliens Versus Predator : Requiem » (ou « AVPR » c’est plus simple et plus vendeur) n’a pas mis le « oueb » en ébullition c’est le moins que l’on puisse dire. Si les premiers visuels diffusés intriguaient, on ne donnait pas cher de la peau de ce nouvel avatar du mercantilisme Hollywoodien.
Une info suscita pourtant quelques timides attentes. Le fossoyeur Paul Anderson (il a quand même à son tableau de chasse 3 franchises majeures : Resident Evil, Alien et Predator !) est remplacé par un tandem de réalisateurs, les frères Strause.
Nécromanciens
Deux frangins connus dans le milieu pour leurs effets spéciaux, notamment sur « X-files le film » et « Terminator 3 ». D’ailleurs, le fait qu’ils aient été balancés sur cette prod pour illustrer le pitch de Shane Salerno, non crédité en tant que scénariste du nullissime « Alien versus Predator » , ne laissait présager rien d’autre qu’une débauche, aussi vaine que puérile, d’effets en tous genres. En clair, le prototype même du film que l’on attend avec la plus grande patience.
Malgré tout, les fans des franchises Alien et Predator gardaient le fol espoir de voir un film capable de les ressusciter après l’enterrement de seconde zone de Paul Anderson. Plus prosaïquement, relancer l’intérêt pour ces deux monstres sublimes.
Le seul intérêt du film de 2004 est son plan final qui voit le torse d’un Prédator exploser pour laisser échapper un hybride en puissance. Intérêt relancé suite à la diffusion de photos de ce Prédalien justement nommé, au design séduisant. Mais c’est bien la note d’intention de Greg et Colin Strause qui ranima la flamme. Simple, ils veulent faire oublier la purge précédente (ok, pas dur), revenir à un concept de base plus méchant et hargneux (yeah !) tout en s’inspirant du « Aliens » de Jim Cameron (oh putain !). C’est pas pour rien qu’ils ont rajouté un « s » à Alien !
Ah ça, question discours promotionnel, ils s’y connaissent les p’tits gars de la Fox. Mais au final cela reste souvent en deçà des promesses entrevues. Malgré tout, on y croit car leur volonté de renouer avec un glorieux passé se traduit par un retour à des créatures plus « gigeresque », retour également de Alec Gillis et Tom Woodruff JR à la conception des créatures et une photographie signée Daniel Pearl. Surtout, les photos et la bande-annonce laissaient entrevoir une ambiance sombre et des moments bien fun (ah, cet égrènement d’une population se faisant décimer…). Sans être un chef-d’œuvre du genre, les frères Strause permettent aux deux franchises de sortir de l’ornière grâce à un film énergique, parfois outrageusement référentiel et plutôt joliment violent.
La question humaine.
Contrairement à son prédécesseur, « AVPR » recentre immédiatement le film sur les sujets principaux, à savoir les deux prédateurs ultimes. L’être humain ne servant plus que de faire-valoir. D’entrée, le tir est rectifié car ce qui plombait le 1er « AVP », outre le script inepte, était sans conteste la présence trop marquée des humains qui parasitait complètement le spectacle. On voulait de la baston homérique entre les deux races belligérantes et on obtenait au final une exploration archéologique bavarde.
« AVPR » reprend donc au moment où surgit le prédalien. Croissance expresse et décimage en règle du vaisseau des prédators ramenant sur leur planète quelques « face-huggers ». Les dommages causés par la bataille dévient le vaisseau de sa trajectoire qui s’écrase sur Terre, plus précisément dans la forêt jouxtant la bourgade paumée de Gunnison, dans le Colorado. Les Aliens se font la malle et le dernier des prédators n’a plus que la force d’envoyer un message de détresse vers sa planète afin qu’un de leur plus grand guerrier rapplique en vitesse faire le grand ménage. Quitte dans l’opération à tuer quelques spécimens de la race humaine.
Pas de fioritures, le film va droit à l’essentiel. En 5 minutes, les enjeux sont clairement exposés sans que l’on ait dû se farcir 10 plombes de dialogues. En plus, nous avons droit à un aperçu de la planète des Prédators au look clairement influencé par les nécromongueurs des « Chroniques de Riddick ».
Autre réjouissance, le sort réservé aux humains qui s’immisceront au combat est préfiguré par un chasseur et son fils tombés sur l’épave du vaisseau et qui finiront le torse explosé. Oui, oui, on voit également celui du fiston de 10 ans laisser échapper un asticot aux dents acérées.
Quant au flic tombant nez à nez avec le Predator chargé du grand nettoyage, il finira dans un hommage au film de Mc Tiernan, pendu par les pieds dans les arbres et complètement pelé.
Tandis que le Predalien rassemble des troupes en utilisant un vivier à disposition, soit des clochards vivant dans les égouts, que le Predator part en chasse, les humains vaquent à leurs occupations typiquement américaine : flirt, réinsertion et retour du soldat au bercail. Et oui, quand les extra-terrestres vedettes sont mis en valeur, les humains se bornent à des stéréotypes à peine esquissés. Une fois encore, les Strause réaffirment leur désintérêt total pour leurs congénères. Identification et développement des caractères sont inutiles puisqu’ils ne serviront que de chair à canon pour des débordements gores réjouissant et plutôt réussis. De toute façon, il n’y a qu’a voir le casting, deux « vedettes » de séries télés (dont Reiko Aylesworth en rupture de « 24 ») et aucune « gueule » pour jouer les seconds couteaux (mais où est passé Lance Henriksen bordel ?).
Mais les frères Strause montrent qu’ils ont tout compris à un concept aussi dégénéré en limitant l’utilité de l’homme à servir d’appât ou de matrice reproductrice. La scène où le Prédalien insémine les femmes enceintes d’un hôpital est aussi choquante qu’imprévisible. Instantanément culte.
Des hommes sous influences.
Les réalisateurs ont été payés pour une seule chose, mettre en scène de manière aussi belle que brutale l’affrontement entre les deux races extra-terrestres les plus badass de l’univers. Mission accomplie et avec la manière en plus. Photo classieuse, cadres soignés, production design magnifique, le film est visuellement accrocheur.
Gros défaut, l’usage trop intensif de gros plans qui nuit à l’action, devenant assez illisible par moments. Une difficulté de lecture accentuée par la caméra portée (mode qui a tout intérêt à passer avant de devenir une constante de tout actionner hollywoodien).
De même le découpage laisse à désirer, dénotant du manque d’expérience de ces artisans des SFX en matière de réalisation.
Mais ne boudons pas notre plaisir, le film demeure inventif et stylisé.
Utilisant à merveille les plans signatures des apparitions des aliens (révélation de leur présence dans le décor par un reflet, leur mâchoire ou leur bave) et iconisant à mort les attitudes du Predator, le film ménage en plus quelques moments bien glauque et craspec. C’est bien joli d’éviscérer un gamin mais montrer une femme enceinte d’à peine quelques mois le ventre implosé, fallait oser. Sans oublier la maternité de l’hôpital transformée en véritable nid à aliens.
Le film est clairement sous influences mais il parvient à suffisamment s’en affranchir pour éviter le plagiat inepte. La séquence dans les égouts où le Prédator tente de piéger les Aliens présents fait nettement penser à une séquence du même type de « Blade II ».
Mais c’est définitivement « Aliens » de James Cameron qui fait office de mètre étalon. Hélas, « AVPR » souffre inévitablement de la comparaison. Là où le film de Cameron se caractérisait par une tension croissante et une ambiance oppressante et anxiogène, celui de Greg et Colin n’en conserve que des passages désormais cultes. Quelques trouffions de la garde nationale exterminés hors-champ, une Ripley et Newt – like (la sergente O’Brien et sa fille), visite de la nursery alien... Des références pourtant jamais trop prégnantes. Les frangins conservent une attitude humble, citant un modèle sans jamais tenter de le surpasser par une surenchère graphique. Une relecture urbaine du chef-d’œuvre de Cameron qui aurait pu être encore plus jouissive avec une mise en scène mieux maîtrisée.
Dommage que le combat final finisse en queue de poisson, ou d’alien en l’occurrence, laissant un goût d’inachevé.
Unanimement condamné.
Malgré ses qualités, le film est victime d’un acharnement tant critique que public pour le moins étonnant. Des scories demeurent, on ne s’improvise pas metteur en scène même si on est un geek doué pour confectionner des effets-spéciaux, c’est évident. Au moins, le duo n’a pas la prétention de surpasser les 4 Alien et les 2 Predator.
On leur reproche également d’être trop fan des franchises en question au point d’avoir abuser de références en tous genres, les vidant de leur essence Elles servent plutôt bien le film, au contexte, certes moins travaillé et à l’intrigue plus linéaire.
Le Predator est devenu un gros bourrin voué à défoncer les portes plutôt qu’à se fondre dans son environnement ? A partir du moment où les Aliens envahissent la ville et que sa mission consiste à effacer toute trace, plus besoin de faire dans la dentelle.
De toute manière, ce n’est pas le propos du film. Le Prédator est là pour annihiler la menace Alien, point. Rien à faire du reste.
Manque d’ampleur, d’ambition ? D’accord, mais l’intention de départ n’a jamais été de révolutionner le genre.
Caractérisation des humains indigne ? On est là pour les stars du film.
Le sort des rescapés importe peu. Ils peuvent bien finir empalés par la queue d’un alien ou l’arme du Predator, rien n’empêchera la confrontation finale aussi photogénique (de nuit et sous la pluie) que dantesque entre l’hybride et son congénère. Une séquence en l’état très bonne mais qui aurait eu plus d’impact encore grâce à une plus grande utilisation de plans larges qui aurait permis de mieux mettre en valeur les belligérants.
Les incohérences (l’ex taulard arrive à faire marcher une arme extraterrestre ?!), les problèmes de rythme de la 1ère partie et les limites des réalisateurs (échelles de plan à revoir) n’enlèvent rien au plaisir primaire de voir Predator et Aliens se foutrent sur la gueule.
En conclusion, vous pouvez oublier le film de Paul Anderson (son seul haut fait d’arme restera à jamais le flippant « Event horizon »).
Première bonne surprise de l’année, « Aliens versus Predator : Requiem » est une bonne grosse série B qui débourre, qui ne se prend pas la tête et qui ne se contente pas d’illustrer un scénario bêtifiant. Jouissif, fun et inventif à souhait, tiercé gagnant pour un film dont on en attendait pas tant.
N’ayez pas honte d’avoir aimé ce film. C’est plutôt marrant de voir certains le descendrent un peu partout sur le net et dans la presse quand les mêmes se paluchent devant du Michael Bay (Bad boys 2 ou Transformers) ou le remake de 2003 de « Massacre à la tronçonneuse ».