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houseofgeeks
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Un regard passionné sur la contre-culture (cinéma, comics,séries), sans concession et avec réflexion
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20.08.2007
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19.04.2008
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Bienvenue chez les ch'barbares : DOOMSDAY

Posté le 19.04.2008 par houseofgeeks
Comment parvenir à amalgamer des méga-hits des années 80 à des succès plus récents sans tomber dans la déférence stérile et l’hommage vain ? Un vrai travail de funambule dont Neil Marshall s’acquitte avec talent et enthousiasme.

Lecture d’affiche
Une position d’équilibriste parfaitement illustrée par une promo française ne sachant comment se positionner pour vendre le film. Entre deux explosions en arrière-plan pour signifier que l’on est dans un film d’action et la posture de Ronha Mitra calquée sur celle de Kate Beckinsale pour Underworld, l’affiche française n’est pas franchement explicite. Voire carrément à côté de la plaque comparée au film lui-même et surtout à l’affiche anglaise, sobre et efficace.

Entre remakes et revival des violentes seventies, il semblait inévitable d’assister à un retour d’un cinéma estampillé eighties. Question de mode. Sauf qu’avec le réalisateur du jusqu’au boutiste et tétanisant The Descent, on était en droit d’attendre plus qu’un simple empilage de références. Plutôt que de porter un regard rétrospectif et personnel (comme le fit si bien Tarantino et son Boulevard de la mort) sur un cinéma de la surenchère et du retour à l’ordre viril, Marshall se contente de compiler de façon linéaire des morceaux de bravoures parsemant ses films préférés. Dommage, mais ne boudons pas notre plaisir pour autant, Doomsday reste parfaitement fréquentable, une série B jouissive où la nostalgie le dispute à un amour sincère de cette décennie azimutée.

…façon puzzle.
Neil Marshall l’a toujours ouvertement clamé, son film emprunterait sans aucune équivoque aux films post-nuke italiens, Mad Max 2 et surtout New-York 1997 de John Carpenter. Doomsday étant clairement construit de la même manière que les premières aventures de Snake Plisken. Cette fois-ci, l’enjeu étant la survie de la population de Londres prise en tenaille entre un gouvernement prêt à tous les sacrifices et le reaper-virus ayant ravagé l’Ecosse, territoire désormais en quarantaine permanente.
Comme dans 28 semaines plus tard, l’apocalypse est d’ordre bactériologique. Une référence à l’origine d’une première séquence hallucinante où les soldats de sa glorieuse majesté sont contraints de tirer sur la population civile pour contenir tout risque d’infection. La mort à l’arrivée pour des écossais dont le choix se résume entre mourir dans d’atroces souffrances ou en tentant de passer le mur.
Un tir de barrage qui coûte un œil à une gamine qui 27 ans plus tard deviendra la major Eden Sinclair. Pas de fioritures, elle nous est présentée sans ambages comme un Plisken-like, bad-ass attitude et bandeau sur l’œil compris. Sauf que se serait un Snake qui aurait perdu son venin, Sinclair officiant du côté des forces de l’ordre.
Et plutôt que de se contenter d’activer une jouissance purement cinéphilique, Marhall s’en démarque instantanément en lui conférant une empathie absente chez le maverick interprété par Kurt Russell et la dotant d’un œil-caméra. Un détail aussi amusant que pertinent.
En optant tout le métrage pour une relecture subordonnée à son intrigue (certes simpliste et linéaire), Marshall évite le simple jeu puéril des citations. On peut en dresser la liste complète mais là n’est pas l’essentiel. Nous sommes en terrain connu et pourtant différent. Les seuls clins-d’oeil ouvertement explicites et parasites étant le fait de dialogues faisant référence à l’arche d’alliance ou à 2 personnages empruntant les patronymes de 2 réalisateurs.

Retour vers le futur
A mesure que la troupe emmenée par la major Sinclair progresse dans sa mission, elle recule pourtant mais dans le temps. C’est un même un voyage dans un temps cinéphilique.
A l’intérieur du mur, Londres est donc régie par l’action de 28 semaines plus tard, passé le mur ils tombent dans une embuscade dégénérant en affrontement digne de Aliens pour être fait prisonniers par une horde de guerriers du Bronx ou de la nuit au look hirsute tout droit sortis de Mad Max 2. En fin, au sortir d’un passage sous la montagne, ils débarquent en plein moyen-âge. Et malgré un retour à un mode de vie féodal, les barbares ne sont pas forcément là où l’on pense. Le gouvernement anglais préconisant de sacrifier la population de Londres moins pour enrayer l’épidémie qu’à des fins politiques. Comme le dit Eden, « Same shit, different times »
Et comme beaucoup d’actioner contemporain, on décèle une influence certaine de La vengeance dans la peau lorsqu’il s’agit de filmer les corps à corps et les poursuites en véhicules. Si comme dans le film de Greengrass l’échapée finale est plombée par une bouillie filmique digne de Mickael Bay (l’affrontement dans l’habitacle entre Eden et Sol est incompréhensible), Marshall et Mac Ritchie privilégie le surdécoupage au hand-shaking lors des combats rapprochés. Un montage ultra-cut qui en supprimant des plans intermédiaires parvient à renforcer l’impact visuel des coups portés. C’est notamment frappant lorsque Sinclair lutte contre un mastodonte en armure.

La déception de certains est parfaitement compréhensible après le choc The descent. Un film qui bénéficiait d’un superbe travail de caractérisation des personnages quand les seconds couteaux de Doomsday sont trop archétypaux et Sol à la limite de la caricature.
Malgré tout, Doomsday reste un sacré bon film. Aussi énergisant que sa bande-son tonitruante, son intérêt est dédoublé par la quête personnelle du major Eden Sinclair qui finira pas retrouver un foyer, mais pas maternel.

No country for old men : l'apocalypse selon saint-Coen !

Posté le 06.04.2008 par houseofgeeks
Depuis The big Lebowsky, les frères Cohen ont livrés des films en demi-teintes. A croire que la fainéantise de The Dude les avait contaminés. Un film réalisé par leurs soins sera toujours au-dessus de la moyenne mais après nous avoir habitués à tant d’excellence, leur cycle « comédies » (O’Brother, Intolérable cruauté, Ladykillers) nous laissait sur notre faim. Alors quand la nouvelle d’un retour à leurs sources d’inspiration fondatrices (Texas, polar et film noir) se fit entendre, les cinéphiles commençaient à trépigner d’espoir. Pas de promo ou de buzz retentissants, seulement la promesse de revoir un vrai bon film des frères Cohen. Et indépendamment des oscars glanés, No country for old men se pose clairement en candidat au titre de meilleur film de l’année, tout simplement. Surtout, il s’impose comme l’égal de ce que je considère comme leur chef d’œuvre absolu, Barton Fink, soit une œuvre aussi riche thématiquement qu’elle parle au cœur des spectateurs. Autrement dit, une bonne petite claque dans votre gueule.

Comme tout bon film des frères Cohen, No Country…est inclassable, aussi atypique que beau. Road-movie à deux à l’heure, film d’action contemplatif, polar sous sédatifs, film noir, western crépusculaire digne de bloody Sam (Peckinpah), il est tout cela et bien plus encore. Et si vous vous obstinez vraiment à ne concevoir le cinéma que par catégories bien définies, alors rangez le dans le compartiment chef-d’œuvre du 7 ème art.

Back to the bases
Adaptation d’un roman de Cormac McCarthy, No country for old men conte l’histoire de Llewelyn Moss (Josh Brolin), cow-boy sans le sou qui s’empare sur les lieux d’un règlement de comptes en plein désert texan, d’une valise remplie de fric. Seulement le tueur chargé de la récupérer, Anton Chigurh (immense Javier Bardem) se lance à ses trousses. Et au milieu des cadavres qui vont bien vite s’amonceler, le shérif local Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones impérial comme souvent), trône, complètement dépassé par les évènements. L’occasion pour lui de philosopher sur sa place dans ce monde qu’il ne reconnaît plus.

Tout commença pour les Cohen au Texas avec leur 1er film Blood simple, entre cagnard de plomb, motels, néons, grands espaces et un récit d’une truculente noirceur, et tout semble y finir. Lorgnant intensément vers cette œuvre séminale où les immenses paysages désertiques se font les vecteurs d’un climat oppressant et d’une menace sourde. Jouant de la même ironie mordante, No country… voit Josh Brolin s’enfoncer dans les emmerdes à mesure qu’il tente de tout arranger. Ce qui nous renvoie également à Fargo, dont No country… emprunte la lenteur et la difficulté des déplacements qui deviennent constitutifs du récit.
Un film qui peut se voir comme un hommage à Sergio Leone. Que ce soit l’insistance sur les regards, l’absence de musique qui renforce le moindre son comme ce crissement de pas sur le sol rocailleux, cette façon de jouer sur la temporalité en étirant les séquences, tout concourt à faire monter la tension, rendant les explosions de violence d’autant plus impressionnantes.
Une célébration de l’Amérique, de ces espaces arides et beaux à couper le souffle comme de ses mythes fondateurs (la liberté, la conquête, la frontière).

Jouant des ellipses à merveille (du massacre final nous n’en verrons que le résultat, le sang répandu et les cadavres), No country… tout entier s’appréhende et se raconte par bribes. Au spectateur d’essayer de combler les trous s’il en a l’envie. Une formidable invitation à l’imagination et à la réflexion.
De même nous ne saurons pas grand-chose de l’origine du tueur, de ses réelles motivations, tout juste voyons-nous son mode opératoire et qu’il est impitoyable. Il en va de même du passé de Llewelyn, nous n’en apprendrons que ce qu’en savent les autres personnages. Frustrant peut être, mais le film en est d’autant plus captivant.
Seventies versus eighties

L’action du film se situe à la frontière américano-mexicaine. Mais outre cette frontière géographique, No country… développe plusieurs régimes de narration à la lisière d’un autre. Tout comme la frontière entre les vivants et les morts est ténue et tient à la face d’une pièce. Celle lancée par le tueur qui joue la vie des autres sur un lancer. Et la porosité de cette frontière entre plusieurs états, physiques comme psychologiques, malmène et réarticule ce récit.
Un récit à la force tranquille qui prend son temps. Et en cette ère de caméra frénétique et de décadrages azimutés, ça repose. De ruptures de ton - l’humour noir et à froid des Cohen n’a jamais été aussi présent et prégnant – en digressions, le film se développe calmement en circonvolutions autour de son axe narratif principal.
Or donc, la chasse sanglante de ce psycopathe au pistolet à air comprimé sert de fil rouge. Une bonne partie du film du moins car il va s’en détourner pour s’intéresser au sheriff Bell qui suit tout cela d’assez loin. Peu à peu le film se recentre sur celui dont on entendait la voix-off en début de métrage. Et le massacre avorté à l’écran le figure remarquablement puisqu’on le découvre par les yeux de ce vieil homme au seuil de sa vie professionnelle et qui s’interroge sur son devenir et sa place. Un questionnement que la mæstria des Cohen illustre magistralement dans cette confrontation finalement différée entre le tueur et le sheriff. Présents sur le même lieu, le motel, mais toujours séparés. Par une porte, un placard, une cloison et bien plus encore par le montage. Une séquence qui ne les montre jamais dans le même plan puisque ceux-ci n’appartiennent tout bonnement pas au même monde et encore moins à la même époque. Ou plus prosaïquement au même espace-temps.
No country… S’interroge en creux sur la place d’un cinéma dit classique (centré sur les personnages, prenant le soin et le temps de construire ses plans) à l’ère contemporaine et du numérique. Et le choix de Tommy Lee Jones n’est pas du tout innocent. De la même génération que le grand Clint, son 3 enterrements est un digne successeur et prolongement à ce cinéma dénué d’effets tapageurs et branchouilles et qui s’évertue à raconter une histoire. Que le personnage de Jones questionne son avenir prend ainsi une toute autre dimension.
Et la mise en abyme ne s’arrête pas là.

Car No country…, dont l’action se situe en 1980, raconte finalement la mort du cinoche estampillé seventies, exécuté par celui de la génération suivante, les 80’s.
Javier Bardem interprète cet ange exterminateur qui liquide ainsi les dernières traces d’un cinéma vieillissant. D’origine inconnue, il apparaît à chaque fois comme surgi de nulle part. Sa nature tangible est carrément remise en cause lorsqu’une de ses futures victimes l’interroge s’il va mourir et celui-ci de lui répondre que oui, si il le voit.
Mieux, son inexpressivité, son allure renvoient directement au Terminator, icône emblématique des glorieuses eighties. Tout comme sa détermination, sa capacité à résister à tout dommage physique bien sûr. Et en lui offrant des plans signatures (rechercher dans le bottin l’adresse de sa proie, soigner une blessure à vif), les Cohen affirment un peu plus cette proposition.
Et alors qu’en fin de métrage il est percuté par une voiture, il achète la chemise du jeune garçon accouru l’aider, afin de s’en faire un bandage. Sur fond de coucher de soleil, celui-ci accepte l’argent. Un geste, un plan qui entérine la propagation du cynisme et de l’argent facile et donc signe définitivement l’arrêt de mort des seventies. Un fric qui aura donc commencé à tout gangrener par le biais de cette valise remplie de dollars et entraînant l’incapacité de nombreux protagonistes, et particulièrement Lleweyn Moss, à communiquer autrement qu’en proposant des billets.
Le film aurait très bien pu se terminer sur cette image de Chigurh s’éloignant vers un horizon rougeoyant. Mais les Cohen ont estimé qu’il y a encore de la place pour un cinéma sans doute considéré aujourd’hui comme suranné et concluent comme ils ont commencé, par la voix de Tommy Lee Jones.

Une fois encore, un film des frères Cohen qui peut s’apprécier à divers niveaux de lecture. Mais dont le principal atout est qu’il demeure un fantastique spectacle aussi intense que mélancolique.

The Besson supremacy

Posté le 29.03.2008 par houseofgeeks
La méthode Besson (un peu comme celle de Cauet) a ceci de particulier qu’elle amalgame les clichés les plus putassiers et une narration bas du front aux plus gros succès du moment. C’est un peu notre Menahem Golan (la mythique et défunte Cannon) ou Avi Lerner (Nu Image/Millenium) à nous.


Le dernier né de sa boîte de production Europacorp, bien que tentant de relever le niveau, ne faillit pas à la règle.
Honni, vilipendé par nombre de cinéphiles et critiques, la méthode reste pourtant la même et attire toujours un nombre conséquent de spectateurs. Après tout, s’ils en redemandent, Besson aurait tort de se priver.
C’est à la fois regrettable (un nivellement par le bas s’accentuant dangereusement) et réjouissant. Car pour 4 taxi et 1 yamakasi, Europacorp aura distribué Bang Rajan ou Ong Bak (certes agrémenté d’un insupportable rap) ou produit Haute-tension et les 3 enterrements de Tommy Lee Jones. Surtout, l’argent ramassé par ses œuvres très grand public aura permis à Besson de lancer de jeunes réalisateurs. Cela aurait été dommage de passer à côté de Xavier Gens (aussi imparfaits soient-ils, Hitman et plus encore Frontière(s) sont formellement enthousiasmants) et surtout Alexandre Aja.
Alors relativisons avant de hurler, tel un Jean-Pierre Koffe conditionné par Pavlov, « C’est de la merde ! », dès la connaissance de la participation d’Europacorp dans une production.

Avec Taken, Pierre Morel (Banlieue 13, produit par qui vous savez), s’il ne parvient jamais à s’affranchir de la tutelle envahissante de son producteur-scénariste, sans doute conscient qu’il aurait du mal à exister hors du giron protecteur, se borne à illustrer plutôt efficacement une intrigue au concept limité : faire de Liam Neeson, non pas un Punisher-like mais un vigilante digne du Bronson d’Un justicier dans la ville. Mais au final, on est plus proche d’un succédané de notre saumon-agile préféré, Monsieur Steven Seagal. Clés de bras et brisage de nuques compris.

Un justicier américain à Paris
Seulement, afin sinon de légitimer du moins justifier des débordements réactionnaires voire ultra sécuritaires, le film lance Bryan, ancien agent secret américain, sur les traces d’un gang albanais ayant enlevé sa fille chérie. Le thème de la traite des blanches servant de caution morale reste cantonné à un contexte « exotique ».
Le genre du « vigilante-movie » a ceci de particuliers que les pauvres hères basculant du côté obscur de la vengeance le font suite à un drame les ayant anéanti psychologiquement et moralement. Pas de traumatisme fondateur ici, Bryan (Liam Neeson) gagne un regain d’intérêt parce qu’il a la violence dans le sang, il a été formé pour tuer. Mieux, chez lui c’est une seconde nature. Comme John Rambo. Sauf qu’ici, pas de débordement hardcore comme chez Stallone qui a eu l’honnêteté de débarrasser son alter ego de tous oripeaux moraux.
Le problème est que souvent chez Besson, il n’y a aucune remise en cause à attendre de ses « héros ».
Et Morel épouse à merveille cette conception binaire en opposant à la bulle luxueuse dans laquelle vit la jeune nymphe (Maggie Grace) un monde réel où règnent le danger permanent et la corruption.
Et afin d’illustrer tout ça, le film emprunte une esthétique que l’on croirait issue des seventies (ambiance froide et monochrome, paranoïa latente) mais qui doit en fait tout au dernier succès en date en terme d’action, le surestimé et désormais incontournable La vengeance dans la peau. Poursuites en voitures et affrontements rapprochés illisibles à l’appui. C’est tellement plus aisé de masquer ses carences ainsi que de tenter de reproduire la gestion de l’espace et le découpage des séquences à la gare et sur les toits de Tanger du film de Paul Greengrass.

Comme on dit, mieux vaut pécher par excès…
Là où Taken se distingue de ses illustres aînés (le diptyque Le transporteur, Banlieue 13 ou la saga Taxi), c’est qu’il se permet d’aller encore plus loin en terme de caractérisation débile (la fifille qui pleure toutes les larmes de son corps lorsque son père refuse de lui signer un autorisation de sortie du territoire et qui saute presque littéralement au plafond lorsqu’il accepte), primaire (le boss arabe final avec son couteau à lame recourbée et fard à paupière digne d’un film d’aventure des années 40) qui confine au racisme ordinaire et en termes d’extravagances narratives à tout va (à partir de l’enregistrement de sa voix, le pote de Neeson détermine son appartenance ethnique soit, mais son nom !?, Neeson qui se découvre des dons de profiler, Neeson qui se fait passer pour un flic français…) A ce niveau, on frise le génie surréaliste.
Mais la donnée invariable qui prend ici des proportions hallucinantes est la considération de la femme. D’habitude, au mieux elle est absente ou ignorée au pire, elle sert de potiche. Là, elle est soit droguée à mort, objet de désir concupiscent, réduite en esclavage et soumise au plus offrant. Voire tout cela à la fois lors d’une mémorable séquence de ventes aux enchères.

La fille de Neeson est donc shootée, en string et à la vue des futurs acheteurs. Mentionnons que le fait qu’elle soit toujours vierge fait sacrément monter les enchères. Neeson menace donc le seul arabe parmi les participants afin de l’acheter. Note : alors que tout le film il passe son temps à balancer les bad-guys à travers portes et autres vitres. Ce dernier n’allant pas assez vite pour surenchérir, c’est le père lui-même qui se charge d’acheter sa propre fille. Il faut le voir pour le croire.
Il en va de même pour l’autre scène marquante intervenant un peu plus tôt et qui voit Neeson tirer dans le bras de la femme de son traître d’ami et menacer de lui en « coller une entre les deux yeux » pour obtenir un renseignement capital. Le plus « savoureux » intervenant lorsqu’en partant, Neeson demande à son ami « tu m’excuseras auprès de ta femme ». Instantanément culte.

On résume. Le seul intérêt de Taken reste de voir Liam Neeson si crédible dans un rôle aussi extrémiste. Pour le reste, on veut bien être indulgent avec Besson et sa clique mais faudrait pas trop en abuser.

10 000

Posté le 21.03.2008 par houseofgeeks
Après la porte des étoiles, la destruction de New-York par des extraterrestres, un monstre japonais et une mère nature ayant pété un câble, et avoir fait son braveheart de la guerre de sécession, Roland Emmerich revient avec le 1er méga blockuster à se mettre sous la dent en 2008. Avec 10 000, il revisite la préhistoire à sa manière. On était pas venus là pour un documentaire anthropologique et ma foi cela aurait été sans doute plus passionnant que ce piètre spectacle.


L’avantage dans ce genre de concept, c’est que l’on sait assez peu de choses sur ce qu’il s’est passé il y a 10 000 ans (au pire, on s’en fout un peu). Une occasion trop belle de faire n’importe quoi. Et Emmerich ne s’en prive pas.
Outre que nos ancêtres parlent couramment un anglais parfait, ils présentent une pilosité assez contemporaine. Ce qui est quand même un avantage pour la jeune Evolette sensée attirer les regards des hommes des cavernes assis dans la salle. Ah oui, petit détail qui ne revêt pas une importance capitale mais bien capillaire, ce sont tous des rastas.
L’histoire est simplissime, Evollette se fait enlever par des barbares (au look de vikings échappés de Pathfinder !?), et D'leh, jeune guerrier en devenir, va donc aller la délivrer. Accessoirement, il en profitera pour libérer son peuple et les milliers d’esclaves occupés à construire des pyramides à la gloire du méchant despote. Bien sûr, Emmerich n’oubliera pas de célébrer la fraternité entre les diverses peuplades avec moult accolades.
Outre les quelques problèmes relevés plus haut, le film manque cruellement de rythme. Pire, pour un budget aussi énorme, il ne se passe pas grand-chose à l’écran. Sans doute la création des mammouths, ou plutôt manachs comme on les appelle dans le film, par Patrick Tatopoulos et son équipe aura englouti le budget alloué au film entier. D’ailleurs, ces manachs sont les seules choses réussies. Emmerich devait en avoir conscience puisqu’il ne manque pas une occasion de les détailler amoureusement avec sa caméra. Mais le plus triste, c’est qu’au-delà de la défaillance artistique totale de l’entreprise, Emmerich semble avoir perdu sa proverbiale joie de tout faire péter. Difficile vous me direz dans un tel contexte, faut dire que ça manquait d’explosifs à l’époque. D'accord, disons qu'il ne compense même pas en proposant des scènes d’actions sinon mémorables du moins fun et jouissives. Il se contente de les amorcer sans jamais donner suite. Exemple emblématique, lors de la révolte finale. Les esclaves se soulèvent et commence à bastonner leurs gardes. Des combats arthritiques suivis d’un début de mouvement de foule. Mais tout souffle épique est bien vite balayé par un plan large en hauteur montrant les pyramides sur lesquelles s’agitent des fourmis (les hommes) et des souris (les manachs).
A se demander si Emmerich a entendu parler du Seigneur des anneaux ou de Kingdom of heaven. Ou même de ce que l’on appelle la grammaire cinématoraphique.
Mais pire que tout, voilà t’y pas que tout le film est raconté par une voix-off absolument insupportable. Je dis bien raconter car elle se borne à décrire ce qu’il se passe sur l’écran. Affligeant.
On sait bien que dans ce genre d'épopée, la réussite tient pour beaucoup au charisme du représentant des forces du mal. Or, celui censé représenter la menace ultime apparaît assez peu et tant mieux dans un sens puisqu'il est entièrement vêtu de voiles couleurs pastel, le faisant ressembler à une grande prêtresse des folles nuits parisiennes. C'est quoi ce délire ?!


En voyant cette catastrophe artistique (à se demander comment Cédric Délélée de Mad Movies peut défendre ce truc), on en vient à regretter Uwe Boll. Voilà un mec qui fait n’importe quoi (Alone in the dark, Bloodrayne, Postal) mais il le fait avec grandiloquence et panache. Autrement dit, quitte à verser dans le portnawak autant y aller à fond. Parce que là pour le coup, 10 000 aurait pu devenir intéressant. Il est bien fait référence un moment à un peuple venu des étoiles. Certains ont voulu y voir une référence à l'Atlantide, sans doute pour légitimer leur plaisir coupable. Mais c'est immédiatement Stargate qui vient à l'esprit et on se prend à rêver de voir des vaisseaux spatiaux débarquer, histoire de booster tout ça. En vain.
Et le tigre à dents de sabre qui orne l'affiche ? On le voit 45 secondes, dans 2 pauvres malheureuses scènes. Alors qu’il aurait été parfait comme monture ou compagnon du héros. En plus, cela aurait pu faire un hommage sympa à Ka-zar, personnage des comics marvel rattaché à l’univers x-men. Imaginer le s’attaquer aux manachs ou égorgeant à coup de dents. Ben non, on a juste droit à un plan signature repris de Alien 3.

Autre plan cité, celui de Jurassic Park celui où Spielberg fait un gros plan de l'oeil reptilien d'un vélociraptor avant l'attaque. Ok, quand l'homme a débarqué, les dinosaures s'étaient depuis longtemps fait la malle. Mais si ça pouvait relever la soupe, pourquoi pas. Raté, nous avons droit à des espèces de méga-autruches traquant nos héros dans les hautes herbes.

C’est d’ailleurs là qu’il faut chercher le seul intérêt du film. Trouver les diverses influences. Pas très difficile, ça fait passer le temps et au moins on rigole en voyant la manière cheap de les reproduire !
En vrac, Apokalypto, 300, Jurassic Park, Pathfinder, Stargate, etc...
Et non content de citer ses propres films, Emmerich s'autoparodie. Un comble. Ou peut être est-ce la meilleure manière d'appréhender ce truc, un grand rassemblement carnavalesque où les citations et les emprunts n'ont d'autre fonction que de réactiver les souvenirs des spectateurs.
Eh oui, 10 000 n'est qu'une pâle copie friquée du Be kind, rewind de Michel Gondry. Seulement ici, toute poésie plastique a disparu et les versions « suédés » sont à pleurer de honte.
Voilà donc la première grosse arnaque de l'année, un film comme on en fait plus depuis 10 000 ans ! Encore un dommage collatéral de la puérile culture hollywoodienne. Rassurez-vous; l'amour est sauf ainsi que la prophétie puisque notre belle héroïne ressuscite in fine. Zut, je viens de révéler la fin. Bon, vous n'avez donc plus aucune raison d'aller voir cette daube, si tant est qu'il en subsistait une...

L'Orphelinat : Prendre un enfant par la main...

Posté le 13.03.2008 par houseofgeeks
Je vous rassure tout de suite, avec L'Orphelinat, on navigue très loin d'Yves Duteil.
Grand prix au dernier festival de Géradmer, pluie de Goyas (équivalents espagnols de nos incomparables César), critiques sous le charme, succès public dans son pays, vous l'aurez compris, le film de Juan Antonio Bayona fait l'unanimité. Cela en fait-il pour autant un bon film, l'engouement suscité peut-il être considéré comme un gage de qualité suffisamment pertinent (voir les Ch'tis notamment) ? Affirmatif, L'Orphelinat est excellent mais on est quand même loin du classique instantané comme peuvent le laisser entendre certaines critiques.

C'est tout de même incroyable de voir comment la perception d'un film fluctue à partir du moment où un nom respectable et reconnu lui est associé. Que le fanboy Guillermo Del Toro (Blade II, Hellboy), ici producteur, ait livré deux chefs-d’œuvre encensés par la critique « officielle » (L'échine du diable et Le labyrinthe de Pan) rend tout de suite plus noble un film fantastique bien troussé aux références parfois un peu trop prégnantes (Poltergeist, La maison du diable). Sans comptez que si vous saupoudrez le tout du thème de l'enfance martyrisée, vous gagnez le jackpot, ou les récompenses en l'occurrence. Attention, n'allez pas croire qu'elles ne sont pas méritées, bien au contraire.
Mais passons sur les sempiternelles considérations d'une critique aveugle que seules des figures tutélaires semble à même de rendre la vue. Au moins, L’Orphelinat profite d’une large distribution comparée à celle indigne de The Mist.

Laura décide de réaménager l'orphelinat dans lequel elle a été élevée il y a 30 ans pour en faire un centre d'accueil pour enfants attardés. Y résidant le temps des travaux avec son mari et leurs fils adoptif Simon, Laura ne prête pas une grande attention aux amis imaginaires de son gamin. Jusqu'au jour de sa disparition...
Tout en chassant sur les terres de son auguste parrain et puisant son inspiration à tout un pan récent du cinéma fantastique espagnol, Bayona parvient à s'approprier ces influences pour faire de ce conte un véritable jeu de pistes à l'ambiance inquiétante.
Si l'on pense forcément à L'Echine du diable, on retrouve également du Fragile de Balaguero ou Les autres de Amenabar. Même manière subtile d'instiller la peur dans le quotidien le plus commun. Comme eux, L'Orphelinat met en valeur une enfance traumatisée par de vieux démons, la résurgence de ce passé sous forme de fantômes venus hanter les survivants renvoie clairement aux dégâts causés par un franquisme pourtant encore bien présent dans les mémoires espagnoles, malgré ce que prétendait Rajoy, l'opposant à Zapatero, durant la récente campagne des élections législatives espagnoles. Un point de vue plutôt prégnant dans l'explicite Labyrinthe de Pan.
Des films chargés de sens, mais pas pour autant revendicateurs ou vindicatifs. Ici, on parle d'un travail de deuil et d'un devoir de mémoire difficiles mais qui doivent être nécessairement entrepris. Dans L’Orphelinat, cela passe par la vision de vieux films d'époque ou la reconstitution fidèle d'un environnement passé.

L'occasion pour Laura de remonter le temps non plus par la grâce d'une machine infernale mais par la juxtaposition de ses souvenirs d'enfance sur une réalité désespérante. Car comme le dit la médium : « Croire c'est voir ». Et c'est en se laissant gagner par la nostalgie ainsi que par la certitude de retrouver son fils que Laura parviendra à convoquer les fantômes de son passé.
Un orphelinat où la réalité et les souvenirs communiquent en permanence par le truchement d’une réalisation sobre, une photo magnifique et un sens du cadre étonnant pour un premier film.
Bayona est un réalisateur qui prend son temps , évite tout effet facile ou gratuit et fait peser une menace sourde par un étirement des séquences et en différant l'apparition de la moindre présence. Et tandis que le temps passe (9 mois) depuis la disparition de Simon, l’intrigue semble mener nulle part jusqu’à ce qu’en désespoir de cause, la mère meurtrie fasse appel à une médium qui viendra relancer son espoir comme la narration.
Une séance de spiritisme par vidéo interposée amorçant une dernière partie qui permet à Bayona de livrer des séquences d'une grande intensité. Jamais un jeu aussi commun que « 1, 2, 3 soleil » ne vous aura paru aussi glaçant.
Une tension qui opère par vagues successives pendant tout le film sans jamais devenir paroxystique dans un climax d'une grande puissance émotionnelle. Histoire de vengeance d'outre-tombe, jeux innocents et cruels tournant mal, le drame survient avant tout du manque d'attention porté à des choses à priori insignifiantes sauf aux yeux d'un enfant.
L'Orphelinat parle de la peur de perdre son enfant, de la perte de toute capacité d'émerveillement. Un film pas exempts de défauts mais dont la résolution tragique autant qu’apaisante vous vrillera le cœur.
Finalement, Wendy sera parvenue à retourner dans le monde de Neverland pour y retrouver « ses enfants »…

Last blood : John Rambo

Posté le 29.02.2008 par houseofgeeks
Après Rocky l'année dernière, Stallone met personnellement un terme à une autre franchise emblématique des 80's, Rambo. Deux personnages qui entretiennent des liens étroits avec leur interprète. Si Rocky est la face lumineuse de Sly, Rambo en est le versant sombre. On peut même énoncer que l'étalon italien incarne ainsi à lui seul toute l'ambivalence des Etats-Unis. D'un côté le boxeur de Philadephie est la plus belle illustration du mythique rêve américain (partir de rien et réussir à force de volonté) quand le guerrier de l'Arizona en expose le côté cauchemardesque (abandon par la mère-patrie de ses fils partis combattre pour ses envies bellicistes). Comme pour Rocky Balboa, John Rambo est l'occasion d'une dernier retour aux sources afin d'inscrire définitivement les personnages au panthéon du cinéma, une volonté clairement affichée par le choix de leur patronyme entier comme titre. Mais là où le boxeur s'offrait un dernier tour de piste en forme d'apothéose et d'ultime bain de foule, notre vétéran du viet-nam livre rien de moins qu’un baroud d’honneur à la force nihiliste proprement stupéfiante !

Après la tentative de réappropriation des seventies par les studios, voir les innombrables remakes vidés de leur substance, on assiste désormais à une résurgence des icônes des 80's. Si le cas de John Mc Clane est réglé par la Fox qui en a fait le chantre du néo-libéralisme (qu'il tance les hackers se méfiant des infos officielles type Fox news n'est pas du tout innocent !), Stallone saisit avant tout l'occasion de redonner de l'éclat à deux figures ternies par des suites aussi fidèles que possible à l'idéologie des glorieuses eighties : fric, cynisme et patriotisme.


Birman holocaust

Sly a mûri, en près de 30 ans il a eu le temps de digérer le fait de n'être plus identifiable que par ces icônes du film d'action. Rocky Balboa et John Rambo sont sa manière de l'accepter tout en affirmant ses velléités d'auteur à part entière. Autant Rocky Balboa se montrait volubile, expansif et généreux en émotions, autant John Rambo vous laisse comme les rescapés du massacre final, estomaqué et incrédule après ce déchaînement de violence.
Rambo vit maintenant reclus dans la forêt thaïlandaise, capturant les serpents venimeux contre pitance. Toujours pas décidé à rejoindre la soi-disant civilisation américaine qui s'est bien foutu de lui (et de ses compatriotes) après son retour du viet-nam : persécuté dans le 1er film, manipulé dans les suites par son propre père de substitution, cette raclure de colonel Trautman. Retiré des "affaires", il est sollicité par des humanitaires désireux qu'il les conduise en Birmanie pour soigner la population persécutée par la junte militaire. Ils se font capturer et Rambo doit repartir les délivrer en compagnie de mercenaires.
Vu comme ça le pitch s'annonce aussi jouissif que décérébré, à l'image des numéros 2 et 3. Seulement voilà, les premières images annoncent la couleur, ce sera certes une boucherie mais elle sera loin d'être bandante ! Car John Rambo n'est pas moins qu'un hommage à Cannibal holocaust et toutes ces bandes italiennes bien crades. Comme Ruggero Déodato, Stallone utilise pour ouvrir son film des "stocks-shots", ceux-ci ne nous épargnant pas les horreurs des exactions commises à l'encontre du peuple birman. Ou comment plomber l'ambiance de ceux qui s'attendaient à un feu d'artifice festif. Tout le film sera à l'avenant, les corps mis en pièces par les balles, transpercés par les flèches de Rambo, gorge arrachée à mains nues, adversaire littéralement étripé, cadavres pendus aux pieds à moitié dévorés par des cochons, des images fortes et choquantes qui rappellent les mutilations du Dernier monde cannibale et consorts et choisies sciemment par un Stallone appuyant sa démonstration là où ça fait mal ; voilà ce que sont la guerre et la violence. Un examen presque clinique qui annihile toute complaisance pour cette violence extrême.
Si Cloverfield avait des vertus cathartique post-11 septembre, il en est de même pour John Rambo qui permet à son personnage d'exorciser le traumatisme du viet-nam, en une sorte d'exutoire. Cette façon de crier de rage lorqu'accroché à une mitrailleuse lourde il massacre les militaires, l'atteste. L’autre force du film est de parvenir à transcender les faiblesses du scénario. Si les humanitaires et les mercenaires sont stéréotypés, que le très méchant Colonel birman soit si archétypal, c'est bien pour renforcer l'image de ce guerrier atavique et impitoyable que rien ne semble émouvoir.
Une attitude d’autant plus prégnante que durant tout le film Rambo est plutôt avare de mots. Un mutisme qui confine presque à de l'autisme.

God of war

Dans les 3 films précédents aussi il s'avérait peu disert. Seulement ici, c'est bien pour mettre en exergue les quelques paroles qu'il prononce. Quand le nouveau Rambo parle, on l'écoute. Mais le fait qu'il soit peu loquace, que ce soit avec les membres de la mission humanitaire ou avec les mercenaires, souligne un peu plus son détachement de toutes contingences. Il est ailleurs. Voire, il est d'ailleurs. Car Stallone s'ingénie admirablement à reconstruire son personnage et en faire une figure mythologique à part entière. Sly n'utilise peut être pas des mouvements de caméra sophistiqués mais il a un sacré sens du cadre et du découpage. Et c'est bien par l'image que s'opère la transformation de Rambo en véritable dieu de la guerre.
Il en va ainsi de l'attitude monolithique de Stallone tout le long du métrage, de son aptitude à se fondre dans le décor ou à surgir derrière un adversaire. Ensuite, lors de l'abordage des pirates birman, il démontre une réelle capacité surnaturelle à les décimer tous. Au passage, il montre clairement sa détermination en achevant d'une balle dans la tête le seul survivant. Et ce en plan large s'il vous plaît (total respect rien que pour ce plan). Puis, alors qu'il prépare la mission de sauvetage, on le voit forger son arme tel Vulcain. Enfin, lorsque après un combat final absolument tétanisant et renversant, la poussière retombe, on voit John Rambo se tenir debout au-dessus de la plèbe, surplombant la scène tel un dieu contemplant son œuvre. Une scène magistrale et saisissante qui aurait pu (dû) conclure le film. La charge nihiliste n'en aurait été que plus puissante de voir cet agent du chaos se détourner et s'en retourner là d'où il vient, laissant à ses pauvres victimes le soin de gérer le traumatisme vécu. Sans doute dans l’esprit de boucler la boucle, sa mission terminée, John peut rentrer au pays et retourner chez lui, enfin en paix. Dommage.

Le 1er Rambo dénonçait les horreurs de la guerre et le besoin de reconnaissance des soldats qui y avaient vu leurs idéaux bafoués mais de manière allégorique, sous forme de retour au bercail empreint de honte et de persécution. Avec John Rambo, Stallone aborde frontalement le problème et nous donne à voir ce conflit dans toute son horreur. Qu’on ne s’y trompe pas, la volonté de Sly est autant d’alerter sur les conflits en cours (Birmanie donc mais d’autres en filigrane) que ressusciter, pour mieux l’évacuer, le traumatisme de cette guerre du viet-nam. Il y a pourtant eu Platoon, Full metal jacket, Outrages, mais aucun n’avait jamais atteint la force brute du film de Stallone. Barbare John Rambo ? Assurément. Mais en aucun cas “ jouissif ”. C’est un putain de bon film dont la violence, physique et politique, est d’autant plus exacerbée que les personnages virent par moments à l’abstraction pure et simple. Du grand art.
Après deux chefs-d’œuvre tels que Rocky Balboa et John Rambo, la carrière de réalisateur de Stallone s’avère passionnante. Vivement la suite !

Catastrophix, pathétix et tutti quantix : Astérix

Posté le 27.02.2008 par houseofgeeks
Le meilleur baromètre de ce genre de comédie hénaurme sont les « critiques » des magazines télés ou féminins, bref les non spécialistes. Peu exigeants d'ordinaire (il leur suffit d'une star dans un rôle un peu moins convenu pour crier au génie), tous sont unanimes sur la piètre qualité du métrage. Si même eux trouve le film déplorable, il y a de quoi avoir peur.
Difficile après lecture de se motiver pour aller voir la « bête ».Passant outre toute influence extèrieure, je m'astreins donc à une vision de Astérix aux Jeux Olympique comme tout bon adepte de « gonzo » journalisme. Et le résultat à l'écran est inversement proportionnel à l'ampleur du budget, le plus gros pour un film français. Alors quoi, faut -il tirer sur l'ambulance, crier au loup de concert avec les autres critiques ou tenter de trouver par tous les moyens quelquechose à sauver du désastre ? Un peu des trois, d'autant que l'aspect le plus intéressant et qui a échappé à tout le monde est que le duo de réalisateur Langmann/Forestier fait référence au travail d'un autre duo de réalisateurs, les frères Wachowski.

La monstrueuse parade
78 millions d’euros de budget, distribution sur 1078 écrans, une promo maousse, des guests à la pelle, bref ils ont sorti le grand jeu pour les nouvelles aventures du petit gaulois. Une stratégie qui en rappelle une autre, celle d'un autre énervé, le président Sarkozy, dont l'agitation frénétique et permanente cache mal les mesures iniques prises et l'absence d'une politique cohérente. Sans doute ce qui motive le magazine « Marianne » lorsqu'il titre « Astérix aux J.O, un film Bling-Bling ».
Mais au-delà de toute considération politique, le film en lui-même est une aberration. Alors que le film précédent, Astérix et Obélix : mission Cléopatre, mis en scène par Alain Chabat était un gigantesque hommage au Saturday Night Live (dont l'humour des nuls est directement issu) complètement assumé et drôle à la cohérence narrative intacte, la version à Olympie se contente de gags digne du slapstick le plus primaire (les récurrentes chutes de Alafolix) où ne compte que l'enchaînement aussi improbable qu'inepte de saynètes mettant en vedette les comiques les plus populaires (Dubosc, Semoun, Garcia,etc) mais pas forcément les plus drôles. Le plus triste dans l'affaire étant que ce divertissement se voulant populaire par l'accumulation de figures et têtes reconnues ne satisfera que les masses peu regardantes. Tandis que la promo intensive remplit son office, donc les salles, le bouche à oreille pourtant pas fameux n'entame que légèrement la fréquentation. Donnant un peu plus de poids à l'axiome de la grande distribution qui veut que le succès et la qualité d'un film se mesure au nombre de ses spectateurs.

Le teaser (super drôle au début, moins au bout de plusieurs semaines de tabassage médiatique) annonçait la couleur. On y voyait Poelvoorde en Brutus, ordonner à ses troupes romaines de se mettre en formation « tortue » (d’un point de vue animalier). Le même rectifiant le titre du film Astérix aux Jeux Olympiques en un « Brutus aux Jeux Olympiques ». Une note d’intention limpide puisque effectivement, le film est un show Poelvoorde. Seulement ce dernier fait à peine sourire malgré ses efforts. On ne le redira jamais assez mais faire rire est tout un art. Or, ici l'absence de direction d'acteur et de rythme est rédhibitoire. Comment en vouloir à notre comique belge préféré (après Johnny ?) qui semblait lui-même attéré et affecté par ce tournage (sa dépression a bien une origine). Une incompréhension sans doute partagée par le génial Santiago Ségura (acteur fétiche de Alex De La Iglesia et réalisateur entre autres de la trilogie culte Torrente) dans le rôle de Docteurmabus (sic). On se consolera comme on pourra en constatant avec bonheur le peu de scènes mettant en scène Astérix et Obélix (à part le gros chèque, quelle motivation pour Cornillac ?), les deux héros n'étant plus que les faire valoir des rôles secondaires gravitant partout ailleurs. Malheureusement ceux-ci s'avèrent d'aussi minables ressorts comiques. Et ce n'est pas la tentative de sauvetage de l'homme providentiel Jamel Debouze dans les 5 dernières minutes qui fera remonter la côte d'intérêt du film. Pas mieux non plus du côté de la course de char qui se voulait aussi drôle que celle de Ben Hur était épique. Non, l'intérêt du film est décidemment autre

Astérix, Obélix...Matrix (?)
Après le succès rencontré par le péplum survatiminé de Zach Snyder 300, il n'est pas étonnant de voir ici générer via les CGI les nombreux décors et arrières plans. Pas d'ambiance onirique ou fantasmagorique apte à renforcer un traitement mythologique de l'histoire comme dans le film de Snyder. Au contraire, Astérix aux J.O voit ses acteurs s'ébattrent (se débattrent ?) dans des aplats figurant les décors dessinés par Uderzo dans la B.D, particulièrement lors des épreuves olympiques. En clair, Langmann et Forestier veulent donner l’illusion que les planches s’animent. Cette volonté de faire disparaître toute profondeur de champ se rapproche étrangement de ce qu’expérimente actuellement les frères Wachowski avec leur nouvelle réalisation Speed Racer.


Adaptation d’une série animée japonaise à succès, les premières images de Speed Racer montrent des véhicules ultra-rapides se taper la bourre dans des décors aux couleurs plutôt éclatantes et flashy mais surtout tout droit issus d’un manga. Un film qui semble prolonger leur réflexion entamée avec la saga Matrix sur l’imbrication des différents degrés de réalité, leur pérméabilité et leur capacité à englober personnages comme spectateurs. Le désign général de l’entreprise étant clairement influencé par la nouvelle vague japonaise dite « superflat » (voir le blog de l'ami Rafik pour être complet : rafik.blog.toutlecine.com)

Le « superflat » est un mouvement d'art contemporain influencé par l'animé et le manga. C'est une attitude qui vise à analyser la culture japonaise d'après-guerre à travers la sous-culture dite « otaku ». Superflat signifierait littéralement être "trop enfermé" (dans son appartement, pour lire des manga par exemple). Si la vision des Wachowski s’inscrit dans un projet à la cohérence intellectuelle hors norme (Matrix, ça vous dit quelquechose ?), il n’en est pas de même de ce film, se contentant d’illustrer platement des péripéties assez molles et aux effets spéciaux laids à pleurer. A se demander comment un tel budget a été dilapidé. Les nombreux caméos et rôles secondaires de « stars » peut être ?
Bien évidemment, c'est une pure coïncidence si Astérix aux J.O reprend un concept similaire au futur Speed Racer. Après visionnage, il est impensable qu'ils aient eu la volonté de questionner le média à l'aune du succès historique d'une bande-dessinée franco-belge, encore moins d'en tirer des conclusions ou des pistes de réflexion sur la contre-culture associée.


Conclusion, un film qui sera difficile à oublier non pas tant par sa propension à rater sa cible à chaque fois (encore un gag récurrent ?) mais bien parce qu'un tel budget pharaonique aurait pu financer une quinzaine de films de genres et donner corps aux visions de vrais auteurs. Le plus dommageable sera la réputation de plus gros (budgétairement et artistiquement) nanar jamais produit mettant un peu plus à mal la légendaire « exception française ». Mais, on s'en fout, Astérix aux J.O rapportera un max de thunes. Ce qui est quand même le plus important dans la vision mercantile du cinéma véhiculée par Canal +, TF1, France 2 et consort.

L'abomination de Manhattan : CLOVERFIELD

Posté le 09.02.2008 par houseofgeeks
Dire que « Cloverfield » était attendu au tournant est un euphémisme. Articulant sa promotion autour de l’absence d’images du monstre et son concept d’une narration ultra réaliste, le film se révèle au final beaucoup plus complexe. Riche de plusieurs niveaux de lecture et d’appréhension, le film se permet d’exorciser un traumatisme collectif tout en rendant un vibrant hommage à l’écrivain Howard Philip Lovecraft (L’appel de Cthulhu, l’abomination de Dunwich, les montagnes hallucinées,etc). Surtout, c'est un film qui ouvre des pistes de réflexion passionnantes sur le besoin irrépressible de fixer des images à vocation testamentaire.

Rarement marketing aura été aussi efficace que dans le cas de « Cloverfield ». Une promo virale qui s’impose en digne successeur du « Projet blair witch » qui avait défrayé la chronique en 1999. Il faut dire que J.J Abrahms est un maître dans l’art de faire monter la pression comme l’a si bien démontré la série « Lost ». D’ailleurs « Cloverfield » entretient un lien de parenté dans la mesure où le buzz est généré par une bande-annonce montrant une jungle cette fois-ci urbaine en proie au chaos et où se font entendre les cris des habitants paniqués. Par quoi, là encore le mystère demeure. Peut être est-ce la même créature vivant sur l’île maudite venu dévaster une autre fiction de son géniteur ? Toujours est-il que le petit monde des cinéphiles du net n’est plus agité que par les spéculations sur l’apparence du monstre. Ou comment détourner l’attention par l’absence d’images. Car savoir à quoi il ressemble, finalement importe peu. Ce monstre agissant en véritable Mc Guffin (élément accessoire autant qu’essentiel puisque moteur de l’intrigue) puisque l’intérêt du film réside bien dans son concept, vivre l’intimité d’une catastrophe.

La fin de l’innocence
Une proximité envisagée comme principal ressort dramatique puisque nous serons constamment accrochés aux basques d’un petit groupe de survivants. Et cela devient même l’enjeu principal puisque la retransmission vidéo débute par les images d’un jeune couple, Rob et Beth, apparemment heureux. Un bonheur très vite contrarié par la superposition des images de la fête de départ du même Rob pour le Japon, le couple étant maintenant séparé. Outre la survie, le but ultime de Rob sera bien évidemment de retrouver celle qu’il aime en dépit des multiples dangers. Et cette idée de montage où des images de leur bonheur passé viennent parasiter le reportage de l’apocalypse ambiante renforce leur quête désespérée d’un bonheur perdu. Un film exprimant parfaitement l’état d’esprit des américains au lendemain des attaques du 11 septembre 2001. « Cloverfield » agissant comme une thérapie cathartique en faisant revivre de l’intérieur la panique immédiate des malheureuses victimes. Une expérience viscérale déjà abordée mais périphériquement par le très bon « Vol 93 » de Paul Grenngrass quand le « World trade center » de Oliver Stone ratait la cible par une bondieuserie trop marquée et une identification rendue impossible par des acteurs reconnus (Nic Cage). Car la force du film de Matt Reeves réside dans ses personnages campés par d’illustres inconnus, procédé qui renforce le climat d’angoisse puisque tous sont menacés de disparition de l’écran. C’est surtout une façon de souligner que la star du film, c’est le film lui-même. Pas de vedettes, une bête qui joue à cache-cache au milieu des buildings, tout passera par la capacité du montage à provoquer toutes sortes d’émotions. Et si le côté amateur est renforcé par le format numérique et les décadrages incessants, les ellipses provoquées dans la fiction sont les signes ostensibles d’un montage maîtrisé afin de contrôler le rythme.



Une attente fébrile et récompensée
Coupons court tout de suite aux critiques mitigées et restant sur leur faim. « Cloverfield » répond parfaitement à nos attentes et se montre aussi éprouvant et tétanisant que possible. Comme son monstre, le film est tout simplement énorme. Le choix d’une caméra DV décuplant les sensations de peur et de désorientation.
Premier coup de maître, l’affiche du film. Les traces des remous laissées dans l’eau et les immeubles éventrés de la berge laissent à penser qu’une créature énorme est sortie des eaux et on pense tout de suite à une sorte de Godzilla. Deuxièmement, la statue de la liberté à la tête tranchée convoque irrémédiablement les dernières images pleines de désespoir du film de Franklin J. Schaffner « La planète des singes ». Et la bande-annonce montrant cette tête atterrir sur le macadam prolonge admirablement cette vision crépusculaire. Outre la forte charge symbolique, cette image d’une statue de la liberté décapitée agit comme un funeste présage à ce qui va suivre.
D’ailleurs, la bande-annonce commence par une introduction digne du « Projet blair witch » puisque nous présentant les images qui vont suivre comme tirées d’un caméscope retrouvé sur les lieux de ce qui était Central Park…
Une habile promo jouant sur la diffusion du moins d’images possible qui couplée à cette introduction liminaire finit d’exacerber le désir d’en voir plus.
Et une fois que la première explosion embrase le ciel, c’est parti pour une course frénétique d’abord pour la survie puis le sauvetage de la belle en détresse. Comme « La guerre des mondes » de Spielberg, la petite histoire rejoint la grande. Sauf qu’ici on abandonnera rapidement toute interaction avec le reste de la population, mis à part l’armée, pour se focaliser sur un groupe restreint à 4 personnes parties à la recherche de leur amie, sachant pertinemment qu’ils ont toutes les chances d’y rester. Le fait que l’introduction ne mentionne pas de survivant scelle un peu plus leur tragique destin.
Isolés, ils traversent un Manhattan en ruines pris entre les ripostes des soldats et les déplacements de la créature. Celle-ci bénéficiant d’apparitions morcelées, une tentacule, un « bras » ou un « pied » gigantesque, quand bien même il se montre d’une taille plutôt respectable. Comme le « Alien » en son temps, montrer le moins possible la créature favorise la tension, elle peut se dissimuler partout et nulle part à la fois. Et ici, malgré sa taille nous n’en aurons jamais une vue d’ensemble nette et précise, profitant des trous et ellipses créés par le montage vidéo.
Certains semblent d’ailleurs plutôt mécontent de ce traitement, le définissant comme roublard et reprocher au film d’être construit sur du vent. Au contraire, le fait que l’origine du monstre soit inconnue, que sa forme réelle soit indéfinissable renvoie à l’impossibilité de décrire l’innommable dans les écrits de H.P Lovecraft. En somme, le meilleur moyen de stimuler l’imagination.
Des reproches qui avaient été faits également au « Projet Blair witch » qui foutait une pétoche d’enfer grâce à la seule force de la suggestion et une image furtive de la menace en toute fin de métrage.

Un seul espoir : témoigner
En toute illogique, le caméraman s’obstine à filmer pendant ses moindres déplacements. Obéissant ainsi au nouvel instinct créé par les nouvelles technologies, témoigner en le filmant ou le prenant en photo du moindre évènement. Image saisissante que ces rescapés agglutinés téléphones portables en main en train d’immortaliser la tête de la statue de la Liberté gisant à terre. Une fois retrouvés leurs esprits voilà ce qu’ils font en premier. Désormais l’instinct de survie est supplanté par ce besoin de témoigner, de laisser une trace. Ce sera d’ailleurs le seul espoir pour nos deux tourtereaux en toute fin pour qu’ils survivent au moins dans la mémoire collective : déclamer son identité face caméra.
Filmer devient une obsession et le véritable sujet du film. Au-delà de revivre le traumatisme du 11 septembre et raconter la quête intime de ses personnages, plus qu’un survival urbain, le film est la traque de cette bête qui échappe à tout objectif, photo ou caméra. Le but ultime est d’arriver à imprimer son image sur pellicule. A chaque fois qu’il sera à proximité, le caméraman tentera d’en avoir des images suffisamment stables, pour savoir ce que c’est et comprendre, peut être. Les circonstances l’en empêcheront toujours (explosion, fuite, attaques d’espèces d’araignées géantes…) jusqu’à ce qu’ils soient évacués en hélicoptère. A l’abri et tandis que l’armée bombarde le monstre, il peut enfin faire la mise au point. Nous en aurons donc un aperçu plus complet malheureusement l’helico finira par se crasher. Un premier avertissement sans frais puisque les 3 héros s’extirpent des décombres. Seulement, une fois que Hud récupère la caméra et qu’il filme en gros plan et de face la créature arrivée sur les lieux (la même ?), il mourra dévoré. Ultime hommage à Lovecraft, car si ses protagonistes devenaient fous et mourraient d’avoir contempler l’indescriptible (Cthulu et consort), le même sort attend les personnages de « Cloverfield » qui parviennent à voir l’infilmable.

Le phénomène « Cloverfield » ouvre donc le bal d’une année qui sera marquée par des films tournés en caméra subjective puisqu’on attend le terrifiant « REC » du duo Balaguero et Plaza et le politique « Diary of the dead » de Romero. Chacun poursuivant un but propre mais tous avec la furieuse envie de proposer une vision ultra-réaliste d’évènements fantastiques à même d’immerger plus profondément encore le spectateur. Avec le développement des technologies liées à la vidéo, chacun peut être le réalisateur de sa vie grâce à son portable ou sa mini caméra DV. Des films qui, comme le « Vidéodrome » de Cronenberg en son temps, illustrent et confrontent les spectateurs à leur devenir image.

FRONTIERE(S)

Posté le 27.01.2008 par houseofgeeks
Après quelques atermoiements, « Frontière(s) » le premier film de Xavier Gens est enfin sorti. Un accouchement non sans douleurs car le film aura subi une production plus que chaotique - Gens obligé de shooter en cachette les scènes les plus extrêmes, son producteur voulant un film PG-13 (interdit aux moins de 13) – une distribution différée – Europa Corp voulant capitaliser sur « Hitman » - et enfin un comité de censure (appelée chez nous C.S.A) qui impose une affiche absurde et enlaidie par les mentions que le film accumule les scènes de boucherie, etc. Tout est donc réuni pour faire de « Frontière(s) » un bide et un objet honni par la critique, les spectateurs et les soi-disant fans de film de genres. Et c’est ce qui est en train de se passer.

Sans doute l’attente suscitée par un film se positionnant d’emblée dans le genre horreur sans concession aura jouée en sa défaveur. A force, d’attendre sa sortie chacun se sera fait sa petite idée et imaginé les scènes les plus horribles suivant son degré de déviance. Et bien qu’imparfait, souffrant d’une histoire prétexte un rien minimaliste voire parfois simpliste, « Frontière(s) » est pourtant loin d’être le nanar ou le pétard mouillé tant décrié. Mieux, il devient indispensable de le défendre et le supporter en salles si l’on veut que les financiers consentent à donner quelques billes pour de futurs projets aussi risqués commercialement.

Xavier Gens a été assistant réalisateur de Ringo Lam sur « Risque maximum » mais s’est surtout fait remarquer par sa maîtrise de la narration et des cadres avec le court-métrage « Au petit matin » (avec Estelle Lefébure, déjà), « BTK – Born to Kast » et un épisode (le meilleur ?) de l’anthologie Sable Noir et intitulé « Fotographik ». Des programmes courts à la tension permanente et en crescendo qui se terminent bien souvent dans un bain de sang. Réalisateur sevré aux chef-d’œuvres des Hooper, Carpenter, Lustig, Mc Tiernan,etc et élevé voire éduqué par Mad Movies. En clair, un réalisateur qui a tout pour plaire.
Alors, qu’est-ce qui cloche ? Sûrement que le film dérange par son amour des situations les plus extrêmes en mettant en scènes ses figures les plus extrémistes (un Sarko-like puis une famile de nazis cannibales), pour en faire une expérience rare dans le paysage cinématographique actuel.
Le scénario écrit par lui-même est une réaction au passage du Front National au deuxième tour de la présidentielle de 2002, auquel s’est depuis rajouté le traumatisme de vivre en Sarkozie. Des émeutes qui servent de toile de fond et permettent de contextualiser l’intrigue. Et bien que la référence n’alimente autrement l’histoire qu’en l’encadrant, elle permet de mesurer le parcours des protagonistes. Des personnages assez crédibles et qui vont passer un sale quart d’heure.
Globalement, l’interprétation est à saluer. Les quelques réserves concernant Le Bihan dont le cabotinage est à la limite de décrédibiliser la brute épaisse qu’il joue et les dialogues assez pauvres qui n’aident pas vraiment Estelle Lefébure et les autres. Cette dernière est d’ailleurs dans ce film le portrait craché de Sheri Moon Zombie, la femme de notre métalleux préféré. On en vient donc au point névralgique, les références qui imprègnent tout le film.
En premier lieu, le « Massacre à la tronçonneuse » de Hooper puisque « Frontière(s) » en reprend la trame principale et ses moments clés (le repas de famille notamment) mais sans jamais virer au plagiat éhonté. Gens a l’intelligence de s’en démarquer et de ne pas en livrer une pâle copie aussi ostentatoire qu’inutile. Autre film imprégnant le métrage, « Psychose » de Hitchcock mais sans scène de douche. On peut s’amuser à dénombrer les autres emprunts (en vrac « The descent », « Hostel », « la mouche », « Die hard »… mais là n’est pas le but. La reconnaissance cinéphilique importe peu à Gens qui s’en sert surtout pour stimuler les cerveaux des spectateurs.
Un cinéma qui se rapproche d’un autre fan-réalisateur, Christophe Gans. Mais en plus viscéral, Gans peinant à créer un lien avec le spectateur autre qu’esthétique. Ses films sont très beaux et virtuoses mais souffrent d’un manque émotionnel certain.
« Frontière(s) » propose donc de suivre le calvaire initiatique de 4 jeunes des cités, plongés en plein cauchemar nazi au cœur même de la campagne française. Réalisation au cordeau, bien que souffrant parfois du surdécoupage des fusillades, et inventive, photographie léchée, construction des plans remarquable (on sait à chaque instant dans quel lieu se situe l’action, voir carrément de dessiner les plans de la ferme à la sortie de la salle !), Gens est un cinéaste émérite.
A peine si on peut déplorer des séquences de torture et d’action qui ont tendance à s’autonomiser, perturbant quelque peu le rythme.
Mais ce qui laisse pantois, ce sont bien le CSA et certaines critiques taxant le film de complaisance et de voyeurisme. Les rapports de force sont violents, mais jamais gratuit. Mieux, Gens utilise toujours la bonne distance pour filmer ces horreurs. Si les nazis se font découper ou sauter la tête dans des gros plans bien gores et craspec, au contraire les malheureuses victimes subissent les derniers outrages avec dignité, soit à chaque fois à l’abri des regards.
Et si le film se termine dans une rage libératrice, elle est loin d’être apaisante.

« Frontière(s) » est loin d’être le chef-d’œuvre définitif attendu et espéré, la faute à un script bancal et des sautes de rythme sans doute dues à la difficulté de passer d’un format court à un long métrage. Mais en l’état, il reste une formidable expérience éprouvante, un film sincère et humble, transgressif et avec de vraies propositions de mise en scène et que l’on aurait tort de snober. Xavier Gens est un mec à suivre et supporter et non à conspuer. Parce que des films comme ça, déjà que l’on en voit peu, on est pas près d’en revoir.

Alors, lorsque l’on est capable de s’enquiller des « Détour mortel I et II », « Feast », le remake de Nispel de « Massacre à la tronçonneuse » sans sourciller, que l’on estime « A l’intèrieur » sur-estimé et que l’on fait la fine bouche devant « Frontière(s) », il y a de quoi s’inquiéter….

DANTE 01 - Marc Caro 00

Posté le 27.01.2008 par houseofgeeks
A force, on aurait presque fini par y croire. Malheureusement, l’émergence d’un véritable cinéma de genre à la française restera limitée à quelques films véritablement habités par leurs auteurs. Des exceptions qui confirment une fois de trop la règle. Quand Aja, Vestiel, Siri, Gens et consorts investissent le genre pour livrer des œuvres référentielles mais avec la volonté de générer une véritable empathie pour leurs personnages et raconter une histoire pas seulement rythmée par des scènes d’actions et/ou de sévices, les autres (Leclercq, Pitof, Leterrier) se ramassent la gueule pour avoir privilégier les artifices à tout discours humaniste.
Le premier film de Marc Caro, « Dante 01 », faisant contre toute attente partie des ratés.


Pourtant, on aurait aimé qu’il réussisse à imposer une nouvelle vision de la S.F. Quitte à tenter de s’auto-persuader que décidemment non, l’autre moitié du duo Jeunet-Caro ne pouvait faire un mauvais film. Mais contrairement au magistral « Sunshine » de Danny Boyle, « Dante 01 » a beau multiplier les références, il n’arrive jamais à les amalgamer et les soumettre à sa volonté de raconter une histoire.
Plombé par un script de Pierre Bordage indigne et sans ambition, Caro dirige son éternelle troupe de « gueules » (Pinon, Levantal, Hadji-Lazaro…) dans des décors au désign parfois assez limite.
Si « Eden log » bénéficiait également d’un scénario minimaliste de Bordage, Franck Vestiel a su le transcender par une réalisation soignée, significative et évocatrice donnant à son film plusieurs niveaux de lecture. Un film imparfait mais passionnant.
Or, Caro se borne à illustrer une histoire évasive, à la symbolique religieuse et mythologique pachydermique. Entre les noms de persos tels que Perséphone, Moloch ou St-Georges, le pénitencier/hôpital en forme de croix et en orbite autour d’une planète en fusion, une voix-off insupportable d’explications pseudo philosophiques sur les évènements à l’écran, tout pour prendre le spectateur pour un débile fini. Une condescendance intolérable.
Ceci dit, le travail sur la lumière et les cadres reste admirable et la séquence qui voit Dominique Pinon plonger dans un bain bouillonnant pour reprendre le contrôle de la station est superbe et saisissante.
Hélas, on oublie bien vite les quelques bonnes idées parsemant le métrage tant le spectateur un tant soit peu cinéphile demeure dubitatif face à cette resucée sans âme de « Alien 3 » de David Fincher.
Sans rythme, des acteurs en roue libre qui en font le minimum tant leur manque d’implication est patent, le film se permet tout de même l’exploit de s’éterniser sur 1h30. 90 minutes construites sur du vent Dans l’espace, personne ne vous entendra bâiller.
Terminons par des propos de Lambert Wilson sur sa fierté de participer à ce film : e souhaitais simplement m'approcher d'un metteur en scène dont l'imaginaire est puissant et qui a un sens visuel très développé. Ca m'a rappelé les frères Wachowski. Ces trois personnes sont issues de la bande dessinée. Pour elles, le travail commence par l'oeil dans un petit format."
D’une, il n’a rien compris au talent des frangins pour oser les comparer à cette nullité de Caro. Deux, effectivement, la vision qu’a Caro de son média est sacrément étriqué.Lambert Wilson, acteur passable mais bel esprit de synthèse.
En tout cas, Marc Caro nous doit une revanche.
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