DVD
Posté le 05.12.2007 par houseofgeeks
Retour sur le dernier film en date de Tony Scott (True Romance, Ennemi d'Etat, Domino, Man on fire mais aussi Top Gun et Day of Thunder...), "Déjà vu" avec Denzel Washington, Val "j'ai sacrément enflé" Kilmer et la toute mimi Paula Patton.
Sorti en fin d’année 2006 et qui a pâtit du succès mitigé de son précédent « Domino » où il poussait très loin (trop loin selon certains) ses expérimentations formelles.
La nouvelle Orléans vient à peine de se relever de l'ouragan Katrina qu'un terroriste fait sauter un ferry, faisant 543 victimes. Un agent de l'ATF Doug Carlin (Denzel) est chargé de l'enquête. Et puisqu'il est natif de la région et doit savoir ou regarder, il est enrôlé dans une nouvelle section du FBI qui utilise un procédé révolutionnaire qui donne la possibilité de voir ce qu'il s'est passé 4 jours et 6 heures avant ! Seul probléme, les enquêteurs n'ont droit qu'à une seule vision. Impossible de reculer ou d'avancer à l'envie, seuls les changements d'angles de vue sont possibles.
Où regarder ? Que chercher ? Carlin choisi de s'intéresser à la vie de la très belle Claire Kurchever, retrouvé morte et à moitié brûlée mais 1 heure avant l'explosion. Et là, il va tomber amoureux de cette femme, cherchant toujours à en savoir plus et avec comme ambition impossible de pénétrer dans sa vie, passer de l'autre côté de l'écran...Et si Claire peut ressentir la sensation d'être observée, ne serait-il pas envisageable de la prévenir, d'envoyer un message voire mieux de se transporter de "l'autre côté" ? Et oui, car plus qu'une machine permettant de visionner passivement ce qu'il s'est passé 4 jours avant, c'est en fait une fenêtre sur le passé qui peut être entrouverte l'espace d'un instant.
Le pitch est alléchant et l'intrigue bien construite. A déplorer quelques incohérences dans certaines réactions du héros. Mais peut être est-ce dû aux fluctuations temporeles engendrées par son escapade, allez savoir !
Mais ce qui est vraiment intéressant c'est que Denzel effectue le rêve de tout fan de cinoche, arriver à pénétrer et influer sur le film qui se déroule devant lui. Au départ,il se contente de modifier les angles de vision instantanément réalisant le premier fantasme de tout bon fan (ou même de réalisateurs), agir en véritable démiurge. Et puis, sa fascination pour ce qu'il voit l'amène à tenter de rentrer carrément dans l'écran. Alors que dans le film"la rose pourpre du Caire", le personnage de Woody Allen y parvenait de manière poétique (il était carrément interpellé par l'héroïne de la fiction), ici le procédé est plus technologique.
Alors qu'au départ le personnage de Denzel Washington se contentait, grâce aux changements d'axe de la caméra, d'une analyse de la surface (plane) de l'image, petit à petit il recherche une vérité dans la profondeur de champ. Il est intéressant de noter que cette recherche de la profondeur était rédhibitoire dans le "Blow up" d'Antonioni et dans "les frissons de l'angoisse" de Dario Argento, elle s'avère ici décisive et opportune. D'ailleurs, "Déjà vu" peut être considéré comme une extension moderne de "Blow up" puisque le film de Tony Scott répond à la question sous-jacente dans celui d'Antonioni "Que se passerait-il si Thomas (le héros de Blow-up) arrivait à passer à l'intérieur de la photo qu'il a prise et qu'il analyse ?"
Bon, ok ce ne sont là que points de vues et supputations d'un malade de cinoche (en l'occurence moi !) parce que faut pas oublier que "Déjà vu" est avant tout un film divertissant et qu'il sait rester humble. En même temps, Tony Scott était plus ou moins obligé de réfrener ses ardeurs et revenir à des films plus "mainstream" (grand public pour les anglophobes !) après être arrivé au bout de sa démarche du tout expérimental dont "Domino" (son précédent film) était l'illustre représentant.
Ceci dit, même s' il met le frein à main sur sa frénésie d'expérimentations formelles (longues focales à tout va, lumières et couleurs saturées avoisinant le trip hallucinogène, découpage du récit frisant parfois la crise d'epilepsie, etc...) les thèmes qu'il aborde (et exprimés plus haut) permettent aux cinéphiles un peu retors (comme vous et moi) de trouver leur bonheur dans ce film d'action pétaradant. Oui parce que ça canarde, ça explose et y a une putain de poursuite en bagnole super originale ! Je l'avais pas précisé peut être mais ce film est produit par Jerry "je fais exploser le décor toutes les 20 minutes" Bruckheimer, habituellement connu et reconnu (par les cinéphiles un peu bourrin sur les bords ; comme moi) pour être le chantre du film d'action décompléxé, bien bourrin et sans cervelle ("Rock", Armaggedon, Pearl Harbor, Bad boys II, The Island....) ! Mais pas sans émotions.
Car c'est quand même là où il fait la différence par rapport à d'autres productions, c'est qu'on se prend d'affection pour les personnages. On est pas seulement intéressé par les explosions qui font péter les bagnoles 20 mètres en l'air, on s'inquiète sur le sort des persos. Bon, disons que là je suis magnanime (période de noël oblige !) parce que ce petit plus est surtout apporté par les scénarios parce que je suis pas du tout sûr que l'empathie envers les héros soit la raison principale qui l'anime !
Bref, ce film porte définitivement la patte de Tony Scott puisque l'image est super belle, les plans et leur agencement sont précis et sans fioritures et surtout il essaie d'aller plus loin que la simple série B de commande. Mais il porte définitivement également la patte de son producteur, puisque le cahier des charges en matière d'explosions et fusillades est respecté ! En somme un film bien fun et super intéressant thématiquement. A voir donc.
Ah si, j'oubliais. On ressent très bien la patte Bruckheimer dans la toute fin, qui est à mon humble avis "too much", mais bon.
Allez pour en finir avec ce très bon film, on peut le rapprocher dans sa thématique de "Ennemi d'Etat" avec Will Smith et Gene Hackman. "Déjà vu" pouvant être défini comme la version science-fictionnelle d'"Ennemi d'Etat". Ce qui rend encore plus intéressant ce film pour les fans hardcore de cinéma...
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Posté le 01.12.2007 par houseofgeeks
Chainsaw texas massacre : the beginning
La vie est un éternel recommencement, le cinéma aussi. Sans doute est-ce symptomatique d'une période trouble où les sociétés actuelles sont en pertes de repères, en quête d'une identité perdue, aussi assiste t'on depuis quelques temps au cinéma au retour des icônes de notre jeunesse (Batman, James Bond, Leatherface, les chevaliers du ciel....Euh, on s'abstiendra de parler de ces derniers pour rester courtois.). Mais plus que des résurgences d'un passé idéalisé, on assiste à une redéfinition de ces personnages emblématiques d'une époque afin de les adapter à notre monde moderne.
Les raisons qui animent ces productions sont avant tout économiques puisque cela permet de relancer des franchises moribondes pour un nouveau départ. Mais cette redéfinition s'appuie avant tout sur les origines de ces mythes. Ainsi « Batman Begins » opte pour un traitement comparable à celui qui a présidé au succès de « Blade », c'est à dire un retour aux comics d'origine (pas innocent si c'est l'oeuvre du même scénariste, David Goyer grand fan de comics) et surtout une approche plus authentique. « Casino Royale » revient également à sa source littéraire puisqu'il adapte le 1er roman des aventures du plus célèbre des agents secrets. Mais plutôt que de repartir de zéro et de faire table rase des films précédents (en même temps ce serait dur d'oublier 20 films), l'option choisie est de se référer et de dynamiter ce qui a défini le personnage pendant 30 ans, condition nécessaire à son adaptation au nouveau millénaire.
Plus qu'une réécriture de leur histoire, on assiste à un retour aux sources afin de développer une nouvelle genèse.
Et en ces temps d'incertude et de confusion (sociale, politique...), ce n'est pas vraiment une surprise de retrouver ce bon vieux Leatherface. Ici dans une tentative de lui donner une origine, essayer de situer le moment où tout à basculer pour lui mais aussi pour nous (?).
Déjà, se pose la question de la légitimité d'une telle entreprise. Car tout le contexte social et politique est déjà explicité dans le seul et unique « Massacre à la tronçonneuse », c'est à dire le chef d'oeuvre absolu de Tobe Hooper de 1974, par le biais de flash infos radiophonique et l’ambiance déliquescente. Mais ce qui est visé ici c'est donner à voir ce qui a pu engendrer un monstre pareil, quelles sont les circonstances de la vie dans ce coin paumé du Texas qui ont transmuté un attardé mental en machine à tuer.
Soit, après tout c'est la politique actuelle des studios de tout expliciter. Au risque d'enlever toute part de mystère qui fait la force de ce genre de mythe moderne.
Il n'y a qu'à voir d'ailleurs la sortie le même jour d'un film racontant la jeunesse d'Hannibal Lecter, sous-titré « les origines du mal ». Déjà, peut on envisager une origine bien définie à l'abstraction totale qu'est le « mal » ? Passons cette rhétorique philosophique et revenons à nos agneaux (Lecter...agneaux... Ouais je sais, celle là j'aurais pu m'en passer. Bref.).
Outre la qualité discutable des origines de ce bon docteur Lecter, au moins on en a pour notre argent et on assiste tant bien que mal à la « naissance » de ce psychopathe.
Ce qui est loin d'être le cas de « Massacre... ».
Ah si, on assiste bien à la naissance physique (et assez glauque) de « face de cuir », mais 10 minutes après on embraye sur un remake de « Massacre... » version 1974 ! A la trappe la naissance figurative. John Liebesmann, le réalisateur, déclarant comme profession de foi, que trop en raconter sur Leatherface lui enlèverait une trop grande part de mystère. D'où l'intérêt de faire un film intitulé le commencement (sic)...
Là, les plus attentifs et cinéphiles se demandent : « Mais n'y avait-il pas déjà eu un remake tourné en 2004 par Marcus Nispel ? » Et oui. Et c'est là que le bât blesse. Car « Massacre...le commencement » se voulait une préquelle au film de Nispel. Or, il ne fait que raconter encore et toujours la même histoire. En encore moins bien en plus. Car si le remake de Nispel n'avait pas oser se frotter de trop près à l'original, préférant ne pas reproduire des passages obligés comme le diner familial (par respect soi-disant. Par trouille de la comparaison déjà inévitable,oui !), celui de Liebesmann ne s'embarrasse pas et livre une version décérébré de tout ce qui a fait la renommé de l'original.
En outre, il tente vainement de réintroduire une dimension politique absente du précédent par les personnages de ces deux frangins qui partent rejoindre leur base avant d'aller au vietnam. Mais cela reste peu développé et ne sert finalement qu'à justifier leur trip de ce côté ci du Texas.
La seule contribution à la saga qui aurait pu être intéressante est le personnage du shérif Hoyt, l'oncle de Leatherface qui préfère buter les gens travesti en homme de loi. Las, il n'arrive pas à la cheville du shérif complètement azimuté de « The devil's rejects » (chef d'oeuvre de Rob Zombie). D'autant plus dommage que l'acteur qui l'incarne, R. Lee Ermey, est très bon et surtout il est lui même un vétéran du vietnam, ce qui aurait donné plus de relief a un film désespérément trop plat.
De même, on retrouve la même facture visuelle du Nispel, c'est à dire une belle image, une photo et des éclairages très classes alors que le tout devrait être très crasse.
Quels enseignements en tirer ? Que le premier « massacre » demeure un horizon indépassable pour des studios qui veulent s'encanailler et que Liebesmann reste un solide faiseur mais un yes-man patenté dont on attend rien.
Le plus regrettable étant de voir l'incapacité de studios à transcender un tel matériau original qui trouve pourtant dans l'actualité quotidienne suffisamment de points d'ancrage pour faire un film autrement plus pertinent, trash et avec une réelle portée politique.
Après la vague de cynisme post-Scream, on assiste à un renouveau du film d'horreur qui tente de retrouver l'esprit frondeur, violent et sans concession des films des années 70. Las, Hollywood tente d'appliquer à sa production un traitement similaire sur la forme (ah ça, c'est plus glauque que d'habitude) en omettant de donner au fond une véritable envergure. On se retrouve avec des films plus violents mais tout aussi formatés et lénifiants que précédemment. Plutôt que de faire confiance à de vrais auteurs, ils tentent d'appliquer des « recettes »pour rendre leur soupe commerciale plus épicée.
Posté le 24.11.2007 par houseofgeeks
« Les fils de l’homme » est un grand film, passé honteusement inaperçu lors de sa sortie en salles. Noël approchant, c’est loccasion de le réhabiliter en achetant le dvd en masse.
Alfonso Cuaron le réalisateur, avant ce film, peut s’enorgueillir d’avoir livrer l’épisode le plus sombre et passionnant de la saga Harry Potter. Parvenant à inculquer une vision personnelle à une série complètement sclérosée par le manque d’ambition, l’absence de prise de risque de réalisateurs entièrement dévoués au respect servile et confortable d’un best-seller mondial.
Ici, il s’attache à un film plus modeste. En termes budgétaires s’entend. Car en termes narratif et thématique, il sort clairement du lot.
Les fils de l’homme est un film de S.F d’anticipation mais le futur qu’il décrit n’a rien d’apocalyptique comme celui de Mad Max, de loufoque comme Retour vers le futur, ou encore d’infantile et merveilleux comme Star Wars. Soit une dystopie d’autant plus inquiétante que le film dépeint un futur tout à fait crédible.
Mis à part la situation de départ, la stérilité comme pandémie de toute une civilisation appelée à disparaître faute de descendant, la situation géopolitique est à peine exagérée. De telle sorte que la vision de réfugiés clandestins parqués dans des cages géantes, en adéquation avec cette société futuriste au bord du chaos, amène à s’interroger sur le sort réservé aux réfugiés contemporains qui sont maltraités, déboutés de droit d’asile, enfermés dans des camps (pour des populations d’Afrique) ou soumis à des tests ADN et des mesures restrictives humiliantes et racistes.
Le but premier était vraiment de s’interroger sur l’état actuel du monde coincé entre répression des minorités et montée des intégrismes. D’ailleurs, le fait que le film se déroule en 2027, soit à peine 20 ans dans le futur corrobore l’orientation d’être aussi authentique que possible.
Et puis d’emblée, on est immergé dans la fiction. A partir du moment où on suit les premiers pas de Clive Owen (toujours aussi bon) dans ce café et qu’après en être sorti, celui-ci explose peu de temps après en arrière plan, on sera toujours aux côtés du personnage. La caméra épousera chacun de ses mouvements. Au début des travellings latéraux calmes et tranquilles quand il déambule dans la cité, puis des mouvements saccadés et des décadrages sauvages dès qu’il est exposé à une fusillade et qu’il tente d’y échapper.
De même, dans le camp des rebelles, on apprendra en même temps que lui qui étaient les véritables auteur de l’attaque qui a coûté la vie à sa bien-aimé et le véritable objectif qu’ils poursuivent en tentant de préserver la vie de la dernière femme enceinte. Nous n’avons aucun temps d’avance, aucun recul par rapport à la fiction. De telle sorte que l’on prend tout en pleine gueule et que la tension ne baisse jamais.
Ce qui est vraiment admirable dans ce film c’est que l’action est déterminée par des éléments narratifs purement émotionnels. Ce sont vraiment les sentiments des personnages qui les font avancer et les amène à prendre des décisions déterminantes par la suite.
Pour en revenir à la manière de filmer, ce qui est admirable c’est que cette caméra compose un véritable reportage de guerre. On se croirait dans un documentaire pris sur le vif. Et valeur ajoutée, on a pas droit au « hand-shaking » habituel, procédé qui pour figurer une action chaotique secoue la caméra dans tous les sens, de telle sorte que l’action devient incompréhensible !
Tout le monde s’est très justement extasié devant la virtuosité, la fluidité des plans séquences émaillant le film. Notamment lors de l’attaque de la voiture des héros traversant une forêt. Cette manière de filmer n’est jamais gratuite et ostentatoire. Cuaron n’est pas du genre à produire ce genre d’effet juste pour épater la galerie. Non, c’est bien dans le but de donner une réelle unité à l’action filmée pour souligner par contraste le chaos ambiant.
Et que ce soit dans cette séquence admirable ou durant tout le film, le but est clairement d’aboutir à la rencontre du premier plan avec l’arrière plan. Beaucoup de scènes impliquant Owen le montre au premier plan, impassible tandis que le second plan explose -la scène inaugurale du café - ou s’anime - la scène presque onirique où suivant une biche dans les travées d’une école délabrée, il voit à travers une fenêtre brisée la jeune femme enceinte, dernier espoir de l’humanité, faire de la balançoire. Subtilement, Cuaron figure que tout l’enjeu est dans la réunion de ces deux mondes « parallèles ».
Qui dit film de S.F dit effets spéciaux. Aussi invisibles soient-ils, le film en est pourtant truffé. Mais une fois encore pas d’esbroufe visuelle. De simples modifications de décor, ou des rajouts d’explosions cela reste de petites touches qui permettent de crédibiliser un peu plus les lieux d’action et donc l’histoire. Surtout, il faut tout de même savoir que lors de la scène d’accouchement, le bébé est entièrement généré par ordinateur ! La tension et le jeu des acteurs sont tels qu’on ne se rend compte de rien. Encore une preuve irrémédiable que tous les effets sont au service du récit.
Si la trame narrative n’a rien d’originale, en d’autres mains elle aurait été réduite à sa plus simple expression afin de laisser libre cours à l’action. Soit ce que ce cher Michael Bay réussi parfaitement à faire avec The island.
Mais Alfonso Cuaron a su transcender son matériau de base pour faire un film formellement abouti et émotionnellement très riche. Assurément un des films de 2006 et qui deviendra au fil du temps une véritable référence en la matière.
Posté le 19.11.2007 par houseofgeeks
D'abord une série à succès et emblématique des glorieuses eighties, voilà nos « deux flics à Miami » transposés au grand écran.
Mann a enfin concrétisé son projet de film suivant le quotidien de deux flics infiltrés dans une organisation mafieuse et tentaculaire, toujours à la limite de la légalité et risquant à chaque fois d'oublier qu'ils sont en mission.
Le film explose complètement ce qui avait fait le succès de la série. Tout le clinquant a disparu au profit d'une esthétique plus contemporaine, donc plus noire. Mais c'est surtout dans sa manière de présenter le milieu criminel qui a changé. Si la série se bornait à des gangsters locaux, le film repousse les frontières et envisage dorénavant une mondialisation du crime concomitante de la collusion de la politique et de l'économie. C'est à dire que cette fois-ci, les mecs ont d'énormes moyens logistiques et relationnels, l'organisation a circoncire expoite les richesses de petits pays (panama, paraguay...) bref se comporte comme un Etat dans l'Etat.
Rico et Sonny vont donc s'infiltrer profondément dans les arcanes de ce cartel au point que la limite à ne pas dépasser devienne floue et s'amenuise dangereusement. Ceci étant illustré par les nombreux effets de mirroir parsemant le film. Omniprésence de surfaces réfléchissantes et transparentes (eau, mirroirs, vitres...) rendues opaques par un tournage à 90 % de nuit.
D'ailleurs le tournage avec une caméra Haute - Définition donne vraiment un grain particulier aux images, leur sensibilité à la lumière en est augmenté ce qui donne cet effet de réel vraiment impressionnant. On est aux côtés de Crockett et Tubbs. Et cette immersion totale dans la fiction est encore renforcée par le fait que le film fait l'économie du générique de début. On rentre direct dans le vif du sujet, en l'occurence une opération dans une boîte de nuit, et le film ne nous lâche plus.
Mann retrouve ses réflexes de l'époque où il réalisait des documentaires, notamment sur l'IRA fin des années 60. On est embarqué avec les personnages et on a vraiment l'impression de voir des images prises sur le vif. Un reportage de guerre en somme. Car les deux flics de Miami sont en guerre. Que ce soit dans la manière de progresser pour prendre d'assaut un bungalow, leur accoutrement et les armes employées (fusils d'assaut, armes anti-char pour les bad-guys...) les protagonistes sont des soldats. Finis les fusillades en costard Armani. Cette fois les balles fusent à vos oreilles et vous avez vite fait de vous retrouver avec un gros trou dans la cuisse si vous ne vous êtes pas mis assez vite à couvert !
A ce titre, si la fusillade finale renvoie directement à celle de Heat (attaque d'un fourgon blindé par De Niro et son équipe) elle en est l'exacte opposé. Ici, il fait nuit et c'est une vraie scène de guerre. Et c'est vraiment en terme de réalisation que ce fait la différence. On est en plein reportage, la caméra se déplace constamment, les décadrages fréquents permettent de saisir tout ce qui se passe...Mais attention, c'est pas du Mickaël Bay non plus. On a pas droit à des plans filmés par un épileptique en pleine crise. Non, loin de là, car le découpage est proprement incroyable, la séquence étant d'une totale lisibilité. Sérieux, cette scène est digne d'éloges de par son approche opératique et formelle. A ranger aux côtés du gunfight final de "la horde sauvage".
La filmo de Mann est traversé par la figure du héros solitaire qui se débat avec cette condition et se trouve confronté à son antithèse, le revers de la même médaille (De Niro/Pacino, Crowe/Pacino, Cruise/Foxx). Sauf qu'ici, cette dichotomie se trouve personnifiée par 2 membres d'un même milieu. L'un black, posé et qui rassure, l'autre blanc, chien fou et "borderline".
Ce réalisateur est vraiment remarquable car nanti d'un gros budget (150 millions de dollars quand même) et malgré les impératifs commerciaux inhérents à ce genre de production, plutôt que de faire un bon gros blockbuster pétaradant, il a réussi à détourner à son profit la machinerie hollywoodienne pour nous livrer rien moins qu'un chef-d'oeuvre expérimental.
Posté le 19.11.2007 par houseofgeeks
C'est une sorte de suite/spin-off de "the house of 1000 corpses" sorti directement en dvd. Si ce dernier s'apparente plus à une espèce de train fantôme géant où nous sont présentés les membres dégénérés d'une famille de bouseux américains tous plus sadiques les uns que les autres (mention spéciale au "docteur satan" qui est une merveille de monstre) faisant subir les pires sévices à 4 jeunes apprentis écrivains sur fond de folklore d'halloween, "the devil's rejects" tape dans la catégorie au-dessus, celle du pur film d'horreur mâtiné de road-movie où aucun second dégré (et autres gags à deux balles) n'est là pour alléger l'ambiance déliquescente du film (un anti "Hostel" en somme !).
Un petit résumé ? Ok.
Donc trois des personnages principaux du premier film (house of 1000 corpses pour ceux qui suivent pas au fond !) sont pris en chasse par le shériff local bien décidé à venger la mort de son frère adoré, assassiné par ces pourritures. Voilà donc nos trois larrons , Otis le fiston au look de Jésus Christ dégénéré et plus terrifiant que Charles Manson, Baby la fille, véritable gueule d'ange mais allumeuse et allumée comme pas deux et le patriarche, le cultissime clown captain spaulding ; cherchant refuge dans un bordel tenu par un ami du captain, parssemant leur route d'exactions et de tortures en tout genre.
Pendant ce temps, le shériff pète un câble de voir sa poursuite se transformer en merdier sanglant et le voilà qui transforme sa vengeance en mission de punition mystique quasi divine ! Et quand je dis qu'il pète un plomb je suis loin du compte...En fait, il va s'opérer un renversement total des valeurs, le shériff devenant pire que les monstres qu'il pourchasse. Limite si on est pas désolé pour eux quand ils se font à leur tour torturer !
Et c'est là le noeud gordien du film, cette radicalisation du point de vue qui fait que l'on ne peut prendre fait et cause pour l'une ou l'autre des parties, fait de ce film un modèle de subversion totale. Et c'est à dessein que l'histoire se déroule en 1978 dans la campagne américaine. Cela renvoie à tout un pan du cinéma d'horreur américain des années 70 (notamment "massacre à la tronçonneuse", la colline à des yeux et " la dernière maison sur la gauche") qui était le parfait reflet du chaos dans lequel se situait la société américaine. A la fois déchirée par le conflit vietnamien et la perte de repères institutionnels et politiques dûe au scandale du watergate notamment.
the devil's rejects se veut à la fois un vibrant hommage à ses glorieux aînés, un tribut que le réalisateur Rob Zombie (ex leader du groupe de métal "White Zombie") paye aux films qui ont forgé sa cinéphilie mais aussi un amer constat sur la perte des idéaux qui ont fondé la nation et ce quelque soit les époques.
Quelquepart on peut voir ces "rebuts" comme les victimes d'une société dont les idéaux ont été mis à mal et qui rejette les inadaptés, les "freaks".
Mais ce qui est vraiment marquant dans ce film, outre qu'il soit bien déviant et hargneux, c'est l'amour que Rob porte à ses personnages. Comme il le prouve dans ce très beau final à la "Thelma et Louise" en plus hardcore où c'est lui même qui met fin au massacre. Oui ils méritent 1000 fois la mort mais ils sont la quintescense même du genre dans lequel ils évoluent, des archétypes qui n'obéissent à aucun dogme, qui suivent leur instinct de prédateur. Alors oui on est un peu triste car leur fin sonne quelquepart le glas d'une époque où toutes les transgressions étaient sinon permises du moins acceptées.
Mais en même temps l'espoir demeure car Rob Zombie avec ce dytpique magistral (House / Devil's rejects) rejoins le bataillon de réalisateur respectueux et amoureux du genre et surtout complètement intègre (c'est à dire aucune compromission ou concession aux costards-cravates régissant les studios !). Et ça franchement, ça fait bien plaisir !!
Pour terminer rapidos, juste signaler que des gueules célèbres des seventies ont des seconds rôles remarqués, comme Ken Foree (le black héros du mythique "Zombie" de Roméro), Mickaël Berryman (une vraie gueule cassé découverte dans "la colline à des yeux", l'original de Craven) et une tronche plus contemporaine celle de Dany Tréjo (le mexicain à la queue de cheval vu dans Despérado, une nuit en enfer, spy kids (sic !)...) Bref que du lourd !!
Posté le 16.11.2007 par houseofgeeks
...et pour rendre hommage au divin chauve ayant fait l'objet d'un précédent billet, faisons la peau d'un nanar intersidéral, d'un gros Z qui tâche et qui fâche, la pitoyable suite du chef-d'oeuvre d'Alexandre aja et Grégory Levasseur, "la colline a des yeux II". Pour pleurer sûrement.
Dans ce film, le seul truc de valable est son affiche !
Papy Craven au vu du remake de sa « colline a des yeux » par les deux frenchies Aja et Levasseur a failli attraper une attaque. Mille fois supèrieur a son film en termes visuels, narratifs et de tension. Catalogué à tort maître de l’horreur, Wes Craven a surtout œuvré dans le domaine de l’horreur sinon familiale du moins cynique. Certes « la dernière maison sur la gauche » et « la colline a des yeux » ont marqués leur époque mais ils ont salement vieillis. Pas franchement le gage d’œuvres classiques et impérissables. A sauver, « the serpent and the rainbow » et « nighmare on elm street » qui ont su apporter un certain renouveau aux genres respectifs qu’ils explorent. De toute façon, lui-même avoue qu’il s’est tourné vers l’horror-movie par dépit, car c’était le genre (avec le porno), qui permettait à n’importe qui de faire du cinéma. Arrêtons de tirer sur l’ambulance en n’évoquant pas ces dernières réalisations (Cursed, Red eye, et avant freddy sort de la nuit et la série des Scream….). C’est donc dans le but de reprendre en main la franchise ainsi relancée qu’il confie la réalisation de la suite à l’allemand Martin Weisz.
Alors que le pitch était plus qu’alléchant, une unité de la garde nationale venu aider une équipe scientifique se retrouve confronté à la meute de mutants dégénérés peuplant ce coin du désert du nouveau Mexique, sorte de Aliens-like, las on se retrouve avec un canard boiteux hésitant entre la zèderie assumée (et donc drôle) et la série B décomplexée et jouissive.
Si certaines scènes demeurent efficaces (à défaut d’être marquantes) le tout est gâché par une caractérisation pachydermique, des maquillages parfois indignes et un manque flagrant de direction artistique. Subsiste l’impression continuelle de voir un assemblage hétéroclite de scènes (plus ou moins bien fichues) sans aucun lien narratif.
Pourtant, le père et le fils Craven aurait pu pondre un scénario autrement plus audacieux et ambitieux. Déjà, pour garder un minimum de sérieux, il aurait peut être fallu que l’unité qui va se faire décimer nous soit présentée comme une élite (genre escadron de la mort de Starship Troopers) et pas comme une équipe de bleu-bites !
Surtout, la mise en scène ne les mets jamais en valeur. Ce qui aurait pu compenser les piètres dialogues. Jamais marrant ou même ironique en regard de leur situation. A la limite, ils auraient mieux fait de confier lé réalisation à Lloyd Kaufman (le papa du Toxic avenger) ! Au moins, lui il sait rester humble et n’essaie pas de transformer une zèderie en nouveau parangon du survival !
Absences de dialogues savoureux, peu de péripéties, on s’ennuie ferme. Jusqu’au moment où la bombasse latino se fait enlever par un mutant qui l’emmène dans un réseau de tunnels se faire engrosser par le papa du clan. Et là on se prend à espérer qu’il se passe enfin quelquechose. L’espoir fait vivre.
Ah si, elle se fait effectivement violer. Mais la caméra reste constamment sur son visage. Cela n’aurait pas été intéressant d’avoir un plan large où on aurait vu la bête s’échiner sur la belle (sans faire une scène à la « Irréversible » non plus) ?
Et que dire du potentiel jamais exploité de ces galeries souterraines où les soldats se perdent sans pratiquement jamais croiser de menaces potentielles. Cela aurait pu être carrément jouissif de faire un vibrant hommage à « the descent » à défaut d’être original, puisque c’était loin d’être le mot d’ordre.
Cruelle déception après le premier opus d’Aja et Levasseur donc. On leur demandait pas de faire une suite supèrieure mais au moins conforme à l’esprit qui avait animé les deux français.
Or, « la colline a des yeux 2 » est conforme à la vision du genre de papy Craven, essayant de séduire le plus grand nombre sans jamais assumer son statut d’œuvre horrifique.
Et voilà comment plomber une franchise à peine relancée. Merci Wes « le fossoyeur » Craven.
Posté le 16.11.2007 par houseofgeeks
Voilà un film qui mérite d'être dans votre vidéothéque. Sorti depuis un bon moment en dvd, vous devriez le trouver pas trop cher. Les fêtes de fin d'année approchent, pas besoin de vous faire un dessin.
Réalisé par un frenchie, Alexandre Aja (dont le film précédent "Haute tension" est une merveille de film de trouille), c'est le remake d'un film de 1977 réalisé par papy Wes Craven. Je dis papy parce que le remake enfonce clairement l'original tant il est supérieur en matière de rythme, de hargne et tout simplement de réalisation ! Me demande d'ailleurs si à la vision du film Craven n'en a pas fait une syncope, tiens !
L'histoire est basique, très simple mais pas simpliste pour autant. On suit donc une famille d'américains moyens partis en vacances et traversant le désert du nouveau mexique. Lieu qui a abrité il y a 50 ans les premiers essais de la bombe H.
Et les effets de la radio activité se font plutôt violemment ressentir puisque les descendants des mineurs qui n'ont pas voulu évacuer le site sont devenus des mutants dégénérés qui s'éclatent à écraser la gueule des malchanceux traversant leur territoire !
Vous devinez la suite, notre bonne vieille famille va voler en éclat sous les assauts de ces freaks. Et les 3 membres épargnés par la première vague vont devoir réagir sous peine de succomber au deuxième assaut.
Je vous le dis tout de suite, ce film est une réussite complètement inespérée. D'une part il y a eu un changement de boîte de production en cours de route, ce hiatus menaçant carrément la viabilité du projet. Et deux, c'est quand même Craven qui a initié le remake. Pas le mec le plus hargneux cinématographiquement parlant. Mais là où Aja et son pote scénariste Levasseur ont été forts, c'est qu'ils ont réussi à imposer leur vision drastique en douceur à un Craven complètement à la masse (je vous épargne tout ce qu'il voulait voir à l'écran tellement c'est affligeant). Surtout, son absence lors du tournage au Maroc leur a permis de faire ce qu'ils voulaient.
Bien que le comité de censure ait tranché dans quelques scènes, le film reste d'une puissance évocatrice absolument incroyable. La scène d'ouverture est à elle seule emblématique de leurs intentions, montrant 4 scientifiques en tenue hermétiques contrôllant la radio-activité des lieux et se faisant soudainement propulsés sur les rochers à coup de hache. Complètement tétanisant et en même temps réjouissant.
Car tout le film est à l'avenant, aucune concession dans la violence graphique et psychologique. Et la confrontation avec cette famille de dégénéré prend des allures autant de descente aux enfers que de parcours initiatique pour le héros improbable qu'est Doug, le gendre parti récupérer son bébé.
Une tension constante, des scènes parfois gore mais toujours empreintes d'une violence libératrice, et des personnages jamais caricaturaux et vraiment attachants (c'est valable aussi pour les freaks !). Bref, une petite merveille d'intégrité artistique.
Et en ces temps de retour à un ordre moral castrateur, ça fait bien plaisir !
Posté le 10.11.2007 par houseofgeeks
A y est, ils ont lâché la bombe : il y aura un 4ème volet des aventures de l'homme-araignée !
On sait pas encore si tous les acteurs principaux seront de retour mais le projet est sur les rails. Quant à savoir s'il est sur de bons rails, tout dépendra si Raimi retourne derrière la caméra ou non. Ou quand l'espoir des fans ne tient plus qu'à un fil, ou une toile en l'occurence !
Mais pour fêter dignement la sortie en dvd de ce chef-d'oeuvre incontestable (bien que contesté car bizaremment il est loin de faire l'unanimité), on le vend bien en 3 éditions différentes, alors voilà une deuxième critique !
Celle-ci plus concise et ramassée mais non moins enthousiaste.
Vous aimez l'araignée ? Plutôt intérêt vu que nous en avons bouffé à toutes les sauces (burger, céréales, jouets...) ! Mais qu'attendre d'un film apparemment plus porté par des effets d'annonce et un merchandising effréné à part des effets spéciaux toujours plus performants et des scènes d'action super fun ?
Rien moins que le meilleur film de la saga concluant admirablement ce premier arc narratif.
Car la véritable réussite de Raimi, outre d’avoir livré de vraies adaptations de comics référentielles certes mais surtout respectueuses de l’esprit qui les a initiés, est d’aller toujours crescendo dans l’action mais également dans la caractérisation des personnages et surtout dans l’émotion. Parvenant, de fait, à faire l'unanimité parmi les spectateurs amateurs ou non de comics. Un vrai film populaire en somme.
Outre la qualité formelle du film, c'est clairement dans ses enjeux narratifs qu'il se montre le plus ambitieux.
Les relations s'étoffent avec pas moins de deux triangles amoureux,les bad-guys sont toujours intimement liés à la vie de notre héros et l'action reste tributaire d'éléments purement émotionnels. Mais tout est démultiplié comme si l’apparition du symbiote en plus d’agir sur la psyché de Parker contaminait tout le film.
Surtout, Raimi se permet d'aller encore plus loin dans l'interaction, l'imbrication des intrigues et se paye même le luxe de revisiter des scènes fondatrices des deux premiers (le baiser, l'enterrement...). Une mise en abyme qui montre à quel point il maîtrise son sujet et sa mise en scène.
Le film de la maturité pour le réalisateur comme pour notre héros dont l'évolution est concomitante.
Au faîte de sa notoriété, Raimi est totalement libéré des contingences hollywoodiennes et peut donc se permettre de travailler plus en profondeur ses thèmes : sa fascination pour les anti-héros tragiques, la monstruosité (physique mais également sentimentale quand on voit comment est maltraité Mary-Jane !) , la défiguration, le double maléfique ou encore la tragédie familiale ( le déchirement entre frères ; le deuil...).
La franchise se nomme « Spider-Man » et nous ne parlons que de Parker ? Non, il n’y a pas comme un problème. Depuis le début il ne s’agit que de Peter. Sa vie et comment ses nouveaux pouvoirs l’ont transformée. Et d’emblée, cet épisode réaffirme de manière claire la volonté de s’attacher à l’homme plutôt qu’au masque. On voit Spider-Man déambuler, suspendu à sa toile et sa voix off nous assène cette évidence : « Et oui, c’est bien moi. Votre ami….Peter Parker ».
C'est d'autant plus prégnant que presque tous les combats de Spider-Man se font sans son masque ou à moitié déchiré.
Après avoir transcendé les limites inhérentes aux comics, par sa mise en scène d'une virtuosité et d'un classicisme exemplaires quand certains abusent du montage épileptique, Raimi peut explorer le côté sombre de Peter.
Et le personnage de Venom de faire émerger un trauma refoulé, exacerbant ses doutes comme ses pulsions (amour/haine/mort)
Raimi n'oublie pas non plus la dimension iconique du tisseur de par ses postures comme dans sa représentation et son adulation.Le plan ironique du héros sur fond de drapeau américain étant emblématique.
Cet opus ne fait aucune économie de sentiments, ne nous laisse aucun répit, n'hésitant jamais à bousculer les certitudes des spectateurs voire à les choquer (Spider-Man qui tente de tuer Sandman, Peter et M.J proches de la rupture...).
Les combats sont à se damner tant ils sont trépidants mais ils sont là aussi pour souligner les tourments de chacun. A mesure que les protagonistes sont taraudés par une blessure sentimentale, la vengeance, les affrontements deviennent plus impressionnants et violents. Que ce soit par les mots et les attitudes à travers la relation Peter/M.J ou physiquement lors de la confrontation Peter/Harry notamment. Les désirs deviennent obsessionnels et prennent une telle ampleur qu'ils ne trouvent leur résolution que dans un final émotionnellement éreintant
Dont la conclusion est à pleurer. Littéralement. Maintenant, nous savons pourquoi Raimi tenait absolument à Haden-Church pour le rôle de Sandman, incroyable d’émotion contenue.
Certains prétexteront pourtant que la romance est trop développée, qu’on croirait un épisode de Beverly-Hills en spandex. De grands sentiments qui rappellent les comédies romantiques de l'âge d'or et surtout rafraîchissants car anachronique au regard du cynisme habituellement dévolu. Cela peut paraître mièvre mais c'est surtout empreint d'une sincérité non feinte.
Le cahier des charges est respecté (nouveaux personnages, effets spéciaux efficaces...) mais c'est bien la mise à l'épreuve physique autant que sentimentale de Peter qui rend le film si particulier.
Comment un studio a pu financer un blockbuster aussi atypique, où le respect de l'intelligence du spectateur importe plus que les recettes astronomiques à venir ?
Un réalisateur au sommet de son art, rythmant parfaitement tout le métrage entre scènes intimistes, de comédie (Jameson est proprement hilarant), d’action dantesque et moments de pure mélancolie. Raimi signe pour notre plus grand plaisir son meilleur film.
Ultime prouesse, cette fois-ci on termine sur Peter enlaçant M.J. Il est avant tout Parker.
Spider-man est mort. Vive Peter Parker !
Et pour bien faire les choses, c'est à dire en 3 éditions, vous pouvez retrouver une critique supplémentaire dans la revue "VERSUS" (http://www.versusmag.fr/) et écrite par mes soins !
Posté le 06.11.2007 par houseofgeeks
Après la petite preview sur D-War revenons donc sur un film "monstrueux" Sud-Coréen. Monstrueux dans tous les sens du terme car si les différents registres et thèmes abordés foisonnent, il met surtout en scène une espèce de têtard mutant géant qui va tout dévaster au pays du matin calme. Je veux bien sûr parler de l'étonnant et honteusement ignoré "The Host" de Bong Joon-Ho !
Découvert à Cannes en 2006 lors de la quinzaine des réalisateurs, c'est bien plus qu'un ersatz de Godzilla. Car sous prétexte de faire un film bien fun et décomplexé, le réal nous livre rien moins qu'un point de situation de la société sud-coréenne actuelle travaillée par son inertie face à l'influence et le protectorat américain !
Déjà, le film commence quand un scientifique américain ordonne à un sous-fifre sud-coréen de déverser dans l'évier (et donc direction le fleuve Han) des litres de produits chimiques et toxiques. Celui-ci exécute, contraint et forcé certes mais surtout meurtri de sa lâcheté et de sa soumission. Evidemment, c'est suite à cet "incident" qu'une mutation intervient et des années plus tard va surgir des flots un croisement géant entre un têtard donc, un poisson, un calamar et je ne sais quoi encore. Son but dans l'existence ? Se nourrir, et ce quelque soit le côté du fleuve. Et cela revêt une certaine importance car le fleuve Han est une sorte de frontière entre d'un côté de la berge la population aisée et de l'autre les pauvres et autres exclus.
C'est lors de la première attaque que surgit le drame. Outre les dizaines de victimes, dont un amerloque body-buildé se la jouant sauveur du jour (symbole assez explicite je pense), la créature va s'emparer d'une gamine et l'emmener dans son antre (ou plutôt son garde-manger), sous un pont de l'autre côté du fleuve. Les rebuts avec les rebuts en somme. Première lecture possible, je vous laisse le soin de décrypter, je vais pas tout vous faire non plus !
Le père part donc à sa recherche, aidé de sa famille. Son propre père tient une épicerie décrépie sur les bords du fleuve, sa sœur est une championne du tir à l'arc un brin déconnectée (limite autiste(, tandis que son frère, un ancien activiste révolutionnaire, est au chômage et alcoolique. Bref, une sacrée famille "tuyau de poêle" !
Et cette famille, finalement assez représentative de la société sud-coréenne contemporaine, dysfonctionnelle au possible va se révéler contre toute attente capable de réagir collectivement. Ainsi, la créature est d'après les autorités yankees l'hôte d'un dangereux virus que seul une substance chimique, l'agent jaune (qui renvoie à l'agent orange, produit réellement utilisé par l'armée américaine pendant la première guerre d'Irak), peut éradiquer. Bien entendu, c'est cette Amérique omniprésente qui fait figure d'hôte un peu gênant....
Bon, outre la riche thématique politique et sociologique de l'œuvre, faut pas oublier que c'est avant tout un putain de film de monstre ! Et à ce titre, la créature est absolument d'enfer, d'une agilité incroyable dans ses déplacements et ses attaques sont brutales et dévastatrices à souhait ! Un pur bonheur.
Mais ce qui fait vraiment la différence c'est le soin apporté au cadre (composition, photographie, lumière...) et surtout les différents registres sur lesquels se joue l'histoire. On passe allègrement d'une scène d'action au drame pour finir par un comique burlesque ! Mieux, ces trois registres pouvant fonctionner dans la même scène !! Lors de la mort du grand-père de la petite fille enlevée, notamment, toute la palette des émotions y passe. Du grand art.
Ce qui est également intéressant c'est que jamais le réalisateur ne considère ces personnages avec dédain , il ne se moque pas d'eux et du genre dans lequel il évolue. Parce que vous pouvez me croire, le remake que les ricains vont sûrement faire sera d'une toute autre trempe, cynique et condescendant au possible !
Si vous voulez voir un film de monstre réflexif, très fun, marrant, bien stressant et mélodramatique (pas au sens péjoratif du terme), vous savez ce qu'il vous reste à faire....Vous ruez pour acheter (volez le s'il le faut ! Non, je déconne) le dvd !! Sinon, c'est bientôt noël...
Posté le 05.11.2007 par houseofgeeks
Afin de faire honneur au nom de ce blog, rendons hommage à l'un des plus grand geek de la terre ! Je veux bien sûr parler de Sam "The Man "Raimi.
Méconnu, pour ne pas dire occulté, par le grand public avant l'avènement de Spider-Man premier du nom, n'oublions pas qu'il nous aura enchanté avec des récits aussi barrés graphiquement qu'émotionnellement captivant comme la trilogie Evil Dead, Mort sur le grill, un plan simple, Darkman, ou le superbe intuitions.
Le premier film X-men peut s'enorgueillir d'avoir relancé la mode des adaptations de comics en 2000. Mais c'est bien Raimi avec SPider-Man en 2002 qui lui donne toutes ses lettres de noblesse. Et alors que le pari relevait de l'impossible, il a su élever son niveau d'exigence et de maîtrise pour faire du deuxième volet des aventures de notre tisseur de toile préféré un film supèrieur au premier.
Avec la sortie ces derniers jours du 3ème (et faut prier pas le dernier tourné par Raimi) opus de la saga, l'occasion de s'apesentir sur un film qui relève purement du miracle dans une industrie de plus en plus sclérosée par son désir de satisfaire les envies les plus basiques des spectateurs et la pression du sacro-saint box-office.
S’il est bien un film que l’on attendait avec impatience, c’était bien celui-là ! Entre les effets d’annonces des producteurs, des fans, les infos lâchées par mégarde ( ?) par Kristen Dunst et les images qui circulaient en boucle sur internet, tous les geeks avaient déjà la bave aux lèvres.
Et franchement, c’est une grande réussite. Une fois de plus.
Car Raimi signe là, rien moins que le meilleur film de la saga. Je n’ose parler de trilogie gardant ainsi intact l’espoir de le voir reprendre sa caméra pour un 4ème épisode.
De toute façon, ce film conclut admirablement ce premier arc narratif. Et s’il devait en rester là, ces trois films se suffisent amplement à eux-mêmes.
Car la véritable réussite de Raimi, outre d’avoir livrer de vraies adaptations de comics référentielles certes mais surtout respectueuses de l’esprit qui les a initiés, il réussit le tour de force d’aller toujours plus crescendo dans l’action mais également dans la caractérisation des personnages et surtout dans l’émotion.
Ce qui est étonnant dans ce film ne sont pas seulement les séquences d’action absolument géniales mais l’importance de la place accordée aux tourments personnels de Peter, M .J, Harry, Sandman… A l’instar de l’excellent film d’Alfonso Cuaron « les fils de l’homme », l’action est déterminée par des éléments narratifs purement émotionnels. Ce sont vraiment les sentiments des personnages qui les font avancer et les amène à prendre des décisions déterminantes par la suite. Les différents combats sont vraiment les points culminants de l’histoire. Que Peter sous l’emprise du symbiote apprenne que Sandman soit vraisemblablement le véritable meurtrier de son oncle, sa recherche obsessionnelle le coupe de M.J et Spider-Man devient impitoyable au point de le tuer.
Cette évolution narrative par l’émotion était déjà présente depuis de 1er film puisqu’à chaque fois le ou les bad-guys sont intimement liés à la vie de notre héros, mais ici tout est exacerbé comme si l’apparition du symbiote en plus d’agir sur la psyché de Parker contaminait tout le film.
Dans ce film, Raimi est vraiment au sommet de son art car il parvient à rythmer parfaitement tout le métrage passant d’une scène intimiste à de la comédie puis d’une scène d’action dantesque à des moments de pure mélancolie.
C’est vraiment le film de la maturité pour le réalisateur mais également pour notre héros. Il est d’ailleurs intéressant de noter le parallèle entre l’évolution de Peter Parker et celle de Sam Raimi à travers les 3 films qui prennent de plus en plus d’envergure au fur et mesure. Dans le premier, confronté au défi de prendre en main une si grosse production en termes de budget mais surtout d’attentes (de public, des fans, des producteurs…), Raimi prend conscience de la responsabilité inhérente à son poste à haut risque comme Peter prend conscience dans le film qu’à grands pouvoirs incombent de grandes responsabilités.
Pour la suite, on peut estimer que le nouveau statut de réalisateur star effraye Raimi puisque maintenant il est impensable de décevoir en faisant une séquelle inférieure. Et cette nouvelle forme de pression a sûrement dû lui faire penser à tout laisser tomber et retourner dans un système plus confortable de productions moins friquées mais plus « libre ». Ce qui se traduit à l’écran par les pouvoirs erratiques de Peter, manifestation de son doute à vouloir continuer d’endosser ses nouvelles responsabilités au risque de se couper de celle qui l’aime le plus, Marie-Jane.
Enfin, pour le troisième opus, Raimi assume complètement sa notoriété et se trouve totalement libéré des contingences hollywoodiennes de par sa nouvelle maîtrise des gros budgets. Il est adulé par les cinéphiles du monde entier, il se lâche et parvient à introduire au sein d’un blockbuster ses thèmes fondateurs : sa fascination pour les anti-héros tragiques (Darkman/sandman), la transformation du héros au contact d’une entité étrangère (Ash/Peter Parker), le double maléfique (Evil Ash / Eddie Brock) ou encore le pouvoir vécu comme une malédiction (Intuitions ). Or Peter Parker ici aussi s’assume complètement, il est adoré de toute la ville (à une exception près : J.J.Jameson !!!) mais dont les actes passés vont revenir le hanter.
Petite précision. Oui la franchise se nomme bien « Spider-Man » et je ne fais que parler de Peter Parker ? Non, il n’y a pas comme un problème. Depuis le début il ne s’agit que de Peter Parker. Sa vie et comment ses nouveaux pouvoirs l’ont transformée. Et d’emblée, le troisième épisode réaffirme de manière claire et explicite cette volonté de s’attacher à l’homme plutôt qu’au masque. On voit Spider-Man déambuler à travers la ville, suspendu à son fil de toile et une voix off nous assène cette évidence : « Et oui, c’est bien moi. Votre ami….Peter Parker ». Et là, tout est dit.
D’autant plus que vous remarquerez que mis à part une ou deux exceptions près, tous les combats de Spider-Man se font sans son masque ou celui-ci est à moitié déchiré.
Mais peut être que le vrai révélateur de l’intégration de Raimi dans un gros budget est l’apparition récurrente de son acteur fétiche, Bruce Campbell. Si Tobey Maguirre incarne son alter-égo pelliculé, Campbell représente tout ce qui à défini jusqu’ici le cinéma de Sam Raimi. Fidèle de la première heure, Bruce voit ses rôles dans la saga prendre plus d’ampleur. Dans le premier il était celui qui trouvait son nom de scène « Spider-Man », dans le deuxième il était le portier qui lui interdisait l’accés à la salle où se produisait M.J (en clair le seul à avoir jamais donné défaite plus cuisante à notre monte-en-l’air adoré !) et cette fois-ci, il est le maître d’hôtel d’un restaurant huppé.
Et là, il participe vraiment à l’action, pour la première fois l’interaction avec les autres personnages est totale. Ou comment symboliser la parfaite osmose du monde des horrors movies à budget limité et le nouvel univers de jeu de Raimi. Et le tout sans se renier. Car la réutilisation de motifs, d’acteurs et de procédés est vraiment sincère et intègre. Aucun cynisme dans sa démarche d’apposer sa patte à la franchise Spider-Man.
De manière remarquable, tout le film va suivre la nouvelle évolution de Peter. Son noir passé refoulé (il a quand même défenestré le meurtrier présumé de son oncle ! Hé, c’est de Spider-Man qu’on parle, pas du vigilante de Gotham !!) va lentement remonter à la surface. Passé personnifié à la fois par Sandman mais surtout il sera tourmenté par l’apparition du symbiote qui lui-même évoluera pour devenir l’alter-égo maléfique de notre héros, Eddie Brock/Vénom !
Car ici, Sam Raimi va utiliser ce qui caractérise tout bon film d’horreur/terreur (notamment de seventies), la réapparition des profondeurs du subconscient de tout ce qui est de l’ordre du refoulé. Que ce soit des actions passées, des sentiments contrariés ou carrément des pulsions (amour /haine/mort….)
Et l’agencement de tout cela, fait qu’une question demeure. Comment un studio a pu filer autant de fric (presque 270 milllions de dollars quand même) pour réaliser un blockbuster aussi atypique ? Dans le sens où de l’histoire aux personnages, tout fait sens. Chaque acte à une résonance sur la vie personnelle de chaque personnage. L’interaction est à son maximum. Mieux, Raimi ne fait aucune économie de sentiments, ne nous laisse aucun répit. Les combats sont à se damner tellement ils sont « lisibles » et trépidants mais ils sont là seulement pour souligner et appuyer les tourments internes de chacun. Ou quand l’action est vraiment au service de l’histoire. De telle sorte, qu’on tremble presque plus de savoir si oui ou non Peter va retrouver les faveurs de Mary-Jane que de l’issue du combat Spider-Man/New Goblin versus Sandman/Venom !
A ce titre, la conclusion de cet affrontement dantesque est à pleurer. Littéralement. Maintenant, on comprend pourquoi Raimi voulait absolument Chrsitian Hayden-Church dans le rôle de Sandman. Cet acteur issu du théâtre est incroyable d’émotions contenues. Pas de pathos inutile ou trop prononcé. Bref, tout le monde est au diapason.
Certains prétexteront pourtant qu’il y a des longueurs, que la romance est trop développée, qu’on croirait un épisode de Beverly-Hills en spandex (et j’en passe…).
Mais Raimi a toujours clamé son attachement au comics de Spidey période années 60/70 où ses problèmes d'ado (relations amoureuses, conflits familiaux, amitiés...) avaient autant d'importance dans l'évolution du personnage que ses confrontations avec le vautour, Doc Octopus ou le bouffon vert. Dire qu'il n'était pas emballé par l'utilisation du personnage de Venom, adoré par les fans mais qui lui était étranger. C'est le producteur Avi Arad qui l'a convaincu, on peut donc aussi le remercier car Venom traduit parfaitement le combat intérieur de Peter et donne encore plus de résonnance à ses actes comme à ses doutes.
Et puis, il y a plus d’action que dans les deux premiers réunis ! Si, si je vous assure.
Bref, après avoir assumé l’identité de Spider-Man cette fois-ci le film se termine sur Peter enlaçant M.J, il est avant tout Peter Parker.
Pour tout ça et plus encore, on dit merci monsieur Raimi.
Ah ça, c’est pas avec un film comme « Transformers » de l’ami (du petit déjeuner, l’ami) Michael Bay qu’on aura droit au affres existentiels de la conscience cybernétique de robots géants venu là seulement pour faire des dégâts « hénaurmes ».