DVD
Posté le 08.01.2008 par houseofgeeks
Dernier film en date de William Friedkin qui s’avère être un sacré choc à tous les points de vues. Que ce soit sur le fond et la forme, papy Friedkin (71 ans au compteur) en remontre à certains d’jeuns quand il s’agit de foutre mal à l’aise le spectateur et d’aller dans la radicalité la plus totale..
Alors qu’il ne bénéficiait pas d’un « buzz » ou d’une « hype » conséquente par rapport à certaines autres productions, et en retrouvant un système de production cher à l’esprit frondeur des seventies (dont Friedkin est issu) c'est-à-dire budget limité, peu d’acteurs, pas de stars, unité de lieu mais une liberté de ton totale et un contrôle absolu de l’œuvre, voilà qu’il nous pond un film malade et halluciné (voire par moments hallucinant !) digne de Philip K. Dick, un chef d’œuvre viscéral et intense. Mais pas seulement….
Adaptant une pièce à succès et reprenant son interprète principal (Michael Shannon impressionnant), le film s’attache à nous faire vivre au plus près l’inexorable descente en enfer d’un couple de naufragés de la vie. Mais loin d’être apathique et statique (c’est pas du théâtre filmé !), la réalisation de Friedkin épouse parfaitement l’état d’esprit des personnages. Que ce soit des travelling latéraux à l’extérieur qui font peser une menace sourde ou ses décadrages lorsque la caméra suit au plus près les personnages dans leurs déplacements et leurs délires. De même que son expérimentation, notamment dans les cadres, permet de composer de véritables tableaux (d’)hallucinés.
Un film où nous est donné à voir le génie de Friedkin à l’œuvre, s’appropriant une histoire au parti-pris plutôt casse-gueule (deux personnages dans une chambre d’hôtel minable qui à force de délires paranoïaques pètent un plomb), pour livrer un film magistral. Bien que proposant des plans et des séquences hors de cette chambre, tout concourt en fait à nous enfermer de plus en plus dans la psyché torturée des personnages. Au-delà de simples respirations narratives, ces scènes extérieures nous ramènent inexorablement à l’intérieur.
Renouant avec ses thèmes de prédilection, obsessions morbides, pulsions destructrices, contamination du mal, perte d’identité…, on ne peut pas dire que sa démarche relève d’un opportunisme forcené.
Agnès (Ashley Judd enfin convaincante) recluse dans une chambre miteuse d’un motel perdu en plein désert, n’arrive pas à faire le deuil de son fils disparu et vit dans l’angoisse permanente de voir débarquer son ex-mari violent qui vient de sortir de prison.
Arrive un étrange voyageur, Peter (Michael Shannon) à qui elle va finir par se donner corps et âme…
Toute la presse s’est extasiée devant la séquence d’ouverture nous montrant le lieu de l’action vu d’un hélicoptère, d’abord de loin puis se rapprochant de plus en plus pour finalement se focaliser sur la chambre que l’on ne quittera pratiquement plus. Séquence magistrale certes puisque annonciatrice de la teneur paranoïaque du métrage (qui surveille, qui approche, qui téléphone avec insistance ?....) plongeant d’emblée dans l’ambiance.
Mais c’est oublier le premier plan furtif qui ouvre le film. On y voit une pièce où les murs et les meubles sont recouverts de plastique, un cadavre gisant par terre, le tout baignant dans une lumière bleutée semblable à des U.V. Un plan qui parasite d’entrée le film, puisque l’on s’interrogera constamment sur la manière dont on y arrivera. Un parasitage à l’image de ce que provoquera le personnage du vagabond Peter dans l’existence d’Agnès et qui conduira au pire.
Bug signifie insecte comme ceux qui grouillent soi-disant sous la peau des personnages. Mais il signifie également micro caché. C’est donc l’état d’esprit de l’Amérique post 11 septembre qui est ici attaqué. Une Amérique qui vit enfermée entre quatre murs car persuadée d’être assiégée par une menace omniprésente et invisible.
Cette obsession sécuritaire prend la forme d’un esprit qui imagine que son corps a été parasité par l’Autre.
Car d’emblée on sait que les insectes que Peter croit voir n’existent pas. Si au départ le doute était permis, très vite on assiste au dévoilement de sa vraie nature paranoïaque. Le but premier du film n’est pas de nous faire douter de la vraisemblance ou non de son histoire mais bien de montrer comment un esprit fragile, en perte de repères en vient à accepter la folie de l’autre.
On en revient alors à l’unique sujet qui traverse sa filmographie que se soit « l’exorciste », « le convoi de la peur », « police fédérale L.A » ou « Traqué » : la possession, ses conditions de possibilité et ses ravages.
Comme dans tout film de Friedkin, « BUG » suit un processus de contamination. Le personnage d’Ashley Judd accepte elle-même de basculer dans la folie de Shannon. Ce basculement intervient alors qu’il lui raconte son histoire tandis qu’elle s’est réfugiée dans les toilettes. Quand finalement elle en sort, elle se jette dans ses bras et la pièce se met à trembler de plus en plus, le bruit des pâles de l’hélicoptère devient assourdissant, la pièce est baignée dans une lumière aveuglante (le projecteur de l’hélico ?) limite stroboscopique, et tandis qu’on a l’impression que le monde s’écroule autour d’eux, elle tend la main vers sa tempe et saisit un de ces insectes imaginaires. Par ce simple geste, elle accepte de partager son obsession mentale. A la menace d’un monde violent (disparition de son fils, ex-mari brutal), elle préfère un monde fantasmatique dont les lignes de démarcation sont vacillantes mais où elle trouve l’amour.
Et oui, « BUG » est aussi une incroyable histoire d’amour. Un amour possessif et total qui rend Agnès imperméable à toute tentative de la ramener à la raison.
Et Friedkin en cinéaste jusqu’au-boutiste ne rechigne pas à montrer les conséquences extrêmes qu’un tel amour couplé à une paranoïa maladive engendrent. Voir la séquence insoutenable où Shannon se triture la mâchoire à la recherche d’un hypothétique micro, ou le dernier quart d’heure tout entier lorsque la folie consume finalement et littéralement les personnages et le film.
Une œuvre magistrale qui emprunte autant à David Lynch (la séquence où tout bascule pour elle mais aussi ces moments de latence, d’attente qui font monter la pression et augurer du pire) qu’à Mc Tiernan dans sa manière de filmer les face à face des personnages comme des séquences d’action à l’instar de « Basic ». Friedkin transcendant ainsi son huis-clos pour en faire un film incroyablement immersif.
Contrairement à ce que nombre de critiques pensent, « BUG » est moins un film paranoïaque (le doute sur un éventuel complot est assez vite levé) que sur la paranoïa elle-même. Comment elle se propage et ce qu’elle implique comme tourments émotionnels autant que physique. Les années passent et Friedkin reste toujours aussi inventif et virtuose. Libéré des contingences hollywoodiennes, il livre un film vraiment impressionnant tant dans son traitement visuel que par sa résolution radicale. Une véritable expérience à vivre, de laquelle on ne sort pas indemne.
Posté le 08.01.2008 par houseofgeeks
Bientôt en DVD, Blue-ray et HD. Achat indispensable pour tout fan de film d'horreur ou cinéphie qui se respecte.
Première réalisation de Julien Maury et d’Alexandre Bustillo et déjà une vraie réussite. Pourtant, c’était loin d’être gagné. D’une part parce que venant du milieu de la critique (pour le sieur la bustille), l’envie d’utiliser un max de références peut s’avérer futile et handicapant pour l’histoire elle-même (cf Christophe ans, Doug Headline). D’autre part parce que arriver à financer un pur film d’horreur en France tient vraiment de la gageure. Toujours considéré (à tort) comme un genre mineur, le film de trouille peine à séduire les critiques recherchant à justifier leur plaisir par un discours méta-textuel sur la nature humaine, la société ou le genre lui-même, comme les spectateurs blasés par des purges comme les B-movies (sauf Maléfique) ou les ratés « Promenons-nous dans les bois » ou « Ils » (mais pas inintéressants visuellement).
Le film existe aussi grâce au succès rencontré par Alexandre Aja (« Haute tension ») ici ou outre-atlantique (« la colline a des yeux ») et à toute une frange de nouveaux venus nourris depuis l’enfance aux films de genres (horreur, mais aussi polar, fantastique, kung-fu, etc) et qui parviennent à s’installer dans le paysage (Florent Emilio Siri, Gans, Koonen, Marc Caro, et bientôt Xavier Gens et Yannick Dahan).
En l’occurrence « A l’intérieur » a-t-il sa place aux côtés de ses illustres prédécesseurs ?
Grand dieux, oui !!
Porté par l’enthousiasme indéfectible de ses deux réalisateurs, le film s’appuie sur les performances magistrales d’Allison Paradis (la sœur de qui vous savez) et surtout une Béatrice Dalle transfigurée. Histoire minimaliste – une jeune femme (Paradis) à la veille d’accoucher est harcelée par une femme en noir (Dalle) qui veut lui prendre son enfant à naître à même le ventre – unités de temps et de lieu (une seule nuit dans la maison de la victime), bref tous les ingrédients pour faire un huis-clos étouffant au possible. Nous sommes loin du climat de paranoïa qui baignait le dernier film de Friedkin « Bug ». Ici, c’est un affrontement violent, sans concession. Les autres personnages intervenant (la mère, l’ami, les flics) ne sont que des prétextes pour des scènes de meurtres. Mais alors quelles scènes ! Car pour bien nous montrer de quoi est capable cette femme en noir, le hors-champ est proscrit et c’est avec rage et détermination qu’elle poursuit son but ultime.
Mais attention, ce n’est pas du gore jouissif comme « Brain dead » où on se marre et applaudit aux exploits sanguinolents. Non, là on craint vraiment pour la vie de l’héroïne. Et ce jeu du chat et de la souris est magnifié par une photo de toute beauté et un travail remarquable sur les ombres et l’obscurité, accroissant un climat déjà oppressant.
Si le film est parsemé de références (figure du vampire, Halloween, le giallo….), elles ne le parasitent jamais et s’intègrent parfaitement à l’intrigue. Point faible, le fait d’utiliser les émeutes en banlieue fin 2005 comme contexte socio-politique. Un climat déliquescent et de violence comme justification aux actes de cette femme ? Dans tous les cas, cette assertion sera contredite pat la « révélation » finale. Surtout, cette datation enlève tout caractère intemporel au métrage. Du moins au début. Car une fois la traque lancée, on oublie vite ce qui peut se passer à l’extérieur.
Il faut voir Béatrice Dalle bouffer l’écran ! Une présence incroyable mais qui n’éclipse pourtant pas celle de Paradis qui nous évite le traditionnel registre de la scream-queen. Elle souffre presque en silence, de sorte que lorsque les coups reçus lui arrachent des cris, on est vraiment pris aux tripes.
La grande réussite du film, outre de nous présenter des sévices toujours plus « raffinés » (de la tentative d’éventration au ciseau on passe à l’aiguille à tricoter !) est d’être en perpétuelle évolution narrative. Ça commence comme un film d’assaut, on poursuit dans le survival domestique pour petit à petit basculer vers l’abstraction et le conte onirique. Pour s’achèver dans le cauchemar le plus noir.
Alors, ne boudons pas notre plaisir. Certes, ce n’est pas ce film qui va révolutionner le genre ou qui lui apporte une certaine réfléxivité mais bordel, à l’heure actuelle, trouvez-moi un petit film aussi radical et viscéral ?
Et puis, rien que pour Béatrice Dalle et la virtuosité pour filmer la mort, ce film mérite le détour. En tous cas, il ne mérite vraiment pas les commentaires de critiques n’ayant vu que débauche de sang ridicule et vaine, ou pire un bon gros Z de samedi soir. Ceux-là n’y connaissent vraiment rien en termes de grammaire cinématographique.
Alors attendez de voir ce qu’ils vont pouvoir dire après visionnage de « Frontières » de Xavier Gens (survival campagnard où une bande de voyous des cités se retrouve séquestrés en pleine cambrousse par une famille de nazis cannibales !!!).
« A l’intérieur » est un grand petit film. Et des petits films comme ça, j’en veux toutes les semaines !
Posté le 27.12.2007 par houseofgeeks
Réputation sulfureuse, succès dans tous les festivals où il a été projetté, « DOG BITE DOG » est enfin distribué en France. Mais en dvd. Encore une fois, la frilosité et l’incapacité des distributeurs français à apprécier une œuvre autrement que par des catégories (polar, horreur, S.F,comédie…) et une grille de lecture bien définies, priveront ce film d’une large distribution. Jetez-vous donc sans attendre sur ce film inclassable et incroyable de radicalité.
Le réalisateur Soi Cheang n’est pas le plus connu des cinéastes de Hong-Kong. Beaucoup moins prolifique qu’un Johnnie TO ou déjanté qu’un Tsui HARK, il peut sans peine briguer à une reconnaissance équivalente. Son précédent film (inédit jusqu’alors et sorti depuis peu, là aussi en dvd) « Love battlefield » étant annonciateur du renouveau opéré dans le cinéma de l’ex-colonie britannique. Fini l’ironie ou les débordements extravagants. Place à la peinture d’une société hong-kongaise en pleine mutation où le sentiment de désespoir le dispute au doute et à la fragilité émotionnelle, le tout rythmé par des affrontements aussi violents que sanglants.
« Dog bite dog » s’affirme donc comme une alternative on ne peut plus radicale et inhabituelle. Mais le taxer de film renouvelant complètement l’industrie locale est cependant exagéré. TO a tout de même livré avec son diptyque sur les triades « Election I et II » (ses meilleurs films) une vision moins ludique mais plus adulte et plus politique de la confrontation d’idéologies antagonistes.
Mais il est vrai que le film de Soi CHEANG étonne par ces sentiment d’urgence et de rage qui l’imprègnent.
Une machine à tuer débarque sur l’île pour exécuter un contrat, tuer une avocate influente. Mais dès la mission remplie, il croise la route de l’inspecteur Waï qui n’aura de cesse de le poursuivre, pour se venger de la mort de son co-équipier en même temps que cette traque sera le moyen pour lui d’exorciser ses sentiments ambivalents (amour/haine) envers son père dans le coma, flic modèle et corrompu.
Le tueur interprété par Edison CHEN (acteur surtout employé dans des rôles exploitant sa belle guele) est un véritable animal. D’ailleurs, il a été élevé dans ce sens. Orphelin cambdogien, il a été recueilli dans une ferme d’élevage bien particulière. En effet, ces enfants sont entraînés et conditionnés à se battre continuellement. Pour se nourrir, pour survivre. Une origine relatée dans le film via les extraits d’un documentaire en noir et blanc, afin de renforcer la réalité et le tragique de la situation. Un véritable chien que l’on nourrit en fonds de cale avec une gamelle et que l’on ne sort que pour tuer. Etonnante référence à « Danny the dog » (de Louis Leterrier) qui prendra ici une toute autre dimension radicale. Ici pas trace d’infantilisme bessonien.
Pas non plus de dimension esthétisante. Les affrontements sont loin d’être des ballets chorégraphiés. Ce sont de véritables combats de rue : sales, des corps à corps brutaux et des mises à mort aussi expéditive que dégueulasses. Une ambiance loin d’être fun mais qui ne se complait pas pour autant dans une violence aussi glauque qu’abrupte. Cheang adoptant toujours la bonne distance pour filmer ces oppositions. Pas de ralentis ostentatoires ou de gros plans gore. Le réalisateur se contente de nous asséner de sacrées claques sans nous plonger le visage au milieu de ces amas de chairs tuméfiées ou explosées.
Et l’option de filmer en grande partie de nuit et dans des ruelles crasseuses ou des quartiers semblant avoir été désertés par tout vie sociale et humaine augmente cette impression de déliquescence, d’abandon de la ville à des meutes enragées. Enorme travail sur la photo (contrastes saisissants, sources d’éclairages naturelles) et la bande son (aboiements et grognements de chiens de plus en plus prégnants).
Mais ce qui défini par dessus tout ce film, au-delà de sa violence, c’est ce jeu des vases communicants entre ce flic psychopathe et ce tueur impassible. Tandis que l’un se déshumanise à force de voir son monde s’écrouler (son père qu’il a lui-même mis dans le coma après lui avoir tiré dessus pour l’arrêter, ses collègues qui se détournent de lui à mesure qu’il devient plus incontrôlable), l’autre se sociabilise au contact d’une jeune fille rencontrée dans un décharge publique. Une évolution inverse qui rendra d’autant plus douloureuse la confrontation finale.
Il est intéressant de noter que la figure patriarcale constitutive de la société hongkongaise (et donc chinoise) est sacrément mise à mal et remise en cause. Le père du flic qui en lieu et place d’un modèle d’intégrité se révèle être un dealer, la jeune fille dont le père abusait sexuellement d’elle et le père adoptif du tueur qui n’est avant tout que le propriétaire du chenil.
Et plutôt qu’un pensum auteurisant sur la propagation de la violence, sa réception, Cheang explore plusieurs pistes sans jamais en privilégier une, affirmant par là-même que les causes sont multiples.
Mais au final, quelque soit la voie choisie, il faut payer le prix d’une existence vouée à (l’auto)destruction. Une séquence finale sans concession et d’une noirceur abyssale.
Un film indispensable qui se révèle une pertinente réflexion sur la propagation de la violence. Contaminante (l’équipier de Waï qui à son tour se met à tabasser un indic) ou héréditaire, voir ce plan final, véritable pavé dans la mare.
Posté le 13.12.2007 par houseofgeeks
Mc T dans la tourmente puisque condamné à purger une peinde prison ferme. Et puisque l'on parle de lui pour réaliser un futur film sur Conan, revenons sur son dernier film sorti en 2003.
"Basic" est encore un putain de chef-d'oeuvre !
Même mieux, c'est une véritable ode à l'intelligence et aux émotions des spectateurs.
Mais loin de révolutionner le film d'action (de toute manière il l'a déjà fait !), c'est bien un film recentré sur les personnages et leurs relations. Même si il y a certaines scènes de "combat" qui feraient baver de jalousie n'importe quel faiseur hollywoodien (genre Michaël Bay par exemple.) tant leur découpage précis implique totalement le spectateur. Tellement précis qu'il se permet le luxe de modifier à chaque fois la signification d'une scène rien qu'en changeant d'angle ! Du génie à l'état pur. Parce que ce film tourne autour d'un règlement de comptes en pleine jungle panaméenne raconté par deux survivants et cela donne 5 versions minimum des évènements !
Même s'il n'était pas mentionné au générique, on reconnaît à coup sûr la patte de Mc T. Que se soit dans la façon de présenter le "héros" en 2 plans significatifs ou de donner toute son importance au non entendu ; une réminiscence, dans toute son oeuvre, de l'importance du langage parler comme vecteur de compréhension aussi bien de l'intrigue que du procédé de réalisation lui-même.
Car il se permet d'opérer des changements de points de vue par l'image (scène vue différemment selon le personnage) et par le son (dialogues inaudibles suivant la distance où se trouve le personnage).
"Basic" que Mc Tiernan considère comme un petit film est bien plus qu'un énième "whodunit" ou "thriller militaire", c'est à un véritable ride d'émotions que nous convie le réalisateur. Ici, le plus important n'est pas l'aboutissement de l'histoire mais bien toutes les péripéties qui y mènent !
Si la fin est finalement logique, c'est le morcellement de l'action par les "souvenirs" plus ou moins authentiques des protagonistes et les nombreux rebondissements qui emportent l'adhésion. Car à chaque élément nouveau, aucune réponse n'est donné immédiatement par le réalisateur . C'est à nous spectateurs de faire les liens et déductions nécessaires. Proprement exaltant.
Et ce "petit film" amorce peut être une plus grande révolution dans le cinéma même de Mc Tiernan. Sans rien dévoiler, disons que l'on se focalise sur le personnage de Travolta et que progressivement c'est celui de Connie Nielsen qui prend le dessus. Celle-ci est de l'avis de tous incapable de mener l'enquête et sa mise en retrait va la révéler. Au héros Mc Tiernien par exellence (t-shirt, cigare au bec et allure désinvolte) se substitue ici une héroïne plus réfléchie mais au caractère tout de même très affirmé (Mc T. style !).
Ce qui reste encore le plus intéressant est le caractère réflexif que porte ce film sur l'oeuvre entière de Mc T. et plus généralement sur le médium cinéma lui-même. En effet, par ces nombreux effets de mises en scène, ces interrogatoires filmés comme autant de "combats" (de personnalités) et le twist final en forme de sourire ironique ; le film s'interroge au final sur les conditions de l'élaboration d'une fiction. En clair, c'est à une véritable leçon de cinéma que nous convie le grand Mc T.
Et pour s'en convaincre, il n'y a qu'à voir Travolta qui avec sa gueule marquée, un peu bouffi et les cheveux très courts ressemble à un Mc Tiernan plus jeune de 20 ans. Ce cinéma dans le cinéma fait penser à un dramaturge italien Pirandello (mort en 1936) qui par ses pièces proposait un théâtre dans le théâtre. D'ailleurs on ne peut résumer "Basic" que par le titre d'une de ses oeuvres : "A chacun sa vérité" .
Posté le 11.12.2007 par houseofgeeks
Ancien concepteur chez ILM, réalisateur de clips, lancé par le controversé et mal-aimé « Alien 3 », Fincher explose avec le dépressif « Seven ». Les films suivants confirment son habileté formelle mais dans son exploration plastique, il en oublie la cohérence et la fluidité de la narration. « Panic room » sonnant le glas d'un formalisme devenu plus important que l'histoire à raconter.
« Zodiac » est donc l'occasion d'un retour aux sources. Il renoue avec le genre qui lui apporta la renommée (le film de sérial killer), comme avec un cinéma qui a quelquechose à dire (et pas seulement à montrer): le cinéma estampillé seventies, décidément à la mode en ce moment sur les écrans
C'est surtout une aubaine pour Fincher qui utilise le travail du Zodiac dans l'imaginaire collectif comme une métaphore du cinéma des années 70.
Prenant pour sujet la traque, pendant près de 20 ans, du plus célèbre sérial killer de San Francisco, Fincher ne se contente pas de ressasser 2 décennies de cinéma américain, il en propose un usage actuel.
D’emblée, on pense aux films-enquête des années 70, « les hommes du président » (Allan J. Pakula – 1976) en tête. Car plus qu’au meurtrier, le réalisateur s’intéresse avant tout au fonctionnement des institutions (médias, police).
Plaçant le spectateur au coeur de l'action, l'enquête prend vite des proportions insoupçonnées. Les ellipses temporelles permettant de construire un rythme trépidant et où l'énergie déployée par chacun est proportionnelle aux nombreuses pistes à explorer. Les séquences de meurtres absolument magnifiques plastiquement parlant, se chargeant d’instaurer un climat oppressant.
L'envergure et la durée de l'enquête érode peu à peu l'enthousiasme d'autant que le tueur ne donne plus signe de vie et passe à l'arrière plan. C'est l'heure de passer à autre chose, de poursuivre une autre voie. Mais certains comme l'inspecteur Toschi reste pourtant taraudé par cet échec. C'est pourtant Graysmith le cartoonist qui poursuivra les investigations, contaminé par la même obsession : savoir. S'opère un passage de témoin entre deux générations, deux méthodes. Si l'inspecteur, même persuadé de la culpabilité de Allen contre qui les preuves s'amoncellent et s'emboîtent comme par magie (voir l'intense scène de son interrogatoire dans l'usine où il travaille), se plie au verdict de l'épreuve scientifique (l'écriture ne correspond pas), Graysmith reprend tout depuis le début, compulse frénétiquement toutes les archives et suit son instinct, se focalisant sur les signes à déchiffrer.
Ainsi, Fincher porte un regard rétrospectif depuis aujourd'hui sur une époque dont on peut enfin mesurer l'évolution.
Mais le cinéaste fait bien plus que de scruter et analyser une période considérée comme le dernier âge d’or.
A l’instar de « Death proof » de Tarantino, Fincher ne se contente pas d’un relookage stérile et vain. Il introduit des éléments perturbateurs concourant à un régime narratif très singulier.
Chez Tarantino, se sont des anachronismes (portables, sms) qui s’intègrent naturellement .
Fincher préfère parasiter subtilement tout le métrage. Ainsi les journalistes du chronicle, les policiers composent un univers cohérent des professionnels de la tradition. Apparaît le dessinateur Graysmith, prototype de l’éternel adolescent, figure récurrente du ciné hollywoodien contemporain. Alors que tous sont touchés par les épreuves et les affres du temps, lui reste physiquement le même. Un autre personnage partage le même sort : Arthur Leigh Allen le présumé Zodiac. Ces deux personnages de deuxième plan traversent tout le film pour au final se retrouver, se confronter, se scruter. Se reconnaître en tant qu’aberrations ?
Au-delà de détails du scénario (une affiche, un film, une attitude), c'est la matière même de l’image qui créé une indistinction entre cinéma et réalité. Une hyper réalité rendue possible par l’utilisation d’une caméra HD dont Fincher fait un usage aussi passionnant que chez Mann. La matière numérique de l’image figurant un monde nouveau, indéchiffrable aux experts du monde d’avant (journalistes, policiers, graphologues). Le monde du Zodiac.
Cette emprise du numérique contemporain subvertit le récit, les pistes s'évanouissent, les indices prolifèrent, disparaissent.
Comprenant la vanité de la traque, Graysmith va avant tout s'évertuer à le démasquer, le décoder.
Lui seul est le « contemporain » du Zodiac, lui seul est à l'heure du numérique.
Ainsi, le dessinateur fait figure d'alter-égo filmique du réalisateur à la fois par sa manière obsessionnelle de compulser tout ce qui a trait au tueur (Fincher est connu pour sa maniaquerie, son souci du détail) que par sa capacité à utiliser une nouvelle technique (le décryptage/le numérique).
C'est armé de modèles fictionnels que le criminophile (le cinéphile) atteindra son but. Et que Fincher aura réussi à transformer la matière filmique grâce à une parfaite adéquation de la technique ici entièrement au service de l’histoire.
Dans une époque dominée par l’image (de soi, que l’on donne, que l’on perçoit), la réalité devient indistincte. Inextricablement mêlés, la fiction et le réel s’influencent au point qu’il devient nécessaire d’inventer une nouvelle façon de les penser.
« Zodiac » est une oeuvre de genre avant tout mais pas seulement. Outre qu’il s’avère une enquête passionnante et prenante (les 2h30 passent incroyablement vite), le film se donne également comme une réflexion sur les films des années 70 et la manière de les percevoir.
Dans une société contemporaine travaillée à la fois par sa représentation et la réception de cette figuration, le cinéphile (et plus généralement l'homo-médiaticus) semble le seul à même de la décrypter. Quitte à perdre pied avec la réalité, à couper tout lien social et affectif dans une boulimie complétiste et analytique comme dans le cas présent.
Posté le 06.12.2007 par houseofgeeks
Soit le titre original de la nouvelle de cet immense auteur Philip K. Dick et qui a inspiré Ridley Scott pour son chef-d'oeuvre "All time" : Blade runner.
Une méga édition ultimate collector de la mort est sortie le 5 décembre. Edition de 5 dvd, commentaires audio, les 5 versions du film (le final cut de 2007, le workprint, la version US, la version internationale et la version longue de 1992) , une image et un son remasterisés, des galettes pleines à craquer de bonus...
Blade runner, sorti en 1982 est à la fois un film noir ouvertement influencé par les personnages de Bogart et qui transpose ses codes et son ambiance dépressive et déliquescente à un pur univers de S.F.
Le tout réhaussé d'un questionnement philosophique sur le devenir humain de machines sentientes.
Une vision qui rejoint et complète celle de Richard Matheson (autre grand écrivain du genre) qui s'interroge sur ce qu'est être humain.
Quel intérêt de sortir 5 versions ? Tout simplement afin de mesurer à quel point ce film (et par extension le livre dont il est tiré) offre d'alternatives narratives et pour avoir une vision aussi complète que possible de ce chef-d'oeuvre sorti il y a 25 ans et qui n'a pas pris une ride !
Inutile d'ajouter que cette édition est indispensable à tout cinéphile qui se respecte.
Posté le 06.12.2007 par houseofgeeks
Encore un film honteusement passé inaperçu et également sorti fin 2006. Ces fêtes de noël sont l'occasion de rattraper le coup et de commander le dvd du fantastique "The fountain".Le très beau dernier film de Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a dream), avec Hugh « Wolwerine forever » Jackman et Rachel Weisz.
Ou l'histoire d'amour du docteur Créo (Jackman) et de sa femme Izzy (Weisz) s'étendant sur plusieurs siècles, de la période de conquête espagnole des territoires Maya, en passant par le présent pour aboutir à un futur (?) indéterminé. La quête d'éternité d'un homme n'acceptant pas la mort comme une fin en soi.Une histoire d'amour ternie par le cancer dont est atteint Izzy et que ce bon docteur essaye de soigner coûte que coûte, au point de passer à côté de l'essentiel, l'amour justement.
Si l'histoire s'appuie sur trois périodes distinctes, celles-ci se mêlent de manière harmonieuse et envoutante, de telle façon que par moment les frontières entre les rêves, la réalité, les flash-backs et les souvenirs en viennent à se confondre pour livrer au final une histoire émouvante et universelle d'amour immortel.
Un film inespéré dans la production actuelle pour de multiples raisons.
Premièrement, les nombreux écueils rencontrés par le réalisateur pour le montage financier de ce projet. Au départ, Brad Pitt et Cate Blanchette devaient interpréter les rôles principaux. Des acteurs « bankable » qui offraient toutes les garanties au studio en charge de produire. Malheureusement, la défection successive des deux têtes d'affiche fit pérécliter l'entreprise, du moins pour un temps. Entre paranthèse, Brad lâcha quand même le navire parce que pas assez rémunéré à son goût et pour tourner le très respectable « Troie » de Wolfgang Petersen et surtout aller se compromettre avec sa femme dans « M. et Ms Smith » ! C'est à force de motivation et mû par une véritable obsession pour cette histoire que Daren Aronofski persista. Avant la reprise en main du projet permise par la toute nouvelle renomée de Hugh Jackman, le réalisateur s'était asocié avec le dessinateur Kent Williams pour sortir une version dessinée de son scénario. Chose intéressante, cette adaptation en BD (ou graphic novel tant l'oeuvre, dans sa conception, est éloigné des traditionnels comics) est vraiment une version différente du film pourtant basé sur le même scénario.
Deuxièmement, si l'histoire du film est somme toute basique la réalisation est incroyable. Le soin apporté à la composition des plans qui sont une merveille d'esthétisme et la narration certes inhabituelle pour une intrigue aussi simple mais qui renforce le côté onirique et magique de l'oeuvre. En clair, c'est un véritable émerveillement visuel et émotionnel auquel nous avons droit. La mise en scène a beau être très travaillé, elle n'est pourtant pas boursoufflé par trop de lyrisme ou de grandiloquence, le réalisateur reste humble et constamment à hauteur de ses personnages. Cela rappelle même par moment le film « Solaris » (la version originale de Tarkowski, pas le remake de Soderbergh avec Clooney) dans ses moments de comtemplation et d'élévation spirituelle. Car plus qu'une histoire d'amour, on assiste au parcours initiatique du docteur Créo vers une plénitude et un apaisement atteint par sa femme. Dans sa recherche de l'arbre de vie (l'immortatlité donc) il en a oublié l'essentiel, vivre tout simplement. Et à quoi bon passer l'éternité seul quand on peut rejoindre sa dulcinée de l'autre côté ? Acccepter sa fin terrestre inéluctable pour peut être renaître spirituellement.
En un mot, un film ma-gni-fi-que !
Posté le 05.12.2007 par houseofgeeks
Retour sur le dernier film en date de Tony Scott (True Romance, Ennemi d'Etat, Domino, Man on fire mais aussi Top Gun et Day of Thunder...), "Déjà vu" avec Denzel Washington, Val "j'ai sacrément enflé" Kilmer et la toute mimi Paula Patton.
Sorti en fin d’année 2006 et qui a pâtit du succès mitigé de son précédent « Domino » où il poussait très loin (trop loin selon certains) ses expérimentations formelles.
La nouvelle Orléans vient à peine de se relever de l'ouragan Katrina qu'un terroriste fait sauter un ferry, faisant 543 victimes. Un agent de l'ATF Doug Carlin (Denzel) est chargé de l'enquête. Et puisqu'il est natif de la région et doit savoir ou regarder, il est enrôlé dans une nouvelle section du FBI qui utilise un procédé révolutionnaire qui donne la possibilité de voir ce qu'il s'est passé 4 jours et 6 heures avant ! Seul probléme, les enquêteurs n'ont droit qu'à une seule vision. Impossible de reculer ou d'avancer à l'envie, seuls les changements d'angles de vue sont possibles.
Où regarder ? Que chercher ? Carlin choisi de s'intéresser à la vie de la très belle Claire Kurchever, retrouvé morte et à moitié brûlée mais 1 heure avant l'explosion. Et là, il va tomber amoureux de cette femme, cherchant toujours à en savoir plus et avec comme ambition impossible de pénétrer dans sa vie, passer de l'autre côté de l'écran...Et si Claire peut ressentir la sensation d'être observée, ne serait-il pas envisageable de la prévenir, d'envoyer un message voire mieux de se transporter de "l'autre côté" ? Et oui, car plus qu'une machine permettant de visionner passivement ce qu'il s'est passé 4 jours avant, c'est en fait une fenêtre sur le passé qui peut être entrouverte l'espace d'un instant.
Le pitch est alléchant et l'intrigue bien construite. A déplorer quelques incohérences dans certaines réactions du héros. Mais peut être est-ce dû aux fluctuations temporeles engendrées par son escapade, allez savoir !
Mais ce qui est vraiment intéressant c'est que Denzel effectue le rêve de tout fan de cinoche, arriver à pénétrer et influer sur le film qui se déroule devant lui. Au départ,il se contente de modifier les angles de vision instantanément réalisant le premier fantasme de tout bon fan (ou même de réalisateurs), agir en véritable démiurge. Et puis, sa fascination pour ce qu'il voit l'amène à tenter de rentrer carrément dans l'écran. Alors que dans le film"la rose pourpre du Caire", le personnage de Woody Allen y parvenait de manière poétique (il était carrément interpellé par l'héroïne de la fiction), ici le procédé est plus technologique.
Alors qu'au départ le personnage de Denzel Washington se contentait, grâce aux changements d'axe de la caméra, d'une analyse de la surface (plane) de l'image, petit à petit il recherche une vérité dans la profondeur de champ. Il est intéressant de noter que cette recherche de la profondeur était rédhibitoire dans le "Blow up" d'Antonioni et dans "les frissons de l'angoisse" de Dario Argento, elle s'avère ici décisive et opportune. D'ailleurs, "Déjà vu" peut être considéré comme une extension moderne de "Blow up" puisque le film de Tony Scott répond à la question sous-jacente dans celui d'Antonioni "Que se passerait-il si Thomas (le héros de Blow-up) arrivait à passer à l'intérieur de la photo qu'il a prise et qu'il analyse ?"
Bon, ok ce ne sont là que points de vues et supputations d'un malade de cinoche (en l'occurence moi !) parce que faut pas oublier que "Déjà vu" est avant tout un film divertissant et qu'il sait rester humble. En même temps, Tony Scott était plus ou moins obligé de réfrener ses ardeurs et revenir à des films plus "mainstream" (grand public pour les anglophobes !) après être arrivé au bout de sa démarche du tout expérimental dont "Domino" (son précédent film) était l'illustre représentant.
Ceci dit, même s' il met le frein à main sur sa frénésie d'expérimentations formelles (longues focales à tout va, lumières et couleurs saturées avoisinant le trip hallucinogène, découpage du récit frisant parfois la crise d'epilepsie, etc...) les thèmes qu'il aborde (et exprimés plus haut) permettent aux cinéphiles un peu retors (comme vous et moi) de trouver leur bonheur dans ce film d'action pétaradant. Oui parce que ça canarde, ça explose et y a une putain de poursuite en bagnole super originale ! Je l'avais pas précisé peut être mais ce film est produit par Jerry "je fais exploser le décor toutes les 20 minutes" Bruckheimer, habituellement connu et reconnu (par les cinéphiles un peu bourrin sur les bords ; comme moi) pour être le chantre du film d'action décompléxé, bien bourrin et sans cervelle ("Rock", Armaggedon, Pearl Harbor, Bad boys II, The Island....) ! Mais pas sans émotions.
Car c'est quand même là où il fait la différence par rapport à d'autres productions, c'est qu'on se prend d'affection pour les personnages. On est pas seulement intéressé par les explosions qui font péter les bagnoles 20 mètres en l'air, on s'inquiète sur le sort des persos. Bon, disons que là je suis magnanime (période de noël oblige !) parce que ce petit plus est surtout apporté par les scénarios parce que je suis pas du tout sûr que l'empathie envers les héros soit la raison principale qui l'anime !
Bref, ce film porte définitivement la patte de Tony Scott puisque l'image est super belle, les plans et leur agencement sont précis et sans fioritures et surtout il essaie d'aller plus loin que la simple série B de commande. Mais il porte définitivement également la patte de son producteur, puisque le cahier des charges en matière d'explosions et fusillades est respecté ! En somme un film bien fun et super intéressant thématiquement. A voir donc.
Ah si, j'oubliais. On ressent très bien la patte Bruckheimer dans la toute fin, qui est à mon humble avis "too much", mais bon.
Allez pour en finir avec ce très bon film, on peut le rapprocher dans sa thématique de "Ennemi d'Etat" avec Will Smith et Gene Hackman. "Déjà vu" pouvant être défini comme la version science-fictionnelle d'"Ennemi d'Etat". Ce qui rend encore plus intéressant ce film pour les fans hardcore de cinéma...
Posté le 01.12.2007 par houseofgeeks
Chainsaw texas massacre : the beginning
La vie est un éternel recommencement, le cinéma aussi. Sans doute est-ce symptomatique d'une période trouble où les sociétés actuelles sont en pertes de repères, en quête d'une identité perdue, aussi assiste t'on depuis quelques temps au cinéma au retour des icônes de notre jeunesse (Batman, James Bond, Leatherface, les chevaliers du ciel....Euh, on s'abstiendra de parler de ces derniers pour rester courtois.). Mais plus que des résurgences d'un passé idéalisé, on assiste à une redéfinition de ces personnages emblématiques d'une époque afin de les adapter à notre monde moderne.
Les raisons qui animent ces productions sont avant tout économiques puisque cela permet de relancer des franchises moribondes pour un nouveau départ. Mais cette redéfinition s'appuie avant tout sur les origines de ces mythes. Ainsi « Batman Begins » opte pour un traitement comparable à celui qui a présidé au succès de « Blade », c'est à dire un retour aux comics d'origine (pas innocent si c'est l'oeuvre du même scénariste, David Goyer grand fan de comics) et surtout une approche plus authentique. « Casino Royale » revient également à sa source littéraire puisqu'il adapte le 1er roman des aventures du plus célèbre des agents secrets. Mais plutôt que de repartir de zéro et de faire table rase des films précédents (en même temps ce serait dur d'oublier 20 films), l'option choisie est de se référer et de dynamiter ce qui a défini le personnage pendant 30 ans, condition nécessaire à son adaptation au nouveau millénaire.
Plus qu'une réécriture de leur histoire, on assiste à un retour aux sources afin de développer une nouvelle genèse.
Et en ces temps d'incertude et de confusion (sociale, politique...), ce n'est pas vraiment une surprise de retrouver ce bon vieux Leatherface. Ici dans une tentative de lui donner une origine, essayer de situer le moment où tout à basculer pour lui mais aussi pour nous (?).
Déjà, se pose la question de la légitimité d'une telle entreprise. Car tout le contexte social et politique est déjà explicité dans le seul et unique « Massacre à la tronçonneuse », c'est à dire le chef d'oeuvre absolu de Tobe Hooper de 1974, par le biais de flash infos radiophonique et l’ambiance déliquescente. Mais ce qui est visé ici c'est donner à voir ce qui a pu engendrer un monstre pareil, quelles sont les circonstances de la vie dans ce coin paumé du Texas qui ont transmuté un attardé mental en machine à tuer.
Soit, après tout c'est la politique actuelle des studios de tout expliciter. Au risque d'enlever toute part de mystère qui fait la force de ce genre de mythe moderne.
Il n'y a qu'à voir d'ailleurs la sortie le même jour d'un film racontant la jeunesse d'Hannibal Lecter, sous-titré « les origines du mal ». Déjà, peut on envisager une origine bien définie à l'abstraction totale qu'est le « mal » ? Passons cette rhétorique philosophique et revenons à nos agneaux (Lecter...agneaux... Ouais je sais, celle là j'aurais pu m'en passer. Bref.).
Outre la qualité discutable des origines de ce bon docteur Lecter, au moins on en a pour notre argent et on assiste tant bien que mal à la « naissance » de ce psychopathe.
Ce qui est loin d'être le cas de « Massacre... ».
Ah si, on assiste bien à la naissance physique (et assez glauque) de « face de cuir », mais 10 minutes après on embraye sur un remake de « Massacre... » version 1974 ! A la trappe la naissance figurative. John Liebesmann, le réalisateur, déclarant comme profession de foi, que trop en raconter sur Leatherface lui enlèverait une trop grande part de mystère. D'où l'intérêt de faire un film intitulé le commencement (sic)...
Là, les plus attentifs et cinéphiles se demandent : « Mais n'y avait-il pas déjà eu un remake tourné en 2004 par Marcus Nispel ? » Et oui. Et c'est là que le bât blesse. Car « Massacre...le commencement » se voulait une préquelle au film de Nispel. Or, il ne fait que raconter encore et toujours la même histoire. En encore moins bien en plus. Car si le remake de Nispel n'avait pas oser se frotter de trop près à l'original, préférant ne pas reproduire des passages obligés comme le diner familial (par respect soi-disant. Par trouille de la comparaison déjà inévitable,oui !), celui de Liebesmann ne s'embarrasse pas et livre une version décérébré de tout ce qui a fait la renommé de l'original.
En outre, il tente vainement de réintroduire une dimension politique absente du précédent par les personnages de ces deux frangins qui partent rejoindre leur base avant d'aller au vietnam. Mais cela reste peu développé et ne sert finalement qu'à justifier leur trip de ce côté ci du Texas.
La seule contribution à la saga qui aurait pu être intéressante est le personnage du shérif Hoyt, l'oncle de Leatherface qui préfère buter les gens travesti en homme de loi. Las, il n'arrive pas à la cheville du shérif complètement azimuté de « The devil's rejects » (chef d'oeuvre de Rob Zombie). D'autant plus dommage que l'acteur qui l'incarne, R. Lee Ermey, est très bon et surtout il est lui même un vétéran du vietnam, ce qui aurait donné plus de relief a un film désespérément trop plat.
De même, on retrouve la même facture visuelle du Nispel, c'est à dire une belle image, une photo et des éclairages très classes alors que le tout devrait être très crasse.
Quels enseignements en tirer ? Que le premier « massacre » demeure un horizon indépassable pour des studios qui veulent s'encanailler et que Liebesmann reste un solide faiseur mais un yes-man patenté dont on attend rien.
Le plus regrettable étant de voir l'incapacité de studios à transcender un tel matériau original qui trouve pourtant dans l'actualité quotidienne suffisamment de points d'ancrage pour faire un film autrement plus pertinent, trash et avec une réelle portée politique.
Après la vague de cynisme post-Scream, on assiste à un renouveau du film d'horreur qui tente de retrouver l'esprit frondeur, violent et sans concession des films des années 70. Las, Hollywood tente d'appliquer à sa production un traitement similaire sur la forme (ah ça, c'est plus glauque que d'habitude) en omettant de donner au fond une véritable envergure. On se retrouve avec des films plus violents mais tout aussi formatés et lénifiants que précédemment. Plutôt que de faire confiance à de vrais auteurs, ils tentent d'appliquer des « recettes »pour rendre leur soupe commerciale plus épicée.
Posté le 24.11.2007 par houseofgeeks
« Les fils de l’homme » est un grand film, passé honteusement inaperçu lors de sa sortie en salles. Noël approchant, c’est loccasion de le réhabiliter en achetant le dvd en masse.
Alfonso Cuaron le réalisateur, avant ce film, peut s’enorgueillir d’avoir livrer l’épisode le plus sombre et passionnant de la saga Harry Potter. Parvenant à inculquer une vision personnelle à une série complètement sclérosée par le manque d’ambition, l’absence de prise de risque de réalisateurs entièrement dévoués au respect servile et confortable d’un best-seller mondial.
Ici, il s’attache à un film plus modeste. En termes budgétaires s’entend. Car en termes narratif et thématique, il sort clairement du lot.
Les fils de l’homme est un film de S.F d’anticipation mais le futur qu’il décrit n’a rien d’apocalyptique comme celui de Mad Max, de loufoque comme Retour vers le futur, ou encore d’infantile et merveilleux comme Star Wars. Soit une dystopie d’autant plus inquiétante que le film dépeint un futur tout à fait crédible.
Mis à part la situation de départ, la stérilité comme pandémie de toute une civilisation appelée à disparaître faute de descendant, la situation géopolitique est à peine exagérée. De telle sorte que la vision de réfugiés clandestins parqués dans des cages géantes, en adéquation avec cette société futuriste au bord du chaos, amène à s’interroger sur le sort réservé aux réfugiés contemporains qui sont maltraités, déboutés de droit d’asile, enfermés dans des camps (pour des populations d’Afrique) ou soumis à des tests ADN et des mesures restrictives humiliantes et racistes.
Le but premier était vraiment de s’interroger sur l’état actuel du monde coincé entre répression des minorités et montée des intégrismes. D’ailleurs, le fait que le film se déroule en 2027, soit à peine 20 ans dans le futur corrobore l’orientation d’être aussi authentique que possible.
Et puis d’emblée, on est immergé dans la fiction. A partir du moment où on suit les premiers pas de Clive Owen (toujours aussi bon) dans ce café et qu’après en être sorti, celui-ci explose peu de temps après en arrière plan, on sera toujours aux côtés du personnage. La caméra épousera chacun de ses mouvements. Au début des travellings latéraux calmes et tranquilles quand il déambule dans la cité, puis des mouvements saccadés et des décadrages sauvages dès qu’il est exposé à une fusillade et qu’il tente d’y échapper.
De même, dans le camp des rebelles, on apprendra en même temps que lui qui étaient les véritables auteur de l’attaque qui a coûté la vie à sa bien-aimé et le véritable objectif qu’ils poursuivent en tentant de préserver la vie de la dernière femme enceinte. Nous n’avons aucun temps d’avance, aucun recul par rapport à la fiction. De telle sorte que l’on prend tout en pleine gueule et que la tension ne baisse jamais.
Ce qui est vraiment admirable dans ce film c’est que l’action est déterminée par des éléments narratifs purement émotionnels. Ce sont vraiment les sentiments des personnages qui les font avancer et les amène à prendre des décisions déterminantes par la suite.
Pour en revenir à la manière de filmer, ce qui est admirable c’est que cette caméra compose un véritable reportage de guerre. On se croirait dans un documentaire pris sur le vif. Et valeur ajoutée, on a pas droit au « hand-shaking » habituel, procédé qui pour figurer une action chaotique secoue la caméra dans tous les sens, de telle sorte que l’action devient incompréhensible !
Tout le monde s’est très justement extasié devant la virtuosité, la fluidité des plans séquences émaillant le film. Notamment lors de l’attaque de la voiture des héros traversant une forêt. Cette manière de filmer n’est jamais gratuite et ostentatoire. Cuaron n’est pas du genre à produire ce genre d’effet juste pour épater la galerie. Non, c’est bien dans le but de donner une réelle unité à l’action filmée pour souligner par contraste le chaos ambiant.
Et que ce soit dans cette séquence admirable ou durant tout le film, le but est clairement d’aboutir à la rencontre du premier plan avec l’arrière plan. Beaucoup de scènes impliquant Owen le montre au premier plan, impassible tandis que le second plan explose -la scène inaugurale du café - ou s’anime - la scène presque onirique où suivant une biche dans les travées d’une école délabrée, il voit à travers une fenêtre brisée la jeune femme enceinte, dernier espoir de l’humanité, faire de la balançoire. Subtilement, Cuaron figure que tout l’enjeu est dans la réunion de ces deux mondes « parallèles ».
Qui dit film de S.F dit effets spéciaux. Aussi invisibles soient-ils, le film en est pourtant truffé. Mais une fois encore pas d’esbroufe visuelle. De simples modifications de décor, ou des rajouts d’explosions cela reste de petites touches qui permettent de crédibiliser un peu plus les lieux d’action et donc l’histoire. Surtout, il faut tout de même savoir que lors de la scène d’accouchement, le bébé est entièrement généré par ordinateur ! La tension et le jeu des acteurs sont tels qu’on ne se rend compte de rien. Encore une preuve irrémédiable que tous les effets sont au service du récit.
Si la trame narrative n’a rien d’originale, en d’autres mains elle aurait été réduite à sa plus simple expression afin de laisser libre cours à l’action. Soit ce que ce cher Michael Bay réussi parfaitement à faire avec The island.
Mais Alfonso Cuaron a su transcender son matériau de base pour faire un film formellement abouti et émotionnellement très riche. Assurément un des films de 2006 et qui deviendra au fil du temps une véritable référence en la matière.