Parlons un peu du maître de Bangor, le plus connu des natifs du Maine, de cet incroyable écrivain qu'est Stephen King.
D'une part parce que c'est quand même le plus grand conteur au monde - il serait capable de rendre passionnante une après-midi dans un supermarché ! - mais surtout parce qu'à l'instar de Tolkien il a crée un univers cohérent et vraisemblable d'où sont tirés tous ses livres et nouvelles. Et je dis bien tout !
Je vais pas revenir sur Tolkien qui en créant la terre du milieu lui a donné une histoire, des mythes et en a donné un aperçu aux lecteurs via différentes oeuvres.
Et bien King c'est pareil. Là vous doutez de ma santé mentale, j'en suis sûr. Car quel rapport entre "le fléau", "Marche ou crève", "le talisman", "Carrie" ou "Christine" ? La tour sombre, le voilà l'élément qui relie toutes les oeuvres de King.
Le cycle de la tour sombre (rien que le nom évoque l'oeuvre de Tolkien, n'est-ce pas ainsi qu'est surnommée Barad-Dür la tour où réside Sauron ?) n'est pas antérieur à Carrie ou même aux premiers livres de King ("Shinning", "Christine", "Firestarter"...) mais il portait en lui depuis toujours les germes de cette histoire qui conte la fin d'un monde. Ce cycle en 7 volumes spécifiques parle d'un monde imaginaire où l'héroïc fantasy, le western et le fantastique se côtoient naturellement. Mais ce monde est à l'agonie du fait de cette tour sombre qui altère non seulement l'existence de ce monde imaginaire mais également le notre.
En effet, les passages entre les deux mondes existent et nombreuses sont les allées et venues de certains de leurs occupants. Chaque monde ayant une influence sur l'autre. Ainsi, toutes les histoires horrifiques ou fantastique de King peuvent-elles être reliées à l'irruption d'éléments n'ayant aucune explication cartésienne. Et de ce fait, on peut estimer que l'origine de ces évènements irrationnels provienne du monde de la tour sombre.
L'inverse est vrai, le monde réel des récits de King (le monde diégétique donc) a une influence sur l'autre monde comme le montre les deux romans ayant trait au talisman des territoires ("le talisman" et "blackhouse").
Ces deux mondes étant inextricablement liés, le cycle de la tour sombre conte la tentative d'une poignée de héros (pour ne pas dire communauté !) d'atteindre cette fameuse tour pour les sauver de l'anéantissement, rien de moins.
C'est bien joli, vous me direz, mais ce ne sont que spéculations, c'est ça ?
Pourtant il est un funeste personnage qui apparaît aussi bien dans le cycle que dans certains autres romans plus "classiques". Il s'agit de Randall Flagg, celui qui dans "le fléau" essaye de prendre le contrôle de cette terre dévastée à 99 % par un virus. Véritable incarnation du mal absolu, il apparaît également dans le talisman (sous un autre nom), est évoqué dans "Marche ou crève" (un roman de Richard Bachman, pseudo de King à l'époque) comme une silhouette sombre et menaçante, le roman plus ciblé jeunesse "les yeux du dragon" raconte en fait des évènement antérieurs au premier tome du cycle de la tour sombre, et le scénario écrit spécialement pour le téléfilm "la tempête du siècle" raconte les déboires d'une petite ville isolée avec un être aux noirs desseins et aux initiales plus qu'explicites de R.F.
On peut voir qu'il est possible d'établir une chronologie des évènements, même si la tâche est d'autant plus difficile que les parutions des livres en question ne suivent en rien cette chronologie fictionnelle
Autre élément récurrent dans certaines oeuvres, la tour sombre elle-même. Bien qu'elle ne soit pas le véritable enjeu de ces récits, elle apparaît comme une vision (de mauvaise augure) au héros (dans "Insomnies" notamment).
Surtout, se sont les références d'un livre à un autre. En effet, "les tommyknockers" parle d'évènements survenus dans "ça", dans "Cujo" et d'autres. Et il en est de même pour la plupart des autre romans du king qui renvoient à des évènements relatés ailleurs. Ces références installent donc ces histoires dans une certaine logique et cohérence, ce qui a pour effet de rendre tous ces évènements vraissemblables (du point de vue de la réalité de la fiction s'entend).
Mais ce qui forme le dernier lien entre les univers de la tour sombre et des récits de King se sont les références, à l'intérieur du cycle même, aux autres récits.
Et afin d'ancrer un peu plus le tout dans notre réalité même, il est fait référence à des chansons, personnages ou des écrits contemporains.
C'est vraiment un univers unique qu'a crée King car il réussi à lier des oeuvres n'ayant à priori rien en commun. Et de parvenir à façonner un monde qui n'a rien de commun.
Mais la principale inquiétude liée à la résolution de ce cycle concerne Stephen King lui-même. C'est l'oeuvre de toute sa vie et malgré son envie, il éprouve les pires difficultés à écrire les tomes suivants (cela fait bien 6 ans que le 4ème tome est sorti). Non pas qu'il ait du mal à composer son histoire, celle-ci est déjà"écrite" dans sa tête, dans tout son être, mais peut être bien est ce la peur de voir mourir ses personnages une fois toute l'histoire écrite. Comme Tolkien qui s'était toujours refusé à donner un terme définitif à sa terre du milieu.
En somme, peut être la tour sombre n'est elle que la représentation fictive de sa source d'inspiration, le pivot du monde imaginaire où il puise ses histoires et qu'en tournant la dernière page de ce cycle, sa source d'inspiration ne se tarrisse ? On peut interpréter dans ce sens la menace qu'il avait fait peser d'arrêter définitivement l'écriture, il y a quelques mois. Les raisons invoquées était sa lassitude, l'accident qui l'a laissé presque mort et surtout la terrible maladie dégénérative qui est en train de lui coûter la vue.
Mais la véritable raison n'était-elle pas de redouter d'arriver au terme du voyage, au pied de la tour sombre ?
A tous les passionnée et amoureux (et même les autres !) de l'univers de Tolkien, existe un bouquin qui analyse les différents motifs du "seigneur des anneaux". Un livre écrit par Vincent Ferré (26 ans au moment de sa publication en 2001) et intitulé " Tolkien : sur les rivages de la terre du milieu".
Très bien fait car il revient au plus près du texte original et agrémente son étude de nombreuses notes liées aux différents écrits ayant trait à la terre du milieu (Le Silmarillion, Tom Bombadil, Bilbo le hobbit) ainsi que des extraits de la correspondance de Tolkien. Ce qui permet de replacer la démarche créatrice de l'auteur dans son contexte et d'en mesurer l'importance et la cohérence.
Ainsi, on peut voir que la volonté de Tolkien était d'éviter toute linéarité du récit et que sa plus grande réussite réside dans le fait de tisser les liens entre les différents morcellements de l'action, créant un enlacement des divers liens narratifs qui, loin de perdre le lecteur malgré la profusion de lieux et de personnages, se répondent et permettent de suivre plusieurs actions simultanées. Le tout sans jamais être confus.
Un livre vraiment passionnant car il met également en exergue la manière dont Tolkien annonce en amont les évènements à venir, par des descriptions, des répétitions ou des situations qui paraissent anodines au premier abord.
Et puis surtout, cela permet d'apprécier encore plus le travail titanesque effectué par l'équipe de Peter Jackson au niveau de l'adaptation. Seul bémol, "le retour du roi" a fait l'impasse du nettoyage de la comté sous domination de Saruman par les hobbits, lors de leur retour.
Parce que cet épisode est important car il montre à l'oeuvre les hobbits qui sont devenus d'authentiques héros. Et il permet d'encadrer, de souligner la quête qui les as vus partir de Fondcombe (lieu où est constitué la communauté) pour atteindre Orodruin (la montagne où est détruit l'anneau).
Si le début de leur quête était placé sous le signe de l'urgence, le retour s'effectue à un rythme plus tranquille. Ce qui renforce la surprise de voir leur comté complètement transformée (industrialisée presque) et devenue une réplique miniature de la désolation régnant en Mordor (pays de Sauron). Ainsi, se rejoue à une échelle plus réduite (en l'occurrence adaptée à la taille des hobbits !) la dernière bataille qui a vu l'anéantissement de Sauron. Avec un pitoyable Sarouman dans le rôle de"l'Ennemi" et la charge des hobbits sur leurs poneys (!) figurant celle des hommes du Rohan sur les champs de Pélennor (lors du siège de Minas Tirith, la cité des rois).
L'oeuvre de Tolkien est vraiment en tous points remarquables car chaque ouvrage détaillant une partie de l'Histoire de ce monde imaginaire (vraiment ?) fait références aux autres et de ce fait accroît la cohérence et la vraisemblance de ces récits.
Ainsi, dans "le seigneur des anneaux" apparaît des personnages rencontrés précédemment dans "Bilbo le hobbit" ou bien sont relatés des évènements intervenus dans "le Silmarillion".
Outre les liens narratifs inhérents à la structure même du "seigneur des anneaux", existent-ils des liens avec les autres livres contant l'existence de la Terre du milieu.
Car on peut vraiment parler d'existence tant l'auteur aura eu à coeur de ne pas mettre un terme à la description de ce monde. Ne plus rien avoir à écrire étant synonyme pour Tolkien que ses personnages étaient morts.
Ainsi malgré toutes les explications, les compléments qu'il a pu apporter à son oeuvre, des blancs restent toujours à combler. Ce n'est pas pour rien que le recueil paru à titre posthume s'intitule "Contes et légendes inachevés". Il continuait d'ailleurs à travailler dessus à un mois de mourir.
Et pour être complètement exhaustif sur la question, voir le lien suivant qui vous ménera vers le blog du spécialiste français de Tolkien, Monsieur Vincent Ferré (auteur de 2 commentaires ici même) :
http://pourtolkien.free.fr/